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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

Elsass-Lothringen : eine verbotene Nation

Posted on novembre 11th, 2014 by Klapperstein

ELSASS-LOTHRINGEN : UNE NATION INTERDITE

KAPITEL V   – ENTRE L’ARMISTICE ET LE TRAITE DE PAIX

La convention d’armistice signée dans la clairière de la forêt de Compiègne le 11 novembre 1918 ne portait primitivement que sur 36 jours. Elle fut reconduite trois fois, successivement le 13 décembre 1918, le 16 janvier et le 16 février 1919.

Quatre articles concernaient plus directement l’Alsace-Lorraine : les articles 2, 5, 8 et 9. L’article 2 stipulait : «Evacuation immédiate des pays envahis, Belgique, France, Luxembourg, ainsi que l’Alsace-Lorraine, réglée de manière à être réalisée dans un délai de quinze jours à dater de la signature de l’armistice», c’est-à-dire à partir du 26 novembre 1918. Par cette énumération d’Etats et non de régions, l’article 2 reconnaissait d’une manière indirecte la souveraineté politique et le caractère d’Etat d’Elsass-Lothringen.

L’article 5 déclarait : «Evacuation des pays de la rive gauche du Rhin par les armées allemandes» ; puis il en réglait l’administration de la manière suivante : un mois après la signature de l’armistice (donc à partir du 11 décembre 1918), les territoires occupés par les vainqueurs seraient soustraits administrativement au gouvernement de Berlin ; les autorités locales seraient chargées de l’administration sous le contrôle direct des troupes d’occupation, qui s’empareraient de toute la rive gauche du Rhin, plus quatre têtes de pont : Cologne, Coblence, Mayence et Kehl. Juridiquement donc, l’Alsace-Lorraine devenait un pays occupé par les vainqueurs et elle serait détachée du gouvernement de Berlin à partir du 11 décembre 1918.

L’article 8 demandait que les chemins de fer d’Alsace-Lorraine fussent livrés avant le 11 décembre 1918 à la France, personnel et matériel inclus. L’article 9 était encore plus révélateur des intentions françaises d’annexion de l’Alsace-Lorraine : il mettait l’entretien des troupes d’occupation de la rive gauche du Rhin à la charge du gouvernement allemand, mais en excluait formellement l’Alsace-Lorraine ; grâce à cet artifice, les troupes d’occupation sembleraient stationner en territoire français et non pas en pays étranger.

Juridiquement, jusqu’au traité de Versailles, l’Alsace-Lorraine était un territoire allemand occupé par les troupes françaises, et ce territoire dépendait de Berlin jusqu’au 11 décembre 1918, puis jusqu’au 28 juin 1919, des troupes d’occupation. Mais la présence des troupes françaises dans ce territoire devait le faire basculer du côté de la France victorieuse, comme moins de trente années plus tard la présence des troupes soviétiques devait livrer l’Europe orientale à l’Union Soviétique.

1. La grave désunion du Nationalrat

En ces jours tragiques de novembre 1918, où l’Histoire allait prendre un cours nouveau, les députés alsaciens-lorrains, du fait de leur origine bourgeoise, multipliaient les erreurs politiques. La rivalité Hauss-Ricklin avait déjà fait manquer à l’Alsace-Lorraine, les 23 et 25 octobre 1918, une sortie du Reichstag digne de son passé historique, puis avait fait échouer, les 29 et 30 octobre, la création autour du duo Schwander/Hauss d’un gouvernement national soutenu par tous les Heimattreuen. Plus grave encore : au gouvernement constitutionnel, le Dr Ricklin avait opposé le gouvernement du Nationalrat, opposant ainsi la légitimité populaire à la légitimité impériale.

Ricklin restait bien logique avec lui-même : en abandonnant l’appareil étatique allemand, l’autorité politique de l’Alsace-Lorraine résidait dans le Peuple Souverain, dont la seule expression authentique était le Nationalrat qui regroupait les députés de la Deuxième Chambre du Landtag et les députés au Reichstag. On aurait pu objecter cependant que le mandat des députés aussi bien au Reichstag qu’au Landtag devait s’exercer dans le cadre de la Constitution de l’empire fédéral allemand (d’autant plus que les députés avaient dû émettre le serment de fidélité à la Constitution et de loyauté à l’Empereur). En outre, les électeurs n’avaient point confié leurs mandats aux députés pour l’usage qu’ils venaient d’en faire, en créant notamment un Nationalrat révolutionnaire opposé au gouvernement constitutionnel du Statthalter et de son ministère. D’une certaine façon pourtant, le comportement du Dr Ricklin et de son Nationalrat avait obtenu une sorte de légitimation du fait qu’Ebert, chef du gouvernement révolutionnaire de Berlin, avait félicité Ricklin et avait reconnu le Verwaltungsausschuss créé par le Nationalrat dès l’après-midi du 11 novembre 1918 ; cet exécutif remplaçait le gouvernement démissionnaire de Schwander/Hauss.

C’était donc avec confiance que le Dr Ricklin envisageait sa politique d’autonomie de l’Alsace-Lorraine, autonomie qui serait octroyée, pensait-il, par la Conférence de la Paix à la suite d’un plébiscite probablement favorable. Il pourrait alors négocier, d’Etat à Etat, sur un pied d’égalité, le rattachement du pays à la France de manière à sauvegarder toutes les libertés et toutes les valeurs ethniques du Volkstum Elsass-Lothringen. L’accord entre la France et l’Alsace-Lorraine serait ainsi garanti par tous les Etats réunis à la Conférence de la Paix.

Et c’est dans ces sentiments et dans cet espoir que le Dr Ricklin franchissait en cet après-midi du 12 novembre 1918 le seuil de la grande salle du Landtag où se tenait le Nationalrat. Mais après son remarquable discours inaugural dans lequel il justifiait la légitimité de la nouvelle politique qu’il avait dû mener, il dut déchanter. Les masques tombèrent, et il s’aperçut brusquement que les nouveaux maîtres du jeu étaient le Lothringer Block et les amis de Nicolas Delsor.

Le Lothringer Block, lié à la bourgeoisie industrielle et francophile de Lorraine, voulait que le Nationalrat puisse justifier sa légitimité afin de remettre sans contestation possible et inconditionnellement l’Alsace-Lorraine à la France, afin qu’elle redevienne le plus rapidement possible semblable à tous les autres départements français. Ce parti n’avait absolument pas le sens ethnique. L’abbé Nicolas Delsor était né en 1847 d’un père auvergnat émigré à Strasbourg. Il avait passé une partie de sa vie en France, notamment comme précepteur à Nantes de 1874 à 1877, puis était revenu en Alsace-Lorraine, d’abord comme vicaire, puis comme curé de Marlenheim. En 1882, il relança la Revue Catholique d’Alsace fondée en 1859 et interrompue en 1870, et il continua de la faire paraître en français. Pourtant, dans la France anticléricale de Combes, sa situation était ambiguë ; parce qu’il avait défendu le catholicisme, il se vit interdire une tournée de conféren­ces en France et fut même expulsé en Alsace-Lorraine. En janvier 1904, la revue satirique L’Assiette au Beurre lui avait consacré son numéro 148, et le présentait, des souliers «à la française» aux pieds, d’immenses ailes noi­res de chauve-souris aux épaules, courant derrière un coq effrayé portant un drapeau tricolore ; Delsor soulevait sa soutane et s’écriait : «Je suis Allemand, voyez mes ailes ; je suis Français, voyez mes pieds !»

La position politique de l’abbé Delsor, pratiquement identique à celle du Lothringer Block, était clairement exprimée dans la lettre que la Freie Presse du 30 octobre 1918 rendit publique. Delsor, bien que membre du Zentrum EIsass-Lothringen, n’avait donné son assentiment ni au contenu ni à la forme de la remarquable déclaration rédigée pour le Reichstag par l’abbé Haegy (divulguée par Karl Hauss, mais,sur l’instigation de Ricklin, remplacée au dernier moment par de vives attaques contre l’Allemagne). Et Delsor déclarait : «Je suis, dans les circonstances actuelles, adversaire de tout plébiscite et je n’approuve pas non plus à ce sujet le Dr Ricklin dont j’applaudis quant au reste la déclaration».

Donc, en cette réunion du Nationalrat le 12 novembre au soir, l’abbé Nicolas Delsor et le Lothringer Block s’en prirent violemment au Dr Ricklin ; estimant qu’il n’était plus représentatif de l’opinion alsacienne-lorraine, ils le contraignirent à démissionner de son poste de président du Verwaltungsausschuss ou Comité exécutif du Nationalrat. Ainsi, Delsor allait faire échouer la politique d’autonomie de Ricklin, tout comme Ricklin avait fait échouer la politique d’autonomie de Karl Hauss, si bien que ce furent les adversaires de l’autonomie et les partisans du retour pur et simple à la France qui devenaient les maîtres du Nationalrat.

En effet, le lendemain 13 novembre 1918, dans une nouvelle séance, l’abbé Delsor chercha à rallier la majorité du Nationalrat en déclarant : «Nous sommes ici d’abord au nom de la souveraineté du peuple d’Alsace-Lorraine ; nous sommes les représentants du peuple, et au jour où l’empire allemand a dû nous abandonner, il ne reste plus aucune autre souveraineté que la nôtre ; et en prenant en main la souveraineté du peuple, nous n’avons pris que ce dont on nous avait privé depuis 47 ans». En renvoyant à 1871, Delsor laissait entendre que l’Alsace-Lorraine devait revenir à la France. Bien qu’éliminé de la présidence du Verwaltungsausschuss, le Dr Ricklin restait toujours président du Nationalrat, et à ce titre il provoqua une nouvelle réunion de l’assemblée dans l’après-midi de ce même 13 novembre. Afin de neutraliser l’abbé Delsor, il avait personnellement invité les anciens membres du gouvernement Schwander alors présents à Strasbourg, Karl Hauss et le chanoine Didio.

Seul se présenta l’ancien Staatssekretàr Hauss à qui l’on donna la parole. Il venait à peine de prononcer quelques phrases en termes très modérés, quand brusquement l’abbé Delsor l’interrompit sarcastiquement et l’attaqua dans son honneur d’une manière fort blessante et hors de toute mesure ; quelques députés du Lothringer Block applaudirent bruyamment. Hauss tint à reprendre la parole, calmement, objectivement. Sa voix émue laissait pourtant deviner le coup terrible qui venait de le frapper. Il acheva en rappelant qu’il avait été durant sept années le chef et le porte-parole du Zentrum EIsass-Lothringen au Reichstag, et qu’il y avait lieu de s’étonner de ce que son collègue Delsor découvrît maintenant seulement quel pitoyable et misérable homme il était : «was für ein elender, miserabler Mensch er sei !». Puis, brisé de douleur, l’ancien Staatssekretär du dernier gouvernement alsacien-lorrain et député de Guebwiller au Reichstag depuis 1911, quitta dignement cette séance lamentable, aigri jusqu’à la fin de ses jours contre ses anciens collègues, et sans jamais avoir obtenu de la part de ses calomniateurs la moindre réhabilitation officielle. Il devait continuer le combat pour l’autonomie de l’Alsace-Lorraine sur un autre terrain, avant de mourir à 54 ans en janvier 1925. C’était un Alsacien authentique.

2. L’entrée des armées françaises en Alsace-Lorraine

Les nouveaux vainqueurs avaient mis à profit les quinze jours accordés pour la retraite des soldats allemands. Renvoyant les authentiques combattants des tranchées vosgiennes en permission parce qu’ils payaient trop peu de mine, les généraux faisaient venir des troupes reposées, sémillantes, habillées de neuf, prêtes pour les bals et les défilés, en vue de séduire les Alsaciens-Lorrains vaincus et affamés. Les vrais soldats étaient mis en réserve, en cas d’une reprise des hostilités. L’opération «séduction» fut d’autant plus facile que les soldats allemands, éprouvés par la révolution sociale, s’en allaient hâves, étiques, épuisés, humiliés, dans des uniformes usés, déchirés, délavés, sans galons ni décorations.

Du fait de la situation révolutionnaire en Alsace-Lorraine, l’entrée des Français fut avancée au 16 novembre 1918 et échelonnée en trois étapes. Elle donna lieu à une double et dangereuse illusion. A mesure qu’avançaient les troupes françaises, les braves gens du pays pouvaient contempler ces galants militaires sortis de l’imagerie d’Epinal, conformes au mythe que la propagande franco-bourgeoise en Alsace-Lorraine avait forgé dans l’opinion publique. D’autre part, pour ne pas être en reste, pour ne point trahir l’image d’une Alsace-Lorraine chimérique que les «pioupious» portaient dans leur cœur depuis les bancs de l’école primaire (sur lesquels ils avaient suivi, et avec quelle émotion ! le «Tour de France» par deux petits orphelins de Phalsbourg), Alsaciennes et Lorraines en costume folklorique, échappées des aquarelles légendaires de Hansi, s’élançaient au-devant des glorieux vainqueurs. Des Comités d’accueil et de propagande, où figuraient bien des éléments douteux, organisaient le spectacle. Partout pointaient des drapeaux tricolores : on les expédiait de Paris par wagons entiers ! Les fanfares ne cessaient de jouer la Marseillaise et d’autres airs militaires.

C’était la fête, la grande fête, du moins dans les villes. Les journaux locaux, coiffés par des «revenants» et par l’autorité militaire, publiaient des reportages délirants. Au peuple affamé, la France victorieuse, riche et puissante, prodiguait son pain blanc, son vin rouge, les menus objets de la vie courante, acompte du bonheur à venir ! On fêtait la libération de la dictature militaire imposée par la Prusse, dictature qui avait engendré la haine et qui jetait un voile sur tous les bienfaits apportés à l’Alsace-Lorraine par l’ancien empire allemand. On chantait la paix retrouvée, la Fin de l’angoisse de guerre, le proche retour des 350 000 Feldgrauen alsaciens-lorrains dans leurs foyers. Pendant que l’Allemagne et l’Europe Centrale étaient menacées par le bolchevisme triomphant en Russie, l’armée française apportait à l’Alsace l’ordre bourgeois et capitaliste.

En célébrant hystériquement le vainqueur, l’Alsace-Lorraine s’identifiait à lui et se fêtait en quelque sorte elle-même ; battue, elle allait se trouver du côté de la victoire, et cela d’autant plus qu’elle prenait davantage ses distances avec l’Allemagne. Elle ne payerait point les fameuses réparations et dettes de guerre, elle en profiterait au contraire ! L’Alsace-Lorraine, plutôt que d’être violée, se réfugiait dans l’illusion d’un don libre et spontané, d’un choix volontaire. En ces jours de folie, les descendants des Germains se crurent les descendants des Gaulois ! Ils feignaient d’imaginer que leur Heimat avait été de toute éternité terre française, qu’elle n’avait point été arrachée par la violence et la ruse au Saint Empire Romain Germanique du XVIIème siècle ; et les illustrations, les montages photographiques, la littérature officielle donnaient une apparence de véracité à cette suggestion collective.

Il se rencontrait aussi, surtout parmi les notables, des simulateurs et des opportunistes, toujours nombreux entre Rhin et Vosges comme en tout pays frontalier. «Parmi les Français les plus fervents, les plus fanatiques même, écrit Baechler, se trouvent beaucoup d’Alsaciens qui étaient autrefois d’ardents défenseurs du germanisme». De son côté, Mgr Kannengieser déclarait : «Quand je passe en revue ceux qui flagornaient le gouvernement allemand à outrance, je m’aperçois que ces mêmes hommes sont aujourd’hui parmi les grands patriotes français, voulant sans doute se faire pardonner ainsi les faveurs du passé»1.

Mais surtout, pesaient d’un grand poids les promesses solennelles faites par la France à l’Alsace-Lorraine. En effet humainement, socialement ou politiquement, l’administration fédérale de l’empire allemand s’était trouvée en avance sur celle de la France «une et indivisible», qui au nom d’abstractions, telles que «Liberté, Egalité, Fraternité» avait colonisé les différentes ethnies de l’Hexagone et des continents, détruisant leurs valeurs culturelles parfois plus anciennes que la France elle-même ! Pour assurer l’annexion de l’Alsace-Lorraine à un Etat politiquement et socialement rétrograde mais victorieux, il fallait que la France promette de respecter l’acquis politique et social du vaincu, c’est-à-dire son originalité ethnique et ses libertés concrètes. La longue liste de ces promesses enjôleuses, qui s’avéreront autant de parjures, commença dès le 24 novembre 1914, lorsque le général Joffre s’adressa aux habitants de Thann en ces termes : «… La France vous apporte, avec les libertés qu’elle a toujours représentées, le respect de vos libertés à vous, des libertés alsaciennes, de vos traditions, de vos convictions, de vos mœurs».

Méfiant, et à juste titre, le maire de Thann, Krumholtz, demanda en 1919 à Joffre de mettre par écrit ses fameuses promesses, et le maréchal s’exécuta de bonne grâce. Enfin, cette promesse, déjà signalée par la presse française du 2 décembre 1914, fut officialisée intégralement par le Bulletin des Armées de la République, le 30 novembre 1924. En outre, le 11 février 1915, le Président de la République Française, Raymond Poincaré, vint confirmer à Saint-Amarin les déclarations faites moins de trois mois plus tôt par le général Joffre, ajoutant que la France respecterait ces «traditions et libertés». C’est du moins ce qu’écrivait un journal sérieux, Le Temps, le 14 février 1915. Vint l’armistice. Les promesses fallacieuses allaient couler à flots… Le 11 novembre 1918, à Paris, Paul Deschanel, président de la Chambre des Députés et futur Président de la République, déclamait lyriquement à l’adresse de l’Alsace-Lorraine : «C’est toute la France… qui respectueuse de vos traditions, de vos coutumes, de vos libertés, de vos croyances, vous apporte toute sa gloire !». Il avait donné le ton. Cinq jours avant de recevoir son bâton de maréchal, Philippe Pétain, le héros de Verdun, s’adressait le 14 novembre 1918 aux troupes qui devaient occuper l’Alsace : «La République Française entend reprendre, dans les pays qui lui reviennent, la tradition de libéralisme que vos pères y avaient établie.

1. Baechler : Le grand tournant de 1918 (1972), p. 106. — O. de Férenzy : La vérité sur l’Alsace (1930). Préface de Mgr Kannengieser, p. IX.

Que les coutumes et les traditions locales, que les croyances religieuses, que les intérêts économiques doivent être respectés, comment les Alsaciens et les Lorrains pourront-ils en douter ?… Ne s’immisçant dans aucune question politique, religieuse ou sociale, le Français ne verra dans les Alsaciens-Lorrains que des frères !»

L’illusion de la liberté était créée : une fois de plus, la conquête militaire scintillait du clinquant de la «libération». Le 17 novembre, Mulhouse accueillait triomphalement les Français ; Colmar, Ribeauvillé, Barr, Obernai, Sélestat firent de même le lendemain. Le 19 novembre, le général Mangin pénétrait dans Metz et déclarait : «L’armée de la République apporte sur le sol lorrain la liberté et la justice. Vos familles, vos biens, seront protégés ; vos institutions, vos traditions seront respectées». Ce fut ensuite Strasbourg, la capitale d’Elsass-Lothringen, puis Brumath, l’ancienne capitale des Germains Triboques, et enfin Haguenau, la capitale préférée des empereurs Hohenstaufen. Des gardes civiques aux brassards Rot un Wiss (rouge et blanc) avaient été mises sur pied pour faire contrepoids aux gardes rouges des socialistes révolutionnaires. En prélude à cette entrée solennelle, le Cercle des Anciens Etudiants, créé et inspiré par l’espion Pierre Bûcher, décidait de démolir les monuments érigés par les Allemands. Le médaillon en bronze d’un Statthalter fut d’abord arraché place de Broglie ; puis la statue équestre de l’empereur Guillaume Ier élevée devant le Kaiserpalast fut renversée et décapitée ; les statues en pierre des trois empereurs Hohenzollern, Guillaume Ier, Frédéric III et Guillaume II, qui ornaient la façade de la Poste Centrale, furent mutilées. Ce comportement iconoclaste étaient d’autant plus révoltant, que de 1870 à 1918, les Allemands avaient scrupuleusement respecté les monuments français ; ils avaient même autorisé le Souvenir Français à en ériger de nouveaux, comme le Monument des Soldats Français morts à Wissem-bourg en 1870, qui fut inauguré en grande pompe le 17 octobre 1909. Les nazis s’en souviendront en 1940 : ils n’eurent qu’à imiter l’exemple donné en 1918 !

Les troupes victorieuses entrèrent donc à Strasbourg dès le 21 novembre 1918 ; à midi, les montres officielles furent mises à l’heure de Paris et les aiguilles rétrogradèrent sur 11 h 05. Un symbole ? Le lendemain, à 10 heures, le général Gouraud présidait à la fête militaire. Opportuniste, le socialiste Jacques Peirotes, en qualité de président du Verwaltungsausschuss du Nationalrat et surtout de maire de Strasbourg, salua le général Gouraud et le Haut-Commissaire d’Alsace-Lorraine, Maringer, en termes aussi pompeux que ridicules ; ils se virent traités de «libérateurs de l’Humanité, de pionniers de la Démocratie et de vainqueurs de la Tyrannie». Il est vrai que les discours patriotiques alsaciens sont toujours écœurants, parce qu’ils sonnent toujours faux ! De leur côté, les Eglises officielles, dans un œcuménisme rare à l’époque, répandaient à l’envi l’encens de leurs panégyriques devant les puissants de l’heure. Partout triomphait la lâche flagornerie : la sentimentalité alsacienne était aux abois. «Ce qu’il y a d’inquiétant, note justement un témoin et acteur de ces journées, Robert Heitz, c’est que les récits qui aujourd’hui peuvent paraître les plus écœurants de sentimentalisme pompeux sont les plus rigoureusement exacts. Mais on se doutait un peu que les émotions les plus sincères sont facilement ridicules»1.

Deux jours plus tard, le 24 novembre 1918, le général Gouraud lançait également sa promesse rituelle : «La France vient à vous… Non seulement elle respectera vos coutumes, vos traditions locales, vos croyances religieuses, vos intérêts économiques, mais elle pansera vos blessures…». Citant ces paroles du général Gouraud dans une conférence à Lyon le 29 novembre 1918, Edouard Herriot ajoutait : «Une telle promesse doit être tenue !». On verra comment Herriot entendait tenir cette promesse en 1924 ! Mais après tout, il était fort possible qu’en 1918 les généraux fussent sincères… et Herriot aussi.

3. Les débuts de l’administration française

Dès 1915, la Conférence d’Alsace-Lorraine réunie à Paris avait proposé de diviser l’Alsace-Lorraine reconquise en trois départements gouvernés par des préfets subordonnés à un Commissaire Général de la République nommé par le gouvernement et destiné à remplacer d’une certaine manière l’ancien Statthalter de l’empire allemand. Ce Commissariat Général était considéré comme une étape provisoire, de courte durée, précédant l’intégration totale des trois départements dans le système uniforme français. Deux mois avant l’armistice, le 15 septembre 1918, un premier pas en ce sens avait été la création à Paris du Service Général d’Alsace-Lorraine dont le but était de préparer les modalités d’absorption de l’Alsace-Lorraine par la France. Ce Service Général d’Alsace-Lorraine accoucha d’un premier décret, signé le 15 novembre par le président Poincaré et Clemenceau. Il s’agissait trouvait remplacé par le Haut-Commissaire de la République et les Bezirkspräsidenten par des Commissaires de la République.

1. Robert Heitz : Souvenirs de jadis et de naguère (1964), p. 66.

A la direction de chaque Kreis ou arrondissement, le décret plaçait une Mission Militaire Administrative. Georges Maringer fut ensuite nommé Haut-Commissaire à Strasbourg. Chargé de l’administration de la Basse-Alsace, il dirigeait les deux Commissaires Léon Mirman et Henry Poulet, installés à Metz et à Colmar, chargés le premier de la Lorraine et le deuxième de la Haute-Alsace. A partir de ce 15 novembre 1918, la hiérarchie administrative était la suivante : les Missions Militaires des arrondissements étaient subordonnées à Maringer, Mirman et Poulet ; ces deux derniers étaient subordonnés à Maringer qui lui-même dépendait étroitement du ministre de la Guerre et Président du Conseil des ministres, alors Georges Clemenceau.

Le décret du 15 novembre 1918 ramenait l’Alsace-Lorraine politiquement en arrière, pratiquement à la loi allemande du 30 décembre 1871. Plus grave encore, ce décret violait l’article 5 de la convention d’armistice signée quatre jours plus tôt, et qui prévoyait le maintien de l’administration locale sur la rive gauche du Rhin, cette administration locale devant passer à partir du 11 décembre sous le simple contrôle militaire. Ainsi ce décret signifiait clairement que la République Française ne reconnaissait pas le Nationalrat, car à cette date, les troupes françaises n’avaient pas encore fait leur entrée triomphale dans le Land Elsass-Lothringen et les généraux — le cas de Joffre en 1914 mis à part — n’avaient pas encore proclamé leurs promesses solennelles.

Comme aucune protestation sérieuse ne pouvait s’élever contre ces violations flagrantes de la convention d’armistice, Poincaré et Clemenceau signèrent un second décret, le 26 novembre 1918, qui abrogeait pratiquement la Constitution du Land Elsass-Lothringen, constitution que les autonomistes avaient arrachée de haute lutte à l’empire allemand en 1911. On peut à bon droit rester étonné d’une telle procédure : un simple décret supprimant une loi organique aussi importante qu’une Constitution ! Par ce décret du 26 novembre, ironiquement appelé «November-Verfassung» (Constitution de Novembre), le Service Général d’Alsace-Lorraine, qui avait été constitué le 15 septembre 1918 autour de Clemenceau, recevait pour mission de centraliser à Paris l’administration des trois Commissaires de la République de Metz, de Colmar et surtout de Strasbourg. Décisions et responsabilités étaient ainsi monopolisées par la capitale centralisatrice. Nouvelle violation de l’article 5 de la convention d’armistice et nouvelle aliénation de l’Alsace-Lorraine !

Outre ce travail de centralisation, le Service Général d’Alsace-Lorraine reçut le pouvoir «de coordonner l’action des œuvres de protection ou assistance en faveur des Alsaciens ou Lorrains». A partir de ce moment, le gouvernement français affectait de ne plus parler d’Alsace-Lorraine, mais d’Alsace et de Lorraine, nuance qui indiquait la volonté de détruire l’entité politique et étatique créée après 1871.
Une troisième mission était confiée au Service Général d’Alsace et Lorraine : régler les questions posées par la réintégration des territoires conquis. A cette fin, chaque ministre, au besoin chaque grand service, déléguait un représentant au Service Général pour :

«1°) Coordonner et contrôler au nom et par ordre du Président du Conseil, sur toute l’étendue des territoires recouvrés d’Alsace et de Lorraine, le fonctionnement des services relevant du département ministériel qu’il représente ;
2°) assurer la liaison avec les services de ce département ;
3°) étudier l’organisation définitive à donner aux territoires après la signature de la paix».

L’article 4 du décret du 26 novembre 1918 plaçait le Service Spécial d’Alsace et de Lorraine sous l’autorité d’un secrétaire d’Etat à Paris, Jules Jeanneney (1864-1957), parent du Haut-Commissaire Maringer. Jeanneney était assisté par un Conseil Supérieur d’Alsace et Lorraine, pseudo-Landesausschuss, essentiellement composé de fonctionnaires sûrs et siégeant à Paris :

1°) Le président Louis Barthou, et cinq vice-présidents de l’ancienne Conférence d’Alsace-Lorraine créée dès février 1915 ;
2°) les présidents des dix sections d’études d’Alsace-Lorraine, instituées dès le 22 août 1917 ;
3°) le président de la Commission interministérielle de classement des Alsaciens-Lorrains ;
4°) douze personnalités alsaciennes ou lorraines, dont neuf choisies par les trois Commissaires de Metz, Colmar et Strasbourg ;
5°) le directeur du Service Général d’Alsace et Lorraine, le directeur des Affaires Politiques, le directeur des Affaires Administratives au ministère des Affaires Etrangères.

Sur un total de 32 conseillers supérieurs siégeant à Paris, on ne comptait que 12 Alsaciens-Lorrains, c’est-à-dire des Alsaciens et des Lorrains qui avaient opté pour la France après 1871 ou des bourgeois francisés connaissant bien la langue française. Le Volkstum Elsass-Lothringen ne s’y trouvait absolument pas représenté.
Or, ce même mardi 26 novembre où fut signée la «November-Verfassung» qui dépouillait l’Alsace-Lorraine de sa Constitution et de son autonomie, catholiques, protestants et juifs de Strasbourg nageaient encore dans la béate euphorie des lâches illusions, rivalisant d’offices solennels d’actions de grâces, au milieu d’un grand concours d’officiers et de généraux des troupes françaises mais où manquait le vrai peuple.

4. La mort du Nationalrat

De fait, l’action d’uniformisation était facilitée par le manque de courage civique des élus du Nationalrat. Après la neutralisation du plan Ricklin (qui devait créer une République d’Alsace-Lorraine pouvant négocier son retour à la France par un contrat d’association garanti par les Etats de la Conférence de la Paix et assurant l’autonomie à l’Alsace-lorraine dans le sein de la Illème République), après surtout l’ignoble «exécution» de l’ancien Staatssekretär Karl Hauss, le Nationalrat n’avait plus grand avenir. Cette décadence, amorcée déjà avant l’entrée des troupes françaises à Strasbourg les 21 et 22 novembre 1918 devait encore s’accentuer.

Avant cette date, le Nationalrat, sous la direction contestée du président Eugène Ricklin, s’était borné à collaborer avec les Soldaten- und Arbeiterräte, aux affaires de ravitaillement, à la sécurité des transports, à l’accueil des émigrés et des fugitifs, à la démobilisation des militaires rentrant du front, au rapatriement des fonctionnaires alsaciens-lorrains employés en Prusse ou dans les autres Etats Allemands, à la récupération des cloches non encore fondues, à l’achat de chevaux et de voitures pour les paysans.

Le 15 novembre 1918, jour de la proclamation de la République au Wurtemberg et en Bohême, dans une déclaration unanime, le Nationalrat assurait de sa protection les Allemands «Alt-Deutsche Einwohner» établis en Alsace-Lorraine, tant en ce qui regardait leurs personnes que leurs familles et leurs biens. De plus, il s’engageait à intervenir en leur faveur pour qu’ils puissent continuer à demeurer en Alsace-Lorraine. On verra quel fut leur triste sort.

Le 19 novembre 1918 arrivait du gouvernement de Berlin un télégramme daté du 17 novembre. Il attirait l’attention du Nationalrat sur le fait que l’occupation du Land Elsass-Lothringen par les troupes françaises n’était que provisoire et que l’armistice n’était signé que pour 36 jours ; en outre, un plébiscite était prévu pour la population. Ce télégramme reflétait la position prise alors par le Président des Etats-Unis Wilson et par le chef du cabinet britannique Lloyd George en faveur des minorités. Ricklin se hâta de faire remarquer que ce télégramme exposait le point de vue allemand, sans poids ni influence alors au Nationalrat. Mais était-il vraiment renseigné sur la position respective des différents Etats de l’Entente au sujet de l’Alsace-Lorraine, et une fois de plus ne s’est-il pas trompé ? Toujours est-il qu’il n’utilisa point les possibilités fournies par le télégramme berlinois. Le lendemain 20 novembre 1918, jour de la remise des premiers U-Boot allemands aux Anglais, le Nationalrat accordait par ordonnance l’amnistie à tous les condamnés politiques se trouvant sur le sol d’Elsass-Lothringen. Ainsi, à défaut d’un comportement courageux et lucide, le Nationalrat se montrait au moins utile dans sa première étape. Mais après l’entrée des troupes victorieuses à Strasbourg, le Nationalrat perdit pied.

A partir de ce moment, en effet, les membres du Nationalrat n’étaient plus pris en considération en tant que tels, en tant que députés, mais uniquement en tant que notables individuels à qui l’autorité militaire daignait s’adresser pour des renseignements et éventuellement des conseils. Ils devenaient des marionnettes chargées de donner une certaine représentativité aux Comités de Réception créés par les agents français et qui organisaient les fêtes, les défilés… Et lors de la solennelle réception officielle du Maréchal Pétain à Strasbourg le 25 novembre 1918, on avait tout simplement «oublié» d’inviter les membres du Nationalrat !… Profondément mortifiés, les députés du Nationalrat cherchèrent à se revaloriser et à redorer leur blason. Ils firent comprendre au Dr Eugène Ricklin qu’il n’était pas assez «tricolore» pour accueillir le Président de la République, Raymond Poincaré. Ils remplacèrent donc le 28 novembre 1918 le Dr Ricklin par leur doyen d’âge, l’équivoque abbé Nicolas Delsor, à la fois adversaire de Karl Hauss et de Ricklin. Le curé de Marlenheim, fils d’Auvergnat, après avoir joui durant vingt années des honneurs du Reichstag, rêvait-il maintenant de faire une autre carrière politique au Parlement français ? Ou bien pensait-il jeter du lest pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire les intérêts de l’Eglise catholique en ce qui concernait le Concordat et la Loi Falloux, tous deux abolis en France ? Toujours est-il que Delsor allait lancer le Nationalrat dans une lamentable et basse surenchère patriotique, dont l’Alsace devait si souvent offrir le spectacle.

L’abbé Delsor commença donc par envoyer des télégrammes serviles à Poincaré et à Clemenceau. Poincaré répondit qu’il était «très sensible aux souhaits de bienvenue que lui adressent par avance les élus du suffrage universel de l’Alsace et de la Lorraine», faisant allusion au cliché des «frères retrouvés». Quant au «Tigre», avec un sens plus aigu de la fierté face à la flagornerie, il dédaigna simplement de répondre à Delsor ; pas même un accusé de réception ! Peut-être pensait-il à janvier 1904 et aux attaques de l’abbé Delsor contre le gouvernement anticlérical de Paris ?

Dans un dernier sursaut d’honneur et du sens des responsabilités, et qui sait, de honte d’avoir trahi le Volkstum Elsass-Lothringen, certains membres du Nationalrat tentèrent d’obtenir quand même quelques garanties écrites de la part de la France. Le 3 décembre 1918, le chanoine Eugène Muller avait rédigé un projet ainsi conçu : «… Nos provinces seront fières de devoir à la mère-patrie retrouvée, avec la sauvegarde de leurs libertés, de leurs traditions, de leurs croyances, qui leur a été solennellement garantie par les chefs de l’armée victorieuse, une nouvelle ère de prospérité et de bonheur». Ce texte n’était assurément pas un chef-d’œuvre. Il parle de «province» et ce mot désigne un «pays vaincu» ; il parle de «Mère-Patrie», et cette expression désigne une métropole par rapport à sa colonie ; il parle enfin de «retrouvailles» là où il s’agit en réalité d’une «reconquête» militaire. Mais enfin, ce texte avait du moins le mérite de faire allusion à l’Elsass-Lothringertum pour le respect duquel les généraux avaient donné leur caution.

Le lendemain, le Dr Eugène Ricklin, fort bien inspiré cette fois, proposait l’addition suivante après le mot «sauvegarde» : «(…la sauvegarde) de notre langue, de nos institutions religieuses, de notre individualité administrative dans la mesure où le permet l’unité de la République, ainsi que nos intérêts économiques». Malheureusement, l’abbé Haegy, le chanoine Millier et quelques autres députés, qui auraient voté en faveur de l’addition Ricklin, ne purent assister à la séance du 4 décembre, de sorte que l’amendement ne recueillit que l’appui du chanoine Didio, ancien sous-secrétaire d’Etat du ministère Karl Hauss, du curé Heymes et de trois autres membres. La majorité estimait l’addition Ricklin trop précise, et dans la crainte de froisser le vainqueur, elle n’en retint que la sauvegarde bourgeoise des intérêts économiques.

Il y eut pire ! Sur la proposition du socialiste Jacques Peirotes qui s’alignait déjà sur les mots d’ordre de Paris et qui tournait le dos à l’autonomie, le projet primitif du chanoine Muller fut amputé de sa clause primordiale : «la sauvegarde de nos libertés» ! Dans cette triste assemblée de pleutres, les Lorrains se distinguèrent par une flagornerie exceptionnelle. Au projet Muller déjà deux fois modifié et dénaturé, ils demandèrent que l’on ajoutât : «L’Assemblée Nationale, préoccupée de ne laisser subsister ni en France, ni chez les nations alliées, ni chez les neutres, ni chez l’ennemi, le moindre doute sur les sentiments véritables des Alsaciens et des Lorrains, constate que l’agitation neutraliste était l’œuvre d’une infime minorité ou d’agents allemands, et déclare solennellement que, fidèle interprète de la volonté constante et irréductible de la population de l’Alsace et de la Lorraine, exprimée en 1871 par ses représentants à l’Assemblée de Bordeaux, elle considère à jamais comme inviolable et imprescriptible le droit des Alsaciens et des Lorrains de rester membres de la famille française. L’Assemblée Nationale estime comme un devoir avant de s’ajourner, de proclamer à son tour la rentrée de l’Alsace et de la Lorraine dans le droit, leur rattachement à la France indiscutable et définitif».

Inutile de dire que cette longue capitulation et abdication imposée par les Lorrains au Nationalrat avait été réclamée par Paris afin de prendre de court les Allemands et de les contraindre à renouveler le 13 décembre 1918 la signature de la convention d’armistice. Par la même occasion, le gouvernement français se donnait des atouts contre les mouvements neutralistes et autonomistes qui reprenaient vigueur.
Persuadé que le Nationalrat sauverait son existence par ses capitulations, son président, le chanoine Nicolas Delsor, convoqua tout le beau monde de Strasbourg à une «Solennelle Séance Plénière de l’Assemblée Nationale», le lendemain, jeudi 5 décembre 1918 à 15 h 30. Ce fut un vrai cirque mélodramatique. Officiers, journalistes, représentants parisiens, tous ces étrangers garnissaient les tribunes, mais l’Alsace authentique était absente. Delsor donna lecture de la proposition préparée la veille : elle fut votée publiquement, par «assis et levé», évidemment à l’unanimité, et son affichage fut ordonné dans toutes les communes d’Alsace-Lorraine. Après cette comédie, Delsor ajouta ces paroles ahurissantes : «Les hommes d’Etat qui revendiquent le plus énergiquement pour les peuples le droit de disposer librement et souverainement de leurs destinées peuvent être en ce qui concerne l’Alsace-Lorraine pleinement satisfaits. Le référendum n’a plus de raison d’être, il est fait ! (Vifs applaudissements) Il s’est accompli dans un enthousiasme indescriptible de village en village, de cité en cité, sur les pas triomphants de nos légions victorieuses ! (Vifs applaudissements)». Ces paroles également avaient été dictées par Paris, pour fermer la bouche aux Américains et aux Anglais qui, comme les Allemands, réclamaient l’application du plébiscite en Alsace-Lorraine.

Pareilles confusions politiques et psychologiques laissent perplexe. Comment peut-on assimiler le référendum ou plébiscite, vote individuel, anonyme et secret, organe de la démocratie directe, à un vote public par «assis et levé», en présence du vainqueur invité précisément pour assister à ce simulacre et effectué dans la fièvre par quelques dizaines de députés nullement élus pour cette opération — députés qui avaient juré fidélité à la Constitution alsacienne-lorraine de 1911 — députés qui par un coup d’Etat avaient transformé le Landtag en Nationalrat, et qui de toute façon n’étaient que les organes de la démocratie indirecte ?

Comment peut-on assimiler à un référendum individuel, secret et anonyme, l’accueil fait aux troupes victorieuses apportant enfin la paix et organisé par des agents français dans des villes épuisées par cinq années de guerre et de privations innombrables, sous un régime de dure dictature militaire ? Comment peut-on proclamer le rattachement du Land Elsass-Lothringen à la France, alors que l’Alsace-Lorraine se trouvait toujours dans la situation de territoire allemand occupé, conformément aux articles de la convention d’armistice et valables au moins jusqu’au 17 décembre 1918 à 12 h ? Comment enfin peut-on parler sérieusement de «nos légions victorieuses», alors que 380 000 Alsaciens-Lorrains étaient — morts ou vifs — des «Feldgrauen» vaincus ? Où est la vérité ? Où est le droit ? Où sont la pudeur du vaincu et la fierté du héros malheureux ? Où est la dignité humaine ?

Mais toutes ces flagorneries bourgeoises ne modifièrent en rien l’inéluctable cours des événements. Les jeux étaient faits, et une fois de plus, sans le peuple alsacien-lorrain.
Le 9 décembre 1918, accompagnés de plus d’un millier de politiciens et de parlementaires, le Président de la République Raymond Poincaré et le Président du Conseil Georges Clemenceau faisaient à leur tour une entrée triomphale dans Strasbourg. Anticipant gaillardement sur le futur traité de Versailles, le gouvernement de Paris prenait possession de sa conquête pour mettre les Alliés devant le fait accompli.

A la mairie de Strasbourg, l’illustre cortège n’aurait même pas accordé un regard aux membres du Nationalrat assemblé, si le chanoine Muller n’avait pris sur lui d’arrêter le «Tigre» pour lui présenter, comme par hasard, les véritables et lamentables détenteurs de la souveraineté du peu­ple d’Alsace-Lorraine.
Quelle humiliation pour le président du Nationalrat, l’abbé Delsor ! Quant à l’ancien président de la «Volkskammer» du Landtag Elsass-Lothringens, ancien député au Reichstag, et créateur du Nationalrat, le Dr Eugène Ricklin, c’est debout sur la pointe des pieds au milieu de la foule anonyme qu’il a dû assister aux cérémonies fastueuses de la visite du gouvernement français !
Il était clair que le gouvernement français ne reconnaissait plus d’autre autorité que la sienne, celle du vainqueur militaire ; il n’admettait plus d’autre source de pouvoir que celle de Paris, que celle d’un gouvernement centraliste.

Dix jours plus tard, le 19 décembre, les membres humiliés du Nationalrat se réunirent en séance privée pour adresser un Mémoire au ministre de la Guerre et Président du Conseil, Georges Clemenceau, autorité suprême de fait en Alsace-Lorraine. Delsor commençait une fois de plus par plier l’échiné en reconnaissant que le Nationalrat «n’a plus le pouvoir législatif et que la pensée de le réclamer à nouveau lui est complètement étrangère». Il abdiquait sans condition le pouvoir démocratique de l’ethnie alsacienne-lorraine.
Delsor déclarait ensuite ne point vouloir revendiquer pour «l’Alsace et la Lorraine les privilèges d’un Etat autonome en-dehors de l’unité française». Comme si une autonomie au sein de la République Une et Indivisible était concevable par Clemenceau ! Le Nationalrat rampait, et il rampait fort bas !

Enchaînant sur ces deux abdications, Delsor affirmait timidement : «Le Conseil National ne croit pas outrepasser les droits des élus du suffrage universel en se regardant encore comme représentant la démocratie alsacienne et lorraine». Et dans un dernier sursaut de dignité et de fierté, il rappelait les droits politiques acquis sous le régime allemand : «L’Alsace et la Lorraine ont eu jusqu’ici à Strasbourg, dans le Ministère d’Alsace-Lorraine, une administration centrale pour toutes les questions fiscales, scolaires, judiciaires, culturelles, etc., qui n’étaient pas du ressort de l’Empire. Même certaines administrations impériales, comme les chemins de fer, les assurances ouvrières, avaient à Strasbourg des directions revêtues de pouvoirs assez étendus. Le Conseil National ne voit pas sans une certaine inquiétude le passage trop rapide de ce régime au régime départemental, qui ferait dépendre trop directement les commissaires départementaux des services établis à Paris».
Indirectement, Delsor et ses amis reconnaissaient qu’ils avaient fait fausse route en livrant l’Alsace-Lorraine sans aucune garantie à la France. Mais il était trop tard. Faute de pouvoir agir sur le volant de direction, les membres du Nationalrat tentaient de freiner la course à l’abîme. Clemenceau fit traîner sa réponse qui ne fut expédiée de Paris que le 14 janvier 1919. C’était une lettre strictement confidentielle et non officielle, adressée non point directement à Delsor, président du Nationalrat, mais au Haut-Commissaire Maringer, «une vieille ganache» d’après Robert Heitz. Elle révèle le frémissement du «Tigre» tenant sa proie : «J’ai une satisfaction égale à constater que sur les trois points essentiels, l’accord est complet entre le Gouvernement et les auteurs de la motion :

1 ) on y écarte que le Conseil National puisse avoir aucune attribution législative ;
2°) on y repousse pour l’Alsace-Lorraine le privilège d’une autonomie, avec laquelle l’unité et l’indivisibilité de la nation française seraient incompatibles ;
3°) on n’y méconnaît pas la nécessité de faire (avec discernement, mais dès maintenant) évoluer certains services d’Alsace et de Lorraine vers le cadre départemental d’institutions françaises».

Enfin, si Clemenceau avalisait la possibilité pour le Nationalrat de donner des avis au Haut-Commissaire Maringer, c’était uniquement à titre individuel, pour chacun de ses membres, et non en tant que corps constitué. Il ne pouvait plus habilement dissoudre la représentation authentique du peuple d’Elsass-Lothringen, tant il est vrai que la ruse gouvernementale a toujours eu facilement raison des élus alsaciens et lorrains. Mais Nicolas Delsor et ses amis du Nationalrat étaient tellement entrés (ou tombés ?) dans le jeu du gouvernement français, qu’on peut se demander si finalement le Mémoire du 19 décembre 1918 n’était pas aussi le résultat d’une habile manœuvre dirigée de Paris. Toujours est-il, qu’à partir de ce 14 janvier 1919 où Clemenceau répondit au Nationalrat, ce dernier n’était plus que l’ombre de lui-même, et sa dernière manifestation publique eut lieu le 11 septembre 1919, aux obsèques discrètes du bon Mgr Adolf Fritzen, évêque de Strasbourg de 1891 à 1919. C’étaient aussi les propres funérailles du Nationalrat !

5. Le racisme français et les Commissions de Triage

Les origines du racisme des temps modernes sont à chercher auprès du comte Arthur de Gobineau. Le premier, il avait attiré l’attention sur certains problèmes importants soulevés par l’existence de races humaines différentes dans son Essai sur l’Inégalité des Races Humaines (1854). Ce racisme prit rapidement une coloration politique destinée à justifier la colonisation des vaincus, c’est-à-dire des races inférieures, par les vainqueurs, c’est-à-dire les races supérieures. Comme beaucoup de bourgeois impérialistes, le ministre Jules Ferry partageait ces idées. Le 28 juillet 1885 par exemple, il avait déclaré à la Chambre des Députés : «Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures».

Mais l’idée raciste de répartir les Alsaciens-Lorrains en quatre races est à mettre au compte (déjà sinistrement chargé) du député fugitif de Ribeauvillé, l’abbé Emile Wetterlé. Dès les 19 et 26 avril 1915, la Conférence d’Alsace-Lorraine avait adopté ses idées et ses suggestions : au fur et à mesure que les troupes françaises pénétreraient en Alsace-Lorraine, elles distribueraient immédiatement quatre modèles de cartes d’identité. Ces cartes furent officiellement instituées par l’arrêté ministériel du 14 décembre 1918.

La carte Modèle A, barrée aux couleurs tricolores, était remise aux habitants dont les parents et les grands-parents étaient nés en France ou en Alsace-Lorraine. Les détenteurs de la carte A se trouvaient volens nolens «réintégrés de plein droit».
La carte Modèle B, barrée de deux traits rouges, était imposée aux habitants dont un des membres de la famille était d’une origine dite étrangère, c’est-à-dire non française et non alsacienne-lorraine.
La carte Modèle C, barrée de deux traits bleus, était attribuée aux Alsaciens-Lorrains dont les deux branches paternelles et maternelles étaient originaires de pays alliés à la France ou restés neutres durant la guerre de 1914-1918.
La carte Modèle D, sans aucune barre de couleur, était réservée aux «étrangers des pays ennemis», entendez par là aux descendants d’Allemands, d’Autrichiens, de Hongrois ou d’autres peuples des Empires Centraux. Cette carte D revenait aussi à leurs enfants, même s’ils étaient nés depuis 1870 en Alsace-Lorraine !

Cette ségrégation raciste était foncièrement ignoble. D’abord, elle disloquait les ethnies alémanique et francique d’Alsace-Lorraine en leur surimprimant l’unité artificielle de l’Hexagone ; elle les coupait de leur milieu naturel, du reste de leurs Stämme, pour les constituer en minorités rejetées à la périphérie de la France. En effet, les Alsaciens-Lorrains forment un des éléments des peuples rhénans, le peuple alémanique et le peuple francique ; ces peuples, de part et d’autre du Rhin, sont naturellement unis par les liens raciaux, familiaux, économiques, linguistiques et culturels. Ethniquement, le Badois et le Suisse ne sont pas des étrangers pour les Alsaciens, ni les Sarrois, les Luxembourgeois ou les habitants du Palatinat (Pfalz) pour les Lorrains ; ce sont au contraire les Parisiens qui sont des étrangers à l’ethnie alémanique et à l’ethnie francique. Les frontières, «cicatrices de l’histoire», séparent donc les Alamans et les Franciques d’Alsace-Lorraine de leurs frères naturels et les rattachent à des frères artificiels. Dans le cadre du mythe politique de la «Nation», l’Education Nationale s’acharne à déraciner les ethnies de leur passé historique et culturel authentique pour lui substituer un passé mensonger et une culture qui ne sont pas les leurs.

Sur le plan économique également, cette séparation par la pseudo-frontière est un malheur pour l’Alsace-Lorraine. «Au cœur de l’Europe, l’Alsace est le fléau d’une balance qui penche fortement vers l’Est… Le partage politique de la portion rhénane supérieure de l’axe en deux territoires, le badois et l’alsacien, est intervenu dans l’histoire alsacienne comme l’élément perturbateur d’un développement axial. La configuration finistérienne imposée par les frontières à l’Est, au Nord et de façon moindre au Sud, a entravé les capacités d’intégration de la région à l’axe européen depuis le développement des nationalismes au XIXème siècle»1. Mais surtout ce racisme scandaleux disloquait et détruisait les liens sacrés de la famille. Prenons le cas d’un Alsacien-Lorrain de souche, un Alt-Elsass-Lothringer comme on dit. Si entre 1871 et 1918 il avait épousé une Alsacienne-Lorraine dont le père ou la mère, ou l’un des quatre grands-parents était né au grand duché de Bade ou en Sarre, le mari recevait la carte Modèle A et sa femme la carte Modèle B ; leurs enfants mineurs en 1918 recevaient la carte Modèle A du père, et leur enfants majeurs la carte Modèle B de la mère ! Si maintenant notre Alsacien avait directement épousé une Badoise, c’est-à-dire une femme de la même ethnie (Stamm), le père recevait toujours la carte Modèle A, mais la mère ne recevait que la carte Modèle D et les enfants la carte Modèle B !…

Ces cartes d’identité raciale jouaient un rôle discriminatoire en de multiples occasions, comme pour l’échange de la monnaie allemande contre de la monnaie française, l’établissement des listes électorales, la liberté de circulation, etc. Ordinairement, seuls les titulaires de la carte Modèle A passaient pour être Français. Contrairement à la convention d’armistice, la France avait déclaré illégale la monnaie allemande en Alsace-Lorraine après le 15 décembre 1918 et elle avait imposé la monnaie française. Or, un porteur de la carte d’identité Modèle A échangeait son mark contre 1,25 F et un porteur de la carte Modèle D échangeait son mark contre seulement 0,74 F. Le premier touchait donc 125 francs pour 100 marks tandis que le second devait se contenter de 74 francs.

Pendant la guerre déjà, le gouvernement français avait fait connaître sa volonté d’expulser 400 000 «indésirables» (Alt-Deutsche et même Alt-Elsass-Lothringer), coupables d’avoir cru de bonne foi que par les 546 «oui» contre 107 «non», la France avait accepté en 1871 la cession de l’Alsace-Lorraine à l’empire allemand et que le traité de Francfort avait été établi avec toutes les garanties juridiques internationales d’alors… ! Dès 1917, le funeste abbé Wetterlé avait dressé la liste des «têtes de boches» (c’est le titre d’un de ses ouvrages !) à éliminer en priorité. Dans cette triste affaire, aussi inhumaine qu’anti-chrétienne, il s’est malheureusement trouvé chez nous des «patriotes» pour égarer les Français. Dans La Vérité sur l’Alsace, Oscar de Férenzy l’affirme formellement : «Toute la responsabilité en incombe à des Alsaciens qui ont réussi à convaincre les autorités françaises que la présence en Alsace de tels de leurs concitoyens présentait un danger.»

1. Richard Kleinschmager : L’économie alsacienne en question (1974), pp. 13 et 14.

En considérant aujourd’hui les événements avec sang-froid, on reconnaît ce qu’il y avait d’odieux à chasser de leur propre pays des Alsaciens que le traité de paix allait réintégrer dans leur nationalité française, cela uniquement parce qu’ils avaient peut-être manifesté quelque servilité à l’égard du gouvernement allemand dont ils étaient les fonctionnaires, parce qu’ils avaient misé sur la mauvaise carte et pavoisé, avec plus ou moins d’enthousiasme, à l’annonce des victoires allemandes. Et que s’est-il passé ? Les dénonciations pleuvaient, émanant des gens les moins recommandables qui, pour se venger d’un ennemi personnel, pour se débarrasser d’un créancier gênant ou d’un concurrent, parfois tout simplement pour faire oublier leur propre passé, se livraient à la plus misérable délation»1.

A la suite des troupes françaises, des bandes de «patriotes français» parcouraient les rues des villes, pillaient les magasins des uns, baissaient le rideau métallique des autres en leur interdisant tout commerce. Chaque magasin devait afficher la nationalité de son propriétaire ; les firmes qui avaient exploité le privilège de fournir la Cour Impériale du Kaiser se hâtèrent de faire de la surenchère patriotique et apposèrent de grands placards tricolores : Maison essentiellement française ! Durant la dictature militaire de 1914-1918 parler français était jugé séditieux. Sous la dictature patriotique d’après 1918, parler en Hochdeutsch ne l’était pas moins. Au mépris de la convention d’armistice et de la plus élémentaire justice, les personnes expulsées ne pouvaient emporter que 30 kg de bagages et une somme d’argent strictement limitée. A Strasbourg, les victimes innocentes devaient, en colonne et à pied, parcourir le chemin jusqu’au pont de Kehl. Les «patriotes français», qui avaient constitué des Comités d’Accueil les y attendaient : des femmes hystériques, des voyous injuriaient les expulsés, leur crachaient au visage, leur lançaient des crottins de cheval2. Dans la Strassburger Neue Zeitung du 3 décembre 1918, Haniel, spectateur sadique et cynique, étalait sa joie perverse en rapportant ces faits révoltants. Un témoin, toujours vivant, se rappelle avec indignation la haine diabolique fomentée à Colmar par les «patriotes français». C’était en 1919. On allait expulser en camions militaires des Alt-Deutsche qui depuis presque un demi-siècle s’étaient entièrement identifiés avec les Alsaciens et faisaient souvent partie de la même ethnie alémanique.

1. Oscar de Férenzy : La Vérité sur l’Alsace (1930), p. 41.
2. Ces voyous étaient souvent payés par les «patriotes», comme ce Strasbourgcois qui déclarait au pont de Kehl : «Fer fénf Frankc hâv ich jetzt genô gspitzt ! (Pour cinq francs, j’ai maintenant assez craché !)».

On les rassembla dans la cour du Cercle Saint-Martin. S’y trouvait l’un des plus haineux «grands patriotes», Jean-Jacques Waltz, dit Hansi, qui excitait une bande de jeunes gamins irresponsables à hurler des chansons injurieuses à l’adresse de ces innocentes victimes. Parmi les malheureux, une femme avec un nouveau-né dans les bras ; le bébé pleurait et la mère pour le calmer voulut lui donner du lait, lorsqu’une furie se précipita sur elle, arracha le biberon des mains de la mère, en versa le contenu sur le sol en criant : «Un enfant boche ne boira pas du lait français !»

Le plus célèbre proviseur du lycée de Colmar avant la guerre de 1914 était Gustav Gneisse, originaire de la Saxe prussienne, exactement de Naumburg-an-der-Saale, où était né le célèbre égyptologue Lepsius. Gneisse avait fréquenté la fameuse Ecole de Schulpforta, près de Halle, pépinière d’hommes remarquables. Il avait achevé ses études universitaires à Strasbourg avant d’entrer dans le corps enseignant d’Elsass-Lothringen. Ses élèves, dont plusieurs vivent encore, rendent un hommage chaleureux à la compétence et au dévouement de cet enseignant. Sauf évidemment les mauvais élèves, et parmi ces cancres, notre J.J. Waltz, dit Hansi. Sous le titre de Professeur Knatschké, Hansi caricatura et traîna dans la boue l’illustre maître qui d’ailleurs n’avait jamais porté un quelconque uniforme militaire. Vieillard presque aveugle, Gustave Gneisse vivait retiré à Colmar, lorsqu’en 1919 la police se présenta à son domicile pour lui notifier l’ordre d’expulsion1… Le fanatisme patriotique de Hansi n’en réclamait pas moins !

Mgr Willibrord Benzler, bénédictin et évêque de Metz, avait courageusement défendu les Lorrains durant la guerre de 1914-1918 ; il n’en fut pas moins avisé qu’il aurait à se présenter à la gare centrale de Metz le 27 août 1919 «avec 30 kg de bagages au maximum, 2 jours de vivres et au plus 2 000 marks en argent de poche», pour être expulsé avec un groupe d’autres Allemands. Son vicaire général et futur successeur, Mgr Pelt, intervint et finit par obtenir que l’évêque de Metz pût quitter son diocèse par Sierck et Perl, pour se retirer à Lichtental, comme archevêque titulaire d’Attala, où il mourut le 16 avril 1921 ; il est enterré à l’abbaye de Beuron. Quant à l’excellent évêque de Strasbourg Mgr Adolf Fritzen, c’est la mort seule qui le 9 septembre 1919 lui permit de demeurer au milieu de ses fidèles en Alsace ; nous avons vu comment son discret enterrement le 11 septembre 1919 fut la dernière manifestation du Nationalrat.

1. En 1940, la fille du professeur Gneisse devint sage-femme à Turckheim el y recueilli! son vieux père qui mourut peu après 1945.

Les deux principaux responsables de ces expulsions étaient l’officier d’état-major du général Gouraud, le général Vandenberg, et le Haut-Commissaire Maringer, «la grande ganache». De novembre 1918 à septembre 1920, 111 915 habitants durent brutalement quitter l’Alsace-Lorraine : environ 15 000 en décembre 1918 et janvier 1919 ; puis de février 1919 à septembre 1920, 29 083 hommes, 29 492 femmes et 36 840 enfants, auxquels il faut ajouter environ 1 500 soldats qui préférèrent rester en Allemagne et qui ne rentrèrent pas dans leurs foyers. Or, après 1870-1871, les Allemands n’avaient expulsé personne. De ce comportement inauguré par la France, les nazis se souviendront hélas en 1940…

La troisième initiative néfaste de l’abbé Wetterlé consista dans les Commissions de Triage. Dès 1915, dans sa brochure La Grande-Guerre : l’Alsace-Lorraine, il proposait l’expulsion de tous les immigrés venus en Alsace-Lorraine depuis 1871, ainsi que de leurs descendants. En 1917, dans Têtes de boches, il s’en prenait même à d’authentiques Alt-Elsass-Lothringer : «Avec les Bulach, les Pétri, les Ricklin, les André Kiener, les Nordmann, les Lehmann et les Hans Kuntz, les deux Wolf devront s’en aller rejoindre, de l’autre côté du Rhin, les Allemands vaincus. Ayant déjà de plein gré léché les pieds des maîtres prussiens de l’Alsace, il ne leur en coûtera sans doute pas beaucoup de continuer cette malpropre opération, même après l’évanouissement de leurs rêves ambitieux».

Sur les conseils de ce prêtre égaré par le nationalisme, Clemenceau fit paraître dès le 2 novembre 1918, donc une semaine avant l’armistice, une instruction ministérielle qui ordonnait la création des Commissions de Triage immédiatement après l’entrée des troupes sur le territoire ; le prétexte avancé était celui d’assurer la sécurité militaire conformément à l’article 9 de la loi du 9 août 1849…
Ces Commissions de Triage étaient de deux sortes : de première et de deuxième instance.

Les Commissions de Triage de première instance avaient comme président un officier du service d’espionnage et comprenaient un collaborateur alsacien-lorrain désigné par l’administration militaire, et deux autres Alsaciens ou Lorrains, réfugiés en France durant ou avant la guerre, et déjà membres des Commissions chargées des camps de prisonniers et des Camps d’Internement français. Cette première Commission fournissait un rapport à une Commission de Triage de deuxième instance, pratiquement secrète ; cette dernière seule proposait les expulsions et les internements au Commandement Militaire des troupes d’occupation françaises constitué autour du général d’état-major Pettolat.

Un officier intègre, membre de cet état-major, jugeait ainsi ses collègues : «Ces Messieurs, aussi ignorants de l’Alsace que j’eusse le droit de l’être de la Catalogne, se croyaient positivement en pays ennemi. Ils ne parlaient que d’arrestations, d’expulsions, etc. et se considéraient comme des justiciers vis-à-vis des Alsaciens n’ayant pas cru fermement dans les dernières années de la guerre à la Revanche… Ils ne comprenaient rien aux vicissitudes des pays de Marche, ni à la nécessité pour certains Alsaciens pourvus de fonctions publiques de faire, je dirais gros dos devant les exigences de leur situation… Un Ricklin était un traître né. Dans la famille du baron de Bulach, il fallait faire de tous les membres un fagot uniforme et le jeter au feu…».

Plus tard, le 8 novembre 1929, le député Marcel Stürmel déclarait en préambule à une proposition de loi : «Les victimes de ces Commissions de Triage, le plus grand nombre des Alsaciens ou Lorrains de vieille souche, se recrutaient parmi toutes les classes sociales de la population. Une partie, probablement ceux qu’on jugeait les plus dangereux, fut internée en territoire allemand occupé, notamment au pont de Kehl (Bodersweier, Kork, Appenweier, Wilstätt, etc.). L’autre partie fut envoyée dans différentes contrées de l’intérieur de la France. En dehors d’environ 200 fonctionnaires de toutes catégories, on y trouvait : juristes, médecins, pharmaciens, ingénieurs, agriculteurs, hôteliers, cheminots, photographes, retraités, rentiers, curés, ouvriers, employés, etc. Les hommes politiques ne furent pas épargnés non plus. En dehors de M. Ricklin, président de l’ancien Lantag et du Conseil National d’Alsace-Lorraine, interné du 13 mars 1919 au 16 janvier 1920 à Kork, l’ancien secrétaire d’Etat Hauss fut également traduit devant la Commission de Triage de Strasbourg. Ses explications furent tellement énergiques qu’on n’osa pas toucher à sa personne… On a même osé citer devant une Commission de Triage M. Millier, aujourd’hui sénateur du Bas-Rhin, qui à ce moment faisait fonction de curateur de l’université française de Strasbourg, nouvellement installée… Il est ensuite à remarquer que des fonctionnaires, cités devant la Commission de Triage et relâchés malgré la dénonciation, furent tout de même suspendus ou révoqués de leurs fonctions ou forcés de prendre une retraite prématurée. Les autres citoyens se virent exposés à toutes sortes de chicanes administratives ou professionnelles. Pendant des années, on les persécutait comme mauvais Français, sans se soucier de leur famille, ni de leurs droits d’homme et de citoyen…».

Internées ou expulsées, les victimes des Commissions de Triage ne pouvaient emporter comme bagages que ce qu’elles pouvaient porter sur elles-mêmes et une somme de 200 francs. En exil, elles devaient se nourrir et se loger à leurs frais, tandis que leur famille restait dans la misère si des parents ou des amis ne se chargeaient pas de leur entretien. Deux fois par jour, les internés étaient tenus de se présenter au Commandant de Place de leur résidence forcée.

Le publiciste radical Lucien Minck1 nous renseigne dans La Dépêche du 12 janvier 1930 sur la valeur des Commissions de Triage : «Ces tribunaux n’ont pas seulement été illégaux, mais leur procédure et leurs jugements ont été dépourvus de toutes les garanties des procédures et jugements ordinaires. Les juges n’avaient aucune des qualités officielles qui sont requises pour un juge. Ils n’étaient ni assermentés ni responsables de leurs jugements. Les témoins ne prêtaient pas serment et n’encouraient aucune responsabilité légale. Ils témoignaient en l’absence des accusés qui d’ordinaire ne connaissaient même pas leurs accusateurs. L’accusé ne pouvait pas prendre connaissance de son dossier et l’assistance d’un défenseur lui était interdite. C’est l’accusé qui devait prouver son innocence et non le tribunal sa culpabilité. Le tribunal jugeait sans appel et sans être obligé de donner les attendus de son jugement. Il convient d’ajouter que les tribunaux ont usé et abusé de cette situation illégale, au point de baser parfois leurs jugements sur des dossiers sciemment faussés et sur des documents inexistants».

Au milieu des juges de ces Commissions de Triage siégeaient souvent des gens sans aveu, qui ne rêvaient que représailles, ou bien des «revenants» fanatiques, voire même des gens notoirement indignes. Tel cet Alsacien expulsé d’une Ecole Normale d’Instituteurs de Basse-Alsace pour immoralité, qui alla s’installer en France et devint interprète dans l’armée française ; revenu avec les troupes d’occupation, nommé président d’une Commission de Triage, il sévissait impitoyablement contre ses anciens camarades de classe. En avril 1929, Robert Redslob2, professeur de droit international à l’université de Strasbourg, écrivait dans Le Temps : «Le régime français qui s’installait dans le pays a fait le jeu de ces mouvements réactionnaires par l’institution d’une sorte de Haute Cour de justice en patriotisme. Je qualifierai cette Cour du qualificatif le plus indulgent que je sois capable de trouver : je dirai qu’elle fut une conception antijuridique. Faire rendre compte à des Alsaciens, devant la barre d’une espèce de tribunal, de l’attitude qu’ils avaient eue pour le régime constitutionnellement établi et basé sur un traité en règle, je dois avouer en toute humilité que je n’ai rien compris à cette procédure…». Ce ne fut que le 16 juin 1919 que le Commissaire Général Alexandre Millerand suspendit provisoirement le fonctionnement de ces tribunaux

1. Lucien Minck était un patriote anti-autonomiste.
2. Redslob était aussi un patriote anti-autonomiste.

d’injustice. Finalement, quinze jours après la ratification du traité de Versailles, une circulaire de Millerand, datée du 27 octobre 1919, mit un terme à la Haute Cour de patriotisme : «La mission qui vous avait été confiée ainsi qu’aux membres de la Commission devra être considérée comme terminée…»

A partir de cette date, les victimes des Commissions de Triage purent rentrer dans leurs foyers si elles avaient été internées en France ; celles qui avaient été internées en Allemagne durent attendre la ratification du traité de Versailles par les autres pays, c’est-à-dire qu’elles ne furent pas libérées avant le 10 janvier 1920. Le Dr Eugène Ricklin, qui en sa qualité de citoyen français avait demandé son rapatriement au moment de la signature du traité de Versailles le 28 juin 1919, fut condamné pour ce «crime» à deux mois de prison supplémentaires !

Les fanfares qui claironnaient la Marseillaise à longueur de journée depuis le début de l’occupation militaire française s’étaient à peine tues, les enfants conçus par les jeunes Alsaciennes et Lorraines dans l’ivresse des après-défilés et des après-bals patriotiques n’étaient pas encore nés et abandonnés dans les orphelinats, le traité de paix n’était pas encore signé à Versailles ou du moins ratifié par les puissances victorieuses, que déjà se manifestaient les premiers symptômes de ce qu’on appela d’abord pudiquement «le Malaise Alsacien-Lorrain». Ce malaise était en partie la conséquence du racisme français, des iniquités des Commissions de Triage, des expulsions et internements abusifs et haineux ; ce malaise révélait un mal corrupteur inoculé par le vainqueur et dans lequel les différents mouvements autonomistes de l’entre-deux-guerres trouvèrent le résonateur nécessaire.

KAPITEL VI : LE TRAITÉ DE VERSAILLES ET SES CONSÉQUENCES

Eugène Ricklin et l’Histoire

Posted on juin 6th, 2010 by Klapperstein

Le maire de Dannemarie Paul Mumbach et la conseillère général de Schiltigheim(1) Andrée Munchenbach se sont rendus hier sur la tombe d’Eugène Ricklin. C’est un peu bête à dire, mais deux élus du peuple rendant hommage au « Lion du Sundgau », qui fut le seul président du Landtag, le parlement alsacien-lorrain du Reichsland à partir de 1911, cela représente un petit événement historique(2). Une petite fissure dans la chape de plomb idéologique qui recouvre encore aujourd’hui l’Histoire de l’Alsace. On peut s’en réjouir et nous nous en réjouissons.

Cependant nous ne pouvons pas nous empêcher de faire remarquer amicalement à Andrée Munchenbach que se ne sont pas tant « les années nazis » qui « compliquent » l’Histoire alsacienne(3) que l’instrumentalision malhonnête du nazisme à des fins idéologiques et partisanes. Cette instrumentalision tout à fait douteuse et souvent honteuse fut le fait du chauvinisme jacobin avant et après la deuxième guerre mondiale, comme elle est actuellement le fait de l’humanisme antiraciste, qui en est le prolongement et qui lui succède.

En témoigne l’étonnante déclaration ci-dessous de Paul Mumbach à propos d’Eugène Ricklin, son illustre prédécesseur à la mairie de Dammerkirch, qui semble découvrir stupéfait que Ricklin n’ait rien à voir avec les nazis !

S’il n’y a pas une rue et pas une petite ruelle, pas une école ou un lycée qui porte son nom, c’est  malheureusement avant tout la conséquence logique du fonctionnement de l’Etat français et de l’idéologie républicaine qui l’accompagne. Tout simplement. UH

Voici l’article des DNA auquel nous faisons échos :

Sur la tombe d’E. Ricklin

C’est sans doute une première depuis 1945 : le maire de Dannemarie Paul Mumbach a participé hier après-midi, avec les militants d’Unser Land, à un dépôt de gerbe sur la tombe d’Eugène Ricklin, figure de l’autonomisme alsacien des années 1900-1930. Le geste de Paul Mumbach risque d’être très commenté, tant évoquer la mémoire de son prédécesseur reste délicat. Et visiblement, le maire de Dannemarie avait beaucoup réfléchi avant de déclarer hier devant la tombe d’Eugène Ricklin : « L’an passé lors de cette cérémonie, j’ai eu un coup de fil des renseignements généraux. J’en ai été troublé. J’ai surveillé de loin. Il ne s’est rien passé. Depuis, je me suis documenté. Autant le dire et je le dis très clairement, dans tous les récits historiques de la vie de Ricklin, je n’ai rien trouvé qui ait quelque chose à voir avec les idées et les actions des abjectes nazis ».

« L’image que j’ai de Ricklin est celle d’un Alsacien pur et dur, parfois trop peut-être, mais avant tout un passionné d’Alsace. Cela fait-il de lui un coupable ? Défendre sa région, sa culture régionale, le droit local, est-ce coupable ? Ouvrir et promouvoir des classes bilingues est-ce coupable ? Je ne suis pas historien, mais des écrits des uns et des autres, je retiens l’homme élu démocratiquement, attaché à sa région natale », ajoutera encore le maire de Dannemarie face à une trentaine de militants du parti autonomiste Unser Land (apparenté à gauche, proche d’Europe Ecologie).

Le centenaire de la Constitution de 1911

Des militants eux-mêmes surpris par ce discours. « C’est la première fois que deux personnalités politiques participent à notre rassemblement », commenta d’ailleurs Daniel Willmé, vice-président d’Unser Land. En effet, la conseillère général (écologiste-Modem) de Schiltigheim, Andrée Munchenbach, se trouvait aussi au cimetière. Elle aussi a souhaité la réhabilitation d’Eugène Ricklin. « Les années nazies ont compliqué l’histoire alsacienne. Mais nous ne devons pas oublier ce grand humaniste que fut Eugène Ricklin ». Appelant à la formation d’une seule région et à la généralisation du bilinguisme, l’élue bas-rhinoise espère que 2011 marquera une « reconquête, par les Alsaciens, de leur histoire ».

2011 coïncidera avec le centième anniversaire de la suppression du paragraphe de la dictature plaçant l’Alsace-Moselle sous l’autorité de l’Empereur et l’octroi par le Reich du statut d’état doté d’un parlement élu au suffrage universel, dont le premier et unique président fut précisément Eugène Ricklin.

Né en 1862 à Dannemarie, maire en 1892, député au Reichstag en 1903, ce centriste catholique tenta, dans le flou de novembre 1918, de faire de l’Alsace un état autonome. Accusé de germanophilie par les autorités françaises en 1919, il est expulsé en Allemagne. Il revient aux affaires en 1925 quand le cartel des gauches d’Edouard Herriot remet en question le particularisme linguistique et religieux de l’Alsace. Fondateur de journaux autonomistes, il est emprisonné en 1928 pour complot contre la sécurité de l’Etat mais se porte candidat à la députation pour le compte de l’Union populaire républicaine. Il est élu et sa peine amnistiée lors de la grâce du 14 juillet. Il termine sa carrière comme maire et conseiller général de Dannemarie où il meurt, sans enfant, le 4 septembre 1935.

« Laissons les historiens faire leur travail », a souhaité hier Paul Mumbach.

Julien Steinhauser

(1) Schiltigheim ne s’appelant pas Chiltarie, nous n’avons jamais vraiment compris pourquoi Dammerkirch s’appel aujourd’hui Dannemarie !
(2) Ricklin fit également partie, dans les années vingt, de ces hommes politiques alsaciens qui furent élus maires ou députés du fond des prisons dans lesquels la République Française les avaient jetés. On imagine aisément que de tels parcours laissent sans voix nos représentants actuels.
(3) Les Français n’ont du reste pas attendu Hitler pour être profondément irrité et contrarié par le caractère profondément germanique de la réalité alsacienne, réalité qui allait à l’encontre du fameux grand roman national, et encore moins pour fabuler avec  l’Histoire.

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