Posted on juin 21st, 2011 by Klapperstein
L’association Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle (René Schickele-Gesellschaft) a mis en ligne un dossier bien fourni sur la polémique actuelle :
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Coup de canif dans le paritarisme… Les associations réagissent et demandent l’arrêt du démantèlement des classes bilingues par l’Education nationale
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Ci-dessous la lettre ouverte de Culture et Bilinguisme aux élus alsaciens.
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Courrier aux élus d’Alsace,
Notre association estime nécessaire d’appeler votre attention sur les nouvelles menaces qui pèsent sur l’enseignement de la langue régionale en Alsace.
Le développement de cet enseignement a toujours été difficile, de nombreuses familles intéressées ne pouvant accéder à des classes paritaires et l’Education nationale n’ayant pas pris les mesures nécessaires pour former les enseignants en nombre suffisant, en particulier au niveau secondaire.
Aujourd’hui c’est un risque de démantèlement que la nouvelle politique rectorale fait peser sur l’enseignement de la langue régionale. Non seulement un certain nombre de classes bilingues risquent purement et simplement la fermeture, mais le rectorat veut de surcroît abandonner la pédagogie paritaire. Certes, cette nouvelle politique est présentée comme expérimentale, mais il s’agit bien d’une remise en cause d’ensemble.
Le rectorat ne semble pas comprendre la logique de la pédagogie paritaire qui ne réside pas dans un enseignement frontal de l’allemand mais dans l’utilisation de cette langue dès la maternelle comme langue des activités scolaires et d’enseignement. Tous les exemples internationaux montrent l’efficacité de cette méthode si elle est mise en œuvre correctement, ce qui suppose en particulier une intensité suffisante du bain linguistique, la parité représentant un minimum, et des enseignants capables de combiner la compétence linguistique avec la maîtrise des matières d’enseignement.
C’est avec beaucoup de réticence que l’Education nationale s’est engagée partiellement dans cette voie à partir de 1992 quand elle a été confrontée au succès des classes paritaires associatives. Elle n’a jamais mis en œuvre le paritarisme au niveau secondaire de manière effective. Aujourd’hui l’administration scolaire veut, contre toute logique, développer un modèle consistant à ne maintenir dans les classes bilingues qu’un tiers du temps en allemand et deux tiers du temps en français au lieu de conserver le système paritaire.
Les arguments invoqués pour justifier ces modalités nouvelles sont marqués du sceau de l’incohérence :
- « Diminuer le nombre d’heures en allemand » permettrait d’améliorer l’efficacité de cet enseignement ! Il est évident qu’une réduction supplémentaire de l’exposition à la deuxième langue va encore affaiblir la connaissance de celle-ci alors que beaucoup d’élèves ne la pratiquent que dans le cadre scolaire. En réalité la réforme vise à rétablir l’enseignement frontal de la langue à la place du bain linguistique. On se rapproche de la formule des anciens « sites à 6h d’allemand » qui ont montré leur inefficacité.
- « Un enseignement de la langue régionale réduit à un tiers du temps scolaire permettrait d’attirer plus d’enfants dans cette filière ». Mais la réalité est que pour le moment beaucoup de demandes de familles voulant accéder à l’enseignement paritaire ne sont pas satisfaites. Les filières paritaires ne souffrent pas d’une insuffisance de demandes mais, dans certains cas, d’une désaffection due à la médiocrité de la mise en œuvre de cette pédagogie par l’Education nationale et au manque d’offre bilingue dans les collèges de rattachement.
- « L’enseignement de la langue régionale coûte trop cher ». En vérité, si l’Education nationale mettait en œuvre correctement cet enseignement, une heure en allemand ne coûterait pas significativement plus cher qu’une heure en français. Ce qui coûte cher, c’est le refus de développer l’enseignement paritaire de manière systématique qui empêche d’optimiser l’organisation de cet enseignement. Dès lors que l’enseignement en allemand est confié à des maîtres spécialisés, il est plus efficace et moins coûteux d’organiser leurs interventions sous forme de mi-temps plutôt que des tiers-temps. Enfin, si l’on parle de coût, il faut aussi évoquer le coût pour la région de la perte des compétences bilingues de bon niveau.
- « Il n’y aurait pas assez d’enseignants capables d’enseigner en allemand ». L’Education nationale invoque ainsi sa propre turpitude : elle a disposé de 20 ans pour mettre en place un système de formation et de recrutement d’enseignants germanophones ; or elle est toujours encore dans l’improvisation et le bricolage pour trouver de tels enseignants. Pire : elle refuse d’appliquer les décisions de justice qui lui font obligation de reconnaître les diplômes d’enseignants germanophones étrangers désireux d’être titularisés dans les écoles d’Alsace.
- « Réduire le nombre d’heures en allemand permettrait d’augmenter la mixité sociale ». L’Education nationale reprend ainsi à son compte les ragots selon lesquels les classes bilingues paritaires regrouperaient principalement les enfants de catégories privilégiées. Toutes les études montrent que rien n’est plus faux. Par ailleurs, le système du bain linguistique permet l’accès au bilinguisme même à des enfants qui n’ont pas de facilité d’apprentissage. Il est vrai que ces classes étant volontaires, s’y inscrivent les familles qui réfléchissent à l’éducation de leurs enfants. Réduire le nombre d’heures en allemand n’y changera rien.
- « Les élus alsaciens auraient donné leur accord à cette nouvelle politique ». En réalité, si la Commission quadripartite où siègent des élus a été consultée, il n’y a pas eu de véritable information ni de véritable délibération parmi les élus de notre région. Ce que propose le rectorat constitue une nouvelle atteinte à la Convention quadripartitesignée en 2007 qui prévoyait l’extension de l’enseignement paritaire.
Au moment où des responsables économiques multiplient les signaux d’alarme devant le constat que de nombreux emplois sont perdus en raison du manque de compétence en allemand des jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail, alors que les filières de formation transfrontalières ne peuvent se développer en raison de l’insuffisante préparation linguistique des étudiants de notre région, le rectorat ne trouve rien de mieux que de baisser davantage la garde avec l’argument dérisoire qu’il faut « sortir de la logique quantitative ».
Tandis que nos parlementaires s’engagent pour une proposition de loi sur les langues régionales désormais reconnues par la Constitution, afin de garantir la transmission effective de ces langues, le rectorat d’Alsace veut revenir à des formes d’enseignement qui ont démontré leur inefficacité.
Notre région aspire à disposer d’un système d’enseignement qui offre à tous les enfants dont les familles le souhaitent un vrai accès au bilinguisme au même titre que de nombreuses autres régions européennes frontalières ou disposant d’une langue régionale. Le rectorat veut nous faire croire que nous serions les seuls à ne pas disposer de moyens suffisants pour cela. C’est tout simplement inacceptable !
Nous demandons à nos élus de réagir avec la plus grande fermeté pour sauvegarder un enseignement efficace de notre langue régionale et donner à nos enfants les mêmes chances que dans d’autres régions bilingues. Nous voulons un enseignement bilingue de qualité et efficace. Ce que propose le rectorat est une régression dramatique.
Nous sommes à votre disposition pour vous apporter des éléments complémentaires d’information et, si vous le souhaitez, vous rencontrer à ce sujet.
Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller régional, l’expression de notre haute considération.
CULTURE et BILINGUISME d’Alsace et de Moselle
René Schickele-Gesellschaft,
le 16 juin 2011
Quelle : Culture et Bilinguisme
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Coup de canif dans le paritarisme… Les associations réagissent et demandent l’arrêt du démantèlement des classes bilingues par l’Education nationale
Tags: auf Hochdeutsch, Culture et Bilinguisme, Zweisprachigkeit