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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (5/5)

Posted on août 13th, 2016 by Klapperstein
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llustration ci-dessus : 1576 : Die Hirsebreifahrt : Arrivée des Zurichois à Strasbourg avec le chaudron de soupe de millet encore chaud. Le but de l’opération était de rassurer les Strasbourgeois en leur montrant avec quelle rapidité les Zurichois pouvaient intervenir pour venir à leur secours en cas de menace (en 1456 avait eu lieu une première démonstration de ce type).


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Conclusion

L’historiographie française a toujours cherché à imposer l’idée d’une Alsace sans peuple original doté d’une conscience régionale. En octobre 2014, Manuel Valls, le Premier ministre lui-même, reprit ce négationnisme à son compte en déclarant devant l’assemblée qu’ « il n’y a pas de peuple alsacien »[1]. De son côté, l’historien jacobin Georges Bischoff renchérira en déclarant dans L’Alsace[2] : « Le peuple alsacien, je ne sais pas ce que ça veut dire ». Cependant, ces déclarations de nature idéologiques niant le réel ne sauraient effacer le ressenti partagé des Alsaciens de former un peuple.

De même les historiens républicains cherchèrent-ils toujours à imposer l’idée que le morcellement politique du pays, sans cesse décliné jusqu’à la caricature, aurait empêché l’Alsace d’exister en tant que telle. Evidemment ces affirmations permettaient de conclure que l’Alsace ne devait son unité qu’à l’action bénéfique de la France : « (la période napoléonienne) a été une période charnière pour l’Alsace qui, de mosaïque hétéroclite, devient un ensemble cohérent désormais tourné vers la France », écrit l’historien Roland Oberlé dans son « Napoléon et l’Alsace ».

C’est la même théorie qu’avança Paris pour donner un peu de lustre à la colonisation de l’Afrique noire : « La France a uni des populations et des régions éparses favorisant ainsi un meilleur développement » (sous son joug bien sûr). L’empire colonial français se trouvait ainsi auréolé d’une volonté bienfaisante et du coup, la colonisation pouvait presque passer pour une œuvre salutaire ! Il en est de même pour l’Alsace. Non sans un certain toupet, l’historien républicain Jules Michelet ira même jusqu’à affirmer que la royauté à fait le bien de l’Alsace à son corps défendant : « La royauté en unissant de force ces provinces à la France, réalisait à leur insu (sic) leur véritable aspiration », écrit ce dernier dans son « Tableau de la France » (p.76).

Or, nous l’avons vu, l’Alsace n’était pas cette « mosaïque éclatée » comme l’affirme l’historiographie française. Une série d’institutions souples créaient le lien et donnaient corps à cet ensemble territorial bien marqué entre Vosges et Rhin. Avec les Landstände, elle disposait déjà d’une assemblée législative commune pour se constituer en une entité étatique respectueuse de ses diversités. On comprend mieux alors pourquoi le rôle de la Diète d’Alsace a toujours été minimisé dans l’historiographie française.

Au XVIe siècle, jusqu’à l’avènement de la guerre de Trente Ans, l’Alsace était sur la voie d’une évolution vers un système fédéral sur le modèle de la Suisse, un système avec des institutions fondées sur le principe de l’unité dans la diversité (Jean Holzweg parle de « polyphonie fédérale »). On peut d’ailleurs noter que dès 1515 Mulhouse devenait une République suisse. De même, la République de Strasbourg renouvelait régulièrement son alliance avec les Confédérés. Ainsi, durant la « guerre des évêques » (1592-1604), ses alliés suisses lui envoyèrent 3000 hommes pour prêter main-forte à ses contingents engagés contre les mercenaires lorrains du prince Charles de Lorraine qui dévastaient son territoire.

C’est au XVIe siècle que, dans les différents Etats alsaciens, on prit conscience de la nécessité de développer et d’harmoniser les différents systèmes administratifs en s’inspirant des plus performants d’entre eux comme ceux de la Régence d’Ensisheim, des territoires épiscopaux, du comté de Hanau-Lichtenberg dont la Régence siégeait à Buchsweiler ou de la République de Straßburg. Les petits seigneurs qui n’avaient pas la force de développer une machinerie bureaucratique efficace pour prélever l’impôt nécessaire à l’affirmation de leur puissance étaient condamnés tôt ou tard à perdre leur souveraineté au profit des Etats alsaciens plus puissants et mieux organisés. Des restructurations administratives, des rapprochements et des regroupements de toute nature étaient dores et déjà dans l’air. Une évolution vers un système confédéral commençait à se profiler.

L’annexion du pays par la France contraria brutalement et définitivement cette évolution vers un système fondé sur la pratique vivifiante de la subsidiarité et l’autogestion. A partir de là, les Alsaciens mis au pas militairement furent délestés de leurs libertés : les citoyens des souverainetés urbaines retournèrent à l’état de sujets ! Les Alsaciens furent alors livrés à l’arbitraire royal : contraints de subir, ils ne purent plus décider pour eux-mêmes !

En effet, la France a toujours été un état hyper centralisé, même sous la royauté. Ce centralisme s’aggrava même à partir de la Révolution avec son jacobinisme aliénant et son idéologie moniste sur laquelle fut fondée le modèle de l’Etat-nation. De sorte que les Français nourris au dogme de la France « une et indivisible » ont toujours considéré le système fédéral, tel que le connaissaient les Allemands dès le Saint Empire, comme un modèle uniquement propre à gérer la désunion que symbolisait à leurs yeux la diversité, confondue avec un « émiettement » mortifère : « Le Saint-Empire connaît une large diffusion des pouvoirs. Il ignora toujours l’obsession du « centre », caricaturé par l’interprétation française classique avec les termes « émiettement » et « mosaïque », écrit l’historien Jean Holzweg[1]. En effet, la diversité est perçue par les Français non comme une richesse, mais comme un mal à combattre car portant en elle les germes de la division. Un républicain français ne peut concevoir le peuple français que globalisé et unique.

Pour les Français, incapables d’imaginer un autre système que celui de la centralisation jacobine, la Confédération Suisse, avec ses 3 langues officielles, 4 avec le romanche, et ses 26 cantons ayant chacun sa propre constitution, n’est pas un pays abouti mais un pays morcelé, inachevé, une « mosaïque » de cantons disparates ! Pour un Français, la Suisse n’est pas un « vrai » pays, c’est-à-dire « un et indivisible » sur le modèle moniste français ! En France, où dominent toujours la phobie de la diversité et « la culture politique de la généralité » (dixit Pierre Rosanvallon[2]) hostile à l’auto-organisation de la société, le critère absolu pour juger de la force et de la consistance d’un Etat réside dans sa capacité à neutraliser la pluralité des composantes et à mettre en place une concentration pyramidale du pouvoir. Cette approche totalitariste du pouvoir étatique est évidemment en totale opposition avec le système « polyphonique » fédéral et ses autonomies régionales (fédéral : du latin feoderatio, alliance, lien, pacte) fondés sur les principes démocratiques de partage et de diffusion des pouvoirs.

Bernard Wittmann – Historien (Juin 2015)

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[1] Pourtant, dans l’entre-deux-guerres à Paris, le « Guide Michelin régionaux, Vosges-Lorraine-Alsace » (1932-1933, p.75), se risqua même à s’aventurer dangereusement se le terrain glissant du racialisme en affirmant l’existence d’une « race alsacienne » (sic). En effet, il écrivait alors à propos de la statue de Kléber, que ce dernier était « représentatif de cette race alsacienne, vigoureuse, énergique, qui a donné à la France tant de grands capitaines » ! Et à présent, il n’y aurait même plus de peuple ?

[2] L’Alsace du 21.6.2015.

[3] In L’Ami Hebdo du 30.11.2014

[4] Le modèle politique français, la société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, Seuil, 2004.

Ci-dessous un article du Basler Zeitung sur Maria Hart (1854–1924) et son roman interdit «Üs unserer Franzosezit», récemment traduit en français par Joseph Schmittbiel et réédité aux éditions Yoran Embanner. Quand les Suisses osent dirent tout haut ce que les Français occultent ! Nie wieder Frankreich. Elsass frei ! UH

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Es gab im Elsass eine «ethnische Säuberung»
Ein ehemals verbotenes Buch ist neu erschienen

Strassburg. Das offizielle Frankreich hat sich zu diesem Kapitel in der jüngeren Geschichte nie geäussert. Nach hundert Jahren kommt es nun zur Neuauflage des Romans «Üs unserer Franzosezit» der unter-elsässischen Schriftstellerin und Dichterin Marie Hart (1854–1924). Die Apothekerstochter aus Buchsweiler im Norden des Elsasses schrieb dieses Buch im Exil, in das sie gezwungen wurde, weil ihr Mann aus einer deutschstämmigen Familie kam.

Marie Hart schildert im Buch die Geschichte der alteingesessenen elsässischen Familie Redslob im fiktiven Dorf Bummernäh und zeigt, wie zuerst der Erste Weltkrieg in das friedliche Dorfleben einbricht und dann, als klar ist, dass die Deutschen den Krieg verlieren, die französischen Truppen kommen. Doch die vermeintlichen Befreier und Verkünder von Liberté und Fraternité bringen für viele Elsässer nur Schrecken, Diffamierung – und am Ende Enteignung sowie die Vertreibung ins Exil.

Der elsässische Historiker Bernard Wittmann, ein Spezialist für die elsässische Geschichte, hat die Fakten zum Roman nachrecherchiert und sagt, dass es nach dem Ersten Weltkrieg rund 150 000 Heimatvertriebene gegeben habe, eine davon war Marie Hart. Als ihr Roman 1921 erschien, verbot ihn die französische Zensur sofort. Der Herausgeber der kürzlich erschienenen Neuauflage, Joseph Schmittbiel, spricht wegen der Radikalität, mit der die Franzosen gegen die Elsässer vorgingen, von einer «ethnischen Säuberung». hws Seite 17.

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Stimmen der vertriebenen Elsässer
Nach 100 Jahren wird der ehemals verbotene Roman «Üs unserer Franzosezit» wieder gedruckt

Von Mischa Hauswirth

Strassburg. Bislang war die Welt in den offiziellen französischen Geschichtsbüchern klar eingeteilt: Auf der einen Seite waren da die Guten, die Franzosen, welche die Elsässer befreiten. Auf der anderen Seite die Deutschen, welche die Welt in zwei Kriege stürzten und deshalb das Böse verkörperten. Die Neuauflage des ehemals verbotenen Romans «Üs unserer Franzosezit» von Marie Hart (1856 –1924) aber stellt diese Geschichtsschreibung infrage. Denn nach dem Ende des Ersten Weltkrieges kam es im Elsass zu vielen Ungerechtigkeiten, welche die französischen «Sieger» an der deutschstämmigen Elsässer Bevölkerung verübten, Ungerechtigkeiten, die in keinem offiziellen Geschichtsbuch erwähnt werden. «130 000 Menschen wurden aus ihrer Heimat vertrieben», schreibt Joseph Schmittbiel, der Marie Harts Roman herausgegeben hat.

Die Schriftstellerin hat die Vertreibung selber erfahren müssen. Die Unter-Elsässerin aus Buchsweiler, die ihre Muttersprache als etwas Eigenständiges angesehen hatte, etwas das die elsässische Identität ausmacht, wurde nach dem Zuschlag des Elsasses zu Frankreich 1918 ins Exil nach Bad Liebenzell im Schwarzwald gezwungen, weil ihr Ehemann deutschstämmig war. Bis zu ihrem Tod lebte sie in Süddeutschland. Hart hat vieles, über das sie im Buch schrieb, am eigenen Leib miterlebt: den Kriegsbeginn, den Gesinnungswandel der «normalen Elsässer» von pro-deutsch zu pro-französisch, die Verjagung der «Boches» (französisches Schimpfwort für Deutsche) durch Elsässer und die Diskriminierung jener, die Elsässisch redeten, weil die allemannische Sprache plötzlich als Sprache des Feindes und Kriegsverlierers galt. «Die Bezeichnung ‹Ethnische Säuberung› ist definitiv nicht übertrieben. Zwar wurde niemand umgebracht, aber ‹das Land der Freiheit›, wie sich Frankreich gerne selber nennt, hat mindestens 130 000 Elsässer und Lothringer beraubt und vertrieben», sagt Joseph Schmittbiel.

«Hetz gejen alles, was ditsch»

Der elsässische Historiker Bernard Wittmann, ein Spezialist für die elsässische Geschichte, hat die Fakten zum Roman nachrecherchiert und sagt, dass die Gesamtzahl der Heimatvertriebenen nach dem Ersten Weltkrieg wohl noch höher liegt – er schätzt um die 150 000 Personen. Die Ausweisungen und damit verbundenen Enteignungen von Hab und Gut der Betroffenen hätten erst 1924 gänzlich aufgehört.

Marie Hart erzählt die Geschichte vom Dorf Bummernäh und der alteingesessenen Familie Redslob, für die es selbstverständlich ist, dass sie Elsässisch redet und das Land zu Deutschland gehört. Nach dem deutsch-französischen Krieg 1871 wurde das Elsass zwar eine deutsche Region, genoss aber weitgehend Selbstbestimmungsrechte.

Das Buch gibt einen vertieften Blick in das Leben von damals und die Sittenregeln, die herrschten. Zum Beispiel, dass den Mädchen nur erlaubt war, alleine das Haus zu verlassen, wenn sie in die Kirche gingen. Oder dass die Frauen die Stube zu räumen hatten, wenn der Hausherr nach Hause kam und Zeitung lesen wollte.

Die Geschichte ist in einem unter-elsässischen Dialekt geschrieben. Die Sprache ist gut zu verstehen, vor allem für jene, die eines allemannischen Dialektes mächtig sind. Spezielle französische Ausdrücke wurden für das deutschsprachige Publikum zudem übersetzt. Marie Harts Roman öffnet die Augen nicht nur für die Ungerechtigkeiten, die im Namen Frankreichs verübt worden sind, sondern hinterfragt auch Frankreich, das mit den Versprechen von Brüderlichkeit und Gleichheit das Elsass übernommen hatte, dann aber für viele Menschen Zwiespalt und Gewalt brachte. «In Bummernäh geht’s nämlich zidder m Waffestillstand wuescht zue. D’Hetz gejen alles, was ditsch heisst, isch in vollem Schwung», schreibt Hart.

Die Ungerechtigkeit erreichte ihren Höhepunkt, als vier Kategorien von Identitätskarten herausgegeben wurden, welche das Schicksal der Einwohner unwiederbringlich besiegelten. «Carte A – Reini Elsässer, wie nuer keltisches Bluet in den Odere han. Carte B – Mischling, verhassti Prodükt üs eren unnatierliche Hieroot zwischen men Elsässer und ere Ditsche, oder em e Ditschen und eren Elsässere. Carte C – Neutrali. Carte D – Ditschi, Schwoowe! dr Üswurf von dr Menschheit.» Elf Monate hatten sogenannte «Aus- lesekommissionen mit ihren Kohorten von Denunzianten ihr Unwesen im ganzen Land getrieben», schreibt Wittmann.

Verbot nach Erstpublikation

Dass das Buch verboten wurde, lag auch an der Klarheit, mit der Marie Hart Stellung bezog – für das Elsass und seine allemannische Kultur, die sich unabhängig von den Strömungen aus Berlin oder Paris entwickelte. Da war es nur logisch, dass nach dem Krieg gegen Deutschland die französischen Behörden und ihre Zensur Anstoss nahmen an Formulierungen wie dieser: «O, ihr tauwen Elsässer! Werfen eich de Franzose in dr servilschten Art an de Kopf, un was isch dr Dank drfür? Dass mr eich verspott und do därf mr nit e mol ebs saawe!» Der Satz hat auch heute noch eine gewisse Aktualität, da Elsässer gegen die Eingliederung des Elsasses in die Region Grand Est waren, aber Paris ihnen kein Mitspracherecht einräumte.

Viele Franzosen nutzten die Deutschfeindlichkeit im Land, um jene Leute aus dem Weg zu räumen, die ihnen beru ich oder nanziell im Weg standen. Wenn einer als «Boche» galt, «noo isch mr ne los», wie Marie Hart lapidar in ihrem Buch festhielt. Pikant: Bis heute schweigt das offizielle Frankreich zum Thema Vertreibung und ethnische Säuberung im Elsass. Von Wiedergutmachung an die betroffenen Familien ganz zu schweigen.

«Üs unserer Franzosezit», Marie Hart, Herausgegeben von Joseph Schmittbiel mit einem Vorwort von Historiker Bernard Wittmann, Verlag Yoran Embanner, 185 Seiten, 13 Euro.

Quelle : Basler Zeitung (09/08/2016)

Au revoir les boches! Dessin haineux de J-J. Waltz dit Hansi

Au revoir les boches! Dessin haineux de J-J. Waltz dit Hansi

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (4/5)

Posted on août 10th, 2016 by Klapperstein

LA CONSCIENCE IDENTITAIRE DES ALSACIENS A TRAVERS LES SIECLES

par Bernard Wittmann

Illustration ci-dessus : Début XVIIIe siècle : L’Alsace « province à l’instar de l’étranger effectif »

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Les Alsaciens furent toujours habités par le sentiment de former un peuple

C’est sur le « socle » du duché et les différentes institutions qui vinrent le conforter ultérieurement que se développa un patriotisme régional autour d’un système de valeurs partagées (habitus, langue, histoire, croyances, spiritualité, mode de vie…) et une quête permanente des Alsaciens vers plus de liberté et d’autogestion.

A travers les siècles, les Alsaciens ont toujours conservé vivaces leurs marqueurs ethniques (langue, culture, ouverture au spirituel…) et une conscience identitaire forte. Ils n’ont jamais cessé d’être habités par le sentiment de former un peuple singulier doté d’une histoire et d’une identité propres.

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Intégrée au « Saint Empire Romain de nation germanique » (Xe -XVIIe siècles)

L’intégration de l’Alsace au Saint Empire Romain Germanique, fondé en 962, dura sept siècles. Le socle de culture et de civilisation étant commun, il n’y eut pas rupture mais continuum. Les Alsaciens s’intégrèrent parfaitement au Reich, structure fédérative – « l’union dans la diversité » – appliquant le principe de subsidiarité, et marquèrent un constant attachement à l’Empereur et à l’Empire. C’est sous leur protection que Strasbourg et les villes de la Décapole purent progressivement accéder aux libertés jusqu’à devenir quasi-souveraines. Cette bonne intégration était favorisée par le fait que l’Alsace fut longtemps constitutive du centre politique et culturel de l’Empire.

Les Alsaciens se sentent alors comme une partie intégrante de la nation allemande. C’est ainsi qu’aux XVe et XVIe siècles les humanistes alsaciens, Wimpfeling, Sébastien Brant, Beatus Rhenatus…, publient de vibrants plaidoyers en faveur de l’Empire. Il suffit de lire ce qu’écrit Jacob Wimpfeling dans son Germania dans lequel il martèle que les Alsaciens, pour avoir certes une originalité, n’en sont pas moins une partie intégrante de la nation allemande et que la rive gauche du Rhin n’a jamais été française ! Notons que le XVIe siècle marque le sommet de la culture alsacienne.

Cependant, la conscience identitaire des Alsaciens n’en gardait pas moins sa vivacité : « En dépit du morcellement politique, la conscience de l’entité alsacienne demeure forte. Elle se traduit dans un engagement politique et militaire face aux menaces de Charles le Téméraire » écrit B. Vogler. Ainsi, après 1520, l’humaniste Beatus Rhenanus, tout en manifestant une attitude nationale allemande, n’en affichait pas moins « un vigoureux patriotisme régional alémanique et alsacien (…) L’identité alsacienne se forge au XVIe siècle contre la France » [1] note B. Vogler. En effet, le roi de France restait l’ennemi des Habsbourg et l’Alsace se méfiait de tout ce qui pouvait venir d’Outre-Vosges. Lazare Schwendi lui-même dénonce « les lubricques et frauduleux François avec lesquels jamais estat ou prince est abordé à bon port »[2]. Il existe même des procès de sorcières dans lesquels l’accusée reconnaît avoir rencontré le diable sous la forme d’un démon parlant français[3].

Les Alsaciens se considéraient alors comme un peuple d’Allemands marqué par une identité propre. Dans leur esprit ils étaient, avec les Badois (et les Suisses), la composante rhénane alémanique de la nation allemande (le Rhin ne constituait nullement une frontière).

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Sous la royauté (1648-1789)

Après la brutale annexion de l’Alsace à la France au XVIIe siècle, la royauté française continua néanmoins de considérer les Alsaciens comme des Allemands. L’édit de création du Conseil souverain (1657) reconnaît formellement qu’ils sont « de nation allemande ».

Cependant, comme nous l’avons vu, les Alsaciens habitués à gérer leurs propres affaires vont se retrouver livrés au centralisme français et à l’absolutisme royal… et ne manqueront pas de se rebiffer : « Le roi de France est perçu comme une puissance étrangère et dominatrice à l’égard des cités et des pouvoirs locaux (…) L’occupation française est vécue comme oppressive et frustrante », relève B. Vogler[4]. En effet, les Alsaciens continuaient à se sentir étrangers au royaume et, se souvenant des brutalités de l’annexion, ne montraient que défiance à l’égard de la France et du roi. Ainsi, à Strasbourg, après un siècle de présence royale, le peuple n’avait toujours pas tourné la page de l’agression française qui s’était terminée par la capitulation de la ville libre. Un témoin oculaire, le prince Karl August von Meiningen, venu étudier à l’université de Strasbourg, raconte cette anecdote significative dans ses lettres. Le 25 juin 1775, jour du couronnement de Louis XVI, lors des grandioses festivités organisées à Strasbourg par le prêteur Klingling pour fêter l’événement, ni lors de l’allumage des feux de joie dans la ville, ni lors du feu d’artifice où apparaissait le nom du monarque avec le blason français, le peuple ne cria « Vive le Roi ! »… alors que les soldats massés dans la ville, sur ordre, avaient pourtant donné le bon exemple[5].

Pour les Français, l’Alsace restait « une province d’Allemagne » d’autant qu’elle maintenait toujours des contacts très étroits avec le monde germanique tant sur les plans économiques que culturels (jusqu’en 1766, date de l’annexion déguisée du duché de Lorraine, l’Alsace n’avait pas de frontière commune avec la France[6]). D’ailleurs, la frontière économique sera maintenue sur les Vosges jusqu’à la Révolution. La langue allemande restait la langue incontestée du pays et continuait à dominer dans le peuple, la presse, l’enseignement et l’université.

Ce n’est que vers la fin du XVIIIe siècle que les Alsaciens commencèrent progressivement à perdre le souvenir de leur ancienne appartenance à l’Empire. Pris entre deux cultures, ils prenaient pleinement conscience de leur originalité et commençaient à rêver de jouer un rôle de pont entre la France et l’Allemagne. Ainsi, peu avant les évènements révolutionnaires, la conscience régionale reprit une nouvelle vigueur. Dans les cahiers de doléances les Alsaciens demanderont le maintien des droits et privilèges de la province, la création d’Etats provinciaux pour administrer le pays et, pour les anciennes villes de la Décapole, le retour aux privilèges de jadis.

La conscience régionale apparut également fortement chez les députés de l’Assemblée provinciale d’Alsace (1787), créée sur le modèle des Landstände. Ces derniers étaient notamment favorables au maintien des barrières douanières sur les Vosges : les Alsaciens voulaient que leur pays continue à être considéré comme une province étrangère (« province à l’instar de l’étranger »)! De son côté, la Commission intermédiaire demandera également le maintien des frontières douanières sur les Vosges, l’emploi des Alsaciens dans l’administration ainsi que l’unité du pays.

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La Révolution bouleverse tout

La Révolution marqua un tournant. Au début du mouvement, les Alsaciens sont favorables aux réformes qu’on promettait de mettre en œuvre : le sentiment démocratique était ancré de vieille date dans le caractère alsacien. Ils pensaient que le progrès promis se trouvait dans une constitution démocratique et libérale garantissant un élargissement de l’autonomie provinciale et des droits individuels ainsi qu’un encadrement plus strict du pouvoir royal. Aussi, en 1787, l’Assemblée provinciale d’Alsace créée par le roi sur le modèle des Landstände, s’engagea-t-elle immédiatement sur la voie de proclamations autonomistes.

Cependant, contrairement aux Français, les Alsaciens étaient totalement étrangers à la centralisation et au nivellement qui marquaient historiquement la France et que les révolutionnaires parisiens entendaient renforcer encore. Tout commença donc par un malentendu. Jean de Turckheim (1749-1824), qui avait été député du Tiers Etat de Strasbourg aux Etats généraux en 1789, s’en fit ensuite l’écho en expliquant que ses concitoyens « désiraient des réformes mais non une révolution » et qu’ils tenaient « à conserver leurs privilèges et non à les échanger contre des mœurs et une organisation étrangère ».

C’est pourquoi, plus les révolutionnaires à Paris exigeaient la stricte unité du pays, plus la nécessité apparaissait aux Alsaciens de revendiquer pour l’Alsace le traitement d’une province étrangère. La crainte d’une perte de la personnalité alsacienne taraudait la population. Ainsi la Treuherzige Ermahnung du 12 janvier 1790, craignant un complot des « capitalistes de Paris » pour ponctionner d’avantage l’Alsace, conclut : « Nos traités, nos traités, tel est le cri de la bonne et brave nation alsacienne ». Tandis que le Nouveau Catéchisme strasbourgeois déplore qu’on ait enlevé aux Alsaciens des privilèges « qui (les) rendaient plus heureux que d’autres ».

Cependant, à Paris les plus radicaux l’emportèrent et le pays se trouvera coupé en deux départements. La province d’Alsace cessa d’exister et on ne parlera plus d’Alsace dans les communications officielles.

Par la suite, l’hystérie anti-alsacienne des jacobins, dont la guillotine fut l’argument majeur, leur haine de la langue allemande restée la langue des Alsaciens, leur intolérance, leur volonté de faire table rase du passé et de supprimer les spécificités alsaciennes, vont faire naître un profond malaise chez les Alsaciens. Toujours accrochés à leurs privilèges et à leur langue, ils se trouvaient blessés qu’on porte ainsi atteinte à leur identité, leurs spécificités et leur culture. Ils se montreront dès lors de plus en plus hostiles à la politique des révolutionnaires. Cette hostilité trouvera sa pleine expression lors de la « Grande fuite » de décembre 1793 : près de 40 000 Alsaciens de Basse-Alsace choisirent alors la voie de l’exil en suivant dans leur retraite les troupes autrichiennes conduites par leur compatriote le généralissime Wurmser. En pénétrant en Alsace du nord, en octobre 1793, ce dernier avait été acclamé et accueilli en libérateur par la population.

Mais l’introduction des principes de liberté et d’égalité changea la mentalité politique. L’Alsace commençait à s’ouvrir timidement à la vie nationale française.

Cependant les Alsaciens continuaient à se considérer comme des Allemands. C’est le constat que fit le maire révolutionnaire de Strasbourg Pierre-François Monnet[7] dans un discours du 10 mai 1794 où il notait que l’Alsace était la plus exposée aux agressions des ennemis de la République de l’intérieur et de l’extérieur. Pour lui, la raison des malheurs des Alsaciens se trouvait dans l’antipathie invétérée de la population à l’encontre des Français et son inclinaison manifeste vers la germanité : « Le nom de Français vaut pour une injure tandis que celui d’Allemand signifie un compatriote », concluait-il dépité[8] ! D’ailleurs, lors de la levée en masse décidée par la Convention en février 1793, en Alsace il y aura plus d’insoumis que de soldats à partir (l’Alsace devait théoriquement fournir 9000 hommes). Et si les milices révolutionnaires recrutées sur la base du volontariat ne firent pas recette en Alsace, c’est que les Alsaciens n’étaient pas prêts à payer le tribut du sang pour la France.

Ce n’est qu’avec « l’épopée impériale » que naîtra un sentiment patriotique dans certaines couches de la population. Le pouvoir d’intégration de l’armée ou des innombrables champs de bataille n’y est évidemment pas étranger.

Cependant, la conscience de l’identité régionale restait prégnante.

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Au XIXe siècle :

De 1800 à 1870, on assistera à un renforcement du pouvoir central et à une politique plus offensive pour franciser de façon despotique le pays – surtout après 1848 – et imposer coûte que coûte la langue française notamment à l’école : « Le devoir est de parler français », expliquera en 1823 aux Alsaciens le préfet Louis-Antoine de Malouet.

Cependant, l’intégration à la France ne progresse que très lentement. Les Alsaciens continuent à s’accrocher à leur langue, marqueur majeur de leur identité particulière : l’écrasante majorité de la population continue à s’exprimer en allemand. Idem pour les églises, les auteurs, la presse (aucune revue littéraire n’est publiée en français), etc.. L’allemand demeure la langue du sentiment et beaucoup se montrent même hostiles à la langue française[9]. Seule une infime minorité s’exprime en français. Ainsi, pour être compris par la population, le roi Louis-Philippe, en visite officielle en Alsace (1831), choisira de s’adresser en allemand à la population. Il en ira de même pour Napoléon III lors de son passage à Strasbourg en 1852.

Par ailleurs, comme le note B. Vogler, « la conscience de l’identité régionale, en dépit du découpage administratif en deux départements, demeure très vive »[10]. D’ailleurs, dès 1815, on parlera à nouveau d’Elsass et non d’Alsa ou Alsatier termes utilisés sous la Révolution.

Coupés du monde allemand, les Alsaciens n’en continueront pas moins d’accepter le concept d’Allemand, souvent avec même une pointe de fierté. Un profond particularisme ethnique demeurait. Ainsi, le 10.2.1838, le professeur Graff écrivait toujours au professeur Ed. Reuss : « Nous Alsaciens, nous sommes des Allemands, c’est un fait, et le serons et devons l’être et le rester ». De son côté, Ed. Reuss écrivait le 2.6.1838 dans « Erwinia » : « Ce que nous voulons, c’est le germanisme, auquel nous rendons hommage, que nous tenons pour sacré…De l’esprit allemand et du style allemand nous ne nous séparons pas ».

Dans un ouvrage de référence publié en 1834 à Paris par M. Loriol, avec la coopération d’une société de savants et d’hommes de lettres, il est dressé ce constat : « Depuis 1648, jusqu’à ce jour, la domination française n’a pu effacer ce caractère germanique. Par les mœurs, les habitudes, le langage, les Alsaciens sont encore aujourd’hui plus Allemands que Français [11]».

Les Alsaciens prenaient alors pleinement conscience de leur originalité ethnique : ils étaient « une branche allemande greffée sur le tronc français » ! De fait, et plus que jamais, ils se sentaient d’abord Alsaciens et Rhénans. Le poète Ehrenfried Stöber (1779-1835) l’exprime parfaitement dans ces deux vers :

Das Rheinthal ist uns Vaterland

Das Elsass drin sein Diamant

C’est probablement le grand romancier et poète alsacien Friedrich Lienhard (1865-1929) qui décrit le mieux les sentiments dominants des Alsaciens face à la France à la veille de la guerre de 1870. Dans un ouvrage collectif paru en 1915, ce dernier écrit : « Der Elsässer wurde im grossen und ganzen ein oppositioneller Staatsbürger mit ausgeprägter Neigung zum Frondieren, ganz natürlich, weil das innere Verwachsensein mit der französischen Staatsidee bei dem Durschnittselsässer fehlte (…) Aber bei dieser langsamen Durchsetzung eines ausgesprochenen Nationalgefühls, an dem nur eine dünne Schicht der oberen Bourgeoisie und Beamtenschaft teilhatte, musste die Neigung, am elsässischen Vaterlandsgedanken Ersatz zu suchen, sich zäh erhalten, ja verstärken. Der Ausdruck der naiven starken Heimatliebe, wie ihn Ehrenfried Stöber prägte in dem Gedicht :

« Das Elsass unser Ländel,

Es isch meineidi schön ;

Mer hewwe’s fest am Bändel

Mer lonn’s bi Gott nit gehn » -

trat für die Masse des Volkes geradezu an die Stelle eines Nationalliedes. Gewiss, es gab in diesen letzten Jahrzehnten der französischen Herschaft strebsame Geister, die es im Interesse ihres Vorwärtskommens eilig hatten, alles Elsässische abzutun. Diese Verwelschten waren aber dafür auch meistens dem Volkswitz ausgesetzt. Es wurden vom städtischen Mittelstande bis ins Kleinbürgertum hinein mancherlei Bestandteile französischer Kultur, Sitte, vor allem der Sprache, augenommen ; aber im Grunde blieb man dem französischen Nationalitäts- und Staatsgedanken gegenüber kühl. Das beherrschende Gefühl war eben : « Mer sin halt Elsässer »[12].

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Sous le Reichsland (1870-1918)

Après la phase protestataire, l’Alsace connaîtra très vite un nouvel essor économique ainsi que des progrès fulgurants dans le domaine social (caisses de maladie, d’accidents, d’invalidité, de vieillesse…).

Parallèlement, on assista à un formidable renouveau artistique et culturel, l’allemand étant redevenu la langue officielle du pays. Dans le cadre libéral et fédéral de l’Empire, les Alsaciens allaient de nouveau pouvoir affirmer pleinement leur identité et leur volonté d’émancipation.

A mesure que le contact avec la France se perdait, une nouvelle conscience politique se développa rapidement. Avec elle naîtra une nouvelle génération qui aura pour seul objectif prendre en main son destin.

Le concept politique d’Alsace s’imposa d’emblée. De même, l’affirmation de l’existence d’un « peuple alsacien » fit la quasi unanimité. Cependant, aux alentours de 1900, l’idée d’une « nation alsacienne » commencera à se répandre dans le pays. Cette ligne est notamment défendue par le député au Landesausschuss (1900 à 1911) Anselm Laugel, les députés au Reichstag Jacques Preiss et Daniel Blumenthal, mais aussi par l’abbé Xavier Haegy. Les trois premiers formulent la revendication de l’indépendance d’une République alsacienne, l’abbé Haegy donnant sa préférence à un Etat alsacien autonome intégré à l’Empire : « Laugel se proclame « nationaliste alsacien et républicain » (…)  pour lui, comme pour l’abbé Haegy, l’Alsace est une « nation » dont la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, qui n’ont pas de centre civilisateur unique, fournissent le modèle », note l’historien François Igersheim[13].

Dans la revue francophile Dur’s Elsass (26.11.1910)

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L’Alsace veut l’autonomie !

Ainsi vont s’affirmer trois courants politiques :

  • un courant pro-allemand favorable à une intégration totale dans le Reich ;
  • un autre très puissant, notamment dans les milieux intellectuels et les masses populaires, favorable à l’autonomie complète au sein du Reich et qui aura pour slogan fétiche « L’Alsace aux Alsaciens » ;
  • et un dernier, qui bénéficiait de la sympathie de Paris, affirmant l’existence d’une « nation alsacienne » et revendiquant l’indépendance d’une république alsacienne.

Il restait encore un courant minoritaire pro-français qui, aux élections d’octobre 1911, ne rassembla que 3,2% des voix.

Drapeau alsacien traditionnel rot un wiss

Drapeau du Reichsland, adopté à l’unanimité par les députés du parlement d’Alsace-Lorraine en 1912

Cette lutte pour l’émancipation trouvera sa consécration en 1911 avec l’octroi au Reichsland par Berlin d’une constitution avec un statut d’autonomie ! La voie était ainsi tracée pour faire du Reichsland un Etat comme les autres Etats allemands.

En effet, le 25 octobre 1918, le Reichstag vota une loi pour une autonomie complète du Reichsland élevé au statut d’Etat fédéré, mais elle arrivait trop tard.

Dr Eugène Ricklin (1862-1935) Président du Landtag d’Alsace-Lorraine (1911-1918)

Charles Hauss (1871-1925) Premier ministre du gouvernement constitutionnel alsacien Schwander-Hauss (oct.-nov.1918)

Tout sera brutalement remis en question en novembre 1918 avec le retour des Français, de leur centralisme et de leur idéologie jacobine !

Pendant que l’épuration ethnique des Allemands et des Alsaciens germanophiles faisait rage, les nuages commencèrent immédiatement à s’accumuler… jusqu’à conduire à l’explosion autonomiste des années 20/30.

Mouvement neutraliste après 1918 : lettre de René Caesar Ley au Secrétaire Général de la Société des Nations à Genève pour lui exposer la situation de l’Alsace et lui demander qu’une délégation d’Alsaciens-Lorrains soit autorisée à venir s’exprimer devant l’assemblée de la SDN.

Pétition adressée au Secrétaire Général de la SDN à Genève pour demander l’organisation d’un plébiscite pour l’Alsace-Lorraine.


Bernard Wittmann – Historien (juin 2015) – Fin du 4e Chapitre, à suivre : Conclusion.

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[1] B. Vogler, Histoire culturelle de l’Alsace, éd. de la Nuée Bleue, p.60.

[2] Cf Correspondance politique de la Maison d’Orange-Nassau, éd. par Groen van Prinsterer Leyde, 1835.

[3] Edmond Bapst, Les sorcières de Bergheim, Paris, 1929.

[4] B. Vogler op. cit. p.124/125

[5] O. Lorentz & W. Scherer, Geschichte des Elsasses, Weidmannsche Buchhandlung, Berlin, 1886, p.427

[6] En 1735, suite à une négociation habilement menée, la France obtint de l’Empereur qu’à la mort de Stanislas Leszczynski -qu’on décida de placer à la tête du duché de Lorraine en remplacement du duc François-, le duché lui revienne. Dépossédé de son duché, le duc François de Lorraine, gendre de l’Empereur Charles VI, sera indemnisé par la Toscane. Stanislas Leszczynski décédera le 23.2.1766.

[7] Maire de Strasbourg de janvier 1793 à août 1794.

[8] Dans la même veine, le 27.1.1793, au nom du Comité de salut public, Barrère proclama devant la Convention : « Dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, qui a appelé de concert avec le traître, le Prussien et l’Autrichien sur nos frontières envahies, l’habitant des campagnes qui parle la même langue que nos ennemis se croit ainsi bien plus leur frère et leur concitoyen que le frère et le concitoyen des Français qui parlent une autre langue et ont d’autres habitudes. L’empire du langage, l’intelligence qui règne entre nos ennemis d’Allemagne et nos concitoyens du département du Bas-Rhin est si incontestable qu’ils n’ont pas été arrêtés dans leur émigration par tout ce que les hommes ont de plus cher, le sol qui les a vu naître, les dieux pénates et les terres qu’ils avaient fertilisées ».

[9] En 1843, l’inspecteur du primaire du Ht-Rhin, Perney, s’en fait l’écho.

[10] Histoire culturelle de l’Alsace, op. cit. p.295

[11] In La France, description géographique, statistique et topographique – Alsace Ht-Rhin & B. Rhin, publié par M. Loriol, éd. Chez Verdière, Paris, 1834.

[12] Friedrich Lienhard, Wohin gehört Elsass-Lothringen, Verlag Von Rascher & Cie Zürich, 1915, p.19/20.

[13] François Igersheim, L’Alsace des notables 1870-1914, la bourgeoisie et le peuple alsacien, imprimerie du Nouvel Alsacien, éd. bf – Strasbourg, 1981, pp.118/126.

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (3/5)

Posted on août 6th, 2016 by Klapperstein

L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique ? (Suite des institutions alsaciennes du Moyen-Age)

par Bernard Wittmann

Ensisheim au XVIe siècle

LES LANDSTÄNDE ou DIETE D’ALSACE

Il y avait surtout une institution commune à toute l’Alsace, celle des « gesamtelsässischen Landstände » ou Diète d’Alsace. Ils étaient la représentation du pays et jouaient le rôle de législatif commun.

Les Landstände regroupaient tous les « Etats » alsaciens relevant des princes, seigneurs ecclésiastiques et laïcs placés dans l’immédiateté, de même que les villes et leurs dépendances : « Die Institution, die im Elsass als « Landstände » bezeichnet wird, ist eine Vereinigung aller Reichsunmittelbaren, der Fürsten, der Herren und der Städte, der Reichs-Stände des Landes ; sie steht ausserhalb der Territorien, über ihnen », écrit l’historien F. Wilhelm Müller[1].

A la Diète d’Alsace étaient représentés (par des délégués mandatés) : la Régence d’Ensisheim, le Grand-Baillage impérial de Haguenau, l’évêque de Strasbourg, le Grand Chapitre de Strasbourg, le duc de Wurtemberg, les comtes de Hanau-Lichtenberg, de Linange-Dabo (Leiningen-Dagsburg), de Linange-Westerburg (Leiningen-Westerburg), de la Petite-Pierre (Lützelstein), les seigneurs de Fleckenstein, de Ribeaupierre (Rappoltstein), de Barr, du Val de Villé (Weilertal), de la Marche de Marmoutier (Mark Maursmünster), l’abbesse du couvent St Etienne (Kloster Skt Stephan), le prince-abbé de l’abbaye de Murbach, la République libre de Strasbourg, la Chevalerie immédiate de Basse-Alsace (Reichsritterschaft), les dix villes impériales de la Décapole (Zehnstädtebund).

Du XIIIe jusqu’à la première moitié du XVe siècle, pour défendre leur liberté, parer les dangers extérieurs, les situations insurrectionnelles et les convoitises de certains grands seigneurs, les Etats alsaciens s’étaient trouvées contraints de s’entraider dans des ligues ou des alliances de défense limitées dans le temps comme celles des Landfriedensbündnisse (ligues de la paix publique) qui se constituèrent dès 1278.

Cependant, aux XIVe et XVe siècles, les incursions répétées de la soldatesque venue de France ou de Lorraine, attirée par l’opulence alsacienne, rendront nécessaires une union plus large des territoires et l’instauration d’une direction délibérative commune.

En effet, les Etats alsaciens prenaient alors conscience que les intérêts des uns et des autres étaient liés et que les questions importantes ne pouvaient trouver de solution que dans une démarche commune. L’idée de mutualiser les moyens des uns et des autres à l’échelle de toute l’Alsace, pour favoriser la prise de conscience de la région et être plus forts, allait l’emporter. D’autant que l’Alsace, qui attachait du prix à son originalité, après la réforme administrative[2] mise en chantier en 1512 par l’Empereur Maximilien 1er, craignait de finir noyée dans le nouveau « Cercle » administratif très large de l’Oberrheinischer Kreis. L’affirmation de son unité s’imposait plus que jamais, prenant même un caractère d’urgence.

C’est ainsi qu’au tout début du XVIe siècle naîtront les Landstände ou Landtage (Diètes) de Basse et de Haute-Alsace dont le poids politique ira très vite grandissant.

Mais pour gagner plus de pouvoir, leur union s’avérait indispensable. Ainsi, en 1528, eut lieu à Haguenau et à leur initiative, la première assemblée réunissant les Landstände de Haute et de Basse-Alsace représentant toute la province. Celle-ci marqua la naissance des « gesamtelsässischen Landstände[3] (ou Landtage) », nous parlerons de Landstände, ou « Diète d’Alsace », qui dès lors allait conférer une personnalité politique à l’Alsace.

Organisation confédérale, les Landstände [4] vont alors tenter de fonder des politiques communes notamment en élargissant à toute l’Alsace la politique de la Décapole. A cet effet, leurs compétences législatives seront étendues à de nombreux domaines notamment économiques, sociaux, judiciaires et monétaires.

Les Landstände, assimilables à des Etats généraux d’Alsace, devinrent une institution permanente avec des assemblées assez régulières : « C’était la représentation effective du pays », écrit l’historien Lucien Sittler qui ajoute cette précision : « Indépendants de toute influence du dehors, ces Etats devinrent très importants pour la province qui apparaît ainsi comme une personnalité politique (…) pour la première fois depuis la disparition du Duché d’Alsace, l’unité politique du pays avait à nouveau pris forme »[5].

La Diète d’Alsace était à tous égards libre et indépendante et ses décisions n’étaient influencées par personne : « Auf diese Weise besass diese Vereinigung einen ganz eigenartigen Charakter : in der ganzen Reichsgeschichte findet sich kein Seitenstück zur ihr, und das Elsass erscheint als ein kleines Reich innerhalb des großen », écrit encore Lucien Sittler[6].

Les « Tage » ou « Ständetage » (assemblées), se réunissent généralement sur convocation soit de la maison des Habsbourg, via le bailli impérial ou la Régence d’Ensisheim, soit de l’évêque de Strasbourg. Les sessions se déroulèrent d’abord à Sélestat, puis à Strasbourg. En cas de menace, de conflit, ou quand un problème grave se pose à l’un des membres, la convocation d’une assemblée extraordinaire peut être décidée. Lors des Tage, les représentants des trois ordres votent les impôts extraordinaires et discutent des décisions intéressant la province. Les Tage duraient généralement plusieurs jours. Ainsi, en 1580, ils durèrent du 8 au 14 février. Le « Direktorium » est l’organe administratif des Landstände.

Entre 1528 et 1616, la Diète d’Alsace siègera 53 fois, soit en moyenne une année sur deux[7]. Les décisions y sont prises à la majorité. Mais le consensus est généralement recherché, de sorte que c’est le plus souvent à l’unanimité que les dispositions sont acceptées.

Cependant, il y avait une faiblesse dans le dispositif : en cas de refus persistant d’un seigneur, un pouvoir coercitif faisait défaut à la Diète pour faire exécuter sans coup férir les programmes décidés. De ce fait, il arriva que l’application de certaines mesures tarde.

L’action de la Diète consistait, au niveau de la province, à maintenir la paix publique et l’ordre intérieur (Landfrieden), protéger les frontières du pays, veiller à l’entretien des places fortes, réunir les moyens financiers en cas de danger pour le pays pour engager les troupes nécessaires, décider des contingents que chaque Etat devait fournir pour la mise sur pied d’une force de défense régionale (Landsrettung[8]), prendre des décisions dans les domaines économique, financier, monétaire (Münzwesen) et judiciaire. Elle consistait, par exemple, à fixer le prix de certaines denrées comme le blé et la viande, de certains salaires (journaliers et compagnons de métiers), prendre des mesures contre les vagabonds, les mendiants et les ivrognes, assurer la sécurité des chemins, décider de règlements touchant les artisans, les domestiques mais aussi la police ou les péages, œuvrer à l’harmonisation des poids et des mesures, etc.

Des règlements nombreux et étoffés furent ainsi élaborés puis promulgués : « Durch diese vielfältigen Massnahmen aber und durch die Aktivität der gesamtelsässischen wie die unterelsässischen Landstände erscheint das Elsass wirtschaftlich als ein geschlossenes Gebiet und politisch als eine Einheit », note Lucien Sittler[9].

Durant la deuxième partie du XVIe siècle, l’Alsace étant traversée sans répit par des armées en marche, les Landstände tinrent de nombreuses assemblées pour délibérer sur les moyens de défense et voter « les mesures du salut », les Landesrettungen. C’est ainsi que le 24 septembre 1572, les Landstände réunis à Strasbourg décidèrent de la mise sur pied d’une armée commune, « die Landsrettung », forte de 10 250 fantassins et 468 lansquenets[10] (Gelfen) répartis en « Fähnlein » de 400 à 500 hommes avec à leur tête un capitaine (Hauptmann). Chaque entité territoriale à la charge de l’entretien de son contingent. Le 8 février 1580, les Landstände chosirent de porter les effectifs à 10 300 fantassins et 508 lansquenets.

A partir de la fin du XVIe siècle, mais surtout au début du XVIIe siècle, alors que les Habsbourg manifestent la volonté de renforcer leur pouvoir et l’unité de leurs domaines – ce qui rendait plus difficile la situation politique de l’Alsace – et quand les Alsaciens prirent conscience des menaces extérieures qui pesaient sur eux suite aux premiers troubles de la guerre de Trente Ans, les Landstände et la Décapole conjuguèrent leurs efforts pour affirmer l’unité alsacienne. A plusieurs reprises, ils décidèrent de la levée de troupes pour défendre la population. Mais, à partir de novembre 1621, quand la guerre déborda en Alsace avec l’arrivée en Basse-Alsace des armées d’Ernst von Mansfeld, la dégradation rapide de la situation et l’absence d’exécutif compliqueront considérablement la mise en œuvre des mesures défensives décidées.

Les gesamtelsässischen Landstände se réunirent encore à plusieurs reprises durant le conflit qui mettait l’Alsace à feu et à sang pour décider de mesures de sauvegarde de la population et de la mise sur pied de contingents de défense. Mais dans une guerre internationale, face à des armées aguerries comme les armées française ou suédoise, les contingents alsaciens ne faisaient pas le poids. Ils remportèrent bien quelques petites victoires locales, notamment contre Mansfeld ou contre les Suédois qu’ils réussirent à chasser de Haguenau en janvier 1633[11], mais qui ne suffirent pas pour influer sur le cours de la guerre en Alsace.

1633 – Pillage et incendie d’un village durant la guerre de Trente Ans (J. Callot)

L’annexion de l’Alsace par la France mit progressivement fin à cette institution originale incompatible avec la centralisation française et l’absolutisme royal. Les Landstände étaient libres et indépendants depuis plus d’un siècle et demi, ce que les autorités royales ne pouvaient tolérer. La création, en janvier 1680, de la Chambre de réunion de Breisach, avec les annexions territoriales illicites qui suivirent, leur portera un coup fatal[12].

Après 1648 les Landstände, amputés des anciens territoires habsbourgeois de la Régence d’Ensisheim, essayèrent néanmoins de se maintenir et de préserver leur liberté. Ils vont ainsi se mettre au travail sans tarder et commencer par régler les conséquences de la guerre de Trente Ans. Les débats concernant les règlements de police, la répartition des dettes contractées durant la guerre, la réglementation, les affaires de monnaies et la riposte à apporter à la politique d’annexion et d’oppression du pays par les Français[13] formeront alors le gros de leurs délibérations.

C’est ainsi que le 4 janvier 1650, les Landstände se plaignent de l’arrogance des occupants français. En effet, ceux-ci se comportaient en pays conquis et agissaient comme bon leur semblait. Ils obligeaient, par exemple, chaque localité de quelque importance à accueillir une garnison royale avec la charge d’assurer son entretien. Citons en exemple la ville de Haguenau : exsangue et ruinée, elle dut néanmoins supporter une garnison de 1000 hommes et subvenir à leurs besoins et ce jusqu’au courant de l’année 1650… alors que la ville ne comptait guère plus de 800 habitants. Et comme cela ne suffisait point, les 250 bourgeois rescapés durent encore payer 15 000 florins de dédommagements aux Suédois alliés des Français. La population alsacienne devait également faire face à toutes sortes de taxes, contributions de guerre et charges diverses d’occupation. La France lui fit ainsi payer très cher le prix de sa protection.

A deux reprises, en janvier et février 1650, faisant suite à une injonction du gouvernement français de Breisach, exigeant qu’un siège soit attribué dans les assemblées à un représentant du roi, les Landstände opposèrent une fin de non recevoir avec ce motif : « En tant que membres de l’Empire, nous ne pouvons donner un siège à son ennemi ». Et dans la foulée, ils appelleront l’Empereur à l’aide. Le 28 mars 1652, ils persisteront dans leur refus. Les accrochages vont ainsi continuer jusqu’en 1661.

Pour finir, en 1682, c’est-à-dire juste après l’annexion de la République libre de Strasbourg, ces assemblées libres furent interdites. En effet, les conseillers épiscopaux ayant appelé à la tenue d’une assemblée pour le 6 novembre 1682, immédiatement les autorités françaises protestèrent énergiquement en envoyant cette lettre de réprimande à l’évêque : « Les gens qui sont chargés de vos affaires à Saverne ont escrit une lettre convocatoire pour assembler plusieurs estats d’Alsace à Straßbourg sans en avoir la permission de Monsieur de Montclar, qui sans votre considération n’eust pas manqué, suivant le devoir de la Charge, de les faire mettre en prison. Je vous en donne advis, afin que vous vouliez bien leur en faire la réprimande qu’ils méritent et leur donner ordre, lorsqu’ils voudront faire de pareilles choses, de ne les jamais tenter sans la permission de celuy qui commande en Alsace. »[14]

Par la suite, l’évêque pourra bien continuer à convoquer les assemblées… mais uniquement sur ordre du roi !!! Les activités du Direktorium seront réduites à de simples apparences sans aucune incidence pratique. Ce sera la fin des assemblées libres et indépendantes : « Die Tätigkeit des Direktoriums ist damit auf reine Aeußerlichkeiten beschränkt und hat nicht mehr die geringste praktische Bedeutung. Der Bischof darf zwar die Stände weiter berufen, aber nur auf Befehl des französischen Königs, er darf auf den Tagen die Proposition vortragen und durch seinen Kanzleuten das Protokoll führen lassen.

Aber dadurch, daß der Vorsitz und die Leitung der Verhandlungen auf den Stände Versammlungen an einen Vertreter der französischen Regierung übergegangen ist, ist deren Schicksal besiegelt. Die früher in ihren Entschließungen vollständig freie, von niemand beeinflußte Institution ist in ihrer Tätigkeit lahm gelegt und zu einem willenlosen Werkzeug in den Händen der Franzosen herabgesunken. Mehr als das konnte sie nicht mehr sein; denn daß sie jetzt nur noch solche Beschlüsse zeitigen konnte, die von vornherein der Genehmigung der vorgesetzten Behörde sicher waren, war unter den neuen Verhältnissen selbstverständlich. Die alten Landstände hatten damit ihr Ende erreicht », écrit l’historien F. Wilhelm Müller.

- LA REGENCE D’ENSISHEIM

Enfin, il y avait la « Régence d’Ensisheim ». Dès le début du XVe siècle l’Autriche antérieure, qui comprenait les terres alsaciennes des Habsbourg, est dirigée par la lignée tyrolienne de cette maison établie d’abord à Meran (aujourd’hui Südtirol), puis à Innsbruck (à partir de 1420). En effet, les princes régnants du Tyrol sont en même temps Landgrafen en Haute-Alsace et comtes de Ferrette / Pfirt.

C’est à partir de 1415 qu’Ensisheim devient le chef-lieu des possessions antérieures des Habsbourg qui sont rattachées au Tyrol. En Alsace, ces possessions couvrent notamment près de 80% du territoire de la Haute-Alsace. Un gouvernement administratif et judiciaire inféodé à Innsbruck y sera établi. En 1431, par décision de l’empereur Sigismond (1410-1437), Ensisheim sera érigée au rang de capitale officielle de l’Autriche antérieure siège de la « Régence » (gouvernement). Celle-ci règnera juridiquement, administrativement, fiscalement, économiquement et politiquement sur toute l’Autriche antérieure. Ces compétences s’étendront sur tous les territoires habsbourgeois d’Alsace, du Brisgau et de la Forêt-Noire.

Possessions habsbourgeoises en Alsace (Carte F. Dörrer)

En 1510, l’empereur Maximilien I. compléta la Régence d’une chambre, d’un bailli, d’un chancelier et de plusieurs conseillers et la dota d’un véritable « règlement-constitution ». En 1523, l’archiduc Ferdinand I. institua encore une Chambre de Justice. Les institutions gouvernementales s’installèrent dans le prestigieux « Palais de la Régence » édifié dans la ville.

A partir de 1558[15], quand la Landvogtei fut incorporée aux biens patrimoniaux des Habsbourg, la Régence d’Ensisheim participa à la gestion des affaires relevant du Landvogt.

En 1570, une chambre des comptes, qui siégeait jusque-là à Innsbruck, sera mise en place pour simplifier la gestion financière et fiscale. Un atelier monétaire y fonctionna de 1583 à 1634.

Palais de la Régence à Ensisheim

Les diètes provinciales (Landtag) de l’Autriche antérieure se tinrent le plus souvent à Ensisheim. Le dernier Landtag siégea en 1620.

Pendant 138 ans, de 1510 à 1648, Ensisheim fut ainsi le siège officiel de l’administration du gouvernement et de la chambre de l’Autriche antérieure. Tout en restant subordonnée à Innsbruck, la Régence n’en jouissait pas moins d’une très large autonomie. Avec près de 200 grandes familles résidant en permanence dans la ville, Ensisheim joua un rôle très important pour toute la noblesse alsacienne.

Léopold V d’Autriche-Tyrol (1586-1632), frère de l’empereur Ferdinand II et évêque de Strasbourg de 1607 à 1626, fut le dernier prince à régner sur l’Alsace habsbourgeoise.

La chute de Breisach devant Bernard de Saxe Weimar en 1638 marqua la fin de la Régence d’Ensisheim.

Au début du XVIIe siècle tous les territoires alsaciens dépendant du gouvernement d’Ensisheim, soit environ un tiers du pays, étaient devenus une entité territoriale originale se gouvernant de manière quasi autonome.

Bernard Wittmann – Historien (juin 2015) – Fin du 3e Chapitre. A suivre : La conscience identitaire des Alsaciens à travers les siècles.

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[1] Dr Phil. Friedrich Wilhelm Müller, Die elsässischen Landstände, Verlag Schlesier & Schweighardt, Strassburg i. Elsass, 1907.

[2] Suite à une décision, en juillet 1512, de la Diète d’Empire de diviser l’Empire en 10 Cercles (Kreise) administratifs.

[3] Aussi appelés « gesamtelsässische Landtage ».

[4] Vers le milieu du XVIe siècle on parlera de « Gemeinde Stände im Elsass ».

[5] Lucien Sittler, L’Alsace terre d’histoire, présentée par R. Oberlé, Nouvelle édition Alsatia, 1988.

[6] Lucien Sittler, Geschichte des Elsass, éd. Alsatia, T.2, p.16.

[7] Entre 1593 et 1625, la diète régionale siégea à 11 reprises tantôt à Ensisheim (6 fois) tantôt à Colmar (5 fois).

[8] Les Landsrettungen étaient des plans de défense qui existaient depuis 1515. Ils étaient destinées à barrer la frontière alsacienne le long des Vosges en fortifiant les cols et en disposant des troupes en aux endroits stratégiques en cas d’alerte.

[9] Lucien Sittler, Geschichte des Elsass, éd. Alsatia, T.2, p.17.

[10] Les principaux contributeurs sont : Régence d’Ensisheim (3000 fantassins + 100 lansquenets) – Evêque de Strasbourg (2000 + 75) -République de Strasbourg (1500 + 50) – Villes impériales (1000 + 20) – Comte de Hanau-Lichtenberg (900 + 70) – Grand Baillage de Haguenau (800 + 50) – Chevalerie de Basse-Alsace (300 + 30) – Duc de Württenberg (150 + 12) – etc..

[11] Un contingent alsacien de plus d’un millier de soldats et cavaliers, avec à leur tête le capitaine Bulach, réussit à s’emparer de Haguenau, alors occupée par les Suédois, grâce à une audacieuse manœuvre. Ce contingent faisait partie d’une armée plus conséquente commandée par le Comte de Salm, au service de l’évêque, et qui regroupait principalement des soldats épiscopaux mais aussi décapolitains ainsi que des seigneurs et chevaliers de Basse-Alsace. En été 1634, l’armée du Comte de Salm s’empara également de Buchsweiler, Ingweiler et Neuweiler.

[12] Le premier arrêt de réunions fut pris pour le Conseil souverain d’Alsace le 9.8.1680.

[13] « Beratungen über die Abwehr der übergriffe und schweren Bedrückung des Landes durch die Franzosen » écrit F. W. Müller.

[14] In Dr Phil. Friedrich Wilhelm Müller, Die elsässischen Landstände, Verlag Schlesier & Schweighardt, Strassburg i. Elsass, 1907.

[15] Date du rachat par l’empereur de l’engagement de la Landvogtei – avec les 41 villages qui en dépendent – et de son incorporation dans les biens de la maison d’Autriche.

Elections régionales : les dés étaient pipés

Posted on décembre 16th, 2015 by Klapperstein

Ci-dessous le point de vue de Bernard Wittmann sur les élections régionales. A noter la déclaration emblématique du Secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale André Vallini, qui en réponse à la demande d’Unser Land d’organiser un référendum, a affirmé que « le peuple manquait de maturité pour utiliser de façon pertinente cet outil de démocratie directe ». Kommentarlos ! UH

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Les dés étaient pipés

En tant qu’Alsaciens, avons-nous encore un avenir dans ce pays ? Après ces élections régionales la question mérite d’être posée. Les jacobins de Paris veulent notre mort et le système est totalement verrouillé. Quel espoir pouvons-nous avoir dans ce pays qui nous montre si peu de respect et dont le projet quasi obsessionnel est d’en finir avec nos particularités pour nous faire disparaître en tant que peuple. Regardons ces dernières élections régionales. Il apparaît clairement que, pour les autonomistes alsaciens, l’espoir d’envoyer des représentants à l’assemblée de l’ACAL était quasi nul compte tenu du faible poids numérique des Alsaciens dans cette méga-mégalo région grande comme deux fois la Belgique : les dès étaient donc pipés ! Et comment mener campagne pour intéresser les Champenois, les Ardennais et les Lorrains francophones à nos problématiques alsaciennes ? C’est mission impossible : les intérêts des trois régions qui composent l’ACAL sont trop divergents et les points de convergences quasi nuls ! Résultat, la liste régionaliste/autonomiste de Jean-Georges Trouillet n’a obtenu que des scores proches de 1% dans les deux autres régions (à l’exception de la Moselle où elle a totalisé 2,12% des voix). Et les excellents scores réalisés en Alsace, 12,65% dans le Haut-Rhin et 10,07% dans le Bas-Rhin, ne suffirent pas pour rattraper ce retard. Ainsi, le parti Unser Land, devenu le 3e parti d’Alsace, derrière le FN et les partis coalisés de droite LR-UDI-Modem, n’aura-t-il aucun représentant dans l’assemblée de la grande région, son score global sur l’ACAL (4,74%) n’ayant pas dépassé les 5%. Ainsi, 70 000 électeurs alsaciens ne seront tout simplement pas représentés : ils comptent pour des peanuts ! A l’inverse, dans une région Alsace, les deux listes départementales d’Unser Land ayant dépassé le seuil de 10% leur permettant de se maintenir, les autonomistes auraient pu disposer de 4 à 5 sièges à l’assemblée régionale pour se faire entendre.

A l’avenir, ce sont donc les Ardennais, les Champenois et les Lorrains qui, forts de leur supériorité numérique, décideront du sort de l’Alsace. C’était évidemment le but recherché par les jacobins du PS à l’origine de ce mariage forcé entre les 3 régions : il fallait museler l’Alsace, la noyer dans le nombre et la rendre ainsi inaudible !

Avec ce « Grand-Est », nous aurons ainsi le même problème qu’au niveau national : que pèseront 47 Alsaciens noyés dans la masse des 169 élus de l’ACAL !

La France : une démocratie « Canada dry »

Au vu de ces élections, il est donc tout à fait pertinent de douter de la démocratie française. Et force est de constater qu’elle ne fonctionne tout simplement pas. Le traitement pitoyable infligé à l’Alsace à l’occasion de cette fusion scélérate en est la meilleure illustration : l’usage de la démocratie pour les prises de décisions est quasi inexistant en France.

A cela s’ajoute que les Alsaciens, placés sous l’étroite tutelle de Paris et soumis à un régime de diktats, ne peuvent toujours pas décider pour et par eux-mêmes : la démocratie participative n’a pas cours dans notre « Jacobinie » qui ne connaît pas la subsidiarité ! La France, République autoritaire et centralisée plombée par la radicalité du projet jacobin, est donc tout sauf une vraie démocratie à l’image des pays voisins qui sont tous des démocraties décentralisées.

Du coup, les Alsaciens se retrouvent privés de tout espoir pour l’avenir. Il ne faudra donc pas s’étonner qu’ils se mettent en quête d’une échappatoire pour fuir l’asservissement et rechercher une voie émancipatrice leur ouvrant les portes de la responsabilisation. Et si Marianne persiste à s’accrocher à son idéologie totalisante jacobine, un divorce à l’amiable n’est pas à exclure.

Un double blocage

Si la démocratie est ainsi en situation d’échec en France, il y a deux raisons principales :

- La première est que les peuples allogènes y sont confrontés à une majorité oppressive qui a instauré partout des rapports dominant-dominé conduisant à un véritable système de colonisation intérieure. L’humanisme et l’universalisme dont elle se réclame sont purement décoratifs. Cette majorité entend imprimer ses marques à tout le territoire sans esprit de tolérance aucun à l’égard des peuples minoritaires auxquels elle refuse tout droit à la reconnaissance et à l’auto-administration et ceci au nom du principe sacralisé de l’unité nationale. Un exemple : en France, la discrimination linguistique est inscrite dans la constitution rendant ainsi impossible la ratification de la charte européenne des langues.

Or, face à une majorité oppressive, les règles démocratiques ne fonctionnent pas puisque les minorités, du fait de leur infériorité numérique et donc de leur incapacité à peser sur les votes, n’ont pas voix au chapitre. Et la possibilité offerte de mettre un bulletin dans l’urne tous les cinq ans ne suffit pas pour qu’on puisse parler de démocratie.

Ainsi, dans le système français, la règle démocratique de la majorité devient un instrument de la domination, la minorité étant en permanence soumise à la dictature du plus grand nombre. La démocratie parlementaire française, qui applique systématiquement la règle de la supériorité numérique, devient alors un piège mortel pour les minorités. C’est bien la loi de la majorité qu’on opposa aux Alsaciens pour leur imposer la fusion… sans même les consulter et, de plus, en violation d’un traité international ratifié par la France (Charte de l’autonomie locale). Si ce système français où la majorité impose sa loi à la minorité était appliqué en Suisse, où les Alémaniques représentent 70% de la population, cela fait belle lurette qu’on ne parlerait plus le français ou l’italien dans ce pays !

- La deuxième raison vient de l’idéologie nationale jacobine, une abstraction totalisante construite sur une expression citoyenne unidimensionnelle, qui imprègne les esprits depuis des générations. A cela s’ajoute un héritage impérialiste et colonialiste qui a façonné la pensée française. Alors que les autonomistes considèrent que la diversité est une richesse à préserver, pour les jacobins, elle est considérée comme un danger mortel pour l’unité de l’Etat qui, dans cette logique, doit les combattre pour les faire disparaître : « La France, pays de la diversité vaincue » était la devise de la IIIe République ».

Or dans cette idéologie en permanence dans l’abstraction et le déni du réel, la notion d’enracinement dans une terre est inexistante. Son idéal humain est un homme hors sol et sans liens affectifs avec un territoire. Ceci explique que le découpage régional a été décidé à Paris sans considération aucune pour les territoires historiques, espaces de vie séculaires de peuples aux identités particulières. Ajoutons encore que les jacobins, contrairement aux autonomistes, ne font pas confiance à l’homme et au peuple, ils s’en méfient. Le 12 Novembre 2015, le Secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale, André Vallini, n’a-t-il pas dit à la délégation d’Unser Land venue pour lui demander d’organiser un référendum, qu’il pensait que « le peuple manquait de maturité pour utiliser de façon pertinente cet outil de démocratie directe »? C’est d’ailleurs pourquoi les jacobins, marqués par un puissant caporalisme, adorent règlementer, encadrer, édicter des lois, énoncer des interdits…

Un statut d’autonomie

Un statut d’autonomie négocié nous reconnaissant des droits particuliers reste ainsi la seule et unique voie pour nous extraire de ce système mortifère, antidémocratique et plombé par ses tares structurelles. Si l’Alsace ne l’obtient pas rapidement, elle risque bien de disparaître ! Aussi, ces régionales ne marquent-elle que le début de notre combat ! Le temps du respect des Alsaciens est arrivé, ils ont été suffisamment méprisés. Le moment est à présent venu de construire un nouveau rapport de force avec Paris ! Avec Unser Land, nous avons maintenant un parti alsacien solide avec un bon ancrage électoral, pour engager cette lutte existentielle !

Bernard Wittmann 6.12.2015

Quelle : hewwemi.net

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (2/5)

Posted on octobre 26th, 2015 by Klapperstein

L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique ?

par Bernard Wittmann

L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique ; jusqu’à l’avènement de la « République une et indivisible », elle n’a été qu’une marqueterie de territoires dépourvus de conscience politique : des arguments qui ne tiennent pas !

Dans le numéro précité de la revue Land un Sproch, l’historien incriminé, pointant le morcellement de l’Alsace, prétend également que « l’Alsace n’a pas été dotée d’une structure unique ». Un argument que vient de reprendre Georges Bischoff, un historien jacobin qui s’assume. Dans L’Alsace du 21.6.2015, ce dernier affirme que « l’unité de l’Alsace est un mythe fabriqué après 1870 à Paris ». D’ailleurs, pour lui, toute « l’histoire de l’Alsace est un mythe »[1].

Cependant, la vérité historique est autre. En effet, durant le Moyen-âge, l’Alsace fut dotée d’une série d’institutions communes qui toutes, peu ou prou, contribuèrent à créer des liens et donc à renforcer, par-delà les diverses démarcations territoriales internes, la cohésion du territoire alsacien – dont l’unité géographique saute aux yeux – et de la population qui l’habitait.

De sorte qu’au final ces institutions permirent le développement, chacune d’une manière spécifique, d’une conscience de l’entité territoriale alsacienne. Elles contribuèrent aussi à forger une conscience identitaire avec, derrière, le sentiment d’appartenance à une même terre et un même peuple. On peut d’ailleurs noter qu’à partir du XIVe siècle, et même avant, les déclarations des juges de paix (Landfrieden) font souvent référence à l’« Alsace ».

A plusieurs reprises durant le Moyen-âge, les Alsaciens, notamment ceux des souverainetés urbaines, marquèrent leur attachement à leur « pays », leurs libertés et leurs privilèges, n’hésitant pas à s’opposer à l’Empereur quand ils sentaient leurs libertés en danger. Leur désir d’indépendance fut constant (l’Empereur était loin, souvent désargenté et ses pouvoirs limités dans les faits). Ainsi, quand l’archiduc Sigismond d’Autriche donna en gage le territoire alsacien des Habsbourg à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, les Alsaciens prirent immédiatement conscience que leur pays et leurs libertés étaient menacés. Ils ne voulaient pas être intégrés au Grand Duché d’Occident. Aussi se coalisèrent-ils pour envoyer des contingents alsaciens en appui aux troupes suisses opposées au Téméraire. Ensemble, Suisses et Alsaciens finiront par défaire les troupes bourguignonnes à deux reprises à Granson en mars, puis à Morat en juin 1476. En janvier 1477, les Alsaciens envoyèrent encore des contingents au duc de Lorraine René II qui participèrent à la bataille de Nancy au cours de laquelle le duc Charles fut tué. Cette victoire permit au duché de Lorraine de rester indépendant et de continuer à jouer son rôle d’ « Etat tampon » entre l’Alsace et la France.

Des institutions originales comme celles des Landstände ou de la Décapole marquent incontestablement une volonté d’union et d’élaboration de règles et de politiques communes, notamment de défense face aux agressions militaires extérieures.

Du XIVe au XVIe siècle[2], quand l’Alsace fut frappée par le fléau des incursions françaises, les villes de la Décapole, entraînant dans leur sillage nombre de seigneurs territoriaux, surent mettre sur pied des forces armées communes pour protéger le pays et sa population. Ainsi en 1439, des contingents alsaciens coalisés infligèrent de si sévères pertes aux « Armagnacs », envoyés par le roi de France, que ces derniers choisirent la retraite. Idem en 1445 où les troupes françaises conduites par le dauphin, le futur Louis XI, décimées et épuisées par une guerre de harcèlement,« la petite guerre », que leur livraient la population et les troupes alsaciennes, furent contraintes de quitter le pays.

Mais à l’issue des traités de Westphalie (1648) tout se gâta durablement pour l’Alsace et ses diverses institutions. Le pays, qui avait appris à cultiver ses libertés dans le cadre fédéral de l’Empire, se trouva dès lors livré à l’absolutisme royal et à la centralisation.

Et plus tard, les différents régimes qui suivirent jusqu’au Second Empire reprirent l’ancienne centralisation monarchique en l’accentuant encore jusqu’à ne plus laisser aucune place aux libertés locales.

Le concept politique d’Alsace, longtemps étouffé par le nationalisme fanatique des jacobins français avec leur obsession de l’unité et de l’indivisibilité de l’Etat, trouvera sa pleine expression sous le Reichsland. L’idée d’une « nation alsacienne » et d’un « Etat neutre » entre la France et l’Allemagne finira alors par gagner de nombreux esprits tandis que les anciennes institutions du temps où les alsaciens géraient leurs propres affaires connurent un regain d’intérêt.

Quelles sont ces institutions ?

Elles sont au nombre de quatre :

- LE GRAND BAILLAGE ou LANDVOGTEI

La Landvogtei, ou « Grand Baillage d’Alsace[3] », instituée en 1280 par Rudolf von Habsburg, se perpétua jusqu’aux traités de Westphalie où les biens des Habsbourg furent annexés au royaume de France. A l’origine, elle avait pour vocation de mettre un terme au morcellement du domaine impérial en Alsace et d’unifier administrativement les différents territoires alsaciens placés dans l’immédiateté.

Dans un premier temps, Rudolf avait créé deux grands baillis, l’un pour la Basse-Alsace chargé d’administrer les biens d’Empire, l’autre pour la Haute-Alsace chargé d’administrer tant les biens d’Empire que les possessions particulières des Habsburg. Mais à partir de 1280, il choisira de confier l’ensemble du territoire à un seul Reichslandvogt (lieutenant-général). Ce sera la naissance véritable de l’institution de la Landvogtei. Le premier des Landvogt fut le seigneur alsacien Othon III von Ochsenstein (1281 à 1292), neveu de l’Empereur Rudolf (Rodolphe de Habsbourg).

Toute l’Alsace[4] était en principe du ressort du Landvogt, ou « Grand Bailli », désigné par l’Empereur et qui avait sa résidence dans le palais de Haguenau. Il avait aussi juridiction sur les Reichsdörfer, 42 villages d’Empire presque tous situés près de Haguenau. En principe, toutes les villes d’Empire étaient également soumises à sa juridiction, mais en réalité, du fait de leur indépendance, il ne pouvait guère intervenir dans leur gouvernement. Cependant, c’est sous sa présidence, avec le pouvoir de dissoudre l’assemblée, que se réuniront les villes de la Décapole.

Le Landvogt était le représentant de l’Empereur et, à ce titre, était chargé de percevoir les contributions dues à l’Empire et d’administrer les biens et droits du domaine impérial en Alsace. Pour ce faire, il était assisté de toute une administration, « Schultheiss » (écoutêtes), officiers, trésoriers, économes, secrétaires et conseillers… Parmi ce personnel, le Schultheiss occupait le premier rang.

Garants de la paix en Alsace, les Reichslandvögte ont le devoir de protéger tous les « Etats » alsaciens, et bien entendu le pouvoir impérial. Ce sont eux qui doivent gérer le Landfrieden. Lors de grands débordements, des armées relativement importantes pouvaient être levées dans les Reichsdörfer, villes de la Décapole, ou même villes libres pour combattre les injustices.

Au départ, les pouvoirs du Landvogt étaient donc assez étendus et comprenaient même certaines prérogatives de justice. Mais bientôt l’état de l’Empire fut tel[5] que le Landvogt vit son autorité décliner.

La Landvogtei a été engagée aux Electeurs palatins à deux reprises : de 1408 à 1504 et de 1530 à 1558. C’est en 1558 que Ferdinand Ier racheta l’engagement et le transmit à la maison d’Autriche. A partir de là, la Régence d’Ensisheim (voir plus loin) participa à la gestion des affaires relevant de la Landvogtei.

C’est surtout à la mort de Ferdinand Ier en 1564, que les pouvoirs du Landvogt s’effritèrent considérablement. Ses charges seront d’ailleurs intégrées à la Régence d’Ensisheim.

De sorte qu’à la fin du XVIe siècle, le titre de Landvogt avait fini par être vidé de droits réels, seul y restait attaché un droit de protection qui revenait à l’Empereur.

A partir de 1604, pour permettre aux Habsbourg de renforcer leur mainmise sur l’Alsace, le Reichslandvogt sera toujours un membre de la famille impériale. Les Habsbourg vont alors tenter de revaloriser sa fonction.

Mais, en 1618, à la suite de la « défenestration » de Prague, éclata une révolte qui déborda très vite le cadre régional pour s’étendre à tout l’Empire et, par voie de conséquence, à l’Alsace. Cependant, en dépit de la guerre, l’institution perdura jusqu’en 1648.

Après cette date, le roi continuera à l’utiliser pour franciser ses nouvelles possessions alsaciennes. Ainsi nommera-t-il un « Grand Bailli Royal »… mais qui résidera le plus souvent, non plus au palais de Haguenau, mais à Versailles. Le premier d’entre eux fut le comte d’Harcourt (1651-1659).

- LA DECAPOLE ou ZEHNSTÄDTEBUND

La Décapole[6], ou Zehnstädtebund, confédération de villes libres créée en 1354, constituait une solide chaîne de solidarité du nord au sud du pays liant entre elles une dizaine de villes impériales avec leurs dépendances : Haguenau / Hagenau, Wissembourg / Weissenburg, Colmar, Sélestat / Schlettstadt, Obernai / Oberehnheim, Rosheim, Kaysersberg, Turckheim / Türkheim, Munster / Münster et Mulhouse / Mülhausen (Seltz / Selz en fit partie de 1358 à 1418). A partir de 1515, Mulhouse ira rejoindre les Confédérés suisses mais son départ sera compensé par l’adhésion de Landau[7] dans le Palatinat.

Notons que ce mouvement corporatiste avait débuté bien avant. En effet, certaines de ces villes avaient déjà créées librement entre elles d’autres alliances[8].

Blasons des villes de la Décapole (Source : L. Sittler, Am Wege der Jahrhunderte, Alsatia, p.51)

Les dix villes libres de la Décapole étaient des républiques se gouvernant elles-mêmes tout en conservant le privilège d’immédiateté. Haguenau et Colmar sont alors les villes les plus puissantes et les plus peuplées de la Décapole.

Cette confédération avait pour objectifs principaux de parer le danger venu de l’extérieur, prendre des décisions graves, se porter mutuellement secours, lutter contre les grandes épidémies, etc. L’organe administratif était la chancellerie de Haguenau qui créait le lien permanent.

Les villes décapolitaines étaient représentées à la Diète d’Empire de Regensburg / Ratisbonne par les délégués de Colmar et de Haguenau.

C’est à partir de 1418 que la ligue, avec l’assentiment de l’Empereur Sigismond de Luxembourg, fut dotée d’un caractère perpétuel. Au XVIe siècle, certaines des villes passeront au protestantisme alors que les autres continueront à défendre le catholicisme et ceci sans que l’entente n’en fût brisée.

Le système d’alliance de la Décapole « contribua incontestablement à donner à l’Alsace une certaine unité », écrit l’historien François G. Dreyfuss[9].

La Décapole, les textes du Moyen-âge parlent des « Richestette gemeinlich im Elsass » ou encore de « Eidgenossen » (confédérés), était d’ailleurs particulièrement bien organisée : secrétariat permanent, fond d’intervention commun, réunions régulières de leurs délégués (Tage) à Strasbourg ou à Sélestat… Les convocations aux Tage sont envoyées de Haguenau, chef-lieu de la Décapole (Hauptstadt ou Direktorium). Celle-ci a la présidence des assemblées.

Dans les Tage on discutait des impôts et contributions à l’Empire, de droits judiciaires, des difficultés intérieures et celles provoquées de l’extérieur, de la lutte contre le brigandage, de la défense des privilèges, de questions monétaires et juridiques, etc. Le vote se faisait à la majorité, l’égalité régnant entre les villes.

La Décapole se considère comme indépendante. Son seul lien de dépendance à l’Empire est l’impôt annuel versé directement à l’Empereur via le Grand Bailli et dont les villes s’acquittent régulièrement (l’Empire et l’Empereur étant les garants de leurs libertés). Les villes ont une politique extérieure, entretiennent des troupes, concluent des alliances, engagent des opérations militaires à l’intérieur et à l’extérieur, envoient des ambassadeurs etc. Cependant, étant membres de l’Empire, elles ont des obligations de soutien aux guerres menées par l’Empereur. Ainsi, en 1495, elles versent la contribution extraordinaire décidée par la diète de Worms, destinée à soutenir l’Empereur en guerre contre les Turcs et la France.

A plusieurs reprises, elles enverront des troupes à l’Empereur pour des expéditions lointaines (par exemple, contre les Turcs ou le roi de Hongrie en guerre avec Frédéric IV, pour appuyer les campagnes de l’empereur contre les provinces impériales des Pays-Bas, en Suisse, à Naples…). A la fin du XVe siècle les armées de la Décapole, placées sous les ordres du capitaine haguenovien Hans Wagner, iront combattre le roi de France Charles VIII en Picardie avec l’armée impériale.

La Décapole, structure fédérative de villes implantées sur l’ensemble du territoire alsacien, conserva sa cohésion et son efficacité jusqu’à l’annexion française. Les assemblées des villes (die Tagungen) eurent lieu régulièrement jusqu’en 1637. A partir de là, les invasions des Suédois, puis des Français auxquels les villes durent se soumettre, rendirent impossible de telles réunions.

Après 1648, les villes refuseront de reconnaître la souveraineté du roi et engageront une lutte opiniâtre pour préserver leurs libertés et leur immédiateté. Elles vont alors défier l’autorité du roi en continuant de prêter serment à l’Empereur et à lui fournir des contingents militaires. Ainsi, en 1664, un contingent de troupes fourni par la Décapole prendra part au « Türkenkrieg ».

Au printemps 1673, désespérées, les villes décideront de s’adresser directement à la Diète pour qu’elle intercède auprès de l’Empereur pour le décider à venir défendre leurs droits et leurs libertés : « Toutes les villes étaient prêtes à lui ouvrir leurs portes », notera Laguille dans son Histoire de la province d’Alsace.

Mais l’occupation militaire du pays conjuguée à une politique systématique de la terre brûlée ordonnée par le roi (villes brûlées, tours éventrées, murs d’enceinte détruits, fossés comblés, milices urbaines désarmées…), auront finalement raison de leur résistance. Ce n’est qu’en 1679, suite au traité de Nimègue[10], qui mettait fin à la guerre de Hollande et reconnaissait la validité des traités de Westphalie de 1648, que, contraintes et forcées, elles acceptèrent enfin de prêter allégeance au roi… la mort dans l’âme[11]. Ce sera la fin des fières cités qui avaient toujours défendu leur liberté bec et ongles.

La Décapole continuera néanmoins à subsister, du moins sur le papier – car incompatible avec l’absolutisme du roi français – jusqu’à la Révolution.

En 1789, elle présenta son propre cahier de doléances : « La Décapole ruine la thèse jacobine qui prétend que jusqu’à l’avènement de la « République une et indivisible », l’Alsace n’a été qu’une marqueterie de territoires dépourvus de conscience politique (…) La Décapole a installé le « démocratisme alsacien » et la volonté de s’occuper librement de ses propres affaires. Elle a donné une forme politique à la conscience alsacienne, montrant que la vitalité d’un corps politique ne tient pas à sa taille, mais aux principes qui le régissent. Elle a laissé la nostalgie d’un âge d’or. Faut-il s’étonner que certains historiens révisionnistes cherchent vainement à en ternir l’éclat ? », écrit Jean Holzweg dans l’Ami Hebdo du 30 novembre 2014.

Strasbourg / Strassburg, même si elle avait des liens très étroits avec la Décapole, n’en faisait pas partie. C’était une république souveraine avec son armée dotée d’une artillerie moderne redoutée dans tout l’espace rhénan, sa diplomatie et sa monnaie. C’est le 17 octobre 1334, qu’une charte originale appelée « Schwoerbrief », établissait la constitution de la « Freie Reichsstadt Strassburg ». Ses principes fondateurs allaient perdurer jusqu’en 1789. Les institutions de Strasbourg firent l’admiration d’Erasmus van Rotterdam qui, en 1514, écrit à l’humaniste alsacien Jacob Wimpfeling pour le remercier de sa visite de la ville : « J’ai vu une monarchie sans tyrannie, une aristocratie sans factions, une démocratie sans désordre, la richesse sans luxe, la prospérité sans outrecuidance. Saurait-on imaginer bonheur plus réel que cette harmonie ? ».

30 septembre 1681 : Sous la menace d’une armée française forte de 30 000 à 35 000 hommes, la fière République libre de Strassburg est sommée de se placer sous la protection du roi.

Le 30 septembre 1681, sommée par Montclar et Louvois – venus à la tête d’une armée d’environ 35000 hommes – de se placer sous la protection du roi faute de quoi elle serait « bombardée, prise d’assaut et mise à sac », la ville n’a d’autre choix que de signer l’acte de capitulation. Le désespoir des Strasbourgeois est alors à son comble.

Dans une lettre à Louis XIV (1693), Fénélon, archevêque de Cambrai, a le courage de reprocher ce crime au despote : « Les traités signés avec les vaincus ne sont point signés librement. On signe le couteau sous la gorge, on signe malgré soi pour éviter de plus grandes pertes, on signe comme on donne sa bourse, quand il faut la donner ou mourir (…) En pleine paix, vous avez fait la guerre (…) Vous avez cherché dans le traité de Westphalie, des termes équivoques pour surprendre Strasbourg. Jamais aucun de vos ministres n’avait osé, depuis tant d’années, alléguer ces termes dans aucune négociation pour montrer que vous eussiez la moindre prétention sur cette ville (…) Vous ne connaissez point Dieu… ».

1681 : Capitulation de la République Libre de Straßburg.

La propagande française se met en branle : le viol odieux est maquillé en histoire d’amour.

Bernard Wittmann – Historien  – Fin du 2e Chapitre. (à suivre : suite des institutions : Les Landstände ou Diète d’Alsace et la Régence d’Ensisheim)

[1] Affiche de la conférence de G. Bischoff du 30.5.2015 à la librairie Kleber de Strasbourg.

[2] La dernière survenant en 1552 avec la « Chevauchée d’Austrasie » du roi de France Henri II.

[3] Appellation qui perdura jusqu’au XVe siècle. Par la suite, les archiducs d’Autriche, Grands Baillis, introduisirent l’appellation « Grand Baillage de Haguenau ».

[4] Y compris une partie du Brisgau.

[5] L’affaiblissement du pouvoir impérial commença sous les successeurs de Charles IV mort en 1378.

[6] Le titre de Décapole n’apparut que plus tard. Pendant longtemps la ligue porta des noms divers.

[7] Landau était alors une ville alsacienne. De ce fait, elle devint française en 1648, avant de redevenir allemande en 1815 (rattachée au Palatinat) au 2e traité de Paris. La défaite napoléonienne s’acheva pour l’Alsace par la perte définitive de ses très anciennes régions alsaciennes autour de Landau entre la Queich et la Lauter.

[8] Dès 1250, avec la Ligue des cités du Rhin supérieur, avec notamment Hagenau, Schlettstadt, Colmar, Kaysersberg et Mülhausen. En 1254, ces mêmes villes entrent dans une Ligue Rhénane (Rheinischer Bund) regroupant autour de Mayence et de Worms toutes les villes de Cologne jusqu’à Bâle. Après cette dernière, vont se constituer des Ligues pour la paix publique (Landfriedensbündnisse). Enfin, en 1342, Colmar, Mülhausen, Kaysersberg, Türkheim, Münster, Schlettstadt et Oberehnheim fondent une alliance d’entraide pour trois ans qui sera prolongée d’autant en 1346.

[9] F.G. Dreyfus, Histoire de l’Alsace, éd. Hachette, 1979.

[10] Traité de Nimègue signé le 5.2.1679 entre Louis XIV et l’Empereur.

[11] La ville de Haguenau, la première, dès octobre 1679, accepta de prêter serment à Montclar, celui-là même qui fut son bourreau et qui s’était acharné sur elle en la livrant au feu et aux mines pour l’anéantir.

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (1/5)

Posted on octobre 22nd, 2015 by Klapperstein

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ?

par Bernard Wittmann

Depuis l’annonce de la disparition de l’Alsace en tant que région, le peuple alsacien est à nouveau traversé par un courant favorable à l’émancipation. Dégoûtés par le mépris que Paris témoigne à leur pays soumis à ses diktats, un nombre croissant d’Alsaciens rêvent de prendre leur avenir en main. Une prise de conscience commence à s’opérer.

Ce chemin vers l’émancipation sera sans aucun doute long et semé d’embûches. Il passera par des étapes de « reconquête » obligées. La plus importante sera évidemment la réappropriation par les Alsaciens de leur langue, mais aussi de leur histoire marquée par ses grands hommes qui nourrit l’identité collective. Ce n’est pas à Paris de nous dicter nos héros, ce choix revient au peuple alsacien seul[1] ! Ainsi, que vient faire à Strasbourg, la statue équestre à la gloire de Jeanne d’Arc alors qu’elle est totalement étrangère à l’histoire alsacienne (l’Alsace faisait alors partie du Saint Empire) ? Et toutes les rues Gambetta à Strasbourg, Colmar et Mulhouse alors que ce dernier n’a joué aucun rôle en Alsace ? Par contre, point de rues Xavier Haegy ou Camille Dahlet dans tout le pays alors qu’ils marquèrent toute l’histoire de l’entre-deux-guerres. Cependant, la récente réhabilitation du Dr Eugène Ricklin, interdit de mémoire depuis 1945 et que la municipalité de Dammerkirch vient d’honorer d’une place le 31 mai 2015, est une démarche courageuse qui va dans le sens de la reconquête de notre histoire.

Placée au cœur du processus de construction identitaire, l’histoire devra réintégrer le champ scientifique en se distanciant des fantasmes républicains et du fatras des récits historiques à vocation nationalisante. Aussi, et pour commencer, elle devra être débarrassée de tous les mythes et habillages tissés par des générations d’historiens républicains pour l’insérer dans le roman national et faire pencher l’affectif des Alsaciens vers la France. D’ailleurs, l’histoire officielle française est constellée de trous : « Tout citoyen français doit oublier la Saint-Barthélemy et les massacres du Midi au XIIIe siècle », écrit l’icône républicaine Ernest Renan[2] consacrant ainsi « un devoir d’oubli » pour ne laisser subsister qu’une mémoire glorieuse de la France.

Rechercher la vérité historique en jetant un regard distancié et critique sur le récit historique officiel, démêler l’histoire de la légende, pointer les mensonges, les interprétations abusives et les truquages, seront les tâches prioritaires pour refaire l’éducation historique.

Rappelons-nous que l’histoire est la mémoire du peuple et que sa connaissance lui est indispensable pour se projeter dans l’avenir : il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va !

Bref, il faudra s’atteler à dénoncer la manipulation de notre passé et à tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues dont voici ci-après deux exemples parmi les plus récurrents :

- Il n’y a pas de « socle » sur lequel s’est construit le peuple alsacien.
- L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique ; jusqu’à l’avènement de la « République une et indivisible », elle n’a été qu’une marqueterie de territoires dépourvus de conscience politique.

Pas de socle sur lequel s’est construit le peuple alsacien ?

Cette affirmation est reprise régulièrement par les tenants de l’histoire officielle. Récemment encore, dans la revue Land un Sproch[3], un historien accréditait cette idée de l’absence de « socle » sur lequel aurait pu se construire un peuple alsacien (en mai 2015, deux historiens nichés à l’Université et connus pour leur jacobinisme iront même jusqu’à affirmer que toute l’histoire de l’Alsace « n’est qu’une fiction »[4] )! C’est la théorie de l’historiographie française.

Cependant, cette assertion est inexacte ou, pour le moins, mériterait d’être fortement nuancée. En effet, quid de la langue germanique des Alsaciens qui constitua dès le Ve siècle, où elle s’étendit à tout le pays, le premier socle commun sur lequel se construisit progressivement le peuple alsacien.

Duc Eticho / Etichon-Adalric – Mosaïque (Mont Sainte Odile)

Quid aussi du duché d’Alsace (v. 630[5] à 740) – séparé du duché d’Alémanie – quasi indépendant, avec ses lignées de ducs[6] qui agissaient comme des princes souverains et qui firent l’unité politique du pays en effaçant l’antique frontière du Landgraben qui avait séparé jadis les Triboques et les Séquanes. Sous le 3e duc, Eticho-Adalric d’Alsace (635-690), le duché s’étendait de Surbourg au nord à Moutier-Granval dans le Jura au sud et avait principalement pour capitale Oberehnheim / Obernai, une ancienne villa royale.

Le duché a conduit à la constitution d’une individualité historique et politique et à la naissance d’un peuple original avec une langue, des mœurs, une juridiction, une religion communes. Il marqua la naissance d’un habitus partagé par la population avec des codes connus et respectés qui formeront ensuite un patrimoine social et culturel commun.

On notera d’ailleurs que c’est entre 630 et 640, donc avec l’avènement du duché, que la mention « Alsace » et « Alsaciens » apparaît pour la première fois dans la chronique latine de Frédégaire[7]. C’est en effet dans une des chroniques relatant les évènements des années 610 que l’on parle du « pays des Alesaciones » (Alsaciens) pour désigner les habitants de la région entre Rhin et Vosges, puis d’« Alesacius (Alsace)»[8], en 613, pour désigner le pays lui-même ! Notons que ce nom est antérieur à ceux des régions voisines (Lorraine, pays de Bade, Suisse…). Quant au terme de « France », il n’apparaîtra pour la première fois que… cinq siècles plus tard !

C’est sous le règne de nos ducs que l’Alsace acheva sa conversion au christianisme et que, vers 650, furent créées les évêchés de Bâle et de Strasbourg. Durant un siècle, nos ducs favorisèrent les fondations monastiques. La conséquence en sera une transformation profonde des mœurs et des relations entre les hommes due au développement d’une nouvelle spiritualité, d’une nouvelle approche de l’humain. En effet, c’est à cette époque que l’Alsace se couvrit d’abbayes et de monastères à l’ombre desquels naîtront ensuite les villages. Les exemples ne manquent pas. Ainsi, on doit au duc Eticho-Adalric, et à son épouse, la fondation de l’abbaye d’Ebersmünster et à son successeur Adalbert celles de l’abbaye de Saint-Etienne de Strasbourg et du monastère de Honau. Enfin, c’est en 727, sous le règne du duc Luitfried 1er d’Alsace, que fut fondée par Saint Pirmin la prestigieuse abbaye de Murbach : « C’est le développement rapide de l’Eglise chrétienne qui donna à cette province ce cachet si particulier », note l’historien Rodolphe Reuss[9].

Avec leurs écoles, leurs bibliothèques préservant les œuvres de l’antiquité et leurs moines érudits, les monastères furent autant de centres de culture défendant des principes humanitaires, mais aussi de vecteurs de progrès matériel qui conduiront progressivement à l’émergence d’une nouvelle civilisation. En effet, l’action des moines ne se limitait pas aux domaines relevant du spirituel. Ces derniers œuvraient également au défrichage des forêts, à l’endiguement des cours d’eau, à l’assèchement des marécages et à l’irrigation des prés, à la construction et à l’entretien des chemins et des ponts, au développement de l’agriculture notamment de la vigne, au tracé de nouvelles routes etc.

De leur côté, les ducs n’eurent de cesse de renforcer l’unité administrative, politique et religieuse du duché, d’entreprendre de nouveaux tracés de routes, de dégager de nouvelles terres pour l’agriculture…

Vers 740, les rois francs, craignant la puissance des Etichonides, dont le duché évoluait vers une indépendance totale, intégrèrent purement et simplement le duché à l’Austrasie. A partir de cette date, le duc Liutfried 1er d’Alsace, petit-fils d’Eticho-Aldalric, disparaît des chartes ; en 722, il avait succédé à son père Adalbert d’Alsace. Son frère Eberhard qui lui succéda ne portera plus le titre de duc mais celui de comte d’Alsace.

Le duché, qui donna pour la première fois à l’Alsace une unité politique, aura ainsi été le vrai socle sur lequel s’est bâti le peuple alsacien : « Le duché créa l’Alsace, lui donna l’unité et le nom qui devait rester pour toujours : la personnalité de l’Alsace entrait dans l’Histoire », écrit l’historien Lucien Sittler dans « L’Alsace terre d’histoire ».

Une analyse que partage pleinement l’historien André-Marcel Burg. Pour ce dernier, le siècle du duché « marqua si profondément le pays d’entre les Vosges et le Rhin, qu’aujourd’hui encore nous retrouvons dans notre sol et dans notre chair le sillon tracé par Adalric et les siens (…) Et bien que ce duché ne durât que cent ans, le sens de la communauté alsacienne naquît et s’enracina profondément dans l’esprit des habitants (…) Ainsi s’amorça sous les ducs, l’unité ethnique et linguistique de l’Alsace ; bien que rattachée à la Francie restée latine, la population conserva son caractère de minorité germanique (…) A ce point de vue l’Alsace du XXe siècle est restée l’Alsace d’Adalric ». Et cet auteur de conclure : « Si donc l’Alsace est aujourd’hui telle qu’elle apparaît au voyageur qui la parcourt, elle doit en dernière analyse sa personnalité à l’influence lointaine des ducs. Leur grande ombre se projette encore toujours sur les collines et sur la plaine ; tous les problèmes qui se posent aujourd’hui chez nous enfoncent leurs racines profondément dans le passé et découlent d’une situation créée à l’époque des ducs »[10].

Sainte Odile, patronne de l’Alsace

Par la suite, le duché sera rétabli à plusieurs reprises – voir ci-après – et jamais son souvenir ne se perdra dans la mémoire collective. La patronne de l’Alsace, Sainte Odile[11] (662-720), fondatrice et abbesse du célèbre monastère de Hohenburg (Mont Sainte Odile), n’est autre que la fille du célèbre duc Eticho-Adalric d’Alsace à l’origine d’une lignée aristocratique prestigieuse qui se prolongea, par les femmes, dans la famille alsacienne des comtes d’Eguisheim et à laquelle certains historiens rattachent celle des Habsbourg.

Le duc Adalric avec son épouse Bereswinde, parents de Sainte Odile (Fresque de Charles Spinler exposée à l’entrée du Mont Sainte Odile)

Au prétexte de vouloir « déconstruire les mythes », dans L’Alsace du 21.6.2015, l’historien G. Bischoff est allé jusqu’à se demander si Odile, patronne emblématique de l’Alsace, a bien existé.

« Ducatum Elizetium » (IXe s.)

En 867, le roi de Lotharingie Lothar II (Lothaire) ressuscite le duché d’Alsace sous le nom de « Ducatum Elizetium » (ou Helisacensis) et donne le titre de duc d’Alsace à son fils bâtard Hugo (Hugues). Mais à la mort de Lothaire, l’Empire est à nouveau partagé : en 870, au traité de Meersen, l’Alsace sera attribuée à Louis le Germanique[12]. Hugo, trop jeune et trop faible pour faire valoir ses prétentions, se retrouva privé de ses droits et privilèges. Il défendra néanmoins son titre en engageant la lutte contre Charles III le Gros / Karl der Dicke, troisième fils de Louis le Germanique, qui reçut la charge de l’Alémanie. En 876, il reprendra même une partie de son patrimoine, mais pour peu de temps. Attiré dans un guet-apens, il sera capturé en 885[13] par Charles le Gros, empereur d’Occident depuis 881. Ce dernier lui fit crever les yeux et l’enferma dans l’abbaye de Sankt Gallen (Suisse). En 899, Hugo en ressortira pour reprendre ses fonctions de duc d’Alsace, mais finira par être relégué par le roi de Germanie Louis IV l’Enfant (899-911) dans l’abbaye de Reichenau où il mourra l’année suivante. Avec lui s’éteindra le dernier duc d’Alsace.

A partir du Xe siècle, les « Gaugrafen » du Nordgau, également possessionnés dans le Sundgau, se pareront du titre de « Comte d’Alsace » et exerceront leur pouvoir sur l’ensemble du pays.

« Alsatorium et Suevorum dux » (Xe au XIIe s.)

Le duché d’Alsace fut de nouveau rétabli en 925, et pour plus de trois siècles, par le roi de Germanie Heinrich der Vogler (Henri 1er L’Oiseleur). Cependant, il sera placé sous l’autorité du duc de Souabe qui portera dès lors le titre de « Alamaniae et Alsatiae dux », duc d’Alémanie et duc d’Alsace. A nouveau l’Alsace, associée à la Souabe par le truchement d’un duc commun, devenait une entité politique.

En 1094, pour mieux marquer la prépondérance de l’Alsace à l’intérieur du double duché, le duc Friedrich I von Staufen changea ce titre en « Alsatorium et Suevorum dux », duc des Alsaciens et duc des Suèves. Ce dernier titre fut notamment porté par tous les empereurs de la maison de Hohenstaufen dont le grand Friedrich Barbarossa (Barberousse) qui témoigna une prédilection particulière pour Hagenau/Haguenau, ville dont il fit sa résidence. Il y construisit son palais rutilant de marbre, la Kaiserpfalz, où furent conservés les insignes impériaux lors de ses séjours.

Après la mort, en 1268, de Conradin, le dernier des Hohenstaufen, le duché se désintégrera progressivement en plusieurs comtés.

L’idée d’un duché refit surface à l’orée de la Grande Guerre

L’idée de la création d’un duché d’Alsace refit surface peu avant la Première Guerre mondiale, mais surtout durant cette guerre, alors que Berlin avait à décider de l’avenir du Reichsland. Ainsi, le 18 juillet 1917, le député du Zentrum (centre), Mathias Erzberger (1875-1921), demandait au Reichstag la transformation du Reichsland en un « grand-duché catholique » avec à sa tête un Wittelsbach. En effet, les comtes Palatins de la maison de Wittelsbach avaient eu de nombreuses possessions en Alsace-Moselle avant la révolution française : Ribeauvillé / Rappoltsweiler, Bischwiller / Bischweiler, Seltz / Selz, Cleebourg / Kleeburg, La Petite-Pierre / Lützelstein…

En Alsace même, ce projet trouva de fervents défenseurs notamment dans certains cercles catholiques. Citons Albert Ehrhardt (1862-1940), professeur de théologie catholique de Strasbourg, qui dès décembre 1916, avait rédigé un mémoire sur le rattachement du Reichsland au royaume de Bavière.

Finalement Berlin abandonna ce projet de grand-duché et opta pour l’octroi au Reichsland d’un statut d’Etat fédéré. Aussi, le 25 octobre 1918, la constitution de 1911 – qui avait donné un statut d’autonomie à l’Alsace-Moselle – sera-t-elle modifiée pour faire du Reichsland un Etat de plein droit bénéficiant de toutes les attributions d’un Etat souverain de la Confédération germanique.

Après une éclipse de douze siècles, l’ancien duché d’Alsace avait néanmoins continué à vivre dans l’imaginaire de certains Alsaciens.

Ainsi donc, nous venons de le voir, il existe bien un « socle » sur lequel s’est construit le peuple alsacien qui, en dépit de tous les aléas de l’histoire tourmentée de l’Alsace, a traversé les siècles en restant présent dans la mémoire collective.

Bernard Wittmann – Historien – Fin du premier chapitre. A suivre : – L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique (jusqu’à l’avènement de la « République une et indivisible », elle n’a été qu’une marqueterie de territoires dépourvus de conscience politique : des arguments qui ne tiennent pas !)

[1] Ainsi Turenne, le « boucher de Turckheim », est-il un criminel de guerre pour les Alsaciens mais, pour avoir battu les impériaux que soutenaient les Turckheimois, un héros pour la France qui a érigé un monument à sa gloire sur le lieu même de son forfait.

[2] Cité par Philippe Delmas, De la prochaine guerre avec l’Allemagne, éd. Odile Jacob, 1999, p.49.

[3] Land un Sproch n°192 – janvier 2015

[4] In affiche annonçant la conférence Bischoff-Wahl à la librairie Kléber le 30.5.2015

[5] Vers 630, le roi mérovingien Dagobert 1er (629-639) détacha l’Alsace du duché d’Alémanie. Elle apparaîtra comme duché quelques années plus tard, vers 640.

[6] Cinq ducs se succéderont : Gondoin (ou Gundoi) d’Alsace (v.630/640-656) ; Boniface d’Alsace (v.656-662) ; Eticho (Etichon)-Adalric d’Alsace (v. 662-690) ; Adalbert d’Alsace (v.690-722) ; Luitfried 1er d’Alsace (722-740).

[7] Chronique relatant les évènements de 584 à 768 et composée par plusieurs rédacteurs successifs.

[8] D’abord en latin, le nom prendra progressivement sa forme germanique : Alisazgouwe en 774, Elisaza au IXe siècle, Elsazo en 1040.

[9] Rod. Reuss, Préliminaires de L’Alsace au XVIIe siècle.

[10] André-Marcel Burg, Le duché d’Alsace au temps de Sainte Odile, éd. La pensée universelle, 1987, p.183 à 187.

[11] Sainte Odile fut enterrée dans la chapelle de Saint Jean-Baptiste, qui porte aujourd’hui le nom de la Sainte. Son tombeau fut ouvert pour la première fois en 1354, en présence de l’Empereur Charles IV. Son corps fut trouvé entier. Une partie de son bras droit fut alors prélevée et déposée par ordre de l’Empereur dans la cathédrale de Prague.

[12] L’Alsace est ainsi une des premières régions à être entrée dans l’histoire allemande.

[13] En 884, l’Alsace avait été divisée en deux comtés : le Nordgau et le Sundgau.

Quelle : hewwemi.net

Aliénation des élus et instinct de survie du peuple

Posted on avril 24th, 2015 by Klapperstein

La loi est-elle l’expression de la volonté générale lorsque le plus grand nombre de ceux pour qui elle est faite ne peuvent concourir, en aucune manière, à sa formation ? Non. Maximilien de Robespierre dans : « Discours sur le suffrage universel » du 25 janvier 1790 (bien avant la Terreur).

L’intelligence collective

Quelles que soient les latitudes, certains peuples font preuve de plus de réussite que d’autres. Or, ce qui détermine généralement les performances d’une communauté, c’est l’intelligence collective. Celle-ci résulte de la faculté d’une communauté à valoriser les créativités individuelles, à mobiliser et rassembler les intelligences au service d’objectifs communs. La capacité de mettre en synergie les intelligences individuelles pour créer, innover et inventer, celle de défendre la cohésion et d’ordonner les solidarités au sein de la communauté, le sens du bien commun… sont ainsi autant de marqueurs de l’intelligence collective d’un peuple.

Mais suivant l’angle sous lequel on regarde, l’intelligence collective d’un peuple peut également se juger à la vitalité de son instinct de survie qui lui commande de protéger son originalité et les biens communs qui concourent à forger son identité.

Nos élus en rupture avec l’instinct de survie du peuple

Or la classe politique alsacienne, en renonçant à la lutte contre la dilution du peuple alsacien dans l’ALCA et en capitulant devant les diktats parisiens, semble en rupture avec l’instinct de survie de ses mandants alsaciens quasi unanimement opposés à la fusion. Elle a choisi de faire allégeance à Paris et prône ainsi une politique de collaboration avec les forces politiques exogènes généralement gangrénées par l’idéologie jacobine, une servitude volontaire : « Avec les partis politiques traditionnels, c’est foutu, ils jouent tous dans la même cour : celle du pouvoir, la plus jacobine (…) Les outils les plus pervers du jacobinisme, ce sont les partis politiques », se désole Charles Buttner[1] qui sait de quoi il parle.

Ainsi, citons en exemple Philippe Richert, devenu le chantre de l’ALCA dont il rêve à présent de faire « le cœur de l’Europe (sic) »[2], le sénateur Guy-Dominique Kennel ou le député Antoine Herth qui, tous trois, ne cessent de stigmatiser les opposants à la fusion et les défenseurs de la pétition « Alsace retrouve ta voix ». La virulence de leurs attaques s’accroît d’ailleurs à mesure qu’explose le chiffre des signataires : déjà 115 000 !!! Ces derniers, qui demandent simplement que la population soit consultée sur son sort, n’ont pourtant formulé qu’une revendication élémentaire dans toute démocratie.

Un référendum « est impossible et illusoire. Le processus (de fusion) est en marche et ne peut être stoppé », s’est emporté Philippe Richert[3]… tout en évitant de prendre position sur le fond. Et pour cause : le référendum, il n’en veut pas ! Tenant bien en main ses troupes et vraisemblablement pas avare de promesses, il a su mobiliser ses affidés de l’UMP pour qu’ils serrent les rangs, lui apportent leur soutien et agissent de concert pour barrer le chemin aux opposants à la fusion. L’ancien président du Conseil général du Haut-Rhin, Charles Buttner, qui le dit rompu à « la danse florentine », n’hésite pas à l’accuser « de poursuivre une stratégie de pouvoir, de brillance personnelle »[4].

Quant au sénateur Guy-Dominique Kennel, qui vient de quitter le Conseil général du Bas-Rhin, s’en prenant lui aussi aux opposants à la fusion, il demeure invariablement dans le sillage de son mentor et protecteur Philippe Richert : « À cause de ces manifestations, nous sommes perçus à Paris comme des autonomistes. Pour certains, on est même des Allemands », s’était-il indigné dans L’Alsace[5] soucieux avant tout du jugement de Paris. Pensez donc, des autonomistes ! voire pire encore… des Allemands, une abomination, l’horreur absolue ! Cinglant, Charles Buttner dit de lui qu’ « il a vendu l’Alsace et le Bas-Rhin. Ce n’est pas pour rien que Richert l’a choisi comme son successeur. Kennel allait suivre la marche sans moufter »[6].

De même, avec des arguties juridiques contestables, Antoine Herth est allé jusqu’à traiter de menteurs les promoteurs de la pétition : « Il n’y a qu’un mot pour désigner une telle attitude : le mensonge ! », a-t-il fulminé, ajoutant que c’était de « l’intérêt de l’Alsace (sic) » d’envoyer des élus dans le nouvel exécutif régional de l’ALCA[7]. Comment peut-on affirmer que l’intérêt de l’Alsace réside dans son enterrement ??? Le 11 avril à Sélestat[8], maniant l’ironie, le même a feint de confondre le drapeau historique alsacien rot un wiss avec celui des « Pollacks »(sic).

Le peuple alsacien doit maintenant se battre sur deux fronts

En refusant de se faire l’écho des plaintes des Alsaciens et de relayer leurs demandes, la plupart de nos élus[9], qui se caractérisent généralement par un sentiment d’appartenance évanescent, se font ainsi les complices implicites des fossoyeurs de l’Alsace, de ceux qui veulent sa désintégration. Ils ne sont plus à côté du peuple qui les a élu pour les défendre, mais contre lui. Au lieu de protéger les intérêts vitaux et existentiels des Alsaciens en prenant la tête du combat, ils les trahissent. Ce faisant, ils sont ainsi sortis du champ de l’intelligence collective du peuple qui, depuis les manifestations de 2014 et dans un sursaut salvateur, a renoué avec l’instinct de survie et entrepris de lutter contre l’effacement de l’Alsace.

A l’avenir, pour survivre, il est clair que le peuple alsacien devra se battre sur 2 fronts : contre les jacobins de Paris qui nous gouvernent, mais aussi contre ses propres élus qui, non content de capituler pour assurer leur carrière, se sont en plus retournés contre lui en prêtant main forte au dominant. Face à cette coalition contre nature, le combat s’annonce d’autant plus rude !

Bernard Wittmann – 23.4.2015

[1] Heb’di – mars 2015

[2] Rue89 – Strasbourg 7.2.2015

[3] Site FR3 Alsace – 10.4.2015

[4] Heb’di – mars 2015. Dans l’interview, Ch. Buttner dit espérer « que cette tentative de demander un nouveau référendum aboutisse ».

[5] L’Alsace 5.12.2014

[6] Heb’di – mars 2015

[7] DNA 15.4.2015

[8] Lors de l’AG de l’assoc. Heimetsproch un Tradition.

[9] Parmi les centristes, et même à l’UMP, quelques élus refusent de capituler et continuent de dénoncer la fusion. Ils s’opposent ainsi à la ligne « collaborationniste » de Ph. Richert envers lequel ils se montrent souvent très critiques. C’est d’ailleurs ce qui a valu à Charles Buttner d’avoir été privé du soutien de l’UMP.

Quelle : hewwemi.net

Philippe Richert : un judas des temps modernes

Posted on mars 18th, 2015 by Klapperstein

Suite et fin de l’article de Bernard Wittmann : Un judas des temps modernes (la première partie  est ici)

Collusion UMP-PS : L’absence des députés UMP a permis le vote de la loi

Rasséréné, le gouvernement pouvait passer à l’attaque pour imposer, par un vote des députés, la fusion aux Alsaciens. Pour rester crédibles, les élus UMP alsaciens brassèrent beaucoup d’air pour un dernier baroud d’honneur : « Ne tuez pas l’Alsace » pouvait-on lire sur une banderole qu’ils allèrent ensemble déployer à Paris !!! Une formule implorante, pleurnicharde qui n’avait évidemment aucune chance d’intimider Paris qui a toujours traité l’Alsace par le mépris ! Souvenons-nous simplement de ce honteux 26 février 1871 où l’Assemblée nationale avait voté, à une écrasante majorité de 81%, la cession « à perpétuité, en toute souveraineté et propriété » de l’Alsace-Moselle à l’Allemagne. Pour se sauver, la France n’hésita pas alors à sacrifier l’Alsace. Et plus tard, en 1940, quand Hitler procéda à l’annexion de facto de l’Alsace, Vichy ne protesta que très mollement !

C’est ainsi que le 17 décembre 2014, la carte des 13 régions fut définitivement adoptée par 95 voix pour – dont 94 PS -, 56 contre et 11 abstentions. Le sort de l’Alsace était scellé par quelques dizaines de députés socialistes. A cette occasion, on put s’apercevoir de la collusion entre l’UMP et le PS, la plupart des députés UMP n’étant pas venus siéger pour permettre l’adoption du texte par leurs collègues socialistes venus plus nombreux. Petit arrangement entre amis. Cependant, pour la galerie et pour ne pas qu’ils perdent trop la face vis à vis de leurs électeurs alsaciens, on laissa les quelques députés UMP alsaciens présents dans l’hémicycle se livrer à un simulacre de protestation solennelle en séance, sachant qu’ils ne pourraient en rien changer l’issue du scrutin déjà négociée par avance entre l’UMP et le PS ! C’est ainsi qu’on décida de la disparition de l’Alsace sans même que les Alsaciens ne soient consultés : un incroyable déni de démocratie ! Et pendant tout ce temps Philippe Richert était resté silencieux !

Arrivés trop tard dans la bataille, les jeux étant quasiment faits, nos élus UMP rentrèrent à nouveau progressivement dans le rang en ronchonnant… mais tout en commençant à lorgner vers les nouvelles sinécures qu’offrait l’ALCA et que Richert leur faisait déjà miroiter pour emporter leur ralliement.

Et pourtant, tous les recours contre cette fusion n’étaient pas épuisés à ce moment-là et le président de notre Conseil régional ne pouvait être sans le savoir. En effet, selon l’article L.1112-16 du Code Général des Collectivités Territoriales, une pétition signée par 10% des électeurs d’Alsace, soit environ 127 000 électeurs, aurait suffi pour contraindre le Conseil Régional à organiser une consultation par référendum. Or, Philippe Richert n’en a rien fait et s’est tu, sans doute parce qu’il avait déjà fait le choix de l’ALCA. Devant l’inaction de l’exécutif régional, le 5 février 2015, un collectif de citoyens s’intitulant « Alsace retrouve ta voix », s’est alors donné pour mission de réunir les signatures nécessaires. Mais il est hélas bien tard, l’opération devant être clôturée pour le 31 mars.

Richert tourne définitivement la page de l’Alsace

Rompu au grenouillage, ce qui explique sa longévité politique, à partir de là, il se désintéressa de l’Alsace. Sans attendre, il commença par entamer sa campagne électorale en sillonnant l’ALCA pour nouer des contacts avec les élus et entreprendre des consultations « au sommet » avec ses 2 homologues de Lorraine et de Champagne-Ardenne… tout en continuant de fustiger les manifestants alsaciens qui continuaient de s’opposer à la fusion, contrariant par là ses projets personnels ! Le massacre de Charlie Hebdo et l’émotion qui s’empara alors des masses mirent fin aux manifestations.

Malin, pour emporter l’investiture, Philippe Richert organisa encore début février une espèce « d’appel à l’homme providentiel » de la part des 22 parlementaires et grands élus alsaciens de droite. Ceux-ci, y compris ceux qui l’avaient critiqués vertement et traités de « narcisse » peu avant, l’assuraient maintenant de leur « soutien indéfectible », tout en énumérant ses innombrables qualités : « Il a acquis compétence et expérience (…) c’est le candidat naturel et légitime pour diriger la nouvelle région », écriront-ils[3]. Et la manœuvre fut impeccablement menée car quelques jours plus tard, le 5 février 2014, la Commission nationale des investitures de l’UMP lui confiera la responsabilité de conduire la liste UMP aux régionales. Parmi les élus UMP, ceux restés fermement opposés à la réforme territoriale, expliqueront ensuite leur volte-face par cet argument : « Il ne faut pas mettre Richert en difficulté pour ne pas gêner son élection ; c’est aussi risquer de faire le jeu du PS ou du FN ». Tiens donc ! A l’évidence, pour eux, l’intérêt du parti prime sur tout le reste… même sur l’Alsace !

C’est ainsi que, sans aucun état d’âme et sans honte aucune, Philippe Richert tourna la page de l’Alsace pour aller butiner à d’autres fleurs et construire son avenir politique ailleurs… plus près de Paris. A l’instar d’un bateleur de foire, dorénavant il n’aura pas assez de mots pour vanter les « grandes opportunités » et l’avenir radieux que nous offrira l’ALCA : « Notre axe sera de faire de cette grande région, la région experte sur la coopération transfrontalière, nous serons la région « cœur d’Europe », à l’articulation entre les deux piliers de la construction européenne »[4] ! S’il est élu à la présidence, il se fait fort de mener la construction de cette nouvelle région : « Je me sens coresponsable de ce territoire (ALCA), on va le construire avec tous les autres, d’ailleurs il y a des points communs entre nos trois Régions ne serait-ce que dans le domaine des pôles de compétences. Ce qu’il faut, c’est donner à ce grand territoire une lisibilité tant politique qu’administrative et aussi fonctionnelle », déclara-t-il dans l’Ami Hebdo[5]. Moi je Président… ! Le Grand Est a subitement pris sens pour lui, l’Alsace beaucoup moins, c’est déjà du passé. Non, décidemment la Heimet ne lui parle pas à cet homme là, elle ne fait pas vibrer son cœur ! Ce qui lui importe à présent, c’est d’entrer dans l’histoire comme le premier président de l’ALCA… et non d’y rester seulement comme le dernier président de l’Alsace.

Après un tel échec, leur crédibilité est anéantie

Suite à toutes ses trahisons au profit de sa carrière politique, osera-t-il encore venir en Alsace dans quelques mois faire campagne pour nous vendre la méga-région Est ? Son ambition et sa quête de pouvoir sont tellement fortes, qu’il n’est pas exclu qu’il ait le culot de l’envisager. Mais cette fois, il lui faudra faire preuve de beaucoup, d’énormément de talent pour arriver à berner une nouvelle fois les Alsaciens.

Cependant, conscient que son image de traître alsacien pouvait nuire à sa crédibilité pour briguer la présidence de l’ALCA, il a récemment tenté de se reconstruire une image de patriote alsacien : « Je suis profondément attaché à l’Alsace, à ses particularités et à son identité », a-t-il juré dans l’Ami Hebdo.com du 26 février 2015. Et d’en donner une preuve : « J’ai souhaité que soient organisées les premières Assises de la Langue et de la Culture régionales pour en faire reconnaitre l’actualité et en consolider les pratiques ». Or, qu’écrivait en janvier 2015 l’association Culture et bilinguisme dans sa revue Land un Sproch (N° 192) à propos de ces Assises : « Dans une précédente édition, nous avions écrit, au sujet des Assises : « Et la montagne accoucha d’une souris ». Hélas, plus de 6 mois après la fin des Assises, nous en sommes à nous demander si, au terme de ce difficile accouchement, la montagne n’a pas englouti la souris ». On le voit, le constat est sans appel : une opération poudre aux yeux de plus !

Dans sa réponse à l’Ami Hebdo, Philippe Richert déclarait aussi : « Au-delà du droit local, du Concordat et de notre inscription forte dans un environnement transfrontalier à l’échelle du Rhin Supérieur, c’est une certaine culture de travail particulière que nous avons su développer dans notre territoire où, sur les sujets essentiels, l’écoute et le dialogue priment sur la confrontation politique ». Apparemment, à en croire notre président, le droit local, le concordat, ce n’est pas ce qui prime, donc on peut les brader, ce qui compte c’est « une certaine culture de travail particulière » !

Cependant, la droite alsacienne, qui craint une réaction de rejet des électeurs alsaciens écœurés par les échecs et les retournements de Philippe Richert, continue de faire courir le bruit que si l’UMP venait au pouvoir en 2017, elle œuvrerait au retour de la région Alsace : « Votez pour nous si vous voulez que l’Alsace soit ressuscitée », tel est en substance le message !!! Ils n’ont même pas été capables d’empêcher son enterrement et maintenant ils voudraient la ressusciter ! C’est vraiment prendre les Alsaciens pour des idiots ! De même, comment peut-on envisager un seul instant que Philippe Richert, qui se sera donné tant de mal pour accéder à la présidence de l’ALCA, s’il y parvient, acceptera ensuite d’y renoncer en rétropédalant pour se retrouver à la case départ. Impensable !

Et comment un électeur censé peut-il encore faire confiance à un parti dont les leaders ont montré à ce point leur incapacité à défendre notre région et dont les fautes en cascades ont conduit l’Alsace jusqu’à la disparition ? Peut-on imaginer un bilan plus calamiteux ? Cette classe politique n’est décidément plus crédible, ce n’est pas d’elle que viendra l’indispensable renouveau : « Weg mit dem Ballast » disait Jean Keppi ! Une solution pour en sortir : ne plus voter pour un parti stato-national quel qu’il soit, l’Alsace étant le dernier de leurs soucis !!! Unser Land reste ainsi la seule alternative pour ceux qui sont décidés à continuer la lutte pour la renaissance institutionnelle de l’Alsace sous la forme d’une « collectivité territoriale à statut particulier ».

Notre salut viendra de nous-mêmes, de notre capacité à nous prendre en main, à nous organiser pour entrer démocratiquement en résistance et établir des rapports de force pour contraindre Paris à nous rendre justice en rétablissant la région Alsace, supprimée sans consultation des Alsaciens par un intolérable diktat et en violation de la Charte européenne de l’autonomie locale pourtant signée et ratifiée par la France ! Plus que jamais, pour nous extraire du bourbier de l’ALCA, c‘est l’autonomie qu’il nous faut revendiquer.

Bernard Wittmann – 5.3.2015

[3] DNA 5.2.2015

[4] Rue89-Strasbourg du 7.2.2015

[5] Ami Hebdo 13.2.2015

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Un passage de cet article nous a quelque peu choqué : « Souvenons-nous simplement de ce honteux 26 février 1871 où l’Assemblée nationale avait voté, à une écrasante majorité de 81%, la cession « à perpétuité, en toute souveraineté et propriété » de l’Alsace-Moselle à l’Allemagne. Pour se sauver, la France n’hésita pas alors à sacrifier l’Alsace. »

En ce qui nous concerne, ce qui nous pose problème, ce n’est aucunement que France ai accepté sous la contrainte de renoncer à sa main mise sur l’Alsace en 1871, mais qu’elle soit revenue sur sa parole dès qu’elle en a eu l’opportunité ! UH

Un judas des temps modernes

Posted on mars 15th, 2015 by Klapperstein

Il y a les figures historiques de la traîtrise…

Tous les peuples ont hélas leurs judas et à ce niveau le peuple alsacien est même plutôt bien servi. Depuis 1648, date marquant le début de son assujettissement, il a eu son lot de traîtres qui renièrent leurs compatriotes, leur cité, leur culture, leur langue, leur religion… Par vanité, souci de réussite ou en échange de quelques honneurs, titres ou prébendes lucratives, ils ont prêté main forte à l’oppresseur pour asseoir sa domination sur leur peuple. Deux renégats célèbres de Strasbourg sont restés dans l’histoire alsacienne. Il s’agit de deux éminents juristes : Jean-Christophe Güntzer (1636-1695), diplomate et ancien secrétaire de la République libre de Straßburg qui œuvra en sous-main pour livrer la ville au roi de France et Ulrich Obrecht (1646-1701) dont l’historien Rodolphe Reuss a dit qu’il était « plus royaliste que le roi ».

Après la capitulation de la cité devant les troupes françaises, tous deux tournèrent casaque et misèrent sur la royauté. Faisant preuve d’une servilité peu commune, ils s’appliquèrent à briser la résistance des édiles de l’ancienne ville libre d’empire et défendirent, avec un zèle peu commun, les intérêts français contre ceux de leurs propres compatriotes qui luttaient pour préserver leurs libertés et leurs droits. Pour prix de sa trahison, le premier fut nommé syndic royal dès le 9 octobre 1681. Quant au second, nommé au poste de prêteur royal en 1685, il se chargera de la mise au pas des Strasbourgeois et couvrira toutes les mesures royales pour imposer le français et entraver voire interdire l’usage de l’allemand. Pour plaire au roi catholique, il finira même, comme le premier, par abjurer sa religion protestante. A Straßburg, tous deux firent une brillante carrière de « valets » alsaciens du roi.

Par la suite, la bourgeoisie alsacienne coupée des racines populaires viendra alimenter cette galerie de la honte. Très tôt, elle se désolidarisa du peuple pour se ranger du côté de l’oppresseur. Elle se distingua tout particulièrement par son reniement de la langue et de la culture régionales pour adopter celles du dominant, celles du pouvoir politique. Sa collaboration intéressée avec le pouvoir français sur le dos du peuple alsacien permettra à Paris d’asseoir son emprise sur le pays. Citons en exemple l’avocat Colmarien Jean-François Reubell (1747-1807) auquel Mulhouse, ancienne république suisse, dut la perte de sa souveraineté suite à l’odieux blocus économique qu’il organisa pour la contraindre de se plier à l’ordre français ; l’abbé Nicolas Delsor (1847-1927), triste pantin manipulé par Paris, qui organisa le sabordage du Nationalrat initié par le Dr Ricklin pour préserver les acquis du Reichsland pour lesquels les Alsaciens-Mosellans s’étaient battus ; Jacques Peirotes (1869-1935), ancien adhérant du parti social-démocrate allemand et partisan d’une transformation du Reichsland en République neutre dans le cadre de l’Empire allemand, qui, dès novembre 1918, soutint pourtant les Commissions de Triages et l’épuration ethnique et n’aura ensuite de cesse de réclamer l’assimilation totale de l’Alsace…

… et ceux qui, à présent, ont pris leur relève

Ces hommes, qui de leur temps ont fait la honte et le malheur de l’Alsace, ont à présent de dignes successeurs. Philippe Richert est de cette trempe, c’est un judas d’aujourd’hui. A cause des ses choix calamiteux, de son esprit de soumission et de sa volonté de rester toujours dans les bonnes grâces de Paris pour servir son ambition personnelle et sa boulimie de pouvoir, l’Alsace lui doit d’avoir été rayée de la carte des régions de France. En effet, à la tête de la Région, ce narcisse dévoré d’ambition a cumulé les erreurs, les mauvais calculs et les reniements jusqu’à conduire le pays à la disparition. De volte-face en volte-face, ce « derviche tourneur » alsacien a fini par donner le tournis à tous, même aux élus de son propre camp politique. Parions qu’il entrera dans l’histoire comme le fossoyeur de l’Alsace, celui par qui arriva notre malheur.

Capable de nager dans toutes les eaux, le déroulé de ses reculades, trahisons, louvoiements, renonciations et capitulations successifs est sidérant :

Première stupidité de notre président !

Alors qu’il était ministre dans le gouvernement Fillon chargé des collectivités territoriales et de l’application de la réforme territoriale, il n’a pas compris le coup de Jarnac que lui préparaient les jacobins de Paris qui, en fixant des conditions draconiennes de quorums, œuvraient à faire échouer le référendum en faveur de la « Collectivité unique alsacienne ». Les Corses, eux, ont refusé un tel dispositif. Résultat, ils viennent d’obtenir, sans passer par la case référendum, le statut de « Collectivité territoriale unique » : « Entre juillet et la fin de l’année 2012, j’ai passé beaucoup de temps sur le dossier alsacien. À l’époque, l’Alsace (c’est-à-dire Philippe Richert) avait demandé l’organisation d’un référendum, et rien d’autre : nous y avons bien sûr fait droit, mais ce référendum a donné le résultat que vous savez », a expliqué la Ministre de la décentralisation Marylise Lebranchu à l’Assemblée le 20 février 2015.

Le fiasco du référendum !

Vint la campagne en faveur du référendum : elle fut calamiteuse. Effrayé à l’idée de déplaire à Paris et de s’attirer les foudres des jacobins, Philippe Richert refusa de jouer la carte de l’Alsace contre Paris et resta toujours dans le vague sur les possibilités émancipatrices et les nouvelles perspectives qu’offrait cette réforme. Il se contenta d’axer sa campagne sur les « simplifications administratives » et les « économies d’échelles » en moulinant des formules creuses. Jamais il ne prononça le mot d’autonomie ! Du coup, le projet manquant de transparence, il en résulta une certaine incompréhension. Le résultat fut le terrible gâchis que l’on sait[1] ! A Paris, les jacobins à l’affût purent alors sauter sur l’occasion pour imposer la fusion de l’Alsace et de la Lorraine.

Grosse boulette de Philippe Richert !

A peine le projet gouvernemental de fusion avec la Lorraine connu, Philippe Richert, qui quelques mois auparavant avait défendu une « Alsace unie et plus forte », se plia immédiatement aux injonctions de Paris. En catimini, sans en référer à personne, il alla se précipiter dans les bras de son homologue lorrain Jean-Pierre Masseret pour étudier avec lui, « au sommet » bien sûr, le rapprochement de la Lorraine et de l’Alsace. Mais, pas de chance, le journal Le Monde du 22 avril 2014 ébruita l’affaire ! Pris en défaut, le socialiste lorrain Jean-Pierre Masseret le premier se mit à table : « La Lorraine est prête à dépasser les clivages politiques (…) avec Philippe Richert président UMP de la région Alsace, nous sommes prêts à mettre en œuvre des expérimentations », expliqua-t-il. La manœuvre d’approche de Richert fit donc chou blanc et, même dans son camp, on cria à la trahison ! Gêné, il va alors évoquer timidement des « synergies » et des « convergences » entre ces deux régions. Et ce fut un nouveau mauvais message adressé à Paris où le gouvernement interpréta son attitude comme l’acceptation de la fusion avec la Lorraine.

Plus grave encore : la résignation affichée côté alsacien eut alors pour conséquence d’inciter le gouvernement – confronté à l’hostilité des Picards au mariage avec la Champagne-Ardenne – à élargir le projet de fusion initiale de l’Alsace et de la Lorraine à la Champagne-Ardenne dont il ne savait que faire. C’est ainsi que nous devons probablement à l’inconséquence de Philippe Richert cette usine à gaz qu’est la méga région ALCA grande comme près de 2 fois la Belgique et qui finira inévitablement par engloutir l’Alsace (le Conseil régional de l’ALCA comptera 169 élus dont seulement 60 pour l’Alsace).

Autre erreur tactique !

En Alsace, cette méga Région allant de Nogent en Haute-Marne jusqu’au Rhin et de la Belgique aux portes de Paris, fit immédiatement l’unanimité contre elle. Et ce fut une levée de boucliers générale… même de la part des élus UMP qui furent eux aussi vent debout contre ce qui apparaissait à tous comme une aberration… e Schnapsidee von unsere pariser Jakobiner ! D’ailleurs, elle ne permettait ni économie, ni démocratie de proximité ! Le maire de Mulhouse lança même une pétition teintée d’autonomisme – titrée « L’Alsace reprend son destin en main » – demandant que « L’Alsace reste seule » et qui, en quelques semaines, recueillera plus de 60 000 signatures. De leur côté, les deux Conseils départementaux et le Conseil régional votèrent à 96% une motion contre cette fusion et le retour du Conseil unique d’Alsace. Et la colère continuait d’enfler.

Craignant de n’être pas de taille pour jouer le chef d’orchestre dans ce Grand-Est couvrant 57 000 km2, pour garder la main et éviter une révolte de ses troupes, Philippe Richert opéra une nouvelle volte-face : il rejetait cette fois catégoriquement toute idée de fusion ! Ainsi, le 28 août 2014, très offensif, il déclarait dans les DNA : « La fusion Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne est tout simplement inacceptable (…) Le Conseil d’Alsace est la seule réponse possible (…) Si l’Alsace parle d’une voix claire et encore plus forte, le gouvernement ne pourra pas ne pas l’entendre ».

Adoptant une posture de rebelle, le 11 octobre 2014, il organisa une grande manifestation de protestation place de Bordeaux à Strasbourg qui devait marquer la détermination alsacienne. Là, sur la tribune, les tenants de la droite alsacienne se succédèrent en jouant des biscotos : l’Alsace dit non à la fusion, awer jetz langt’s… ! Arriva le tour du président Richert. Avec des airs de tribun courroucé et déterminé, il fit mine de montrer les dents : « Nous croyons à une Alsace ouverte sur le Rhin (…) Le pari est réussi (les Alsaciens) ont dit oui à l’Alsace ! », lança-t-il au micro face aux 10000 manifestants enthousiastes et une forêt de rot un wiss… avant d’entonner la Marseillaise et de clore la manifestation avec un lâcher de ballons tricolores, à l’instar d’une joyeuse fête paroissiale, suscitant l’incompréhension et la désapprobation de beaucoup. Colère… mais quand même génuflexion !

Cette mise en scène grotesque, vu le contexte tendu de contestation voire de fronde, était en réalité destinée à rassurer Paris où l’on comprit dès lors que le président de l’exécutif régional, incapable de se départir de son obséquiosité et de son penchant pour l’obéissance, n’engagera pas la fronde jusqu’au bout et n’entrera pas en résistance. Et ce sera un nouveau flop !

Nouveau retournement de veste !

A partir de là, médusée par le nombre des rot un wiss brandis par la foule et le poids inattendu des autonomistes du parti Unser Land lors de la manifestation du 11 octobre, l’UMP préféra se mettre en retrait et rester dans l’expectative. Cependant, désireuse néanmoins d’exploiter le mécontentement à son profit, en décembre 2014, elle fit savoir, par la voix de Nicolas Sarkozy invité à un meeting à Mulhouse, qu’en cas de retour au pouvoir en 2017, elle annulerait purement et simplement la fusion de l’Alsace avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne.

L’indignation ne retombant point et l’UMP ne bougeant toujours pas, c’est à partir des réseaux sociaux que furent alors organisées plusieurs grandes manifestations citoyennes contre la fusion à Strasbourg, Colmar, Mulhouse et Thann. Elles réunirent des milliers de manifestants, pour la plupart jeunes, issus de toutes les couches de la population alsacienne. Les autonomistes, qui y tenaient le haut du pavé, dénonçaient l’aspect antidémocratique de la fusion programmée et réclamaient un référendum !

Placée sous la coupe de Philippe Richert, l’UMP refusa de participer à ces manifestations populaires d’une ampleur rare. Pire, le tandem Richert-Kennel n’aura de cesse de fustiger les manifestants et de dénigrer les autonomistes : « À cause de ces manifestations, nous sommes perçus à Paris comme des autonomistes. Pour certains, on est même des Allemands », dira ce dernier dans « L’Alsace » du 5 décembre 2014, avant d’ajouter : « L’Alsace n’a pas les moyens de son autonomie ». Un discours qui a du ravir Paris.

En savant équilibriste politique, Philippe Richert commença alors par amorcer un nouveau virage vers un abandon de la cause alsacienne… normal, quand on sait que, dès le 11 décembre 2014[2], il était quasiment acquis au sein de l’UMP qu’il serait investi pour prendre la tête de la liste du parti dans la région ALCA aux régionales prévues en décembre 2015 ! Ceci expliquant bien sûr cela !!! fin de la première partie de l’article, à suivre…

Bernard Wittmann

[1] Le oui l’emporta pourtant de 58%. Mais l’imposition d’une participation minimale de 25% des inscrits et l’obligation de la victoire du oui dans les deux départements, firent échouer le référendum.

[2] DNA du 11.12.2014 – « Qui pour prendre la tête de la liste UMP aux prochaines régionales ? »

Quelle : hewwemi.net

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