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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

Manifeste pour l’Alsace

Posted on novembre 5th, 2017 by Unsri Heimet !

Pour une consultation obligatoire des Alsaciens sur l’organisation de la nouvelle Région Alsace après sa sortie du Grand Est.

La nécessité et l’urgence de la sortie de l’Alsace de la pseudo-région Grand Est et le rejet du caractère tout à fait illégitime de son inclusion forcée dans un ensemble territorial immense et artificiel sont exprimés d’une manière de plus en plus sensible chaque jour par une majorité croissante d’Alsaciens . Elle correspondent à une volonté clairement exprimée, chaque fois que l’occasion leur est donnée, par les Alsaciens. Le dernier sondage à l’égard du Grand Est confirme le rejet référendaire de 2013 : les Alsaciens, visiblement attachés à leur organisation historique, sont 84% à souhaiter ce retrait avec le maintien des deux département dans le cadre d’une région Alsace retrouvé, mais seulement 73% pour une collectivité totalement fusionnée incluant les compétences départementales et régionales.

La perception de cette expression forte des habitants de notre « ex Région Alsace » a certainement joué un rôle dans la démission du premier président de la région Grand Est, d’origine alsacienne, mais manifestement totalement en porte à faux depuis cinq ans par rapport à la majorité écrasante de celles et ceux qu’il était sensé représenter.

Le temps est venu de réfléchir à la meilleure manière de procéder pour organiser une nouvelle Région Alsace en y associant les Alsaciens. Il ne fait pas de doute que la consultation des Alsaciens est une nécessité démocratique et une condition de la réussite de cette nouvelle page d’histoire de l’Alsace. Le projet ne doit pas, une fois de plus, être concocté dans le cadre des restaurants et cafétérias de l’Assemblée et du Sénat et in fine entre les murs et dans le secret de l’Elysée entre des élus alsaciens irrespectueux de la volonté de leurs mandants alsaciens et comme en 2013 par un Président de la République à la politique erratique, visiblement mal informé par ces mêmes députés et sénateurs complices dont certains abusivement idéologues et d’autres ultra-carriéristes.

Fusionner les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin sans demander au préalable aux habitants et citoyens de chacun d’eux d’exprimer clairement et démocratiquement leur volonté reviendrait à reproduire le lamentable mariage forcé de l’Alsace à la Lorraine et à la Champagne-Ardenne reproché à juste raison au gouvernement socialiste dirigé par Manuel Vals avec l’aval du président François Hollande. Les électeurs en éliminant tous les candidats socialistes lors des présidentielles et législatives récentes ont confirmé ce rejet total des auteurs de ce forfait par une sanction politique indiscutable et évidente.
En cela, nous jugeons l’ »Appel des Cent » indécent même si nous partageons avec eux l’ objectif prioritaire de la sortie de l’Alsace de la Région Grand Est.
Les deux Conseils Départementaux disposent de la légitimité démocratique et des moyens légaux et financiers pour organiser cette consultation en proposant plusieurs alternatives d’organisation de la nouvelle collectivité territoriale à statut particulier que nous appelons de nos voeux :

- une collectivité régionale à statut particulier exerçant aussi de nouvelles compétences demandées à l’Etat, droit local, bilinguisme, relations transfrontalières, avec le maintien des deux Conseils départementaux, leur élus siégeant ensemble dans le cadre du conseil commun régional
- une collectivité fusionnée exerçant à la fois les compétences régionales et départementales ainsi que de nouvelles compétences demandées à l’Etat, droit local, bilinguisme, relations transfrontalières. avec disparition des départements.

Le temps est venu pour les Alsaciens de revendiquer clairement et fortement ce droit d’expression démocratique et en conséquence celui du choix de leurs institutions, un choix démocratique que certains politiciens et faiseurs d’opinion, qu’ils soient pour ou contre la sortie de l’Alsace du Grand Est, tentent de leur confisquer.

La nouvelle Alsace sera démocratique à l’écoute de ses citoyens et non le fruit de combines entre politiciens !

Voir l’article sur la page Facebook : Manifeste pour l’Alsace

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (5/5)

Posted on août 13th, 2016 by Klapperstein
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llustration ci-dessus : 1576 : Die Hirsebreifahrt : Arrivée des Zurichois à Strasbourg avec le chaudron de soupe de millet encore chaud. Le but de l’opération était de rassurer les Strasbourgeois en leur montrant avec quelle rapidité les Zurichois pouvaient intervenir pour venir à leur secours en cas de menace (en 1456 avait eu lieu une première démonstration de ce type).


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Conclusion

L’historiographie française a toujours cherché à imposer l’idée d’une Alsace sans peuple original doté d’une conscience régionale. En octobre 2014, Manuel Valls, le Premier ministre lui-même, reprit ce négationnisme à son compte en déclarant devant l’assemblée qu’ « il n’y a pas de peuple alsacien »[1]. De son côté, l’historien jacobin Georges Bischoff renchérira en déclarant dans L’Alsace[2] : « Le peuple alsacien, je ne sais pas ce que ça veut dire ». Cependant, ces déclarations de nature idéologiques niant le réel ne sauraient effacer le ressenti partagé des Alsaciens de former un peuple.

De même les historiens républicains cherchèrent-ils toujours à imposer l’idée que le morcellement politique du pays, sans cesse décliné jusqu’à la caricature, aurait empêché l’Alsace d’exister en tant que telle. Evidemment ces affirmations permettaient de conclure que l’Alsace ne devait son unité qu’à l’action bénéfique de la France : « (la période napoléonienne) a été une période charnière pour l’Alsace qui, de mosaïque hétéroclite, devient un ensemble cohérent désormais tourné vers la France », écrit l’historien Roland Oberlé dans son « Napoléon et l’Alsace ».

C’est la même théorie qu’avança Paris pour donner un peu de lustre à la colonisation de l’Afrique noire : « La France a uni des populations et des régions éparses favorisant ainsi un meilleur développement » (sous son joug bien sûr). L’empire colonial français se trouvait ainsi auréolé d’une volonté bienfaisante et du coup, la colonisation pouvait presque passer pour une œuvre salutaire ! Il en est de même pour l’Alsace. Non sans un certain toupet, l’historien républicain Jules Michelet ira même jusqu’à affirmer que la royauté à fait le bien de l’Alsace à son corps défendant : « La royauté en unissant de force ces provinces à la France, réalisait à leur insu (sic) leur véritable aspiration », écrit ce dernier dans son « Tableau de la France » (p.76).

Or, nous l’avons vu, l’Alsace n’était pas cette « mosaïque éclatée » comme l’affirme l’historiographie française. Une série d’institutions souples créaient le lien et donnaient corps à cet ensemble territorial bien marqué entre Vosges et Rhin. Avec les Landstände, elle disposait déjà d’une assemblée législative commune pour se constituer en une entité étatique respectueuse de ses diversités. On comprend mieux alors pourquoi le rôle de la Diète d’Alsace a toujours été minimisé dans l’historiographie française.

Au XVIe siècle, jusqu’à l’avènement de la guerre de Trente Ans, l’Alsace était sur la voie d’une évolution vers un système fédéral sur le modèle de la Suisse, un système avec des institutions fondées sur le principe de l’unité dans la diversité (Jean Holzweg parle de « polyphonie fédérale »). On peut d’ailleurs noter que dès 1515 Mulhouse devenait une République suisse. De même, la République de Strasbourg renouvelait régulièrement son alliance avec les Confédérés. Ainsi, durant la « guerre des évêques » (1592-1604), ses alliés suisses lui envoyèrent 3000 hommes pour prêter main-forte à ses contingents engagés contre les mercenaires lorrains du prince Charles de Lorraine qui dévastaient son territoire.

C’est au XVIe siècle que, dans les différents Etats alsaciens, on prit conscience de la nécessité de développer et d’harmoniser les différents systèmes administratifs en s’inspirant des plus performants d’entre eux comme ceux de la Régence d’Ensisheim, des territoires épiscopaux, du comté de Hanau-Lichtenberg dont la Régence siégeait à Buchsweiler ou de la République de Straßburg. Les petits seigneurs qui n’avaient pas la force de développer une machinerie bureaucratique efficace pour prélever l’impôt nécessaire à l’affirmation de leur puissance étaient condamnés tôt ou tard à perdre leur souveraineté au profit des Etats alsaciens plus puissants et mieux organisés. Des restructurations administratives, des rapprochements et des regroupements de toute nature étaient dores et déjà dans l’air. Une évolution vers un système confédéral commençait à se profiler.

L’annexion du pays par la France contraria brutalement et définitivement cette évolution vers un système fondé sur la pratique vivifiante de la subsidiarité et l’autogestion. A partir de là, les Alsaciens mis au pas militairement furent délestés de leurs libertés : les citoyens des souverainetés urbaines retournèrent à l’état de sujets ! Les Alsaciens furent alors livrés à l’arbitraire royal : contraints de subir, ils ne purent plus décider pour eux-mêmes !

En effet, la France a toujours été un état hyper centralisé, même sous la royauté. Ce centralisme s’aggrava même à partir de la Révolution avec son jacobinisme aliénant et son idéologie moniste sur laquelle fut fondée le modèle de l’Etat-nation. De sorte que les Français nourris au dogme de la France « une et indivisible » ont toujours considéré le système fédéral, tel que le connaissaient les Allemands dès le Saint Empire, comme un modèle uniquement propre à gérer la désunion que symbolisait à leurs yeux la diversité, confondue avec un « émiettement » mortifère : « Le Saint-Empire connaît une large diffusion des pouvoirs. Il ignora toujours l’obsession du « centre », caricaturé par l’interprétation française classique avec les termes « émiettement » et « mosaïque », écrit l’historien Jean Holzweg[1]. En effet, la diversité est perçue par les Français non comme une richesse, mais comme un mal à combattre car portant en elle les germes de la division. Un républicain français ne peut concevoir le peuple français que globalisé et unique.

Pour les Français, incapables d’imaginer un autre système que celui de la centralisation jacobine, la Confédération Suisse, avec ses 3 langues officielles, 4 avec le romanche, et ses 26 cantons ayant chacun sa propre constitution, n’est pas un pays abouti mais un pays morcelé, inachevé, une « mosaïque » de cantons disparates ! Pour un Français, la Suisse n’est pas un « vrai » pays, c’est-à-dire « un et indivisible » sur le modèle moniste français ! En France, où dominent toujours la phobie de la diversité et « la culture politique de la généralité » (dixit Pierre Rosanvallon[2]) hostile à l’auto-organisation de la société, le critère absolu pour juger de la force et de la consistance d’un Etat réside dans sa capacité à neutraliser la pluralité des composantes et à mettre en place une concentration pyramidale du pouvoir. Cette approche totalitariste du pouvoir étatique est évidemment en totale opposition avec le système « polyphonique » fédéral et ses autonomies régionales (fédéral : du latin feoderatio, alliance, lien, pacte) fondés sur les principes démocratiques de partage et de diffusion des pouvoirs.

Bernard Wittmann – Historien (Juin 2015)

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[1] Pourtant, dans l’entre-deux-guerres à Paris, le « Guide Michelin régionaux, Vosges-Lorraine-Alsace » (1932-1933, p.75), se risqua même à s’aventurer dangereusement se le terrain glissant du racialisme en affirmant l’existence d’une « race alsacienne » (sic). En effet, il écrivait alors à propos de la statue de Kléber, que ce dernier était « représentatif de cette race alsacienne, vigoureuse, énergique, qui a donné à la France tant de grands capitaines » ! Et à présent, il n’y aurait même plus de peuple ?

[2] L’Alsace du 21.6.2015.

[3] In L’Ami Hebdo du 30.11.2014

[4] Le modèle politique français, la société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, Seuil, 2004.

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (4/5)

Posted on août 10th, 2016 by Klapperstein

LA CONSCIENCE IDENTITAIRE DES ALSACIENS A TRAVERS LES SIECLES

par Bernard Wittmann

Illustration ci-dessus : Début XVIIIe siècle : L’Alsace « province à l’instar de l’étranger effectif »

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Les Alsaciens furent toujours habités par le sentiment de former un peuple

C’est sur le « socle » du duché et les différentes institutions qui vinrent le conforter ultérieurement que se développa un patriotisme régional autour d’un système de valeurs partagées (habitus, langue, histoire, croyances, spiritualité, mode de vie…) et une quête permanente des Alsaciens vers plus de liberté et d’autogestion.

A travers les siècles, les Alsaciens ont toujours conservé vivaces leurs marqueurs ethniques (langue, culture, ouverture au spirituel…) et une conscience identitaire forte. Ils n’ont jamais cessé d’être habités par le sentiment de former un peuple singulier doté d’une histoire et d’une identité propres.

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Intégrée au « Saint Empire Romain de nation germanique » (Xe -XVIIe siècles)

L’intégration de l’Alsace au Saint Empire Romain Germanique, fondé en 962, dura sept siècles. Le socle de culture et de civilisation étant commun, il n’y eut pas rupture mais continuum. Les Alsaciens s’intégrèrent parfaitement au Reich, structure fédérative – « l’union dans la diversité » – appliquant le principe de subsidiarité, et marquèrent un constant attachement à l’Empereur et à l’Empire. C’est sous leur protection que Strasbourg et les villes de la Décapole purent progressivement accéder aux libertés jusqu’à devenir quasi-souveraines. Cette bonne intégration était favorisée par le fait que l’Alsace fut longtemps constitutive du centre politique et culturel de l’Empire.

Les Alsaciens se sentent alors comme une partie intégrante de la nation allemande. C’est ainsi qu’aux XVe et XVIe siècles les humanistes alsaciens, Wimpfeling, Sébastien Brant, Beatus Rhenatus…, publient de vibrants plaidoyers en faveur de l’Empire. Il suffit de lire ce qu’écrit Jacob Wimpfeling dans son Germania dans lequel il martèle que les Alsaciens, pour avoir certes une originalité, n’en sont pas moins une partie intégrante de la nation allemande et que la rive gauche du Rhin n’a jamais été française ! Notons que le XVIe siècle marque le sommet de la culture alsacienne.

Cependant, la conscience identitaire des Alsaciens n’en gardait pas moins sa vivacité : « En dépit du morcellement politique, la conscience de l’entité alsacienne demeure forte. Elle se traduit dans un engagement politique et militaire face aux menaces de Charles le Téméraire » écrit B. Vogler. Ainsi, après 1520, l’humaniste Beatus Rhenanus, tout en manifestant une attitude nationale allemande, n’en affichait pas moins « un vigoureux patriotisme régional alémanique et alsacien (…) L’identité alsacienne se forge au XVIe siècle contre la France » [1] note B. Vogler. En effet, le roi de France restait l’ennemi des Habsbourg et l’Alsace se méfiait de tout ce qui pouvait venir d’Outre-Vosges. Lazare Schwendi lui-même dénonce « les lubricques et frauduleux François avec lesquels jamais estat ou prince est abordé à bon port »[2]. Il existe même des procès de sorcières dans lesquels l’accusée reconnaît avoir rencontré le diable sous la forme d’un démon parlant français[3].

Les Alsaciens se considéraient alors comme un peuple d’Allemands marqué par une identité propre. Dans leur esprit ils étaient, avec les Badois (et les Suisses), la composante rhénane alémanique de la nation allemande (le Rhin ne constituait nullement une frontière).

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Sous la royauté (1648-1789)

Après la brutale annexion de l’Alsace à la France au XVIIe siècle, la royauté française continua néanmoins de considérer les Alsaciens comme des Allemands. L’édit de création du Conseil souverain (1657) reconnaît formellement qu’ils sont « de nation allemande ».

Cependant, comme nous l’avons vu, les Alsaciens habitués à gérer leurs propres affaires vont se retrouver livrés au centralisme français et à l’absolutisme royal… et ne manqueront pas de se rebiffer : « Le roi de France est perçu comme une puissance étrangère et dominatrice à l’égard des cités et des pouvoirs locaux (…) L’occupation française est vécue comme oppressive et frustrante », relève B. Vogler[4]. En effet, les Alsaciens continuaient à se sentir étrangers au royaume et, se souvenant des brutalités de l’annexion, ne montraient que défiance à l’égard de la France et du roi. Ainsi, à Strasbourg, après un siècle de présence royale, le peuple n’avait toujours pas tourné la page de l’agression française qui s’était terminée par la capitulation de la ville libre. Un témoin oculaire, le prince Karl August von Meiningen, venu étudier à l’université de Strasbourg, raconte cette anecdote significative dans ses lettres. Le 25 juin 1775, jour du couronnement de Louis XVI, lors des grandioses festivités organisées à Strasbourg par le prêteur Klingling pour fêter l’événement, ni lors de l’allumage des feux de joie dans la ville, ni lors du feu d’artifice où apparaissait le nom du monarque avec le blason français, le peuple ne cria « Vive le Roi ! »… alors que les soldats massés dans la ville, sur ordre, avaient pourtant donné le bon exemple[5].

Pour les Français, l’Alsace restait « une province d’Allemagne » d’autant qu’elle maintenait toujours des contacts très étroits avec le monde germanique tant sur les plans économiques que culturels (jusqu’en 1766, date de l’annexion déguisée du duché de Lorraine, l’Alsace n’avait pas de frontière commune avec la France[6]). D’ailleurs, la frontière économique sera maintenue sur les Vosges jusqu’à la Révolution. La langue allemande restait la langue incontestée du pays et continuait à dominer dans le peuple, la presse, l’enseignement et l’université.

Ce n’est que vers la fin du XVIIIe siècle que les Alsaciens commencèrent progressivement à perdre le souvenir de leur ancienne appartenance à l’Empire. Pris entre deux cultures, ils prenaient pleinement conscience de leur originalité et commençaient à rêver de jouer un rôle de pont entre la France et l’Allemagne. Ainsi, peu avant les évènements révolutionnaires, la conscience régionale reprit une nouvelle vigueur. Dans les cahiers de doléances les Alsaciens demanderont le maintien des droits et privilèges de la province, la création d’Etats provinciaux pour administrer le pays et, pour les anciennes villes de la Décapole, le retour aux privilèges de jadis.

La conscience régionale apparut également fortement chez les députés de l’Assemblée provinciale d’Alsace (1787), créée sur le modèle des Landstände. Ces derniers étaient notamment favorables au maintien des barrières douanières sur les Vosges : les Alsaciens voulaient que leur pays continue à être considéré comme une province étrangère (« province à l’instar de l’étranger »)! De son côté, la Commission intermédiaire demandera également le maintien des frontières douanières sur les Vosges, l’emploi des Alsaciens dans l’administration ainsi que l’unité du pays.

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La Révolution bouleverse tout

La Révolution marqua un tournant. Au début du mouvement, les Alsaciens sont favorables aux réformes qu’on promettait de mettre en œuvre : le sentiment démocratique était ancré de vieille date dans le caractère alsacien. Ils pensaient que le progrès promis se trouvait dans une constitution démocratique et libérale garantissant un élargissement de l’autonomie provinciale et des droits individuels ainsi qu’un encadrement plus strict du pouvoir royal. Aussi, en 1787, l’Assemblée provinciale d’Alsace créée par le roi sur le modèle des Landstände, s’engagea-t-elle immédiatement sur la voie de proclamations autonomistes.

Cependant, contrairement aux Français, les Alsaciens étaient totalement étrangers à la centralisation et au nivellement qui marquaient historiquement la France et que les révolutionnaires parisiens entendaient renforcer encore. Tout commença donc par un malentendu. Jean de Turckheim (1749-1824), qui avait été député du Tiers Etat de Strasbourg aux Etats généraux en 1789, s’en fit ensuite l’écho en expliquant que ses concitoyens « désiraient des réformes mais non une révolution » et qu’ils tenaient « à conserver leurs privilèges et non à les échanger contre des mœurs et une organisation étrangère ».

C’est pourquoi, plus les révolutionnaires à Paris exigeaient la stricte unité du pays, plus la nécessité apparaissait aux Alsaciens de revendiquer pour l’Alsace le traitement d’une province étrangère. La crainte d’une perte de la personnalité alsacienne taraudait la population. Ainsi la Treuherzige Ermahnung du 12 janvier 1790, craignant un complot des « capitalistes de Paris » pour ponctionner d’avantage l’Alsace, conclut : « Nos traités, nos traités, tel est le cri de la bonne et brave nation alsacienne ». Tandis que le Nouveau Catéchisme strasbourgeois déplore qu’on ait enlevé aux Alsaciens des privilèges « qui (les) rendaient plus heureux que d’autres ».

Cependant, à Paris les plus radicaux l’emportèrent et le pays se trouvera coupé en deux départements. La province d’Alsace cessa d’exister et on ne parlera plus d’Alsace dans les communications officielles.

Par la suite, l’hystérie anti-alsacienne des jacobins, dont la guillotine fut l’argument majeur, leur haine de la langue allemande restée la langue des Alsaciens, leur intolérance, leur volonté de faire table rase du passé et de supprimer les spécificités alsaciennes, vont faire naître un profond malaise chez les Alsaciens. Toujours accrochés à leurs privilèges et à leur langue, ils se trouvaient blessés qu’on porte ainsi atteinte à leur identité, leurs spécificités et leur culture. Ils se montreront dès lors de plus en plus hostiles à la politique des révolutionnaires. Cette hostilité trouvera sa pleine expression lors de la « Grande fuite » de décembre 1793 : près de 40 000 Alsaciens de Basse-Alsace choisirent alors la voie de l’exil en suivant dans leur retraite les troupes autrichiennes conduites par leur compatriote le généralissime Wurmser. En pénétrant en Alsace du nord, en octobre 1793, ce dernier avait été acclamé et accueilli en libérateur par la population.

Mais l’introduction des principes de liberté et d’égalité changea la mentalité politique. L’Alsace commençait à s’ouvrir timidement à la vie nationale française.

Cependant les Alsaciens continuaient à se considérer comme des Allemands. C’est le constat que fit le maire révolutionnaire de Strasbourg Pierre-François Monnet[7] dans un discours du 10 mai 1794 où il notait que l’Alsace était la plus exposée aux agressions des ennemis de la République de l’intérieur et de l’extérieur. Pour lui, la raison des malheurs des Alsaciens se trouvait dans l’antipathie invétérée de la population à l’encontre des Français et son inclinaison manifeste vers la germanité : « Le nom de Français vaut pour une injure tandis que celui d’Allemand signifie un compatriote », concluait-il dépité[8] ! D’ailleurs, lors de la levée en masse décidée par la Convention en février 1793, en Alsace il y aura plus d’insoumis que de soldats à partir (l’Alsace devait théoriquement fournir 9000 hommes). Et si les milices révolutionnaires recrutées sur la base du volontariat ne firent pas recette en Alsace, c’est que les Alsaciens n’étaient pas prêts à payer le tribut du sang pour la France.

Ce n’est qu’avec « l’épopée impériale » que naîtra un sentiment patriotique dans certaines couches de la population. Le pouvoir d’intégration de l’armée ou des innombrables champs de bataille n’y est évidemment pas étranger.

Cependant, la conscience de l’identité régionale restait prégnante.

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Au XIXe siècle :

De 1800 à 1870, on assistera à un renforcement du pouvoir central et à une politique plus offensive pour franciser de façon despotique le pays – surtout après 1848 – et imposer coûte que coûte la langue française notamment à l’école : « Le devoir est de parler français », expliquera en 1823 aux Alsaciens le préfet Louis-Antoine de Malouet.

Cependant, l’intégration à la France ne progresse que très lentement. Les Alsaciens continuent à s’accrocher à leur langue, marqueur majeur de leur identité particulière : l’écrasante majorité de la population continue à s’exprimer en allemand. Idem pour les églises, les auteurs, la presse (aucune revue littéraire n’est publiée en français), etc.. L’allemand demeure la langue du sentiment et beaucoup se montrent même hostiles à la langue française[9]. Seule une infime minorité s’exprime en français. Ainsi, pour être compris par la population, le roi Louis-Philippe, en visite officielle en Alsace (1831), choisira de s’adresser en allemand à la population. Il en ira de même pour Napoléon III lors de son passage à Strasbourg en 1852.

Par ailleurs, comme le note B. Vogler, « la conscience de l’identité régionale, en dépit du découpage administratif en deux départements, demeure très vive »[10]. D’ailleurs, dès 1815, on parlera à nouveau d’Elsass et non d’Alsa ou Alsatier termes utilisés sous la Révolution.

Coupés du monde allemand, les Alsaciens n’en continueront pas moins d’accepter le concept d’Allemand, souvent avec même une pointe de fierté. Un profond particularisme ethnique demeurait. Ainsi, le 10.2.1838, le professeur Graff écrivait toujours au professeur Ed. Reuss : « Nous Alsaciens, nous sommes des Allemands, c’est un fait, et le serons et devons l’être et le rester ». De son côté, Ed. Reuss écrivait le 2.6.1838 dans « Erwinia » : « Ce que nous voulons, c’est le germanisme, auquel nous rendons hommage, que nous tenons pour sacré…De l’esprit allemand et du style allemand nous ne nous séparons pas ».

Dans un ouvrage de référence publié en 1834 à Paris par M. Loriol, avec la coopération d’une société de savants et d’hommes de lettres, il est dressé ce constat : « Depuis 1648, jusqu’à ce jour, la domination française n’a pu effacer ce caractère germanique. Par les mœurs, les habitudes, le langage, les Alsaciens sont encore aujourd’hui plus Allemands que Français [11]».

Les Alsaciens prenaient alors pleinement conscience de leur originalité ethnique : ils étaient « une branche allemande greffée sur le tronc français » ! De fait, et plus que jamais, ils se sentaient d’abord Alsaciens et Rhénans. Le poète Ehrenfried Stöber (1779-1835) l’exprime parfaitement dans ces deux vers :

Das Rheinthal ist uns Vaterland

Das Elsass drin sein Diamant

C’est probablement le grand romancier et poète alsacien Friedrich Lienhard (1865-1929) qui décrit le mieux les sentiments dominants des Alsaciens face à la France à la veille de la guerre de 1870. Dans un ouvrage collectif paru en 1915, ce dernier écrit : « Der Elsässer wurde im grossen und ganzen ein oppositioneller Staatsbürger mit ausgeprägter Neigung zum Frondieren, ganz natürlich, weil das innere Verwachsensein mit der französischen Staatsidee bei dem Durschnittselsässer fehlte (…) Aber bei dieser langsamen Durchsetzung eines ausgesprochenen Nationalgefühls, an dem nur eine dünne Schicht der oberen Bourgeoisie und Beamtenschaft teilhatte, musste die Neigung, am elsässischen Vaterlandsgedanken Ersatz zu suchen, sich zäh erhalten, ja verstärken. Der Ausdruck der naiven starken Heimatliebe, wie ihn Ehrenfried Stöber prägte in dem Gedicht :

« Das Elsass unser Ländel,

Es isch meineidi schön ;

Mer hewwe’s fest am Bändel

Mer lonn’s bi Gott nit gehn » -

trat für die Masse des Volkes geradezu an die Stelle eines Nationalliedes. Gewiss, es gab in diesen letzten Jahrzehnten der französischen Herschaft strebsame Geister, die es im Interesse ihres Vorwärtskommens eilig hatten, alles Elsässische abzutun. Diese Verwelschten waren aber dafür auch meistens dem Volkswitz ausgesetzt. Es wurden vom städtischen Mittelstande bis ins Kleinbürgertum hinein mancherlei Bestandteile französischer Kultur, Sitte, vor allem der Sprache, augenommen ; aber im Grunde blieb man dem französischen Nationalitäts- und Staatsgedanken gegenüber kühl. Das beherrschende Gefühl war eben : « Mer sin halt Elsässer »[12].

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Sous le Reichsland (1870-1918)

Après la phase protestataire, l’Alsace connaîtra très vite un nouvel essor économique ainsi que des progrès fulgurants dans le domaine social (caisses de maladie, d’accidents, d’invalidité, de vieillesse…).

Parallèlement, on assista à un formidable renouveau artistique et culturel, l’allemand étant redevenu la langue officielle du pays. Dans le cadre libéral et fédéral de l’Empire, les Alsaciens allaient de nouveau pouvoir affirmer pleinement leur identité et leur volonté d’émancipation.

A mesure que le contact avec la France se perdait, une nouvelle conscience politique se développa rapidement. Avec elle naîtra une nouvelle génération qui aura pour seul objectif prendre en main son destin.

Le concept politique d’Alsace s’imposa d’emblée. De même, l’affirmation de l’existence d’un « peuple alsacien » fit la quasi unanimité. Cependant, aux alentours de 1900, l’idée d’une « nation alsacienne » commencera à se répandre dans le pays. Cette ligne est notamment défendue par le député au Landesausschuss (1900 à 1911) Anselm Laugel, les députés au Reichstag Jacques Preiss et Daniel Blumenthal, mais aussi par l’abbé Xavier Haegy. Les trois premiers formulent la revendication de l’indépendance d’une République alsacienne, l’abbé Haegy donnant sa préférence à un Etat alsacien autonome intégré à l’Empire : « Laugel se proclame « nationaliste alsacien et républicain » (…)  pour lui, comme pour l’abbé Haegy, l’Alsace est une « nation » dont la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, qui n’ont pas de centre civilisateur unique, fournissent le modèle », note l’historien François Igersheim[13].

Dans la revue francophile Dur’s Elsass (26.11.1910)

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L’Alsace veut l’autonomie !

Ainsi vont s’affirmer trois courants politiques :

  • un courant pro-allemand favorable à une intégration totale dans le Reich ;
  • un autre très puissant, notamment dans les milieux intellectuels et les masses populaires, favorable à l’autonomie complète au sein du Reich et qui aura pour slogan fétiche « L’Alsace aux Alsaciens » ;
  • et un dernier, qui bénéficiait de la sympathie de Paris, affirmant l’existence d’une « nation alsacienne » et revendiquant l’indépendance d’une république alsacienne.

Il restait encore un courant minoritaire pro-français qui, aux élections d’octobre 1911, ne rassembla que 3,2% des voix.

Drapeau alsacien traditionnel rot un wiss

Drapeau du Reichsland, adopté à l’unanimité par les députés du parlement d’Alsace-Lorraine en 1912

Cette lutte pour l’émancipation trouvera sa consécration en 1911 avec l’octroi au Reichsland par Berlin d’une constitution avec un statut d’autonomie ! La voie était ainsi tracée pour faire du Reichsland un Etat comme les autres Etats allemands.

En effet, le 25 octobre 1918, le Reichstag vota une loi pour une autonomie complète du Reichsland élevé au statut d’Etat fédéré, mais elle arrivait trop tard.

Dr Eugène Ricklin (1862-1935) Président du Landtag d’Alsace-Lorraine (1911-1918)

Charles Hauss (1871-1925) Premier ministre du gouvernement constitutionnel alsacien Schwander-Hauss (oct.-nov.1918)

Tout sera brutalement remis en question en novembre 1918 avec le retour des Français, de leur centralisme et de leur idéologie jacobine !

Pendant que l’épuration ethnique des Allemands et des Alsaciens germanophiles faisait rage, les nuages commencèrent immédiatement à s’accumuler… jusqu’à conduire à l’explosion autonomiste des années 20/30.

Mouvement neutraliste après 1918 : lettre de René Caesar Ley au Secrétaire Général de la Société des Nations à Genève pour lui exposer la situation de l’Alsace et lui demander qu’une délégation d’Alsaciens-Lorrains soit autorisée à venir s’exprimer devant l’assemblée de la SDN.

Pétition adressée au Secrétaire Général de la SDN à Genève pour demander l’organisation d’un plébiscite pour l’Alsace-Lorraine.


Bernard Wittmann – Historien (juin 2015) – Fin du 4e Chapitre, à suivre : Conclusion.

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[1] B. Vogler, Histoire culturelle de l’Alsace, éd. de la Nuée Bleue, p.60.

[2] Cf Correspondance politique de la Maison d’Orange-Nassau, éd. par Groen van Prinsterer Leyde, 1835.

[3] Edmond Bapst, Les sorcières de Bergheim, Paris, 1929.

[4] B. Vogler op. cit. p.124/125

[5] O. Lorentz & W. Scherer, Geschichte des Elsasses, Weidmannsche Buchhandlung, Berlin, 1886, p.427

[6] En 1735, suite à une négociation habilement menée, la France obtint de l’Empereur qu’à la mort de Stanislas Leszczynski -qu’on décida de placer à la tête du duché de Lorraine en remplacement du duc François-, le duché lui revienne. Dépossédé de son duché, le duc François de Lorraine, gendre de l’Empereur Charles VI, sera indemnisé par la Toscane. Stanislas Leszczynski décédera le 23.2.1766.

[7] Maire de Strasbourg de janvier 1793 à août 1794.

[8] Dans la même veine, le 27.1.1793, au nom du Comité de salut public, Barrère proclama devant la Convention : « Dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, qui a appelé de concert avec le traître, le Prussien et l’Autrichien sur nos frontières envahies, l’habitant des campagnes qui parle la même langue que nos ennemis se croit ainsi bien plus leur frère et leur concitoyen que le frère et le concitoyen des Français qui parlent une autre langue et ont d’autres habitudes. L’empire du langage, l’intelligence qui règne entre nos ennemis d’Allemagne et nos concitoyens du département du Bas-Rhin est si incontestable qu’ils n’ont pas été arrêtés dans leur émigration par tout ce que les hommes ont de plus cher, le sol qui les a vu naître, les dieux pénates et les terres qu’ils avaient fertilisées ».

[9] En 1843, l’inspecteur du primaire du Ht-Rhin, Perney, s’en fait l’écho.

[10] Histoire culturelle de l’Alsace, op. cit. p.295

[11] In La France, description géographique, statistique et topographique – Alsace Ht-Rhin & B. Rhin, publié par M. Loriol, éd. Chez Verdière, Paris, 1834.

[12] Friedrich Lienhard, Wohin gehört Elsass-Lothringen, Verlag Von Rascher & Cie Zürich, 1915, p.19/20.

[13] François Igersheim, L’Alsace des notables 1870-1914, la bourgeoisie et le peuple alsacien, imprimerie du Nouvel Alsacien, éd. bf – Strasbourg, 1981, pp.118/126.

Départementales : le peuple alsacien prend son destin en main

Posted on mars 23rd, 2015 by Klapperstein

Ce dimanche 22 mars s’est déroulé le premier tour des élections départementales. Au lendemain de la réforme de la carte des régions qui a humilié les Alsaciens et rayé notre région de la carte, ce scrutin avait valeur de test pour le Gouvernement. Par leur vote, les Alsaciens ont décidé de sanctionner la politique menée à Paris contre l’Alsace. Le message envoyé aujourd’hui au Gouvernement Valls ne souffre d’aucune ambigüité : les Alsaciens rejettent la fusion de l’Alsace dans la méga-région ALCA.

Nous tenons à remercier tous les citoyens alsaciens qui ont accordé leur vote à Unser Land pour la construction d’une Alsace maitresse de son destin, forte de son identité, ouverte sur l’Europe et libérée du centralisme parisien.

Nous remercions également les citoyens alsaciens qui se sont portés candidats sous les couleurs d’Unser Land et ont permis au mouvement alsacien d’être présent dans plus de la moitié des cantons alsaciens et dans l’immense majorité des cantons ruraux et ont ainsi offert à leurs concitoyens une alternative aux partis parisiens, ceux-là même qui ont conduit l’Alsace dans la crise économique, politique, institutionnelle et identitaire que nous connaissons.

Nous rappelons que seul un statut d’autonomie régionale, comparable à celui en vigueur dans les autres régions européennes, permettra à nos concitoyens de reprendre leur destin en main et de donner un avenir alsacien et européen à nos enfants.

En quelques années, grâce à la force de l’engagement bénévole de ses militants, notre parti – qui ne bénéficie d’aucune aide ou financement public – s’est affirmé comme l’une des principales forces politiques d’Alsace et l’une des plus puissantes forces régionalistes de l’hexagone.

Aussi, nous demandons au premier ministre M. Valls, d’entendre le message qui lui a adressé le peuple alsacien et de nous recevoir dans les plus brefs délais, avec les principales forces vives de notre région, afin de trouver une solution politique à la question alsacienne.

En ce qui concerne le second tour qui aura lieu dimanche prochain, le 29 mars :

· là où nos candidats n’ont pu accéder au second tour du fait du mode de scrutin nous ne donnerons aucune consigne de vote car aucun parti parisien (UMP, PS et encore moins le FN) n’est en mesure de porter les intérêts de l’Alsace. Nous enjoignons nos électeurs à glisser un bulletin « Unser Land » dans l’urne.

Quelle : Unser Land

Impôts en Alsace : silence on essore !

Posted on février 22nd, 2015 by Klapperstein

L’Alsace a de tout temps jouit d’une réputation de région riche, une richesse venant essentiellement du labeur de sa population. Car c’est un fait établi que notre région a toujours été bien servie par ses hommes. Aussi fut-elle toujours considérée peu ou prou comme une vache à lait par Paris.

Ainsi, en 2012, les recettes de l’Etat collectées en Alsace ont été de 10,6 Milliards d’€[1] alors que, pour la même année, les recettes fiscales nettes de l’Etat[2] s’élevaient à 296 milliards d’€[3]. C’est-à-dire que les Alsaciens, qui représentent 2,8% de la population française, ont contribué à 3,6% du montant des recettes fiscales de l’Etat !

L’Alsace est d’ailleurs placée régulièrement dans le peloton de tête pour le montant des impôts versés par tête d’habitant[4], mais se situe parmi les régions les moins bien loties pour les investissements de l’Etat : aides, dotations / participations, investissements sur infrastructures, investissements d’avenir, subventions…

En comparant, par exemple, les chiffres de l’Alsace et de la Lorraine pour l’année 2011, on s’aperçoit que l’Etat a prélevé en Alsace 1,928 milliards€ d’impôts sur le revenu pour une population de 1,843 millions d’hab. (Recensement 2011), contre seulement 1,168 milliards€ en Lorraine pour une population pourtant beaucoup plus importante de 2,356 millions d’hab.[5]. En Lorraine, le nombre de foyers fiscaux imposables, en % de l’ensemble des foyers fiscaux, n’était que de 52%, alors qu’en Alsace il grimpait à 61%[6]. Deux ans plus tard, en avril 2013, un rapport de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP) plaçait toujours l’Alsace en tête des régions françaises[7] pour le taux des foyers fiscaux imposables.

Envolée sa prospérité d’antan

Ses intérêts ayant été constamment sacrifiés sur l’autel de l’intérêt national (dans sa perception jacobine), avec la crise venue se surajouter, l’Alsace est à présent obligée d’affronter les récessions en cascades. Sa situation au cœur des dynamiques rhénanes et la nature laborieuse de sa population ne suffisent plus pour maintenir son développement passé. Sa prospérité d’antan s’en est allée et le taux de progression du chômage a battu des records, il a presque doublé entre 2000 et 2014. Les causes sont hélas connues : désindustrialisation, perte d’emplois frontaliers, mauvaise politique économique de Paris… D’après l’INSEE, l’Alsace, longtemps préservée de ce fléau, en 2014 comptait 9,5% de chômeurs, chiffre proche de la moyenne française qui se situait alors à 9,9% (10,6% pour la Lorraine). Plus grave, le chômage de longue durée ne cesse de progresser.

Pas de « comptes propres »

Cependant, on cherchera vainement les chiffres mettant en balance l’ensemble des prélèvements financiers de l’Etat en Alsace et, en retour, le montant de ses investissements (dotations, subventions, investissements, aides…) dans la Région. Mission absolument impossible. Ces études n’existent pas ! Il y a bien des études fragmentaires de la situation, des analyses éparses, mais pas de vue d’ensemble claire, les chiffres sont embrouillés et entremêlés dans des statistiques alambiquées.

Aussi se trouve-t-on dans l’impossibilité d’établir des « comptes propres ». Et pour cause, l’Alsace subit un véritable essorage qu’on n’a pu mesurer pleinement qu’à une seule occasion : en 1975 ! Cette année là, au mois de septembre, et pour la première fois, un rapport de l’INSEE de Strasbourg avait mis en évidence que l’Alsace payait 4722 F d’impôts par habitant – un record français – mais ne recevait en retour que 508 F de subventions, minimum national !!! Le rapport était de 1 à 9 au détriment de l’Alsace[8]. Les DNA choisirent d’abord d’étouffer ce rapport incendiaire… mais pas le « Nouvel Alsacien ». Dans son édition du 31.10.1975, ce dernier publia l’enquête qui mettait en évidence ce qui s’apparentait à un véritable pillage de l’Alsace. Du coup, les DNA ne purent faire autrement que d’évoquer à leur tour ces chiffres quelques jours plus tard. Le préfet, soutenu par les politiques locaux compromis dans ce détournement de l’argent des Alsaciens, contre-attaqua. Une contre-expertise établie par des universitaires spécialisés fut demandée ! Celle-ci arriva pourtant à la conclusion : « Les chiffres de l’INSEE sont justes » ! Ainsi, pour avoir confirmation qu’ils étaient bel et bien essorés, les contribuables alsaciens durent-ils encore débourser 300 000F supplémentaires, coût de l’opération !

L’année suivante, une autre étude de l’INSEE viendra confirmer celle de 1975.

Du coup, on préféra ne plus s’aventurer à commanditer de telles études trop périlleuses pour le gouvernement car elles risquaient de mettre en lumière un formidable déséquilibre en défaveur de l’Alsace qu’il valait mieux occulter.

Avec l’ALCA les statistiques seront inextricables

Cependant, avec la méga région ALCA, ces études, d’accès déjà très difficile, seront rendues encore beaucoup plus complexes. L’Alsace étant à présent privée de périmètre administratif pour être fondue dans le vaste ensemble de l’ALCA, grand comme près de deux fois la Belgique, les statistiques la concernant seront quasiment inaccessibles car confondues avec celles de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne. Tout sera encore d’avantage complexifié. Démêler l’écheveau des chiffres pour faire ressortir la part alsacienne, tant pour les sorties de fonds que les investissements en retour, relèvera de l’exploit. Du coup, les Alsaciens pourront être traits sans qu’ils puissent prendre la mesure de l’ampleur du siphonage et de la spoliation dont ils sont les victimes. C’est ça aussi qui nous attend avec l’ALCA !

Bernard Wittmann – 8.2.2015

[1] Source : SGARE / DRFIP Alsace. Ventilation (chiffres en milliards d’€): TVA 5,393, impôts sur revenus 1,928, impôts sur sociétés 1,386, divers 1,893. En 2012, le montant moyen des revenus déclarés par foyer au fisc était de 32.541€ pour l’Île de France (1ère), 26 690€ pour l’Alsace (2e) et seulement 23 126€ pour la Lorraine (13e).

[2] Représentant l’ensemble des recettes fiscales résultant des prélèvements obligatoires.

[3] Source : Comptes Publics.fr – Recettes fiscales (2012). En 2013, les recettes fiscales nettes de l’Etat s’élevaient à 292,6 milliards d’€.

[4] Après l’Île-de-France qui est un cas particulier. En 2012, le montant moyen des revenus déclarés par foyer à l’administration fiscale était de : 32 541€ en Île-de-France (1ère), 26 690€ en Alsace (2e), 23 299€ en Champagne-Ardenne (12e), 23 126€ en Lorraine (13e). Source : JDN L’économie demain – http://www.journaldunet.com/economie/impots/classement.regions/revenu-fiscal

[5] Précisons qu’en 2012, le PIB par habitant était de 27 986€ en Alsace, 25 430€ en Champagne-Ardenne et seulement 22 955€ en Lorraine. Le PIB par hab. de l’ALCA est de 26 700€ !!!

[6] Chiffres 2011 – INSEE-DGFIP

[7] Après la région Île-de-France dont le taux de foyers fiscaux imposables est de 63%.

[8]Cf. « Une histoire de l’Alsace autrement », B.Wittmann, T.3 p.280/281

Quelle : hewwemi.net

Sans référendum, pas de démocratie, pas de légitimité

Posted on janvier 24th, 2015 by Klapperstein

Es gibt keine echte Demokratie ohne direkte Demokratie. Il n’y a pas de véritable démocratie sans démocratie directe. L’Histoire de l’Alsace en témoigne et comme toujours la République se moque de nous en bafouant nos droits civiques les plus élémentaires. Nous exigeons un référendum sur la fusion forcée. Sans référendum, pas de démocratie, pas de légitimité.

L’ALCA n’a de toute façon aucun avenir. Plus que jamais l’Alsace est notre avenir. UH

Article des DNA – 22/01/2015

Elsässische Volksvertreter / Hollande : Verabredung im September

Posted on août 4th, 2014 by Klapperstein

Presserundschau Des élus militent pour la création du Conseil d’Alsace auprès de François Hollande

A l’occasion d’un échange avec François Hollande organisé à la ferme-auberge du Molkenrain après la cérémonie au Hartmannswillerkopf, Philippe Richert a demandé au président de la République de revoir sa position quant à la réforme territoriale en Alsace.

Il lui a proposé de commencer par fusionner les départements avec la Région sur notre territoire afin de créer un conseil d’Alsace, a indiqué Raphaël Schellenberger, maire UMP de Wattwiller. L’ensemble des élus et parlementaires ont soutenu cette proposition. Messieurs Sordi, Straumann, Hillmeyer, Richert, Buttner, Bockel, Weltherlen et Schellenberger et mesdames Troendle, Boog et Schillinger étaient présents à cet échange a précisé Raphaël Schellenberger.

François Hollande a promis de recevoir les grands élus sur ce sujet au début du mois de septembre.

Quelle : France3 Alsace

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Nos Bandelajäger de service qui réclament enfin clairement  un retour au Conseil d’Alsace seront reçus dans les palais parisiens par le monarque républicain en début septembre.

En l’absence de démocratie réel en Alsace, ce que peuvent et doivent faire les Alsaciens est de continuer de signer et de faire signer la pétition de Rottner, de manière à donner un maximum de poids à leur démarche. Le positionnement politique et la force de conviction d’un politicien carriériste étant fortement influencé par le sens du vent, l’ampleur du succès de la pétition en cours sera déterminant pour l’avenir de l’Alsace.

Ne relâchons donc surtout pas la pression. Continuons de faire signer nos entourages, nos amis et nos familles. Prenons effectivement notre destin en main. Nehmen wir unser Schicksal selbst in die Hand ! Zurzeit 47 468 Unterschriften. Jede Stimme zählt, jede Unterschrift zählt ! UH

Ich unterschreibe die Bittschrift

Je signe la pétition

Manuel Valls oder die Bürokratie in Aktion

Posted on avril 9th, 2014 by Klapperstein

Presserundschau Réforme territoriale Le retour du spectre de la fusion de l’Alsace-Lorraine

L’annonce faite par Manuel Valls « de réduire de moitié le nombre de régions » d’ici à 2017, ce mardi à l’occasion de son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale est venu confirmer celle de François Hollande le 14 janvier lorsque ce dernier a esquissé les contours de son « choc de simplification ».

Un projet qui prévoit le rapprochement de certaines régions et qui ne manquera pas de raviver dans les jours qui viennent le débat sur la possible fusion de l’Alsace et de la Lorraine préconisée dans un rapport réalisé en 2009 sous la direction d’Edouard Balladur (lire le rapport complet ci-dessous). Le document qui détaille le futur découpage recommande en effet de « favoriser les regroupements volontaires de régions et la modification de leurs limites territoriales, pour en réduire le nombre à une quinzaine ». Plusieurs hypothèses avait été alors avancées. Parmi elles, la fusion du Bas-Rhin et du Haut-Rhin mais celle également de l’Alsace et de la Lorraine.

Un projet qui a suscité, ce mardi à l’issue du discours du Premier ministre, des réactions divergentes en Alsace et en Lorraine. Le président de la région Alsace, Philippe Richert (UMP), a ainsi jugé les propositions de réforme territoriale «complètement déphasées avec la réalité sur le terrain», alors que son homologue en Lorraine Jean-Pierre Masseret (PS) les a saluées.

A noter qu’au cours de son discours, Manuel Valls a également proposé de supprimer les conseils départementaux «à l’horizon 2021». La question du rapprochement entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin pourraient là aussi être remise au goût du jour.

Quelle : L’Alsace

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Nous constatons que les personnes qui se plaisent à penser que les élites euro-mondialistes seraient favorables aux identités régionales ont tout faux. C’est tout aussi vrai  des souverainistes hystériques que des régionalistes un peu trop naïfs. La République a créé les départements pour diviser les anciennes provinces du royaume de France et ainsi détruire leurs identités, et maintenant les zélateurs de l’Union (européenne) veulent fusionner les régions françaises entre elles, poursuivant ainsi le même dessin. RF et UE, même combat, en sortir c’est s’en sorti. Elsass frei. UH

Endlich eine elsässische Funksendung über das Elsass!

Posted on septembre 9th, 2013 by Unsri Heimet !

Ci-dessous le podcast d’une émission de radio consacrée à l’Histoire de l’Alsace et proposée par la toute jeune équipe de Vent d’Est, l’antenne alsacienne de Méridien Zéro, radio alternative et dissidente française à laquelle des membres d’Unsri Heimet ont répondu avec plaisir à l’invitation. Le ton de l’émission est assurément autonomiste et malgré les imperfections de jeunesse, les choses ont enfin été dites et les tabous alsaciens brisés et c’est bien là l’essentiel. A très bientôt sur les ondes. Der Kampf für das Elsass geht immer und überall weiter! UH

Autopsie eines verpassten Treffens mit Geschichte

Posted on avril 9th, 2013 by Klapperstein

Autopsie d’un rendez-vous manqué avec l’Histoire

Ce dimanche 7 avril 2013, l’Alsace a raté un rendez-vous avec l’Histoire par la faute d’une trop forte abstention dans toute l’Alsace et du Non du Haut-Rhin.

Le contexte électoral

Les électeurs français ont votés non au référendum de 2005 sur l’Europe, ce qui n’a pas empêché les bandits qui nous gouvernent de ratifié le traité de Lisbonne en 2008, qui est un copié-collé de la dite constitution européenne refusé par les électeurs 3 ans plus tôt. La crise de l’UMP Copé-Fillon, les affaires politiquo-financiaires en général et en particulier la déflagration Cahuzac, en complément du marasme économique qui s’accentue depuis plusieurs années, ont entaché profondément et à juste titre la confiance des électeurs envers la classe politique.

Le type de référendum

Il existe trois types de référendum. Les référendums d’initiatives populaires, initiés directement par les électeurs pour adopter ou refuser une loi, les référendums obligatoires, qui obligent les gouvernements à soumettre au vote populaire des modifications constitutionnels ou des traités internationaux, et enfin les référendums plébiscites, qui sont initiés par les gouvernements alors que rien ne les obligent de par les institutions à faire appel au peuple, ce qui leur donnent, que ce soit le but recherché ou non, une forte connotation plébiscitaire. La Suisse, qui est le pays de la démocratie directe, ne pratique pas le référendum plébiscite, alors que la France, qui est le pays du droit de l’hommisme, ne connait que des référendums de type plébiscite.

Le référendum du 7 avril était non seulement un référendum de type plébiscite, mais en plus le Oui aurait constitué une sorte de chèque en blanc, dans la mesure où les Alsaciens n’ont pu voter que sur un principe, celui de la fusion, et non sur un texte de loi précis, puisque seul l’assemblée nationale est habilité en France à adopter une loi. Les cantons suisses et les Länder allemands, possédant un parlement et une constitution, peuvent eux-mêmes modifier leur lois et leurs constitutions, ce qui n’est bien évidemment pas le cas des régions françaises étouffés par le centralisme républicain.

Les véritables enjeux du référendum

La création d’une Collectivité Territoriale Alsacienne consistait en une modernisation et une simplification des institutions politiques alsaciennes par la fusion des trois collectivités territoriales existante en une. On peut penser elle n’aurait pas changer grand chose au système actuel, et les débats sur les économies réels ou supposées, engendrées par les nouvelles institutions et la querelles sur la siège de l’exécutif (Colmar ou Strasbourg) ont en réalité été essentiellement des faux débats. Pourtant les vrais enjeux étaient ailleurs.

Pour les autonomistes et tous les Alsaciens attachés à leur identité et ayant conscience d’être d’une façon ou d’une autre une minorité nationale malmenée par la République Française, la création du Conseil d’Alsace représentait l’occasion d’être enfin unis et plus fort face à Paris et représentait aussi l’affirmation d’une identité alsacienne forte et fière jusqu’ici niée à travers l’Histoire par la France et la République.

Pour les souverainistes et les nationalistes français, la création du Conseil d’Alsace, de par l’affirmation implicite de la réalité identitaire alsacienne, entrait en contraction avec l’image idyllique et fausse de roman national français qui est la base de leur vision du monde, et leur était donc intolérable. Pour la gauche dite anticapitaliste la création du Conseil d’Alsace représentait, dans leur vision idéologique et religieuse de la République, une entrave intolérable à la sacro-sainte unicité de la République.

Pour un grand nombres élus UMP, par essence carriériste, le oui au référendum était une raison d’inquiétude pour la simple et bonne raison qu’ils risquaient de perdre leurs places dans les chamboulements à venir (qui de plus allaient être arbitrés par les socialistes), d’autant plus qu’il était prévu une réduction de 10 à 20% des élus. Pour les carriéristes du PS, le oui au référendum ayant de fait un caractère plébiscitaire en faveur de l’UMP, le jeu politicien les poussaient à être pour le moins réservés, sans parler du poids de l’idéologie centralisatrice et républicaine de leur parti.

Le double échec du référendum : la trop forte abstention dans toute l’Alsace et le Non du Haut-Rhin

La trop forte abstention dans le Bas-Rhin et dans le Haut-Rhin

L’abstention est énorme, 64,04% pour l’ensemble de l’Alsace (64,89 dans le Haut-Rhin et 62,82 dans le Bas-Rhin). Elle s’explique par la forte défiance (parfaitement justifiée) des électeurs alsaciens envers la classe politique, et est accentuée par le caractère plébiscitaire du référendum qui a eu lieu précisément au moment où éclate une crise politique sans précédant dans la 5ème République (l’emballement de l’affaire Cahuzac). On est là dans le pire des scénarios possible.

Elle s’explique également par le caractère régional du référendum. D’une part les régions ont très peu de pouvoir en France, et la création du Conseil d’Alsace était malheureusement loin de changer fondamentalement la donne, et d’autre part les électeurs alsaciens étant immergés dans une vie médiatique quasi exclusivement française, la visibilité médiatique du référendum était très faible. Même pour les élections municipales, cantonales ou régionales, la visibilité médiatique est en contraste beaucoup plus forte, les Alsaciens, votant en même temps que les autres citoyens français, sont alors connecté au battage médiatique français.

Cette dernière constatation met en lumière la grande difficulté et le piège que représente la nécessité pour le oui de passer la barre de 25% des inscrits pour les référendums (de type plébiscites) régionaux (système mis en place par la réforme constitutionnelle de 2008).

La troisième cause de l’abstention massive du 7 avril est l’attitude souvent ambigu des politiques alsaciens officiellement engagé pour le oui, qui, que se soit au PS ou à l’UMP, avait à peu près tous de bonnes raisons, souvent très différentes selon les intérêts des uns et des autres, de peu s’impliquer dans la campagne. En plus du ras le bol général et du caractère régional et plébiscitaire du référendum, l’attitude réservé et hésitante des partisans du oui a elle aussi eu son rôle dans l’abstention massive de dimanche.

En résumé, le système politique français impose à l’Alsace une vie politique régional dépouillé de pouvoir réel, le caractère centralisé de la société française ne permet mécaniquement qu’une très faible visibilité médiatique à l’actualité politique alsacienne (surtout pour les plus jeunes) et là-dessus, dans un contexte de marasme économique et de forte défiance des électeurs envers la classe politique, le système pseudo démocratique français impose comme condition sine qua non à la validation du référendum que le oui dépasse les 25% des inscrits dans chaque département.  Le degré de démocratie de la République Française doit être jugé à ses fruits.

Le Non du Haut-Rhin

Tout d’abord, précisons que l’Alsace à tout de même voté Oui à 57,65 %. Le Bas-Rhin à 67,53% mais le Haut-Rhin seulement à 44,26%. Le 67% du Bas-Rhin et le 44% du Haut-Rhin ont tout les deux été limité et réduit par les mêmes raisons qui ont créés une très forte abstention. Mais ses raisons n’expliquent pas ou très peu la différence de 23% des oui dans les deux départements. Comment expliquer une telle différence ? Il y a essentiellement deux raisons : la première est que l’Ump a peu fait campagne dans le Haut-Rhin, Buttner, président du Conseil Général et voulant préserver son poste, a toujours été très ambigu et Meyer, le maire de Colmar, a clairement pris position pour le Non. La faible campagne de l’Ump a en fait consisté en un timide oui-mais, ce qui dans le contexte actuel a eu des conséquence dramatique pour le oui.

La deuxième raison est que le chauvinisme et les peurs des haut-rhinois, et particulièrement des colmariens, sont fortement rentré en résonance avec les arguments pour le moins démagogiques des tenants du Non ainsi qu’avec le climat délétère actuel. Mais pourquoi les arguments terre à terre et racoleur du non ont tellement porté dans le Haut-Rhin et si peu dans le Bas-Rhin ? La réponse tient principalement à la nature des arguments nonistes : «  Le Haut-Rhin se ferait manger par le Bas-Rhin et des sous-préfectures ou la préfecture de Colmar seraient peut-être ou probablement fermées. » Difficile en effet d’expliquer à un strasbourgeois que la préfecture de Strasbourg allait fermée et que son département allait se faire absorber par son voisin, nettement plus petit en taille et en habitants.

L’antagonisme Haut-Rhin/Bas-Rhin est certes ancestral, mais il est aussi et surtout  artificiel, artificiellement entretenu et exacerbé par la République dans le but de diviser pour mieux règner. Il est plus le fruit de 95 ans de présence française que de 1500 ans d’Histoire. Les haut-rhinois, minoritaires en Alsace par rapport au bas-rhinois, ont manifestement trouvé là un bien mauvais moyen d’exprimer leur mécontentement, que celui-ci ait été quelque peu fondé ou non.

Conclusion

Cette victoire du non dans le Haut-Rhin et la forte abstention dans toute l’Alsace témoigne in fine du manque d’attachement d’un certain nombre d’Alsaciens à leur Elsässertum et des grandes difficultés qu’ont les Alsaciens à défendre leurs droits, leurs libertés et leur identité commune face au rouleau compresseur du système républicain français. Cet échec du référendum sur le Conseil d’Alsace témoigne également du fatalisme et de la résignation des électeurs, qu’ils soient Alsaciens ou non, face au processus électoral en général.

Il faut pourtant comprendre que ce n’est pas à proprement parler la démocratie qui est responsable des problèmes actuels, mais bien la pseudo démocratie à la sauce républicaine, et que le référendum qui vient de tourner au fiasco devant nos yeux était un référendum plébiscite à la sauce française dans un cadre désespérément français, et s’il faut désespérer de quelque chose, c’est bien de la France et de sa République, et non d’autres choses. Wir haben zwar einen Wahlkampf verloren, aber  der Kampf geht immer weiter. U.H.

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