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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (4/5)

Posté le août 10th, 2016 by Klapperstein

LA CONSCIENCE IDENTITAIRE DES ALSACIENS A TRAVERS LES SIECLES

par Bernard Wittmann

Illustration ci-dessus : Début XVIIIe siècle : L’Alsace « province à l’instar de l’étranger effectif »

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Les Alsaciens furent toujours habités par le sentiment de former un peuple

C’est sur le « socle » du duché et les différentes institutions qui vinrent le conforter ultérieurement que se développa un patriotisme régional autour d’un système de valeurs partagées (habitus, langue, histoire, croyances, spiritualité, mode de vie…) et une quête permanente des Alsaciens vers plus de liberté et d’autogestion.

A travers les siècles, les Alsaciens ont toujours conservé vivaces leurs marqueurs ethniques (langue, culture, ouverture au spirituel…) et une conscience identitaire forte. Ils n’ont jamais cessé d’être habités par le sentiment de former un peuple singulier doté d’une histoire et d’une identité propres.

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Intégrée au « Saint Empire Romain de nation germanique » (Xe -XVIIe siècles)

L’intégration de l’Alsace au Saint Empire Romain Germanique, fondé en 962, dura sept siècles. Le socle de culture et de civilisation étant commun, il n’y eut pas rupture mais continuum. Les Alsaciens s’intégrèrent parfaitement au Reich, structure fédérative – « l’union dans la diversité » – appliquant le principe de subsidiarité, et marquèrent un constant attachement à l’Empereur et à l’Empire. C’est sous leur protection que Strasbourg et les villes de la Décapole purent progressivement accéder aux libertés jusqu’à devenir quasi-souveraines. Cette bonne intégration était favorisée par le fait que l’Alsace fut longtemps constitutive du centre politique et culturel de l’Empire.

Les Alsaciens se sentent alors comme une partie intégrante de la nation allemande. C’est ainsi qu’aux XVe et XVIe siècles les humanistes alsaciens, Wimpfeling, Sébastien Brant, Beatus Rhenatus…, publient de vibrants plaidoyers en faveur de l’Empire. Il suffit de lire ce qu’écrit Jacob Wimpfeling dans son Germania dans lequel il martèle que les Alsaciens, pour avoir certes une originalité, n’en sont pas moins une partie intégrante de la nation allemande et que la rive gauche du Rhin n’a jamais été française ! Notons que le XVIe siècle marque le sommet de la culture alsacienne.

Cependant, la conscience identitaire des Alsaciens n’en gardait pas moins sa vivacité : « En dépit du morcellement politique, la conscience de l’entité alsacienne demeure forte. Elle se traduit dans un engagement politique et militaire face aux menaces de Charles le Téméraire » écrit B. Vogler. Ainsi, après 1520, l’humaniste Beatus Rhenanus, tout en manifestant une attitude nationale allemande, n’en affichait pas moins « un vigoureux patriotisme régional alémanique et alsacien (…) L’identité alsacienne se forge au XVIe siècle contre la France » [1] note B. Vogler. En effet, le roi de France restait l’ennemi des Habsbourg et l’Alsace se méfiait de tout ce qui pouvait venir d’Outre-Vosges. Lazare Schwendi lui-même dénonce « les lubricques et frauduleux François avec lesquels jamais estat ou prince est abordé à bon port »[2]. Il existe même des procès de sorcières dans lesquels l’accusée reconnaît avoir rencontré le diable sous la forme d’un démon parlant français[3].

Les Alsaciens se considéraient alors comme un peuple d’Allemands marqué par une identité propre. Dans leur esprit ils étaient, avec les Badois (et les Suisses), la composante rhénane alémanique de la nation allemande (le Rhin ne constituait nullement une frontière).

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Sous la royauté (1648-1789)

Après la brutale annexion de l’Alsace à la France au XVIIe siècle, la royauté française continua néanmoins de considérer les Alsaciens comme des Allemands. L’édit de création du Conseil souverain (1657) reconnaît formellement qu’ils sont « de nation allemande ».

Cependant, comme nous l’avons vu, les Alsaciens habitués à gérer leurs propres affaires vont se retrouver livrés au centralisme français et à l’absolutisme royal… et ne manqueront pas de se rebiffer : « Le roi de France est perçu comme une puissance étrangère et dominatrice à l’égard des cités et des pouvoirs locaux (…) L’occupation française est vécue comme oppressive et frustrante », relève B. Vogler[4]. En effet, les Alsaciens continuaient à se sentir étrangers au royaume et, se souvenant des brutalités de l’annexion, ne montraient que défiance à l’égard de la France et du roi. Ainsi, à Strasbourg, après un siècle de présence royale, le peuple n’avait toujours pas tourné la page de l’agression française qui s’était terminée par la capitulation de la ville libre. Un témoin oculaire, le prince Karl August von Meiningen, venu étudier à l’université de Strasbourg, raconte cette anecdote significative dans ses lettres. Le 25 juin 1775, jour du couronnement de Louis XVI, lors des grandioses festivités organisées à Strasbourg par le prêteur Klingling pour fêter l’événement, ni lors de l’allumage des feux de joie dans la ville, ni lors du feu d’artifice où apparaissait le nom du monarque avec le blason français, le peuple ne cria « Vive le Roi ! »… alors que les soldats massés dans la ville, sur ordre, avaient pourtant donné le bon exemple[5].

Pour les Français, l’Alsace restait « une province d’Allemagne » d’autant qu’elle maintenait toujours des contacts très étroits avec le monde germanique tant sur les plans économiques que culturels (jusqu’en 1766, date de l’annexion déguisée du duché de Lorraine, l’Alsace n’avait pas de frontière commune avec la France[6]). D’ailleurs, la frontière économique sera maintenue sur les Vosges jusqu’à la Révolution. La langue allemande restait la langue incontestée du pays et continuait à dominer dans le peuple, la presse, l’enseignement et l’université.

Ce n’est que vers la fin du XVIIIe siècle que les Alsaciens commencèrent progressivement à perdre le souvenir de leur ancienne appartenance à l’Empire. Pris entre deux cultures, ils prenaient pleinement conscience de leur originalité et commençaient à rêver de jouer un rôle de pont entre la France et l’Allemagne. Ainsi, peu avant les évènements révolutionnaires, la conscience régionale reprit une nouvelle vigueur. Dans les cahiers de doléances les Alsaciens demanderont le maintien des droits et privilèges de la province, la création d’Etats provinciaux pour administrer le pays et, pour les anciennes villes de la Décapole, le retour aux privilèges de jadis.

La conscience régionale apparut également fortement chez les députés de l’Assemblée provinciale d’Alsace (1787), créée sur le modèle des Landstände. Ces derniers étaient notamment favorables au maintien des barrières douanières sur les Vosges : les Alsaciens voulaient que leur pays continue à être considéré comme une province étrangère (« province à l’instar de l’étranger »)! De son côté, la Commission intermédiaire demandera également le maintien des frontières douanières sur les Vosges, l’emploi des Alsaciens dans l’administration ainsi que l’unité du pays.

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La Révolution bouleverse tout

La Révolution marqua un tournant. Au début du mouvement, les Alsaciens sont favorables aux réformes qu’on promettait de mettre en œuvre : le sentiment démocratique était ancré de vieille date dans le caractère alsacien. Ils pensaient que le progrès promis se trouvait dans une constitution démocratique et libérale garantissant un élargissement de l’autonomie provinciale et des droits individuels ainsi qu’un encadrement plus strict du pouvoir royal. Aussi, en 1787, l’Assemblée provinciale d’Alsace créée par le roi sur le modèle des Landstände, s’engagea-t-elle immédiatement sur la voie de proclamations autonomistes.

Cependant, contrairement aux Français, les Alsaciens étaient totalement étrangers à la centralisation et au nivellement qui marquaient historiquement la France et que les révolutionnaires parisiens entendaient renforcer encore. Tout commença donc par un malentendu. Jean de Turckheim (1749-1824), qui avait été député du Tiers Etat de Strasbourg aux Etats généraux en 1789, s’en fit ensuite l’écho en expliquant que ses concitoyens « désiraient des réformes mais non une révolution » et qu’ils tenaient « à conserver leurs privilèges et non à les échanger contre des mœurs et une organisation étrangère ».

C’est pourquoi, plus les révolutionnaires à Paris exigeaient la stricte unité du pays, plus la nécessité apparaissait aux Alsaciens de revendiquer pour l’Alsace le traitement d’une province étrangère. La crainte d’une perte de la personnalité alsacienne taraudait la population. Ainsi la Treuherzige Ermahnung du 12 janvier 1790, craignant un complot des « capitalistes de Paris » pour ponctionner d’avantage l’Alsace, conclut : « Nos traités, nos traités, tel est le cri de la bonne et brave nation alsacienne ». Tandis que le Nouveau Catéchisme strasbourgeois déplore qu’on ait enlevé aux Alsaciens des privilèges « qui (les) rendaient plus heureux que d’autres ».

Cependant, à Paris les plus radicaux l’emportèrent et le pays se trouvera coupé en deux départements. La province d’Alsace cessa d’exister et on ne parlera plus d’Alsace dans les communications officielles.

Par la suite, l’hystérie anti-alsacienne des jacobins, dont la guillotine fut l’argument majeur, leur haine de la langue allemande restée la langue des Alsaciens, leur intolérance, leur volonté de faire table rase du passé et de supprimer les spécificités alsaciennes, vont faire naître un profond malaise chez les Alsaciens. Toujours accrochés à leurs privilèges et à leur langue, ils se trouvaient blessés qu’on porte ainsi atteinte à leur identité, leurs spécificités et leur culture. Ils se montreront dès lors de plus en plus hostiles à la politique des révolutionnaires. Cette hostilité trouvera sa pleine expression lors de la « Grande fuite » de décembre 1793 : près de 40 000 Alsaciens de Basse-Alsace choisirent alors la voie de l’exil en suivant dans leur retraite les troupes autrichiennes conduites par leur compatriote le généralissime Wurmser. En pénétrant en Alsace du nord, en octobre 1793, ce dernier avait été acclamé et accueilli en libérateur par la population.

Mais l’introduction des principes de liberté et d’égalité changea la mentalité politique. L’Alsace commençait à s’ouvrir timidement à la vie nationale française.

Cependant les Alsaciens continuaient à se considérer comme des Allemands. C’est le constat que fit le maire révolutionnaire de Strasbourg Pierre-François Monnet[7] dans un discours du 10 mai 1794 où il notait que l’Alsace était la plus exposée aux agressions des ennemis de la République de l’intérieur et de l’extérieur. Pour lui, la raison des malheurs des Alsaciens se trouvait dans l’antipathie invétérée de la population à l’encontre des Français et son inclinaison manifeste vers la germanité : « Le nom de Français vaut pour une injure tandis que celui d’Allemand signifie un compatriote », concluait-il dépité[8] ! D’ailleurs, lors de la levée en masse décidée par la Convention en février 1793, en Alsace il y aura plus d’insoumis que de soldats à partir (l’Alsace devait théoriquement fournir 9000 hommes). Et si les milices révolutionnaires recrutées sur la base du volontariat ne firent pas recette en Alsace, c’est que les Alsaciens n’étaient pas prêts à payer le tribut du sang pour la France.

Ce n’est qu’avec « l’épopée impériale » que naîtra un sentiment patriotique dans certaines couches de la population. Le pouvoir d’intégration de l’armée ou des innombrables champs de bataille n’y est évidemment pas étranger.

Cependant, la conscience de l’identité régionale restait prégnante.

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Au XIXe siècle :

De 1800 à 1870, on assistera à un renforcement du pouvoir central et à une politique plus offensive pour franciser de façon despotique le pays – surtout après 1848 – et imposer coûte que coûte la langue française notamment à l’école : « Le devoir est de parler français », expliquera en 1823 aux Alsaciens le préfet Louis-Antoine de Malouet.

Cependant, l’intégration à la France ne progresse que très lentement. Les Alsaciens continuent à s’accrocher à leur langue, marqueur majeur de leur identité particulière : l’écrasante majorité de la population continue à s’exprimer en allemand. Idem pour les églises, les auteurs, la presse (aucune revue littéraire n’est publiée en français), etc.. L’allemand demeure la langue du sentiment et beaucoup se montrent même hostiles à la langue française[9]. Seule une infime minorité s’exprime en français. Ainsi, pour être compris par la population, le roi Louis-Philippe, en visite officielle en Alsace (1831), choisira de s’adresser en allemand à la population. Il en ira de même pour Napoléon III lors de son passage à Strasbourg en 1852.

Par ailleurs, comme le note B. Vogler, « la conscience de l’identité régionale, en dépit du découpage administratif en deux départements, demeure très vive »[10]. D’ailleurs, dès 1815, on parlera à nouveau d’Elsass et non d’Alsa ou Alsatier termes utilisés sous la Révolution.

Coupés du monde allemand, les Alsaciens n’en continueront pas moins d’accepter le concept d’Allemand, souvent avec même une pointe de fierté. Un profond particularisme ethnique demeurait. Ainsi, le 10.2.1838, le professeur Graff écrivait toujours au professeur Ed. Reuss : « Nous Alsaciens, nous sommes des Allemands, c’est un fait, et le serons et devons l’être et le rester ». De son côté, Ed. Reuss écrivait le 2.6.1838 dans « Erwinia » : « Ce que nous voulons, c’est le germanisme, auquel nous rendons hommage, que nous tenons pour sacré…De l’esprit allemand et du style allemand nous ne nous séparons pas ».

Dans un ouvrage de référence publié en 1834 à Paris par M. Loriol, avec la coopération d’une société de savants et d’hommes de lettres, il est dressé ce constat : « Depuis 1648, jusqu’à ce jour, la domination française n’a pu effacer ce caractère germanique. Par les mœurs, les habitudes, le langage, les Alsaciens sont encore aujourd’hui plus Allemands que Français [11]».

Les Alsaciens prenaient alors pleinement conscience de leur originalité ethnique : ils étaient « une branche allemande greffée sur le tronc français » ! De fait, et plus que jamais, ils se sentaient d’abord Alsaciens et Rhénans. Le poète Ehrenfried Stöber (1779-1835) l’exprime parfaitement dans ces deux vers :

Das Rheinthal ist uns Vaterland

Das Elsass drin sein Diamant

C’est probablement le grand romancier et poète alsacien Friedrich Lienhard (1865-1929) qui décrit le mieux les sentiments dominants des Alsaciens face à la France à la veille de la guerre de 1870. Dans un ouvrage collectif paru en 1915, ce dernier écrit : « Der Elsässer wurde im grossen und ganzen ein oppositioneller Staatsbürger mit ausgeprägter Neigung zum Frondieren, ganz natürlich, weil das innere Verwachsensein mit der französischen Staatsidee bei dem Durschnittselsässer fehlte (…) Aber bei dieser langsamen Durchsetzung eines ausgesprochenen Nationalgefühls, an dem nur eine dünne Schicht der oberen Bourgeoisie und Beamtenschaft teilhatte, musste die Neigung, am elsässischen Vaterlandsgedanken Ersatz zu suchen, sich zäh erhalten, ja verstärken. Der Ausdruck der naiven starken Heimatliebe, wie ihn Ehrenfried Stöber prägte in dem Gedicht :

« Das Elsass unser Ländel,

Es isch meineidi schön ;

Mer hewwe’s fest am Bändel

Mer lonn’s bi Gott nit gehn » -

trat für die Masse des Volkes geradezu an die Stelle eines Nationalliedes. Gewiss, es gab in diesen letzten Jahrzehnten der französischen Herschaft strebsame Geister, die es im Interesse ihres Vorwärtskommens eilig hatten, alles Elsässische abzutun. Diese Verwelschten waren aber dafür auch meistens dem Volkswitz ausgesetzt. Es wurden vom städtischen Mittelstande bis ins Kleinbürgertum hinein mancherlei Bestandteile französischer Kultur, Sitte, vor allem der Sprache, augenommen ; aber im Grunde blieb man dem französischen Nationalitäts- und Staatsgedanken gegenüber kühl. Das beherrschende Gefühl war eben : « Mer sin halt Elsässer »[12].

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Sous le Reichsland (1870-1918)

Après la phase protestataire, l’Alsace connaîtra très vite un nouvel essor économique ainsi que des progrès fulgurants dans le domaine social (caisses de maladie, d’accidents, d’invalidité, de vieillesse…).

Parallèlement, on assista à un formidable renouveau artistique et culturel, l’allemand étant redevenu la langue officielle du pays. Dans le cadre libéral et fédéral de l’Empire, les Alsaciens allaient de nouveau pouvoir affirmer pleinement leur identité et leur volonté d’émancipation.

A mesure que le contact avec la France se perdait, une nouvelle conscience politique se développa rapidement. Avec elle naîtra une nouvelle génération qui aura pour seul objectif prendre en main son destin.

Le concept politique d’Alsace s’imposa d’emblée. De même, l’affirmation de l’existence d’un « peuple alsacien » fit la quasi unanimité. Cependant, aux alentours de 1900, l’idée d’une « nation alsacienne » commencera à se répandre dans le pays. Cette ligne est notamment défendue par le député au Landesausschuss (1900 à 1911) Anselm Laugel, les députés au Reichstag Jacques Preiss et Daniel Blumenthal, mais aussi par l’abbé Xavier Haegy. Les trois premiers formulent la revendication de l’indépendance d’une République alsacienne, l’abbé Haegy donnant sa préférence à un Etat alsacien autonome intégré à l’Empire : « Laugel se proclame « nationaliste alsacien et républicain » (…)  pour lui, comme pour l’abbé Haegy, l’Alsace est une « nation » dont la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, qui n’ont pas de centre civilisateur unique, fournissent le modèle », note l’historien François Igersheim[13].

Dans la revue francophile Dur’s Elsass (26.11.1910)

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L’Alsace veut l’autonomie !

Ainsi vont s’affirmer trois courants politiques :

  • un courant pro-allemand favorable à une intégration totale dans le Reich ;
  • un autre très puissant, notamment dans les milieux intellectuels et les masses populaires, favorable à l’autonomie complète au sein du Reich et qui aura pour slogan fétiche « L’Alsace aux Alsaciens » ;
  • et un dernier, qui bénéficiait de la sympathie de Paris, affirmant l’existence d’une « nation alsacienne » et revendiquant l’indépendance d’une république alsacienne.

Il restait encore un courant minoritaire pro-français qui, aux élections d’octobre 1911, ne rassembla que 3,2% des voix.

Drapeau alsacien traditionnel rot un wiss

Drapeau du Reichsland, adopté à l’unanimité par les députés du parlement d’Alsace-Lorraine en 1912

Cette lutte pour l’émancipation trouvera sa consécration en 1911 avec l’octroi au Reichsland par Berlin d’une constitution avec un statut d’autonomie ! La voie était ainsi tracée pour faire du Reichsland un Etat comme les autres Etats allemands.

En effet, le 25 octobre 1918, le Reichstag vota une loi pour une autonomie complète du Reichsland élevé au statut d’Etat fédéré, mais elle arrivait trop tard.

Dr Eugène Ricklin (1862-1935) Président du Landtag d’Alsace-Lorraine (1911-1918)

Charles Hauss (1871-1925) Premier ministre du gouvernement constitutionnel alsacien Schwander-Hauss (oct.-nov.1918)

Tout sera brutalement remis en question en novembre 1918 avec le retour des Français, de leur centralisme et de leur idéologie jacobine !

Pendant que l’épuration ethnique des Allemands et des Alsaciens germanophiles faisait rage, les nuages commencèrent immédiatement à s’accumuler… jusqu’à conduire à l’explosion autonomiste des années 20/30.

Mouvement neutraliste après 1918 : lettre de René Caesar Ley au Secrétaire Général de la Société des Nations à Genève pour lui exposer la situation de l’Alsace et lui demander qu’une délégation d’Alsaciens-Lorrains soit autorisée à venir s’exprimer devant l’assemblée de la SDN.

Pétition adressée au Secrétaire Général de la SDN à Genève pour demander l’organisation d’un plébiscite pour l’Alsace-Lorraine.


Bernard Wittmann – Historien (juin 2015) – Fin du 4e Chapitre, à suivre : Conclusion.

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[1] B. Vogler, Histoire culturelle de l’Alsace, éd. de la Nuée Bleue, p.60.

[2] Cf Correspondance politique de la Maison d’Orange-Nassau, éd. par Groen van Prinsterer Leyde, 1835.

[3] Edmond Bapst, Les sorcières de Bergheim, Paris, 1929.

[4] B. Vogler op. cit. p.124/125

[5] O. Lorentz & W. Scherer, Geschichte des Elsasses, Weidmannsche Buchhandlung, Berlin, 1886, p.427

[6] En 1735, suite à une négociation habilement menée, la France obtint de l’Empereur qu’à la mort de Stanislas Leszczynski -qu’on décida de placer à la tête du duché de Lorraine en remplacement du duc François-, le duché lui revienne. Dépossédé de son duché, le duc François de Lorraine, gendre de l’Empereur Charles VI, sera indemnisé par la Toscane. Stanislas Leszczynski décédera le 23.2.1766.

[7] Maire de Strasbourg de janvier 1793 à août 1794.

[8] Dans la même veine, le 27.1.1793, au nom du Comité de salut public, Barrère proclama devant la Convention : « Dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, qui a appelé de concert avec le traître, le Prussien et l’Autrichien sur nos frontières envahies, l’habitant des campagnes qui parle la même langue que nos ennemis se croit ainsi bien plus leur frère et leur concitoyen que le frère et le concitoyen des Français qui parlent une autre langue et ont d’autres habitudes. L’empire du langage, l’intelligence qui règne entre nos ennemis d’Allemagne et nos concitoyens du département du Bas-Rhin est si incontestable qu’ils n’ont pas été arrêtés dans leur émigration par tout ce que les hommes ont de plus cher, le sol qui les a vu naître, les dieux pénates et les terres qu’ils avaient fertilisées ».

[9] En 1843, l’inspecteur du primaire du Ht-Rhin, Perney, s’en fait l’écho.

[10] Histoire culturelle de l’Alsace, op. cit. p.295

[11] In La France, description géographique, statistique et topographique – Alsace Ht-Rhin & B. Rhin, publié par M. Loriol, éd. Chez Verdière, Paris, 1834.

[12] Friedrich Lienhard, Wohin gehört Elsass-Lothringen, Verlag Von Rascher & Cie Zürich, 1915, p.19/20.

[13] François Igersheim, L’Alsace des notables 1870-1914, la bourgeoisie et le peuple alsacien, imprimerie du Nouvel Alsacien, éd. bf – Strasbourg, 1981, pp.118/126.

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (3/5)

Posté le août 6th, 2016 by Klapperstein

L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique ? (Suite des institutions alsaciennes du Moyen-Age)

par Bernard Wittmann

Ensisheim au XVIe siècle

LES LANDSTÄNDE ou DIETE D’ALSACE

Il y avait surtout une institution commune à toute l’Alsace, celle des « gesamtelsässischen Landstände » ou Diète d’Alsace. Ils étaient la représentation du pays et jouaient le rôle de législatif commun.

Les Landstände regroupaient tous les « Etats » alsaciens relevant des princes, seigneurs ecclésiastiques et laïcs placés dans l’immédiateté, de même que les villes et leurs dépendances : « Die Institution, die im Elsass als « Landstände » bezeichnet wird, ist eine Vereinigung aller Reichsunmittelbaren, der Fürsten, der Herren und der Städte, der Reichs-Stände des Landes ; sie steht ausserhalb der Territorien, über ihnen », écrit l’historien F. Wilhelm Müller[1].

A la Diète d’Alsace étaient représentés (par des délégués mandatés) : la Régence d’Ensisheim, le Grand-Baillage impérial de Haguenau, l’évêque de Strasbourg, le Grand Chapitre de Strasbourg, le duc de Wurtemberg, les comtes de Hanau-Lichtenberg, de Linange-Dabo (Leiningen-Dagsburg), de Linange-Westerburg (Leiningen-Westerburg), de la Petite-Pierre (Lützelstein), les seigneurs de Fleckenstein, de Ribeaupierre (Rappoltstein), de Barr, du Val de Villé (Weilertal), de la Marche de Marmoutier (Mark Maursmünster), l’abbesse du couvent St Etienne (Kloster Skt Stephan), le prince-abbé de l’abbaye de Murbach, la République libre de Strasbourg, la Chevalerie immédiate de Basse-Alsace (Reichsritterschaft), les dix villes impériales de la Décapole (Zehnstädtebund).

Du XIIIe jusqu’à la première moitié du XVe siècle, pour défendre leur liberté, parer les dangers extérieurs, les situations insurrectionnelles et les convoitises de certains grands seigneurs, les Etats alsaciens s’étaient trouvées contraints de s’entraider dans des ligues ou des alliances de défense limitées dans le temps comme celles des Landfriedensbündnisse (ligues de la paix publique) qui se constituèrent dès 1278.

Cependant, aux XIVe et XVe siècles, les incursions répétées de la soldatesque venue de France ou de Lorraine, attirée par l’opulence alsacienne, rendront nécessaires une union plus large des territoires et l’instauration d’une direction délibérative commune.

En effet, les Etats alsaciens prenaient alors conscience que les intérêts des uns et des autres étaient liés et que les questions importantes ne pouvaient trouver de solution que dans une démarche commune. L’idée de mutualiser les moyens des uns et des autres à l’échelle de toute l’Alsace, pour favoriser la prise de conscience de la région et être plus forts, allait l’emporter. D’autant que l’Alsace, qui attachait du prix à son originalité, après la réforme administrative[2] mise en chantier en 1512 par l’Empereur Maximilien 1er, craignait de finir noyée dans le nouveau « Cercle » administratif très large de l’Oberrheinischer Kreis. L’affirmation de son unité s’imposait plus que jamais, prenant même un caractère d’urgence.

C’est ainsi qu’au tout début du XVIe siècle naîtront les Landstände ou Landtage (Diètes) de Basse et de Haute-Alsace dont le poids politique ira très vite grandissant.

Mais pour gagner plus de pouvoir, leur union s’avérait indispensable. Ainsi, en 1528, eut lieu à Haguenau et à leur initiative, la première assemblée réunissant les Landstände de Haute et de Basse-Alsace représentant toute la province. Celle-ci marqua la naissance des « gesamtelsässischen Landstände[3] (ou Landtage) », nous parlerons de Landstände, ou « Diète d’Alsace », qui dès lors allait conférer une personnalité politique à l’Alsace.

Organisation confédérale, les Landstände [4] vont alors tenter de fonder des politiques communes notamment en élargissant à toute l’Alsace la politique de la Décapole. A cet effet, leurs compétences législatives seront étendues à de nombreux domaines notamment économiques, sociaux, judiciaires et monétaires.

Les Landstände, assimilables à des Etats généraux d’Alsace, devinrent une institution permanente avec des assemblées assez régulières : « C’était la représentation effective du pays », écrit l’historien Lucien Sittler qui ajoute cette précision : « Indépendants de toute influence du dehors, ces Etats devinrent très importants pour la province qui apparaît ainsi comme une personnalité politique (…) pour la première fois depuis la disparition du Duché d’Alsace, l’unité politique du pays avait à nouveau pris forme »[5].

La Diète d’Alsace était à tous égards libre et indépendante et ses décisions n’étaient influencées par personne : « Auf diese Weise besass diese Vereinigung einen ganz eigenartigen Charakter : in der ganzen Reichsgeschichte findet sich kein Seitenstück zur ihr, und das Elsass erscheint als ein kleines Reich innerhalb des großen », écrit encore Lucien Sittler[6].

Les « Tage » ou « Ständetage » (assemblées), se réunissent généralement sur convocation soit de la maison des Habsbourg, via le bailli impérial ou la Régence d’Ensisheim, soit de l’évêque de Strasbourg. Les sessions se déroulèrent d’abord à Sélestat, puis à Strasbourg. En cas de menace, de conflit, ou quand un problème grave se pose à l’un des membres, la convocation d’une assemblée extraordinaire peut être décidée. Lors des Tage, les représentants des trois ordres votent les impôts extraordinaires et discutent des décisions intéressant la province. Les Tage duraient généralement plusieurs jours. Ainsi, en 1580, ils durèrent du 8 au 14 février. Le « Direktorium » est l’organe administratif des Landstände.

Entre 1528 et 1616, la Diète d’Alsace siègera 53 fois, soit en moyenne une année sur deux[7]. Les décisions y sont prises à la majorité. Mais le consensus est généralement recherché, de sorte que c’est le plus souvent à l’unanimité que les dispositions sont acceptées.

Cependant, il y avait une faiblesse dans le dispositif : en cas de refus persistant d’un seigneur, un pouvoir coercitif faisait défaut à la Diète pour faire exécuter sans coup férir les programmes décidés. De ce fait, il arriva que l’application de certaines mesures tarde.

L’action de la Diète consistait, au niveau de la province, à maintenir la paix publique et l’ordre intérieur (Landfrieden), protéger les frontières du pays, veiller à l’entretien des places fortes, réunir les moyens financiers en cas de danger pour le pays pour engager les troupes nécessaires, décider des contingents que chaque Etat devait fournir pour la mise sur pied d’une force de défense régionale (Landsrettung[8]), prendre des décisions dans les domaines économique, financier, monétaire (Münzwesen) et judiciaire. Elle consistait, par exemple, à fixer le prix de certaines denrées comme le blé et la viande, de certains salaires (journaliers et compagnons de métiers), prendre des mesures contre les vagabonds, les mendiants et les ivrognes, assurer la sécurité des chemins, décider de règlements touchant les artisans, les domestiques mais aussi la police ou les péages, œuvrer à l’harmonisation des poids et des mesures, etc.

Des règlements nombreux et étoffés furent ainsi élaborés puis promulgués : « Durch diese vielfältigen Massnahmen aber und durch die Aktivität der gesamtelsässischen wie die unterelsässischen Landstände erscheint das Elsass wirtschaftlich als ein geschlossenes Gebiet und politisch als eine Einheit », note Lucien Sittler[9].

Durant la deuxième partie du XVIe siècle, l’Alsace étant traversée sans répit par des armées en marche, les Landstände tinrent de nombreuses assemblées pour délibérer sur les moyens de défense et voter « les mesures du salut », les Landesrettungen. C’est ainsi que le 24 septembre 1572, les Landstände réunis à Strasbourg décidèrent de la mise sur pied d’une armée commune, « die Landsrettung », forte de 10 250 fantassins et 468 lansquenets[10] (Gelfen) répartis en « Fähnlein » de 400 à 500 hommes avec à leur tête un capitaine (Hauptmann). Chaque entité territoriale à la charge de l’entretien de son contingent. Le 8 février 1580, les Landstände chosirent de porter les effectifs à 10 300 fantassins et 508 lansquenets.

A partir de la fin du XVIe siècle, mais surtout au début du XVIIe siècle, alors que les Habsbourg manifestent la volonté de renforcer leur pouvoir et l’unité de leurs domaines – ce qui rendait plus difficile la situation politique de l’Alsace – et quand les Alsaciens prirent conscience des menaces extérieures qui pesaient sur eux suite aux premiers troubles de la guerre de Trente Ans, les Landstände et la Décapole conjuguèrent leurs efforts pour affirmer l’unité alsacienne. A plusieurs reprises, ils décidèrent de la levée de troupes pour défendre la population. Mais, à partir de novembre 1621, quand la guerre déborda en Alsace avec l’arrivée en Basse-Alsace des armées d’Ernst von Mansfeld, la dégradation rapide de la situation et l’absence d’exécutif compliqueront considérablement la mise en œuvre des mesures défensives décidées.

Les gesamtelsässischen Landstände se réunirent encore à plusieurs reprises durant le conflit qui mettait l’Alsace à feu et à sang pour décider de mesures de sauvegarde de la population et de la mise sur pied de contingents de défense. Mais dans une guerre internationale, face à des armées aguerries comme les armées française ou suédoise, les contingents alsaciens ne faisaient pas le poids. Ils remportèrent bien quelques petites victoires locales, notamment contre Mansfeld ou contre les Suédois qu’ils réussirent à chasser de Haguenau en janvier 1633[11], mais qui ne suffirent pas pour influer sur le cours de la guerre en Alsace.

1633 – Pillage et incendie d’un village durant la guerre de Trente Ans (J. Callot)

L’annexion de l’Alsace par la France mit progressivement fin à cette institution originale incompatible avec la centralisation française et l’absolutisme royal. Les Landstände étaient libres et indépendants depuis plus d’un siècle et demi, ce que les autorités royales ne pouvaient tolérer. La création, en janvier 1680, de la Chambre de réunion de Breisach, avec les annexions territoriales illicites qui suivirent, leur portera un coup fatal[12].

Après 1648 les Landstände, amputés des anciens territoires habsbourgeois de la Régence d’Ensisheim, essayèrent néanmoins de se maintenir et de préserver leur liberté. Ils vont ainsi se mettre au travail sans tarder et commencer par régler les conséquences de la guerre de Trente Ans. Les débats concernant les règlements de police, la répartition des dettes contractées durant la guerre, la réglementation, les affaires de monnaies et la riposte à apporter à la politique d’annexion et d’oppression du pays par les Français[13] formeront alors le gros de leurs délibérations.

C’est ainsi que le 4 janvier 1650, les Landstände se plaignent de l’arrogance des occupants français. En effet, ceux-ci se comportaient en pays conquis et agissaient comme bon leur semblait. Ils obligeaient, par exemple, chaque localité de quelque importance à accueillir une garnison royale avec la charge d’assurer son entretien. Citons en exemple la ville de Haguenau : exsangue et ruinée, elle dut néanmoins supporter une garnison de 1000 hommes et subvenir à leurs besoins et ce jusqu’au courant de l’année 1650… alors que la ville ne comptait guère plus de 800 habitants. Et comme cela ne suffisait point, les 250 bourgeois rescapés durent encore payer 15 000 florins de dédommagements aux Suédois alliés des Français. La population alsacienne devait également faire face à toutes sortes de taxes, contributions de guerre et charges diverses d’occupation. La France lui fit ainsi payer très cher le prix de sa protection.

A deux reprises, en janvier et février 1650, faisant suite à une injonction du gouvernement français de Breisach, exigeant qu’un siège soit attribué dans les assemblées à un représentant du roi, les Landstände opposèrent une fin de non recevoir avec ce motif : « En tant que membres de l’Empire, nous ne pouvons donner un siège à son ennemi ». Et dans la foulée, ils appelleront l’Empereur à l’aide. Le 28 mars 1652, ils persisteront dans leur refus. Les accrochages vont ainsi continuer jusqu’en 1661.

Pour finir, en 1682, c’est-à-dire juste après l’annexion de la République libre de Strasbourg, ces assemblées libres furent interdites. En effet, les conseillers épiscopaux ayant appelé à la tenue d’une assemblée pour le 6 novembre 1682, immédiatement les autorités françaises protestèrent énergiquement en envoyant cette lettre de réprimande à l’évêque : « Les gens qui sont chargés de vos affaires à Saverne ont escrit une lettre convocatoire pour assembler plusieurs estats d’Alsace à Straßbourg sans en avoir la permission de Monsieur de Montclar, qui sans votre considération n’eust pas manqué, suivant le devoir de la Charge, de les faire mettre en prison. Je vous en donne advis, afin que vous vouliez bien leur en faire la réprimande qu’ils méritent et leur donner ordre, lorsqu’ils voudront faire de pareilles choses, de ne les jamais tenter sans la permission de celuy qui commande en Alsace. »[14]

Par la suite, l’évêque pourra bien continuer à convoquer les assemblées… mais uniquement sur ordre du roi !!! Les activités du Direktorium seront réduites à de simples apparences sans aucune incidence pratique. Ce sera la fin des assemblées libres et indépendantes : « Die Tätigkeit des Direktoriums ist damit auf reine Aeußerlichkeiten beschränkt und hat nicht mehr die geringste praktische Bedeutung. Der Bischof darf zwar die Stände weiter berufen, aber nur auf Befehl des französischen Königs, er darf auf den Tagen die Proposition vortragen und durch seinen Kanzleuten das Protokoll führen lassen.

Aber dadurch, daß der Vorsitz und die Leitung der Verhandlungen auf den Stände Versammlungen an einen Vertreter der französischen Regierung übergegangen ist, ist deren Schicksal besiegelt. Die früher in ihren Entschließungen vollständig freie, von niemand beeinflußte Institution ist in ihrer Tätigkeit lahm gelegt und zu einem willenlosen Werkzeug in den Händen der Franzosen herabgesunken. Mehr als das konnte sie nicht mehr sein; denn daß sie jetzt nur noch solche Beschlüsse zeitigen konnte, die von vornherein der Genehmigung der vorgesetzten Behörde sicher waren, war unter den neuen Verhältnissen selbstverständlich. Die alten Landstände hatten damit ihr Ende erreicht », écrit l’historien F. Wilhelm Müller.

- LA REGENCE D’ENSISHEIM

Enfin, il y avait la « Régence d’Ensisheim ». Dès le début du XVe siècle l’Autriche antérieure, qui comprenait les terres alsaciennes des Habsbourg, est dirigée par la lignée tyrolienne de cette maison établie d’abord à Meran (aujourd’hui Südtirol), puis à Innsbruck (à partir de 1420). En effet, les princes régnants du Tyrol sont en même temps Landgrafen en Haute-Alsace et comtes de Ferrette / Pfirt.

C’est à partir de 1415 qu’Ensisheim devient le chef-lieu des possessions antérieures des Habsbourg qui sont rattachées au Tyrol. En Alsace, ces possessions couvrent notamment près de 80% du territoire de la Haute-Alsace. Un gouvernement administratif et judiciaire inféodé à Innsbruck y sera établi. En 1431, par décision de l’empereur Sigismond (1410-1437), Ensisheim sera érigée au rang de capitale officielle de l’Autriche antérieure siège de la « Régence » (gouvernement). Celle-ci règnera juridiquement, administrativement, fiscalement, économiquement et politiquement sur toute l’Autriche antérieure. Ces compétences s’étendront sur tous les territoires habsbourgeois d’Alsace, du Brisgau et de la Forêt-Noire.

Possessions habsbourgeoises en Alsace (Carte F. Dörrer)

En 1510, l’empereur Maximilien I. compléta la Régence d’une chambre, d’un bailli, d’un chancelier et de plusieurs conseillers et la dota d’un véritable « règlement-constitution ». En 1523, l’archiduc Ferdinand I. institua encore une Chambre de Justice. Les institutions gouvernementales s’installèrent dans le prestigieux « Palais de la Régence » édifié dans la ville.

A partir de 1558[15], quand la Landvogtei fut incorporée aux biens patrimoniaux des Habsbourg, la Régence d’Ensisheim participa à la gestion des affaires relevant du Landvogt.

En 1570, une chambre des comptes, qui siégeait jusque-là à Innsbruck, sera mise en place pour simplifier la gestion financière et fiscale. Un atelier monétaire y fonctionna de 1583 à 1634.

Palais de la Régence à Ensisheim

Les diètes provinciales (Landtag) de l’Autriche antérieure se tinrent le plus souvent à Ensisheim. Le dernier Landtag siégea en 1620.

Pendant 138 ans, de 1510 à 1648, Ensisheim fut ainsi le siège officiel de l’administration du gouvernement et de la chambre de l’Autriche antérieure. Tout en restant subordonnée à Innsbruck, la Régence n’en jouissait pas moins d’une très large autonomie. Avec près de 200 grandes familles résidant en permanence dans la ville, Ensisheim joua un rôle très important pour toute la noblesse alsacienne.

Léopold V d’Autriche-Tyrol (1586-1632), frère de l’empereur Ferdinand II et évêque de Strasbourg de 1607 à 1626, fut le dernier prince à régner sur l’Alsace habsbourgeoise.

La chute de Breisach devant Bernard de Saxe Weimar en 1638 marqua la fin de la Régence d’Ensisheim.

Au début du XVIIe siècle tous les territoires alsaciens dépendant du gouvernement d’Ensisheim, soit environ un tiers du pays, étaient devenus une entité territoriale originale se gouvernant de manière quasi autonome.

Bernard Wittmann – Historien (juin 2015) – Fin du 3e Chapitre. A suivre : La conscience identitaire des Alsaciens à travers les siècles.

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[1] Dr Phil. Friedrich Wilhelm Müller, Die elsässischen Landstände, Verlag Schlesier & Schweighardt, Strassburg i. Elsass, 1907.

[2] Suite à une décision, en juillet 1512, de la Diète d’Empire de diviser l’Empire en 10 Cercles (Kreise) administratifs.

[3] Aussi appelés « gesamtelsässische Landtage ».

[4] Vers le milieu du XVIe siècle on parlera de « Gemeinde Stände im Elsass ».

[5] Lucien Sittler, L’Alsace terre d’histoire, présentée par R. Oberlé, Nouvelle édition Alsatia, 1988.

[6] Lucien Sittler, Geschichte des Elsass, éd. Alsatia, T.2, p.16.

[7] Entre 1593 et 1625, la diète régionale siégea à 11 reprises tantôt à Ensisheim (6 fois) tantôt à Colmar (5 fois).

[8] Les Landsrettungen étaient des plans de défense qui existaient depuis 1515. Ils étaient destinées à barrer la frontière alsacienne le long des Vosges en fortifiant les cols et en disposant des troupes en aux endroits stratégiques en cas d’alerte.

[9] Lucien Sittler, Geschichte des Elsass, éd. Alsatia, T.2, p.17.

[10] Les principaux contributeurs sont : Régence d’Ensisheim (3000 fantassins + 100 lansquenets) – Evêque de Strasbourg (2000 + 75) -République de Strasbourg (1500 + 50) – Villes impériales (1000 + 20) – Comte de Hanau-Lichtenberg (900 + 70) – Grand Baillage de Haguenau (800 + 50) – Chevalerie de Basse-Alsace (300 + 30) – Duc de Württenberg (150 + 12) – etc..

[11] Un contingent alsacien de plus d’un millier de soldats et cavaliers, avec à leur tête le capitaine Bulach, réussit à s’emparer de Haguenau, alors occupée par les Suédois, grâce à une audacieuse manœuvre. Ce contingent faisait partie d’une armée plus conséquente commandée par le Comte de Salm, au service de l’évêque, et qui regroupait principalement des soldats épiscopaux mais aussi décapolitains ainsi que des seigneurs et chevaliers de Basse-Alsace. En été 1634, l’armée du Comte de Salm s’empara également de Buchsweiler, Ingweiler et Neuweiler.

[12] Le premier arrêt de réunions fut pris pour le Conseil souverain d’Alsace le 9.8.1680.

[13] « Beratungen über die Abwehr der übergriffe und schweren Bedrückung des Landes durch die Franzosen » écrit F. W. Müller.

[14] In Dr Phil. Friedrich Wilhelm Müller, Die elsässischen Landstände, Verlag Schlesier & Schweighardt, Strassburg i. Elsass, 1907.

[15] Date du rachat par l’empereur de l’engagement de la Landvogtei – avec les 41 villages qui en dépendent – et de son incorporation dans les biens de la maison d’Autriche.

Victoire historique pour les nationalistes corses

Posté le décembre 16th, 2015 by Klapperstein

Les nationalistes corses ont gagné les élections dimanche dernier et les grands médias de propagande en ont très peu parler, occupés qu’ils étaient à savourer la victoire inattendue du front républicain sur le Front National. Il est vrai qu’évoquer la victoire elle aussi inattendue des nationalistes corses eût quelque peu gâcher la fête. Outre le fait que la République Une et Indivisible est intrinsèquement allergique à toute forme d’identité régionale, les nationalistes corses ne sont en effet pas moins opposés au mondialisme et aux sacro-saintes valeurs républicaines que ne l’est le Front National sur lequel se porte toutes les attentions médiatiques.

Si l’on additionne les votent identitaires en Corse qui sont d’une façon ou d’une autre profondément anti-système (puisque l’idéologie droit-de-l’hommiste est fondamentalement opposée à toutes formes d’identités, qu’elles soient nationales, régionales ou communautaires), on en arrive a un pourcentage relativement proche de la majorité absolue de plus de 44%. Si on fait cette même addition en Alsace des partis nationalistes français et du parti autonomiste alsacien Unser Land, cette fois-ci au premier tour, on obtient même le chiffre de plus de 47%. Qu’il s’agisse de l’identité franco-française ou des identités dites régionales, tout porte à croire que les votent identitaires (malgré l’influence importante des médias de propagande et le caractère antidémocratique des modes de scrutins) sont en train de devenir majoritaires, d’autant plus qu’ils sont beaucoup plus portés par les jeunes électeurs que par leurs parents et grand-parents.

Que vive les identités quelles qu’elles soient, longue vie au peuple corse, Elsass frei. UH

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Régionales : victoire historique pour les nationalistes en Corse

Le maire nationaliste de Bastia Gilles Simeoni s’impose en Corse, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur.

Le maire de Bastia Gilles Simeoni, qui menait la liste nationaliste, termine en tête des régionales en Corse. Dans cette quadrangulaire, il recueille 35,32% des voix, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur. Il devance le candidat divers gauche et président sortant du Conseil exécutif corse, Paul Giacobbi, qui enregistre pour sa part 28,55% des suffrages.

Suit un peu plus loin, la liste de l’union de la droite et du centre de José Rossi avec 27,03%. Le candidat du Front national Christophe Canioni termine quatrième (9,10%).

« Une volonté profonde d’une véritable alternative »

« Cette victoire est celle de tous les Corses et d’une Corse qui a envie de construire son présent et son avenir », a déclaré Gilles Simeoni à France 3 Corse, après l’annonce des résultats. Exprimant sa « joie » et son « émotion pour ceux qui se sont battus pour notre idéal, qui ont sacrifié leur liberté et parfois leur vie, depuis tant d’années », Gilles Simeoni a qualifié cette victoire d »historique » et salué ses concurrents.  »Elle montre », a-t-il ajouté, « une volonté profonde d’une véritable alternative, d’une soif de démocratie, de développement économique et de justice sociale ».

Des milliers de militants et sympathisants nationalistes ont défilé en chantant et en agitant des drapeaux corses blancs à tête de Maure dans les rues de Bastia et d’Ajaccio où résonnaient des concerts de klaxons.

Quelle : lejjd.fr


Être ou ne pas être français ? Ce que nous dit la Corse


La victoire des nationalistes en Corse est passée relativement inaperçue dans le grand tohu-bohu que nous venons de vivre. Les grands événements s’annoncent sur des pas de colombe, écrivait Nietzsche. Or la victoire de gens qui proclament l’existence d’un peuple corse distinct du peuple français constitue un événement qu’on ne saurait négliger. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec le succès historique de la liste de M. Gilles Siméoni, allié au lugubre Jean-Guy Talamoni.

Le vote corse ne concerne que quelques dizaines de milliers d’électeurs, mais il est emblématique d’un état d’esprit et on s’étonne que M. Valls, si prompt à sonner les trompettes des valeurs républicaines en danger sur le continent, ne se soit pas encore manifesté.

Certes, ce vote ne concerne que quelques dizaines de milliers d’électeurs, mais il est emblématique d’un état d’esprit et on s’étonne que M. Valls, si prompt à sonner les trompettes des valeurs républicaines en danger sur le continent, ne se soit pas encore manifesté. Il est vrai qu’en Corse, comme sur le continent, le discours sur les valeurs républicaines tombe à plat face à la revendication identitaire. Sur le continent, c’est le FN qui assume cette revendication.

En Corse, ce sont les nationalistes, qui sont, comme le FN, allergiques à la mondialisation. Mais ils nous disent aussi autre chose. Ce que nous disent les Corses identitaires c’est qu’ils ne se sentent plus Français, mais exclusivement Corses. La Corse qui fut francophile jusqu’à De Gaulle, ne l’est plus.

En Corse, ce sont les nationalistes, qui sont, comme le FN, allergiques à la mondialisation. Mais ils nous disent aussi autre chose. Ce que nous disent les Corses identitaires c’est qu’ils ne se sentent plus Français, mais exclusivement Corses. La Corse qui fut francophile jusqu’à De Gaulle, ne l’est plus. De nombreux insulaires ne se considèrent plus français qu’administrativement dans un pays où le seul drapeau qui vaille est celui de la tête de maure. A quoi bon maintenir la fiction de l’État nation dans une région qui se sent de moins en moins française? Nous devrions y réfléchir plutôt que de nous cacher derrière la ligne Maginot des valeurs de la république. Car le cas corse est l’expression d’une crise de l’Etat nation affaibli par l’Europe et la mondialisation. Franco-maghrébins qui hissent des drapeaux algériens ou marocains à la moindre occasion et nationalistes corses participent d’un phénomène à certains égards comparable. Ils témoignent, chacun à leur manière, d’une dissociation, devenue banale, entre nationalité administrative et sentiment d’appartenance communautaire. Quant au vote Front national, il exprime la montée d’un communautarisme franco-français qui répond aux communautarismes des minorités encouragé par la gauche depuis si longtemps. La gravité de cette situation nous oblige à aller au fond des choses. Qu’est-ce au juste qu’être Français? Tant que nous n’aurons pas répondu à cette question en délaissant nos ornières idéologiques, nous ne verrons pas d’issue à la crise identitaire qui travaille ce pays. Face à ce défi, la gauche nous ressasse son catéchisme obsolète.

Non, M. Cambadélis, être Français n’est pas adhérer à des valeurs, fussent-elle républicaines, c’est une appartenance qui ne relève pas de la politique.

Non, M. Cambadélis, être Français n’est pas adhérer à des valeurs, fussent-elle républicaines, c’est une appartenance qui ne relève pas de la politique. Quelles sont les valeurs des Italiens au juste? Et des Croates? Des Serbes et des Portugais? Il n’y a qu’en France, ou aux États-Unis, que l’on croit que les «valeurs» conditionnent l’existence d’un peuple alors que la langue, la culture ou la familiarité avec une région sont bien plus importantes. A cet égard, il est insupportable que nous ayons à subir, à tout propos, le chantage inculte de Manuel Valls et consort sur les «valeurs de la république». Qui sont ces gens pour nous dire ce que nous devons être? Ne savent-t-ils pas que la France a précédé la République et qu’on a été Français avant d’être républicain? Les plus grands écrivains français, depuis Balzac à Saint Exupéry en passant par Baudelaire et Giono n’étaient pas républicains et leur renommée est néanmoins universelle. Être Français n’est, ni plus ni moins valeureux qu’être Italien ou Américain, il n’y a pas lieu d’en avoir honte, ni d’en tirer une fierté déplacée. Je suis français si mes parents le sont ou si je le suis devenu par la naturalisation ou le droit du sol, voilà pour la réalité effective, mais aussi si je me sens lié à ce pays et impliqué par lui, voilà pour la réalité affective. Ce lien peut être très incarné, l’amour des paysages de France ou plus cérébral, l’amour de la langue. Il peut être religieux ou historique. Mais ce qui compte avant tout est d’être concerné. Or certains sont moins concernés par la France que consternés par ce qu’elle représente à leurs yeux. Ils sont les citoyens d’un pays qu’ils n’aiment plus et que parfois ils abhorrent. Mais après tout, nul n’est obligé d’être français. Pourquoi ces gens ne renoncent-ils pas à une nationalité qui n’a pas de sens à leurs yeux? Ce n’est pas que ces gens soient contre la solidarité nationale, au contraire, ils la réclament à cor et à cri, mais ce cri est utilitaire, voir alimentaire. Et puis il y a ces hexagonaux qui ne prisent plus un pays indigne d’eux. Eux sont universels ou citoyens du monde. La France est trop limitée pour ces esprits dont la pensée rayonne depuis New York à New Delhi. Mais pourquoi s’en soucient-ils autant alors? Pourquoi ne renoncent-t-ils pas à vouloir que la France, qui ne les mérite décidément pas, leur ressemble? Cette morgue étayée depuis tant d’années explique aussi le score massif du FN. Face à cette situation dramatique les Français doivent renouer un lien affectif avec un pays, la France, qui n’est pas un territoire administratif ou une idéalité abstraite. C’est ce lien sensible qu’il faut assumer, sans chauvinisme ni haine de soi et qui n’implique nullement de tourner le dos à L’Europe ou au vaste monde. «Je ne serais pas plus homme pour être moins français» écrit Malraux. Non la France n’appartient pas à tout le monde, contrairement à ce que prétend Danielle Mitterrand, mais à ceux qui s’en sentent les responsables parce qu’ils en sont les héritiers.

Quelle : lefigaro.fr

Elections régionales : les dés étaient pipés

Posté le décembre 16th, 2015 by Klapperstein

Ci-dessous le point de vue de Bernard Wittmann sur les élections régionales. A noter la déclaration emblématique du Secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale André Vallini, qui en réponse à la demande d’Unser Land d’organiser un référendum, a affirmé que « le peuple manquait de maturité pour utiliser de façon pertinente cet outil de démocratie directe ». Kommentarlos ! UH

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Les dés étaient pipés

En tant qu’Alsaciens, avons-nous encore un avenir dans ce pays ? Après ces élections régionales la question mérite d’être posée. Les jacobins de Paris veulent notre mort et le système est totalement verrouillé. Quel espoir pouvons-nous avoir dans ce pays qui nous montre si peu de respect et dont le projet quasi obsessionnel est d’en finir avec nos particularités pour nous faire disparaître en tant que peuple. Regardons ces dernières élections régionales. Il apparaît clairement que, pour les autonomistes alsaciens, l’espoir d’envoyer des représentants à l’assemblée de l’ACAL était quasi nul compte tenu du faible poids numérique des Alsaciens dans cette méga-mégalo région grande comme deux fois la Belgique : les dès étaient donc pipés ! Et comment mener campagne pour intéresser les Champenois, les Ardennais et les Lorrains francophones à nos problématiques alsaciennes ? C’est mission impossible : les intérêts des trois régions qui composent l’ACAL sont trop divergents et les points de convergences quasi nuls ! Résultat, la liste régionaliste/autonomiste de Jean-Georges Trouillet n’a obtenu que des scores proches de 1% dans les deux autres régions (à l’exception de la Moselle où elle a totalisé 2,12% des voix). Et les excellents scores réalisés en Alsace, 12,65% dans le Haut-Rhin et 10,07% dans le Bas-Rhin, ne suffirent pas pour rattraper ce retard. Ainsi, le parti Unser Land, devenu le 3e parti d’Alsace, derrière le FN et les partis coalisés de droite LR-UDI-Modem, n’aura-t-il aucun représentant dans l’assemblée de la grande région, son score global sur l’ACAL (4,74%) n’ayant pas dépassé les 5%. Ainsi, 70 000 électeurs alsaciens ne seront tout simplement pas représentés : ils comptent pour des peanuts ! A l’inverse, dans une région Alsace, les deux listes départementales d’Unser Land ayant dépassé le seuil de 10% leur permettant de se maintenir, les autonomistes auraient pu disposer de 4 à 5 sièges à l’assemblée régionale pour se faire entendre.

A l’avenir, ce sont donc les Ardennais, les Champenois et les Lorrains qui, forts de leur supériorité numérique, décideront du sort de l’Alsace. C’était évidemment le but recherché par les jacobins du PS à l’origine de ce mariage forcé entre les 3 régions : il fallait museler l’Alsace, la noyer dans le nombre et la rendre ainsi inaudible !

Avec ce « Grand-Est », nous aurons ainsi le même problème qu’au niveau national : que pèseront 47 Alsaciens noyés dans la masse des 169 élus de l’ACAL !

La France : une démocratie « Canada dry »

Au vu de ces élections, il est donc tout à fait pertinent de douter de la démocratie française. Et force est de constater qu’elle ne fonctionne tout simplement pas. Le traitement pitoyable infligé à l’Alsace à l’occasion de cette fusion scélérate en est la meilleure illustration : l’usage de la démocratie pour les prises de décisions est quasi inexistant en France.

A cela s’ajoute que les Alsaciens, placés sous l’étroite tutelle de Paris et soumis à un régime de diktats, ne peuvent toujours pas décider pour et par eux-mêmes : la démocratie participative n’a pas cours dans notre « Jacobinie » qui ne connaît pas la subsidiarité ! La France, République autoritaire et centralisée plombée par la radicalité du projet jacobin, est donc tout sauf une vraie démocratie à l’image des pays voisins qui sont tous des démocraties décentralisées.

Du coup, les Alsaciens se retrouvent privés de tout espoir pour l’avenir. Il ne faudra donc pas s’étonner qu’ils se mettent en quête d’une échappatoire pour fuir l’asservissement et rechercher une voie émancipatrice leur ouvrant les portes de la responsabilisation. Et si Marianne persiste à s’accrocher à son idéologie totalisante jacobine, un divorce à l’amiable n’est pas à exclure.

Un double blocage

Si la démocratie est ainsi en situation d’échec en France, il y a deux raisons principales :

- La première est que les peuples allogènes y sont confrontés à une majorité oppressive qui a instauré partout des rapports dominant-dominé conduisant à un véritable système de colonisation intérieure. L’humanisme et l’universalisme dont elle se réclame sont purement décoratifs. Cette majorité entend imprimer ses marques à tout le territoire sans esprit de tolérance aucun à l’égard des peuples minoritaires auxquels elle refuse tout droit à la reconnaissance et à l’auto-administration et ceci au nom du principe sacralisé de l’unité nationale. Un exemple : en France, la discrimination linguistique est inscrite dans la constitution rendant ainsi impossible la ratification de la charte européenne des langues.

Or, face à une majorité oppressive, les règles démocratiques ne fonctionnent pas puisque les minorités, du fait de leur infériorité numérique et donc de leur incapacité à peser sur les votes, n’ont pas voix au chapitre. Et la possibilité offerte de mettre un bulletin dans l’urne tous les cinq ans ne suffit pas pour qu’on puisse parler de démocratie.

Ainsi, dans le système français, la règle démocratique de la majorité devient un instrument de la domination, la minorité étant en permanence soumise à la dictature du plus grand nombre. La démocratie parlementaire française, qui applique systématiquement la règle de la supériorité numérique, devient alors un piège mortel pour les minorités. C’est bien la loi de la majorité qu’on opposa aux Alsaciens pour leur imposer la fusion… sans même les consulter et, de plus, en violation d’un traité international ratifié par la France (Charte de l’autonomie locale). Si ce système français où la majorité impose sa loi à la minorité était appliqué en Suisse, où les Alémaniques représentent 70% de la population, cela fait belle lurette qu’on ne parlerait plus le français ou l’italien dans ce pays !

- La deuxième raison vient de l’idéologie nationale jacobine, une abstraction totalisante construite sur une expression citoyenne unidimensionnelle, qui imprègne les esprits depuis des générations. A cela s’ajoute un héritage impérialiste et colonialiste qui a façonné la pensée française. Alors que les autonomistes considèrent que la diversité est une richesse à préserver, pour les jacobins, elle est considérée comme un danger mortel pour l’unité de l’Etat qui, dans cette logique, doit les combattre pour les faire disparaître : « La France, pays de la diversité vaincue » était la devise de la IIIe République ».

Or dans cette idéologie en permanence dans l’abstraction et le déni du réel, la notion d’enracinement dans une terre est inexistante. Son idéal humain est un homme hors sol et sans liens affectifs avec un territoire. Ceci explique que le découpage régional a été décidé à Paris sans considération aucune pour les territoires historiques, espaces de vie séculaires de peuples aux identités particulières. Ajoutons encore que les jacobins, contrairement aux autonomistes, ne font pas confiance à l’homme et au peuple, ils s’en méfient. Le 12 Novembre 2015, le Secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale, André Vallini, n’a-t-il pas dit à la délégation d’Unser Land venue pour lui demander d’organiser un référendum, qu’il pensait que « le peuple manquait de maturité pour utiliser de façon pertinente cet outil de démocratie directe »? C’est d’ailleurs pourquoi les jacobins, marqués par un puissant caporalisme, adorent règlementer, encadrer, édicter des lois, énoncer des interdits…

Un statut d’autonomie

Un statut d’autonomie négocié nous reconnaissant des droits particuliers reste ainsi la seule et unique voie pour nous extraire de ce système mortifère, antidémocratique et plombé par ses tares structurelles. Si l’Alsace ne l’obtient pas rapidement, elle risque bien de disparaître ! Aussi, ces régionales ne marquent-elle que le début de notre combat ! Le temps du respect des Alsaciens est arrivé, ils ont été suffisamment méprisés. Le moment est à présent venu de construire un nouveau rapport de force avec Paris ! Avec Unser Land, nous avons maintenant un parti alsacien solide avec un bon ancrage électoral, pour engager cette lutte existentielle !

Bernard Wittmann 6.12.2015

Quelle : hewwemi.net

Unser Land, troisième formation politique d’Alsace

Posté le décembre 8th, 2015 by Klapperstein

Jean-Georges Trouillet n’a pas réussi à bloquer la réforme territoriale par la voie juridique, mais il peut se flatter d’avoir installé Unser Land dans le paysage politique alsacien. C’est l’un des faits marquants de ce premier tour des élections régionales.

S’il n’a pas atteint, dans l’ensemble de la grande région, les 5% nécessaires pour fusionner au second tour avec une autre liste, le tout jeune mouvement régionaliste s’est imposé comme la troisième force politique d’Alsace.

Unser Land supplante le PS dans le Haut-Rhin

La liste « Non à l’ACAL, oui à nos régions » a recueilli dimanche soir 10,07 % des suffrages dans le Bas-Rhin, se classant quatrième. Dans le Haut-Rhin, avec 12,65 %, elle enlève la troisième place au PS.

Dans le Bas-Rhin, elle enregistre son meilleur score dans le canton de Sélestat (15,79 %) et de Wissembourg (14,53 %) alors que dans le Haut-Rhin, les cantons de Saint-Louis (20,67 %) et de Cernay (16,07 %) fournissent le plus fort contingent de voix. A l’inverse, la liste dépasse à peine les 5 % des voix à Strasbourg.

ACAL : l’alliance régionaliste réalise ses meilleurs scores dans le Haut-Rhin

Au total, 67 760 Alsaciens ont voté pour Unser Land, manifestant leur hostilité à l’ACAL et à la tête de liste LR-UDI-MoDem Philippe Richert accusé de « trahison » pour avoir joué le jeu de la grande région, soit 20 000 de plus que lors des élections départementales de mars dernier.

Au second tour, Jean-Georges Trouillet et ses têtes listes départementales en Alsace persistent et signent, puisqu’ils ont très rapidement appelé à voter blanc au second tour.

Quelle : France 3 Alsace

__________________________________________________

Malgré l’architecture fondamentalement antidémocratique du système électoral  républicain, Unser Land  parvient à passer largement la barre  symbolique des 10% en Alsace. Un grand bravo à tous les militants et électeurs qui ont rendu possible ce score historique.

Evidemment, comme nous sommes prisonniers du pays des droits de l’homme et tributaires du fonctionnement de la pseudo démocratie française et républicaine, Unser Land, en plus de n’avoir aucun élu (bien que devenant la troisième force politique d’Alsace), se verra également privé du remboursement de ses frais de campagne ! Langt’s den no net ?

Plus que jamais, la République Française comme l’Union Européenne, en sortir c’est s’en sortir. Ohne Frànkrich in d’Zükunft, Elsàss frei ! UH

La vague d’attentats sans précédent qui a touché Paris hier soir et qui aurait fait, selon un premier bilan, au moins 127 morts, est la conséquence directe de la politique étrangère menée par la France en Syrie et qui vise moins la lutte contre le terrorisme salafiste que la destruction de ce pays et le renversement du président Bachar-al-Assad.

Si plusieurs auteurs du carnage perpétré dans la salle de concert du Bataclan auraient déclaré, selon des témoins : « C’est la faute de Hollande, c’est la faute de votre président, il n’a pas à intervenir en Syrie », il faut ici rappeler quelle a été la réalité de la politique française dans ce pays depuis le début du conflit en 2011.

La république française, comme le révèle le président François Hollande dans un entretien avec le journaliste Xavier Panon, a en effet fourni des armes aux « rebelles » syriens dés 2012. Par l’intermédiaire de la DGSE, ce sont des canons de 20 mm, mitrailleuses, lance-roquettes, missiles anti-chars qui auraient été livrés aux rebelles dits « modérés », en violation de l’embargo mis en place l’été 2011 par l’Union Européenne.

Un conseiller de l’Elysée admet également auprès de Xavier Panon :

« Oui, nous fournissons ce dont ils ont besoin, mais dans la limite de nos moyens et en fonction de notre évaluation de la situation. Dans la clandestinité, vous ne pouvez agir qu’à petite échelle. À moyens limités, objectifs limités. »

La France aurait également envoyé des forces spéciales sur le terrain destinées à la formation et au soutien opérationnel des combattants.

En mars 2012, treize officiers français ont ainsi été capturés par l’armée syrienne lors de la reprise du califat islamique instauré dans le quartier de Baba Amr à Homs par la brigade Al-Farsouq et Al-Waleed. Cette dernière a ensuite rejoint les rangs de l’Etat Islamique.

Le président Hollande, cité par le journal Le Monde a encore confié en août 2014 :

« Nous ne devons pas relâcher le soutien que nous avions accordé à ces rebelles qui sont les seuls à participer à l’esprit démocratique. »

Alors que le président Syrien Bachar-al-Assad a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de rebelles « modérés » sur le terrain, on peut s’interroger sur la véritable nature des groupes rebelles soutenus et armés par l’état français depuis 2012. Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré à ce propos en 2012 que le Front Al-nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, « faisait du bon boulot »… Une plainte de victimes syriennes des groupes rebelles a d’ailleurs été déposé à l’encontre du ministre français à ce sujet auprès du tribunal administratif de Paris pour « les fautes personnelles commises par le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, dans ses fonctions. »

Dans un rapport de 2012 l’agence de renseignement militaire américaine (DIA) avançait déjà que le soutien aux rebelles dits « modérés » profitait en réalité essentiellement à l’Etat Islamique. Selon le directeur de l’agence, le général Flynn le soutien indirect des USA et de la coalition occidentale à l’Etat Islamique « était une décision intentionnelle ». Dans un précédent article sur le rôle trouble de la coalition occidentale en Irak et en Syrie, j’avais également pointé différents éléments factuels qui montraient le soutien et la collaboration opérationnelle de la Turquie, des états-unis et d’Israël avec différents groupes djihadistes.

Ces différents éléments montrent assez clairement que la coalition occidentale, dont fait partie la France, a mené une politique de soutien à divers groupes djihadistes en Syrie dans l’objectif de renverser le président Bachar-al-Assad, sous couvert de la fiction de l’aide apportée à des groupes fictifs de rebelles « modérés ».

La véritable nature de ces prétendus groupes rebelles a été récemment mise en lumière par l’intervention russe qui a entraîné un déchaînement de protestations de la part des chancelleries occidentales au motif que les frappes aériennes auraient visé les rebelles soutenus par l’Occident. Or, les groupes frappés par l’aviation russe appartenaient à l‘Armée de la Conquête, qui regroupe notamment le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda et des groupes islamistes comme Ahrar al-Cham.

Il est malheureusement fort peu probable que le soutien de l’exécutif français aux groupes djihadistes en Syrie soit dénoncé à la lumière de cette vague d’attentats sans précédents, qui constitue pourtant son aboutissement logique et prévisible. Le chaos auquel a été réduite la Syrie et la prolifération des groupes djihadistes sont en effet le résultat direct de la politique étrangère française au Proche et Moyen-Orient.

Alors que lors des précédents attentats de janvier dernier, l’exécutif avait érigé le réseau Internet, qui aurait favorisé« l’auto-radicalisation » des terroristes, présentés à l’époque de manière mensongère comme des « loups solitaires », en boucs émissaires censés masquer les lacunes et les incompétences des services de renseignement et de sécurité français, et instauré des dispositifs de surveillance de masse des citoyens, cette politique visant essentiellement les libertés individuelles, a montré aujourd’hui son inanité. Il est pour autant fort peu probable que les responsables des services de sécurité, dont le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve – qui ont une fois de plus failli à leur mission – aient à rendre des comptes. Le gouvernement et la classe politique, à quelques exceptions près, se retranchent une fois de plus derrière l’émotion et l’injonction à « l’unité nationale ». Pourtant, les mêmes qui aujourd’hui ont décrété l’état d’urgence et le rétablissement des contrôles aux frontières s’engageaient il y a quelques semaines à peine à participer à l’accueil des migrants syriens, au nom de principes humanitaires, et ce malgré les réserves de l’agence de coopération européenne Eurojust qui affirmait que le trafic clandestin entretenait des liens étroits avec les organisations terroristes en Syrie :

« C’est une situation alarmante parce que nous voyons clairement que le trafic est destiné à financer le terrorisme et que les passeurs sont utilisés parfois pour mener des infiltrations par les membres de l’Etat Islamique. »

Si comme le dit le président François Hollande, la France est « en guerre » aujourd’hui, elle le doit donc pour l’essentiel aux incompétences de l’exécutif et aux incohérences criminelles de la politique étrangère française qui a soutenu et armé les groupes djihadistes ayant plongé la Syrie dans le chaos…

Guillaume Borel, pour Arrêt sur info.ch, le 14 novembre 2015

Quelle : Les Crises.fr

Das Elsass retten (4/12)

Posté le novembre 8th, 2015 by Klapperstein

Unser Ziel war ein Dorf namens Heimweilerhausen. An diesem Tag stand das Dorffest an. Der Chef hatte den Bürgermeister angerufen und ihm, weiß der Kuckuck wie, die Erlaubnis zu einem Vortrag über die elsässische Geschichte abgerungen.

Als er mir sein Vorhaben darstellte, brach bei mir der Angstschweiß aus: Bierstände, Musikkapellen, fahrbare Flammenkuchenöfen und eine Predigt über die germanische Abstammung der Elsässer? Das passte wie die Faust aufs Auge! Oder vielleicht doch nicht? Ich behielt vorerst meine Bedenken für mich und hörte weiter zu. Doch mit einem Schlag trat er auf die Bremse und hielt am Straßenrand an.

Wir waren an lauter Maisfeldern vorbeigefahren und hatten jetzt rechts eine Kuhweide. Der Chef kletterte schon die Böschung hoch, sprang über den Zaun und lief querfeldein mitten durch das Revier der Kühe, die sich jedoch nicht weiter stören ließen. Ich folgte, ohne das rindviehische Hoheitsgebiet zu durchqueren, rannte das Gatter entlang um das Feld herum.

Da sah ich einen Bussard, der verzweifelt fortzufliegen versuchte, und immer wieder zu Boden fiel, als wäre er an den Füßen festgebunden. Der Chef zog sein Sweatshirt aus und bedeckte das Tier. Damit wurde es ruhiger und erlaubte ihm, es zu untersuchen: Die Krallen hatten sich in einem Draht verfangen. Es hätte den sicheren Tod bedeutet, wenn der Chef ihn von der Straße aus nicht gesehen hätte. Vorsichtig befreite er die beiden Füße. Schreiend flog der Vogel wieder fort.

Wir fuhren weiter und erreichten das Dorf nach einer Viertelstunde. Schon hundert Meter davor parkten die Autos links und rechts der Straße, so reihten wir uns ein und begaben uns zu Fuß zur Mairerie, wie das Rathaus auf Elsässerdeutsch heißt. Wir wurden schon erwartet. Der Bürgermeister, ein kugelrunder Mittfünfziger mit Walrossbart, schüttelte jedem die Hand und hieß uns willkommen. Nach den üblichen Floskeln über Wetter und Fahrt zeigte er uns den Weg.

Für den Vortrag hatte ich einen geschlossenen Raum im Kulturzentrum erwartet, doch führte er uns zum größten Bauernhof des Dorfes, dessen Eckbalken eine Inschrift trug, die mir ins Auge stach: »Erbaut 1610 Xaver u. Josefine Schmaus Herr segne dieses Haus«. Hinter dem riesigen Schiebetor, das zur Straße ging, lag links das eigentliche Bauernhaus, rechts die ehemaligen Stallungen, darüber die Knechtekammern – Räumlichkeiten, die längst als Mietwohnungen umgebaut worden waren – und hinten stand noch die alte Scheune, die das Viereck des etwa zweihundert Quadratmeter großen Hofs abschloss. Tische und Bänke standen in Reihen, alle besetzt, Bier und Wein schmierten die Kehlen, Würstchen und Pommes wurden emsig hinuntergedrückt. Lautsprecher berieselten das Ganze mit deutscher Schlagermusik. Ich bekam wieder Herzklopfen.

Es dauerte eine Weile, bis wir das Rednerpult am hinteren Ende des Hofs erreichten. Der Bürgermeister wurde auf Schritt und Tritt angesprochen, musste hier zwei Hände drücken, dort einen Termin versprechen, und als er endlich ans Mikrofon trat und die Musik schwieg, nahm seine Ansprache kein Ende. Ich wusste, dass ich für den Chef in diesem Moment keine Hilfe sein würde und verkroch mich in der Scheune. Hinter einem von Staub bedeckten Fensterchen, durch das ich ihn von hinten schemenhaft sah, vernahm ich seine ersten Worte.

Bald wurden die Menschen mucksmäuschenstill, das Raunen der Menge verschwand, kein Ruf, kein Auflachen, kein Klappern der Bestecke war mehr zu hören, der Chef sprach. Das, was er bei mir erreicht hatte, schaffte er auch hier. Er machte aus der Geschichte des Elsass ein spannendes Abenteuer. Beginnend mit den beiden Namen der Gründer des Hofes, die er wie ich auf dem Eckbalken gelesen hatte, erzählte er die verheerenden Ereignisse des Dreißigjährigen Krieges, die diese Bauern mit Sicherheit nicht überlebt hatten, erwähnte das Register der Stadt, das er aus dem Archiv des Départements kannte und wo die Bürger Heimweilerhausens die Gräueltaten der französischen Soldateska beschrieben.

Ich fühlte mich wie ein Idiot und schwor mir, fürs nächste Mal ein Diktiergerät zu kaufen um solche Vorträge aufzunehmen. Ich hatte nicht mal Bleistift und Papier dabei, so bin ich heute nicht mehr in der Lage, alles wortgetreu wiederzugeben. So viel ist sicher: Wie immer erzählte er nicht die Geschichte um der Geschichte willen. Was ihn interessierte, waren die Zusammenhänge und Auswirkungen in unserem Leben. Damit hatte der Bürgermeister scheinbar nicht gerechnet. Als der Chef anfing, die Autonomiebewegung der Zwischenkriegszeit zu besprechen, sah ich ihn mit rotem Kopf hin und her düsen, wahrscheinlich versuchte er, die Stimmung seiner Gemeinderäte zu erkunden. Doch schon hatte der Chef die Nachkriegszeit erreicht, der Moment, als Paris der elsässischen Kultur und Sprache den Garaus machen wollte.

Jetzt ertönten die ersten positiven Zwischenrufe. Ja, Frankreich hatte der deutschen Sprache im Elsass trotz Elyseevertrag den Krieg erklärt; ja, dadurch hatte es dem Ländel absichtlich dauerhaften Schaden zugefügt; ja, mit dem Verlust der Sprache verloren wir den Zugang zur eigenen Kultur und unsere Kinder zu den besten Arbeitsplätzen in Deutschland und in der Schweiz; und ja, damit standen wir noch schwächer vor der Krise da, als wir es ohnehin waren. Seine Rede gipfelte in dem Satz:

»De franzeesch Staat het Knächt üss uns gemacht un jetz will d’Europäisch Union uns versklave!«

Darauf folgte Beifallssturm. Von der Anerkennung des Publikums getragen, setzte er seinen Plan zur Rettung des Elsass auseinander: Schluss mit der repräsentativen, auf zur direkten Demokratie. Die Freiwilligen sollten sich sofort melden, man würde die Mitglieder der verfassunggebenden Versammlung auslosen. Heimweilerhausen war ab sofort von Frankreich und der Europäischen Union getrennt. Der unaufhaltsame Marsch des neuen Europa würde hier seinen Lauf nehmen. Als er den Hof damit zum ersten freien elsässischen Parlament erklärte, wurde es wieder still.

Spätestens hier wusste ich was kommen würde und handelte sofort. Was mich genau packte, weiß ich bis heute nicht, da ich sonst ein eher passiver Mensch bin. An der hinteren Seite der Scheune sah ich eine Tür und rannte hin: Sie war nicht verschlossen. Dann eilte ich zurück zum Fenster, schnappte im Vorbeigehen einen Stock, der an einem Heuwagen lehnte. Was ich befürchtet hatte, geschah.

Im neuen Parlament, erklärte der Chef, würde jeder an den Debatten teilnehmen dürfen, also alle Bewohner, auch jene, die die Staatsbürgerschaft noch nicht erhalten hatten. Damit brachte er auch den ersten Antrag ein: Sämtliche Illegale, die seit Jahren bei uns wohnten und Sklavenarbeit verrichteten, sollten vom neuen Staat Papiere bekommen, ihnen sollte die Ehre beschieden sein, die ersten freien Elsässer zu werden. Im gleichen Atemzug würde man den Krieg, den Frankreichs Eliten seit dreihundert Jahren gegen die afrikanischen Völkern führt, und sie damit zur Auswanderung nötigt, vor aller Welt an den Pranger stellen.

»Üssländer?«, drang eine Stimme aus der Menge, »Mit dämm Gsindel hann mir nix ze duen!«

Das war das Zeichen zum Angriff: Links erhob sich ein Mann, kletterte auf den Tisch, deutete mit dem Finger auf den Chef und kreischte auf französisch mit elsässischem Akzent:

»Tär lügt! Fir sind Frantsossenn! Är ist ain Natsi unt ain islamistischer Terrorist!«

Ich war aus der Scheune herausgeschlichen und sah eine Flasche Weißwein, von anonymer Hand aus dem Hintergrund geworfen, in rasanter Fahrt auf den Chef zufliegen.

»Buck di!«, schrie ich.

Zum Glück reagierte er auf der Stelle, so konnte ich, einem Baseballspieler gleich, das Geschoss mit dem Stock in Scherben schlagen. Die ersten Reihen wurden mit Wein und Glassplitter bespritzt. Es folgten Hilferufe, einer brüllte:

»Fange se, vorreb se abhaue!«

Ich packte den Chef am Unterarm und hastete mit ihm durch die Scheune. Draußen angekommen, versuchte ich die Tür mit dem Stock zu versperren, doch vergebens, nun mussten wir um unser Leben rennen.

Wir liefen durch winklige Gassen, an Gärten und uralten Mauern vorbei. Hinter uns johlte der Mob, Rufe eilten von Haus zu Haus, Hunde bellten aus allen Ecken, Holzschuhe klapperten auf dem Pflaster, Kochtöpfe schlugen Alarm und bald läuteten die Kirchenglocken Sturm.

Wir erreichten das Ende des Dorfs. Mir taten die Lungen schon weh. Vor uns lag eine frischgemähte Wiese, die sich, leicht bergab, bis zu einer doppelten Baumreihe erstreckte. Mit ziemlicher Gewissheit verbarg sie einen Fluss. Meine Schritte wurden immer kürzer, der Chef blieb auf meiner Höhe und spornte mich an. Vom Schweiß klebte mein Hemd schon im Rücken.

In der Mitte der Wiese angelangt, konnte ich nicht umhin, einen Blick nach hinten zu werfen und da sah ich sie: Das gesamte Dorf auf der ganzen Breite des Feldes, eine barfuß rennende Dampfwalze, die Frauen mit hochgezogenen Röcken, die nackten Schenkeln schwingend, die Männer mit schäumenden Mündern, Mistgabeln und Sensen hoch über ihre Köpfe haltend.

Ich beschleunigte das Tempo, als bräuchte ich nur aufs Gaspedal zu treten. Über den verrosteten Stacheldrahtzaun flogen wir mehr, als dass wir sprangen, fielen in ein Meer von Brennesseln, rollten die Böschung hinunter und stürzten in die rettende Flut der Zornthur, die uns im Nu wie Erdklumpen fortschwemmte.

Als ich den Kopf wieder aus dem Wasser streckte, lagen schon gute zweihundert Meter zwischen uns und der wilden Herde. Der Chef schwamm etwas weiter vor mir. Wir erreichten das andere Ufer. Durch dichtes Gebüsch kletterten wir aus dem Fluss. Wir waren am Rande eines Laubwaldes, der uns Sichtschutz bot. Da hielten wir nach unseren Verfolgern Ausschau. Sie hatten die Jagd aufgegeben.

Doch die Freude des Entkommens war von kurzer Dauer. Dicke Rauchschwaden kamen aus Heimweilerhausen. Bald war kein Zweifel mehr möglich: Unser Wohnmobil stand in Flammen.

Klitschnass, fröstelnd und wie betäubt zogen wir durch den Wald. Irgendwann, nach einer Stunde vielleicht, stießen wir wieder auf offene Felder. In der Abendsonne sahen wir eine Ansammlung von etwa zwanzig Wohnwagen. Kinder spielten im Freien, Männer standen um einen Feuer, Frauen bereiteten das Essen.

»Ziginer!«, sagte der Chef.

Wir waren gerettet. (Fortsetzung folgt)

Quelle : hewwemi.net

Unser Land : Wahlkampfveranstaltung in Mülhausen

Posté le novembre 1st, 2015 by Klapperstein

Appel à la mobilisation générale

Mulhouse, 1er grand meeting de campagne de la liste NON A L’ACAL, OUI A NOS RÉGIONS jeudi 5 novembre à 20h00 à la salle Lerchenberg 11 rue du Cercle avec présentation de tous les candidats alsaciens, en présence de Jean-Georges Trouillet, tête de liste inter-régionale et Nadia Hoog et Andrée Munchenbach têtes de liste départementales pour le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Nous devons être des centaines!

Quelle : Unser Land Facebook

Agenda de campagne d’Unser Land

Posté le novembre 1st, 2015 by Klapperstein

Mardi 27 octobre Sainte Marie, salle casino, 14 rue Maimbourg, Colmar- 19h30

Création de la section Colmar

Mercredi 4 novembre Chez Marechal Gilbert, 65 rue principale, SALMBACH – 19h30

Réunion de section de L’Outre Foret

Jeudi 5 novembre Mulhouse, salle Lerchenberg – 20h00

MOBILISATION GENERALE: Grand meeting de campagne de la liste « NON A L’ACAL, OUI A NOS REGIONS » avec Jean-Georges TROUILLET, Andrée MUNCHENBACH, Nadia HOOG et tous les candidats alsaciens. Présence de nos soutiens!

Vendredi 6 novembre TV, Alsace 20 – 20h30

Jean-Georges TROUILLET, porte-parole d’Unser Land et tête de liste inter-régionale « NON A L’ACAL, OUI A NOS REGIONS » sera sur la chaîne Alsace 20 dans le cadre de la campagne des élections régionales sur le thème du développement durable et de l’écologie.

Mardi 10 novembre Librairie Kléber, Strasbourg – 12h30 / 14h00

Débat organisé par le club de la presse, en vu des régionales avec comme invités Jean-Georges TROUILLET, porte parole d’Unser Land et tête de liste inter-régionale « NON A L’ACAL, OUI A NOS REGIONS! » et les têtes de listes concurrentes

Jeudi 19 novembre Mulhouse, Campus la Fonderie – 18h00 / 19h30

2ème débat « mouvant » organisé par l’Alterpresse 68 et Radio MNE sur le thème du développement économique, de l’environnement, de l’emploi en Sud Alsace et la coopération avec les territoires voisins avec présence de Jean-Georges TROUILLET, de Nadia HOOG et de nombreux colistiers alsaciens

Vendredi 20 novembre TV, Alsace 20 – 20h30

Jean-Georges TROUILLET, porte-parole d’Unser Land et tête de liste inter-régionale « NON A L’ACAL, OUI A NOS REGIONS » sera sur la chaîne Alsace 20 dans le cadre de la campagne des élections régionales sur le thème de l’organisation territoriale.

Jeudi 26 novembre lieu à confirmer – 20h00

MOBILISATION GENERALE: Grand meeting de campagne de la liste « NON A L’ACAL, OUI A NOS REGIONS » avec Jean-Georges TROUILLET, Andrée MUNCHENBACH, Nadia HOOG et tous les candidats alsaciens.Présence de nos soutiens!

Jeudi 3 décembre Mulhouse, Campus la Fonderie – 18h00 / 19h30

3ème débat « mouvant » organisé par l’Alterpresse 68 et Radio MNE sur le thème des langues régionales et de l’enseignement avec présence de Jean-Georges TROUILLET, de Nadia HOOG et de nombreux colistiers alsaciens

Dimanche 6 décembre

1er tour des élections régionales – toute la journée

Quelle : Unser Land

Das Elsass retten (3/12)

Posté le octobre 31st, 2015 by Klapperstein

Ich lese die Notizen durch, die ich mir während unserer zweiten Reise gemacht habe: Lose Blätter, Zettel, Bögen. Sogar Papiertüten und das Innere einer Nudelpackung mussten gelegentlich herhalten, um die Erlebnisse des Tages niederzuschreiben. Manches ging unterwegs verloren, als wir Hals über Kopf flüchten mussten. Nun sitze ich vor dem Computer, habe eine neue Datei angelegt, ihr den Namen »Chef« gegeben und weiß nicht, wie es weiter gehen soll.

»Mach’s kurz!«, hat er zu mir gesagt: »D’Mensche nämme sich ke Zitt meh zuem läse, konzentrier dich uff ‘s Wichtigschte! Wenn de ferti bisch, wurd die Gschicht unser Manifescht sinn, d’r Manifescht vum elsässische Autonomismus!«

Natürlich war ich zu feige um ihm zu sagen, dass ich der Aufgabe nicht gewachsen bin. Seit Tagen sitze ich hier nur herum, halte Maulaffen feil, schmökere in alten Büchern, als würde ich dort eine Antwort finden, und mache einen Bogen um den Rechner wenn ich von der Bibliothek bis zu Couch gehe. Ich hasse mich.

Und doch muss ich mich ranmachen. Komme, was wolle.

Alles andere wäre Verrat.

Er war der einzige Passagier, der nicht vorm Fließband warten musste. Außer dem kleinen Rucksack, von dem er sich keine Sekunde trennte, hatte er kein Gepäck dabei. Mit seinem breiten Lächeln kam er stracks auf mich zu. Wir umarmten uns kurz. Ich fragte, ob die Reise gut verlaufen war, doch er eilte schon zum Ausgang:

»Komm«, sagte er, »ich erklär dir alles iwerem Fahre«.

Wir stiegen ins erste freie Taxi. Doch kaum fuhr es los, standen wir in einem Wald. Verdutzt sahen wir uns an: Wo waren die Autos, der Flughafen, die Leute, unser Taxi? Ringsum versperrten kerzengerade Stämme die Aussicht, zehn Meter über unsere Köpfen bildeten die Baumkronen eine Decke, die die Umgebung in Dunkelheit tauchte.

Mir wurde mulmig. Der Chef lief schon suchend hin und her:

»In die Richtung muehn m’r gehn!«, rief er kurz darauf.

Wir stapften durch den Blätterteppich auf das, was uns als eine Lichtung erschien. Nach hundert Metern stellte sich heraus, dass es der Waldrand war. Er befand sich auf einer Anhöhe. Eine Stadt lag uns zu Füßen, die ich mit Sicherheit noch nie besucht hatte, die mir jedoch in ihrer primitiv militärischen Konzipierung seltsam bekannt vorkam.

Fächerartig führten alle Hauptstraßen zum gleichen Platz, auf dem sich ein riesiger Prunkbau befand. Dieser lag am Fuß eines Berges, auf dem eine dunkelgraue Festung die ganze Landschaft beherrschte. Trikoloren wehten über jedem der wuchtigen Zinnentürme und sie waren so groß, dass sie die Fassade um einen Drittel zu erweitern schienen. Das Ganze hatte etwas Bedrückendes, ich hätte nicht sagen können, warum.

Während ich noch in meine Betrachtung vertieft war, hatte der Chef schon einen Pfad gefunden, der sich bergab bis zu einer Straße schlängelte, mit der wir die Stadt erreichten. Wir betraten einen dieser Boulevards auf dessen ganzen Länge der Palast am anderen Ende nicht zu übersehen war. Es gab aber keine Seitenstraßen. Zwischen den Gebäuden sah man nichts anderes als Hinterhöfe oder Sackgassen. Es ging nur auf das Palais zu oder von ihm weg, eine andere Möglichkeit gab es nicht.

Es wimmelte von Menschen und als wir durch die Menge gingen, hörte ich urplötzlich Stimmen in meinem Kopf. Ich war so erstaunt, dass ich stehen blieb und mich dem Chef zuwandte. Im gleichen Moment drehte er sich auch um und sah mich mit gerunzelter Stirn an:

»Kommt her zu uns! Kommt her!«, riefen sie, »Ihr sollt den Fluss befreien! Den Fluss!«.

Der Fußgängerstrom lief unaufhörlich an uns vorbei, wir waren die einzigen, die diese Rufe hörten. Anfangs waren sie laut gewesen und wurden dann immer leiser. Als am Ende nur noch ein Wispern übrig blieb, packte mich jemand an den Schultern und schüttelte mich.

Ich erwachte auf dem hinteren Sitz des Taxis. Der Chef saß neben mir, rief meinen Namen und gab mir zwei drei Klapse auf den Wangen. Es dauerte eine Weile, bis ich wieder zu mir kam. Wir waren gar nicht erst losgefahren. Der Fahrer erklärte, wir wären sofort eingenickt. Er hatte versucht uns zu wecken, und war drauf und dran gewesen, den Notdienst anzurufen, als der Chef wieder zu sich gekommen war.

Wir waren nicht nur gleichzeitig eingeschlafen, sondern hatten denselben parallelen Traum gehabt. Er konnte mir genau den Wald, die Stadt, das Schloss beschreiben, und wiederholte den Ruf, den wir gehört hatten.

»Im Moment kenne m’r nix demit anfange,« sagte er dann, »es isch nix schlimms passiert, mir muehn jetz an unseri Arweit denke.«

Er gab dem Fahrer eine Adresse und wir fuhren los. Ich fragte ihn wohin die Reise ging. Sichtlich genoss er mein Erstaunen, als er mir sagte, dass unser Ziel ein Wohnmobilhändler in der Nähe von Mühlhausen war. Was hatte das zu bedeuten?

Er öffnete sein Fenster, als wäre das Auto zu klein, um mir seine Idee zu erklären. Der Fahrtwind zerzauste seine Haare. Er begann zu reden und ich erkannte den Freund der Afrikareise. Seine Arme machten große Bewegungen, immer wieder berührte er meinen Unterarm, suchte meinen Blick und guckte dann wieder nach vorn.

Mit leuchtenden Augen setzte er mir sein Konzept einer permanenten Kampagne auseinander. Von nun an würden wir von Dorf zu Dorf, von Stadt zu Stadt fahren, im ganzen Elsass, das ganze Jahr hindurch. Wir mussten den Elsässern zuhören und mit ihnen reden, ihnen ihre Geschichte zurückgeben und damit die Macht, ihr Leben und ihre Zukunft endlich wieder selbst zu gestalten.

»Awer Achtung!«, hier erhob er den Zeigefinger: Auf keinen Fall durften wir den Fehler begehen, an irgendeiner Wahl teilnehmen zu wollen. Die einzige Instanz, die eine Entscheidung über das Gemeinwesen noch treffen sollte, sei die Versammlung der Bürger in den Gemeindesälen, an der jeder teilnehmen dürfte. Kontakte aufnehmen, ein Netzwerk des guten Willens aufbauen. Schrittweise und gemeinsam eine Verfassung erstellen in einer Sprache, die jeder versteht. Es ging um das Recht auf gesunde Ernährung, auf kostenlose Behandlung und Bildung, auf freie Wahl des Berufs und für alle Kinder das Recht auf beide historischen Sprachen des Elsass: Deutsch und Französisch. Und zwar gleichberechtigt. Diese Rechte, aber auch die Pflichten, die mit ihnen verbunden sind, wollten wir für immer in unserem Leben und unserem Land verankern.

Das würde das Ende der überholten Gebietskörperschaften und Staatsorgane einläuten. Die professionellen Politiker und die aus Paris ernannten Behördenleiter würden sich eine neue Laufbahn aussuchen dürfen, z.B. als Schuster, Ingenieure oder Museumswächter, um endlich nützliche Mitglieder der Gesellschaft zu werden.

Wie immer riss er mich mit. Es waren nicht nur seine Worte: Sein ganzes Wesen erweckte eine für tot geglaubte Hoffnung in mir und stachelte mich zum Handeln an. Während er sprach, drehten sich zwei Worte unaufhörlich in meinem Kopf: Warum nicht? Damit rückte all das, was ich für unmöglich gehalten hatte, in greifbarer Nähe.

»Ich mein ‘s ernscht«, sagte er und sah mir fest ins Auge, »vun jetz ab will ich mich däre Sach vollständig widme: Machsch mit?«

»Uff jede Fall!«, sagte ich nur, und schon hielt unser Taxi vor dem Geschäft.

Es war eines dieser Gebäude aus Stahl und Glas, wie man sie zu tausenden in den Industriegebieten sehen kann. Auf dem Gelände drumherum standen etwa dreihundert neue und gebrauchte Wohnmobile zur Schau. Ich zahlte den Fahrer und als er wegfuhr, kreiste der Chef schon um den größten der angebotenen Brummer.

»Was saasch dezue?«, fragte er.

Er stieg hinein, ohne meine Antwort abzuwarten. Ich folgte ihm, blieb aber auf der Trittstufe stehen und spähte durch die Tür. Es roch nach neuem Plastik und frischem Leder.

Leise vor sich hin pfeifend öffnete er alle Schubladen, Koffer und Schränke, begutachtete den Küchenherd, den Baderaum, maß mit ausgestrecktem Arm die Deckenhöhe, klopfte gegen die Trennwand zur Heckgarage unter dem hinteren Bett, probierte die Sitzecke, legte sich hin, stand wieder auf und sah sich noch einmal um mit einem zustimmenden »Mhm!«. Dann nahm er Platz auf dem Fahrersitz, bewunderte das Armaturenbrett, hielt das Lenkrad mit beiden Händen, sah aus der Windschutzscheibe und blickte in den Rückspiegel. Zum Schluss ließ er das Hubbett über dem Fahrerhaus herunter, deutete darauf mit einer einladenden Geste und sagte:

»Din Schlofzimmer!«

Da stand plötzlich ein hemdsärmeliger Lulatsch mit blonder Mähne und Krawatte hinter mir, der uns in gespreiztem Französisch zu verstehen gab, dass wir unbegleitet nicht in die Exponate steigen durften.

»Der Karrich isch schun verkauft!«, rief ihm der Chef entgegen.

Worauf der andere seine Mahnung auf Englisch wiederholte.

Der Chef wollte keine Zeit mit unnötiger Aufregung über die sprachliche Ignoranz des elsässischen Durchschnittsverkäufers verschwenden. Wie er es mir kurz darauf mitteilte, war nämlich der erste Termin unseres Kreuzzugs schon festgelegt. Eine Stunde später kutschierten wir mit dem brandneuen, vollgetankten Wohnmobil durch die Gegend.(Fortsetzung folgt)

Quelle : hewwemi.net

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