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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

Hansi-Museum ab 2015 in Colmar

Posted on octobre 22nd, 2014 by Klapperstein

Der Colmarer Stadtrat hat entschieden, ein Hansi-Museum ab dem kommenden Frühjahr in der oberelsässischen Bezirkshauptstadt zu eröffnen, das auf 700 qm dem berühmten Deutschenhaßer und Nestbeschmutzer Jean-Jacques Waltz – genannt Hansi – gewidmet wird. (Quelle : Hytt Morje )

Les « Boches » : caricatures de Hansi

D’r Colmarer Stadtrat het entschiede, e Hansi-Museum ab dem kummende Früehjohr in d’r owerelsassischen Bezirkshauptstadt züe eröeffne, wo uf 700 m² dem berüehmte Ditschenhaßer un Neschtbeschmutzer Jean-Jacques Waltz – g’nannt Hansi – g’widmet word. (Quelle : Elsasser Zittung)

Verbundene Artikel : Jean-Jacques Waltz und Joseph Rossé – zwei Schicksale im Elsass

Südtirol – Elsass, Histoires croisées…

Posted on juillet 9th, 2014 by Klapperstein

Suite aux propos consternants et mensongés du député alsacien Armand Jung : « Je ne veux pas que l’Alsace soit le Tyrol du Sud. J’aime l’Alsace parce qu’elle est unique, c’est pour cela que je ne veux pas la voir folklorisée », nous publions ci-dessous un commentaire du livre de Bernard Wittmann  « Südtirol – Alsace/Elsass, Histoires croisées… « paru en décembre 2009.

Cela étant, le problème  principal d’Armand Jung n’est certainement pas sa méconnaissance de l’Histoire, mais simplement sa détermination à servir l’idéologie républicaine de l’oligarchie française au détriment des intérêts du peuple alsacien. UH

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Südtirol – Alsace/Elsass, Histoires croisées…

C’est le nom du dernier ouvrage de Bernard Wittmann, paru aux Editions Nord Alsace (ENA). Le sous-titre donne le ton : « La volonté de s’émanciper au Südtirol, l’Alsace et les illusions perdues ».

L’idée de départ est de brosser un portrait croisé de ces deux régions germanophones et de leurs destins respectifs à partir de 1919, date à laquelle elles ont été annexées par deux pays latins centralisés, la France pour l’Alsace, l’Italie pour le Südtirol.

Le livre débute par un bref rappel sur l’histoire de ces deux régions, dont on découvre qu’elles avaient, au Moyen-âge, plus de points en commun que l’on pourrait croire. Leur appartenance au Saint Empire Romain Germanique est certes bien connue, mais qui savait que le Sundgau et le Südtirol ont été gouvernées pendant plus de trois siècles (de 1363 à 1648) par la lignée tyrolienne des Habsbourg ? Alors que le Tyrol restera uni jusqu’en 1919, l’Alsace, elle, sera annexée en plusieurs étapes par la France et deviendra une pomme de discorde entre la France et l’Allemagne, ses deux voisins.

Convergences et divergences

Un point clé du destin tyrolien est le rôle joué par ses partis politiques, en particulier la Südtiroler Volkspartei (SVP). Dès sa création en 1945, ce parti démocrate-chrétien a pris le flambeau de la défense des Tyroliens du Sud, de leurs droits linguistiques et de leur volonté d’émancipation. Parti uniquement régional, la SVP a su fédérer derrière elle toute la population, qui, en retour, lui a assuré un règne politique sans partage dans le Südtirol depuis sa création.

Pendant ce temps, l’Alsace suit le chemin inverse : après 1945, les démocrates-chrétiens, qui avaient porté avant-guerre le flambeau de l’autonomisme, se dissolvent dans les partis nationaux français. Par leur servilité envers Paris et les Gaullistes, ils collaborent à la destruction culturelle et politique de l’Alsace, tout en essayant de sauver les apparences.

Alors qu’au Südirol, la cohésion entre le peuple et ses élites a permis une véritable marche vers l’émancipation, la situation est toute autre en Alsace. Entre Vosges et Rhin existe un véritable fossé entre le peuple et la bourgeoisie. En effet, depuis la Révolution, la majorité de la (haute-)bourgeoisie alsacienne a choisi en majorité le camp de Paris. Et à des moments clés de l’histoire (à l’issue de chaque guerre notamment) elle a trahi les intérêts du peuple alsacien pour quelques médailles ou par mercantilisme.

Une longue marche

Malgré tout, la marche du Südtirol vers son émancipation n’a pas été un long fleuve tranquille, loin de là ! Les Tyroliens ont du tout d’abord affronter le fascisme italien avant se retrouver pris en étau entre Mussolini et Hitler. Après la seconde guerre mondiale, Rome lâche un peu de lest et adopte une attitude plus constructive vis-à-vis du Südtirol. Notons qu’au même moment l’orgueilleuse France accentue sa répression contre les minorités nationales en métropole et dans les colonies.

Néanmoins, malgré la pression internationale, les promesses italiennes sont vagues et rarement suivies d’effet. Aussi, dans les années 1960, les habitants du Südtirol, excédés, prennent les armes. Jusqu’en 1980, les attentats du B.A.S. (Befreiungs-Ausschuss-Südtirol), qui ne font la plupart du temps que des dégâts matériels, mettent Rome sous pression. Ce n’est que dans les années 1970 que sera progressivement mis en place un statut d’autonomie qui mettra d’ailleurs près de vingt années à se concrétiser.

Savoir ce que l’on veut et le dire haut et fort

Un autre élément important explique la réussite du Südtirol : c’est la permanence depuis 80 ans d’une revendication claire et sans concession, à savoir le retour du Südtirol au sein de la « mère patrie » autrichienne. Il en a résulté une opposition frontale avec le pouvoir central italien, lequel a progressivement lâché du lest, en espérant affaiblir la revendication rattachiste.

Cette opposition a abouti à une autonomie politique croissante. Selon Bernard Wittmann, le niveau d’autonomie atteint semble aujourd’hui satisfaire la majorité de la population et s’avère être un bon compromis.

Mais, ne l’oublions jamais, l’autonomie n’est pas un statut stable et figé. Ce n’est que la résultante à un instant précis de l’opposition entre un pouvoir centralisateur et des forces émancipatrices. Si l’une ou l’autre force s’affaiblit ou revoit unilatéralement ses prétentions à la baisse, l’équilibre se déplace automatiquement.

Il est intéressant de noter que, dans la quasi-totalité des cas, les « régions » européennes qui ont obtenu un statut d’autonomie, le doivent à la présence d’un mouvement indépendantiste ou rattachiste. Est-ce la condition nécessaire pour qu’un état centralisé daigne modifier sa façon de fonctionner ? En France, les exemples corses et ultramarins semblent confirmer cette hypothèse.

En Alsace, depuis 150 ans, différents mots d’ordre se sont succédé et ont cohabité avec des fortunes diverses : régionalisme, autonomisme, rattachement à l’Allemagne ou la France (selon la période), ou indépendantisme. Où serions-nous aujourd’hui si la revendication alsacienne était portée depuis 80 ans par un seul mouvement indépendantiste fort et structuré ? La question mérite d’être posée.

« Mir welle bliewe was mir sin »

En choisissant de comparer l’Alsace et le Südtirol, Bernard Wittmann ignorait nullement les différences de contexte entre les deux régions. Il a en fait démontré avec brio ce que l’Alsace aurait pu (pourrait) obtenir aujourd’hui si elle avait pu (pouvait) compter sur une société alsacienne unie derrière des revendications claires.

Assurément, l’Alsace, région riche coincée entre deux nations belliqueuses, ne bénéficiait (bénéficie) pas des meilleures cartes pour assurer aisément son épanouissement politique. La tâche était (est) certes difficile mais pas impossible. Aussi, cette brillante étude sur le Südtirol pourrait être utilement complétée par l’étude d’un autre cas, très intéressant pour l’Alsace : le Luxembourg.

Arrivé à l’indépendance un peu par hasard, ce pays, « grand » comme la moitié du Bas-Rhin, a su faire face tant bien que mal aux ambitions de ses voisins. Le Luxembourg a lui aussi connu la dictature militaire allemande pendant les deux guerres mondiales. Il a connu une industrialisation effrénée suivie d’importantes mutations sociétales. Il en a néanmoins gardé son identité culturelle, sa langue et son indépendance. Il a su développer ses infrastructures en coopérant avec ses voisins et œuvrer pleinement à la construction européenne, non comme spectateur alibi mais comme acteur.

Si proche de nous historiquement, culturellement et géographiquement, le Luxembourg mériterait bien que l’on s’intéresse de plus près à son destin modèle…

Quelle : Unser Land

Kleine Lügen über die elsässische Sprache

Posted on janvier 15th, 2014 by Klapperstein

Créé en 1994 à l’initiative de la Région Alsace et essentiellement financé par elle, mais aussi par les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, l’Office pour la Langue et la Culture d’Alsace (OLCA – Elsassisches Sprochàmt), « a pour objet de promouvoir la vitalité de l’identité régionale de l’Alsace, par la mise en valeur de ses patrimoines et spécificités linguistiques et culturels.  » L’OLCA est en fait une  sorte d’administration régionale qui a pour but  principal de promouvoir l’alsacien.

Il a publié à cet effet une petite brochure intitulé   »Petite histoire linguistique de l’Alsace » qui  falsifie l’histoire linguistique de l’Alsace, dans la grande tradition française et républicaine. Nous sommes bien sûr au XXIème siècles et il ne s’agit plus de marteler les fantasmes du grand romancier Michelet ou de l’hystérique oncle Hansi. Les dialectes alsaciens sont bien des parlers germaniques à part entière, et ne sont plus à moitié celtes ou romans. L’angle d’attaque est différent et  un peu plus subtile. Il consiste à expliquer plus ou moins doctement, dans un floue artistique propre à la propagande historique républicaine, que l’alsacien, en fait, n’a pas grand chose à voir avec l’allemand, ce qui est depuis 1945 l’angle d’attaque favori de la propagande française en Alsace. Pas plus, en tous cas, qu’avec le néerlandais ou le suédois ! La petite histoire commence donc ainsi :

’s Elsassische : wàs ìsch dann dìss? L’alsacien : qu’est-ce donc ? L’alsacien est un dialecte germanique, ce qui signifie que parmi les langues indo-européennes, il fait partie du groupe linguistique des langues germaniques, auquel appartient bien sûr l’allemand, mais aussi l’anglais, le néerlandais, les langues scandinaves comme le danois, le suédois, le norvégien.

Le texte poursuit immédiatement sur la présence de mots français dans la langue alsacienne (ouf !) et laisse ainsi le lecteur avec l’étrange impression que l’alsacien de s’apparente pas plus à l’allemand qu’à l’anglais ou au norvégien. Fin de l’introduction. C’est certainement ce que nos journaleux et nos politiciens de service appellent de la pédagogie.

Récapitulons. Introduction de notre  klëni Gschicht : 6 lignes (c’est écrit en gros, pour que les enfants de six ans puissent eux aussi s’instruire) pour sous-entendre que l’alsacien ne s’apparente pas plus à l’allemand qu’à l’anglais ou au danois , 10 lignes pour dire que les Alsaciens disent Bùschùr pour dire bonjour, et pas un mot pour dire que la langue allemande standard contemporaine, le Hochdeusch  est  la forme écrite de l’alsacien, mais toute la construction du texte est là pour sous-entendre le contraire.

On peut se dire que ce n’est là que l’introduction de la petite histoire, un oubli à peine regrettable que la suite du texte comblera aisément, et qu’il faut passer ses nuits à rêver de missiles sol-sol de troisième génération fracassant  dans un élan wagnérien   le socle de la croix de Lorraine du Stauffen  pour s’enflammer pour si peu.

Pourtant la poursuite de la lecture ne fait de confirmer notre première impression. La large place consacrée à une description tendancieuse de la naissance de la langue allemande standard se conclue ainsi: « L’Alsace n’est cependant pas témoin de ce processus de standardisation et n’y participe pas, car le rattachement de la région à la Couronne de France par Louis XIV commence en 1648. L’Alsace se voit alors progressivement séparée du Saint-Empire Romain Germanique et les parlers alsaciens vont connaître une évolution différente de celle des autres parlers germaniques. Ainsi, les dialectes alsaciens parlés actuellement en Alsace ont une histoire singulière par rapport à ceux de l’Allemagne actuelle. »

Or il est complètement faux d’affirmer que l’Alsace ne participe pas au processus de standardisation de la langue allemande. Non seulement elle  y participe  plus qu’un grand nombre de régions  de langue allemande, mais elle y a même un rôle de première importance. En témoigne l’œuvre d’Otfrid von Weißenburg, die Evangeliendichtung (le Livre des Évangiles), poème de quelque 16 000 vers du IXème siècle. Ce livre est écrit en vieux haut allemand et est la première œuvre littéraire dans ce qui deviendra la langue allemande. En témoigne le fait que la première messe donnée en Hochdeutsch a eu lieu à Strasbourg et que la première bible imprimé en Hochdeutsch l’a été à Strasbourg (en 1466, tout comme sa deuxième édition en 1470). En témoigne également « Daß Narrenschyff » du strasbourgeois Sebastian Brant, publié en 1494,  qui a été la plus importante œuvre littéraire de langue allemande jusqu’à la Réforme. Et le premier périodique au monde, « Die Relation », également en Hochdeutsch, a été publié in Strossburi à partir de 1605.

Il s’agit là d’une question symboliquement importante, mais plus important encore est de remarquer que les Alsaciens n’ont cessé de lire et d’écrire exclusivement ou majoritairement en allemand standard jusque dans les années 1945/1970, où le français a progressivement pris la place de l’allemand. Le rapport de « l’allemand des Alsaciens » (Elsasserditsch, Elsässerdeutsch) au Standartdeutsch est donc sensiblement le même (en tout cas jusque dans les années 1945/1970) que celui de « l’allemand des Suisses » ou des dialectes parlés en Allemagne (les parler bas-allemand du nord de l’Allemagne sont d’ailleurs bien plus distant de la langue standard que l’alsacien), même si un petit nombre  d’Alsaciens ont plus ou moins bien maitrisé le français à partir de 1648. Or notre petite brochure conclue précisément le contraire. Comme si l’invasion d’une partie de l’Alsace en 1648 avait coupé les liens naturels entre la langue alsacienne et sa forme écrite. Cette coupure n’aura vraiment lieu qu’autour des années 1970, fruit de la francisation à marche forcée imposée par la République Française au peuple alsacien à partir de 1945, où d’une part la pratique de l’alsacien est petit à petit devenu minoritaire dans la vie sociale, et qu’à peu près simultanément les Alsaciens germanophones, et parmi eux de frénétiques locuteurs, ont adopté le français comme langue de l’écrit, de la culture et du savoir, au détriment de l’allemand standard.

Ce n’est donc pas l’histoire des dialectes alsaciens depuis 1648 qui est singulière du point de vue linguistique comme l’affirme mensongèrement l’OLCA, mais belle et bien l’histoire linguistique et politique de l’Alsace des dernières décennies. UH

Téléchargez la Petite histoire linguistique de l’Alsace (PDF, 945 Ko)

Deutschland war nicht schuldig

Posted on janvier 14th, 2014 by Klapperstein

Ci-dessous la troisième partie du remarquable article de Philippe Simonnot  « Première Guerre mondiale : Non, l’Allemagne n’était pas coupable » publié récemment sur le site NdF.

A lire absolument pour toutes les personnes qui n’auraient pas conscience de l’insoutenable perfidie des mensonges éculés du « grand roman national » appelé abusivement « Histoire de France », propagé avec zèle par les médias dominants français (qui nous assomment de contre-vérités à longueur de journées) et encore aujourd’hui enseigné dans nos écoles. Elsàsser, wach uff ! UH

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Première Guerre mondiale : Non, l’Allemagne n’était pas coupable

Note sur les responsabilités de la Première Guerre mondiale, 3e partie. Partie 1Partie 2.

Examinons maintenant le corps du délit.

Première guerre mondiale : Non, l’Allemagne n’était pas coupable (1)D’entrée de jeu l’auteur de La Victoire met le doigt sur la plaie : « D’être affirmée dans le Traité de Versailles, la théorie de la responsabilité se trouvait déjà plus fragile, car elle allait être liée à son sort. La rigueur de ses clauses devait inciter le peuple allemand à se servir contre lui de toutes les armes : et les vainqueurs semblaient lui offrir un moyen de le saper par la base. Nourris, ménagés, nos ennemis pouvaient accepter une culpabilité confortable. Affamés il leur fallait être innocents » [76].

Or l’Allemagne n’est pas coupable, selon Fabre-Luce. « La mobilisation générale russe a été décidée le 30 juillet à 16 h, vingt heures avant la mobilisation générale autrichienne et le Kriegsgefahrzustand allemand, quarante-huit heures avant les mobilisations allemandes et françaises. Il s’agit bien d’une libre décision de la Russie. [...] Des lors, nous sommes amenés à considérer qu’il s’agit ici d’un point central, d’un événement décisif, autour duquel s’ordonne toute l’histoire des derniers jours de la paix [77]. » Et d’observer : « La France offre à la Russie dès le 24 juillet et confirme le 29, en présence d’une situation aggravée, la promesse de sa fidélité sans condition, se liant ainsi d’avance à toutes les initiatives belliqueuses ou pacifiques de la Russie [78]. » Il y a chez Poincaré « une croyance à la nécessité inéluctable de la guerre [79] ». « L’antagonisme de l’impérialisme allemand et du ressentiment français devait fatalement s’exprimer un jour en lutte sanglante. [Il était donc] nécessaire de s’y préparer sans espoir et sans réserve en renforçant les armements et les alliances. [...] Se mêlaient à la politique défensive de la France des projets de conquête, masqués dans la paix, mais qui, dès l’ouverture des hostilités, allaient se transformer en buts de guerre. » Alors même que « le démembrement de la Turquie [...] conduit la Russie à envier dans un délai restreint la reprise de sa marche vers Constantinople » [80].

L’alliance franco-russe joue à plein un rôle infernal : « Le Français montre plus d’autorité et plus d’audace, mais est décidé à ne pas déclarer la guerre, car son opinion publique ne le lui permettrait pas; le Russe [...] est représentant d’un gouvernement qui entretient des projets de conquête et médite de les réaliser par l’agression. Le premier mène l’alliance, le second la fera jouer. Pour celui-ci le concours de la France est le moyen d’entreprendre, sans imprudence trop grande, la réalisation d’un rêve de domination orientale ; pour celui-là le concours de la Russie est le moyen de choisir le moment d’une guerre qu’il croit inévitable, sans en assumer ouvertement la responsabilité [81]. »

Ou encore : « Poincaré a laissé à la Russie carte blanche pour la déchaîner [la guerre] quand elle voudra »[82]. Pire : « Le souvenir des responsabilités qu’il a prises a créé chez Poincaré une sorte d’obsession, qui a frappé tous ceux qui l’ont approché depuis la guerre. A une politique imprudente, il tente de donner rétrospectivement la meilleure excuse possible en présentant l’Allemagne comme une « nation de proie». Puisqu’elle a commis tant de crimes, il faut maintenant la châtier [83]. »

Du côté allemand, on cherchait au contraire depuis des lustres une réconciliation avec la Franc selon Fabre-Luce. Ce fut « le but constant du gouvernement allemand jusqu’en 1913, jusqu’au moment où, voyant toutes ses propositions repoussées, il se persuade que la France veut la guerre et ne songe plus qu’à renforcer ses armements pour assurer sa défense. » Bismarck n’avait-il pas dit : « je désire arriver à ce que vous pardonniez Sedan comme vous avez pardonné Waterloo [84]. » En somme, constate Fabre-Luce, « pendant toute cette période l’influence allemande s’exerce constamment sur l’Autriche [...] dans l’intérêt de la paix. Ce n’est pas tout-à-fait ainsi -nous l’avons vu- qu’est pratiquée au même moment l’alliance franco-russe [85]. » Encore en 1900, Jules Cambon le plus célèbre des ambassadeurs français, assure que l’Allemagne ne présente pas de danger. « L’empereur Guillaume II, écrit-il dans un rapport au ministre, n’est qu’un industriel qui cherche à mettre sa maison en rapport ». De fait, jusqu’à la vingt-cinquième année de son règne (en 1913), Guillaume II se vantera d’être « l’Empereur de la paix » [86]. Et Cambon d’attirer l’attention du Quai d’Orsay sur « la prodigieuse influence des Juifs [en Allemagne]. Ils sont maîtres de la paix et de la guerre. Il n’y a ni à s’étonner ni à s’indigner : c’est un fait [87]. »

« À notre sens, continue Fabre-Luce, il n’est pas douteux que le 29 [juillet 1914], au moment où il a reçu la nouvelle de la mobilisation des treize corps [de bataille] russes, le gouvernement allemand voulait sincèrement la paix, et en apercevait les moyens [88]. »

Notons tout de suite que le thème de la bonhommie allemande face à l’encerclement belliciste franco-russe sera repris par Hitler et ses alliés objectifs en France en 1935-1936 au moment de la ratification du Pacte franco-soviétique.

L’histoire des origines de la Guerre mondiale ayant été ainsi revisitée [89], on comprend encore mieux pourquoi l’incorporation de la morale dans le Traité de Versailles a été une « grave faute politique » [90] : « Le jugement de Versailles était formulé de telle façon que la moindre incertitude suffirait à ébranler son autorité. Il pouvait être ratifié par des Français conscients d’avoir toujours voulu la paix ; il ne pouvait être imposé à des Allemands dont beaucoup partageaient ce sentiment. Il s’établirait donc aisément deux bonnes fois contraires. En Allemagne, les progrès de la science historique joueraient contre la paix et les réparations. En France, on feindrait d’ignorer systématiquement les fautes commises, afin de ne pas compromettre les droits acquis [91]. »
Fabre-Luce enfonce le clou avec jubilation : « Chaque mark-or versé apparaissait à nos ennemis comme l’aveu renouvelé d’une faute qu’ils ne reconnaissaient pas [...]. Paradoxalement, l’inexécution du Traité a semblé devenir une obligation d’honneur. [...] Et l’on a vu bientôt les Allemands, renvoyés au nationalisme par les déceptions de la paix, chercher parmi les documents révélés [notamment par les Soviétiques], avec une sagacité guidée par la misère, les preuves de la culpabilité des Alliés [92]. » Du même coup, « chez beaucoup d’Allemands, le mot d’ordre de la révision commence à remplacer ouvertement celui de l’incapacité de paiement [93]. »

Fabre-Luce n’a pas de mots assez durs, en fin de son ouvrage pour fustiger ou ridiculiser la position de Bainville et de L’Action Française, qui a inspiré la politique de la France vis-à-vis de l’Allemagne : « Le matin, Jacques Bainville montrait clairement dans L’Action Française les progrès du désastre allemand, l’impossibilité de recevoir des paiements considérables, la vanité du maintien de la créance intégrale et de l’occupation productive. Le soir, Léon Daudet venait apporter son vote enthousiaste à Poincaré, monté au pouvoir pour accomplir ces erreurs. [Le drame est que ] la majorité des républicains a suivi, ou rejoint, une minorité d’ennemis du régime [94] [95]. »

Quarante-trois ans plus, Alfred Fabre-Luce, dans son livre L’histoire démaquillée, ne consacrera pas moins de cent quarante pages aux origines de la Grande Guerre. Fabre-Luce, tout en profitant de l’énorme travail d’archives accompli par les historiens depuis 1924, soutient la même thèse que dans La Victoire tout en ayant l’élégance de ne jamais se citer lui-même. Le style est toujours aussi impeccable, les formules brillantes (par exemple « le mensonge est moins riche que la vérité »[96]). L’innocence de la Serbie dans le crime de Sarajevo est encore moins défendable que du temps du Traité de Versailles puisque sur le trottoir où l’assassin commit son forfait, on a gravé l’empreinte de ses pieds. Et sur le mur auquel il s’appuya en attendant le passage du malheureux archiduc autrichien une plaque porte ces mots : « À cet endroit, le 28 juin 1914, Gravilo Princip a exprimé par des coups de feu la révolte populaire contre la tyrannie et réaffirmé en même temps les aspirations séculaires de notre peuple à la liberté [97] ». La victime de l’attentat, François-Ferdinand, héritier de l’empire austro-hongrois, n’avait eu qu’à fort peu de sympathie dans le public français – tout occupé par le procès spectaculaire d’Henriette Caillaux, qui avait tué le directeur du Figaro de plusieurs coups de revolver – Cf. infra. L’archiduc autrichien était « tout entier aux mains des jésuites », selon Aristide Briand [98], bien représentatif d’une République française austrophobe.

Un demi-siècle après la publication de La Victoire, Fabre-Luce se souvient encore des difficultés rencontrées dans son enquête sur le Traité de Versailles : « En m’engageant dans l’étude de cette question, j’ai eu l’impression de pénétrer dans une caverne de brigands. Des faussaires officiels avaient truqué les archives, inventant ou supprimant des textes, en corrigeant d’autres. L’accès des documents essentiels était, en fait, réservé à certains historiens complaisants ; Mon maître Émile Bourgeois, que j’avais écouté avec respect à l’École des sciences politiques, avait maintenu, après examen, des affirmations fausses, et même procédé à des falsifications nouvelles. Certains papiers avaient disparu de façon mystérieuse. On devait apprendre par la suite que Poincaré lui-même avait emprunté à son ambassadeur Paléologue une partie de son Journal et ne l’avait jamais restitué [99] ». Les notes, dépêches et autres papiers diplomatiques relatifs à la rencontre de Poincaré avec le tsar du 21 au 23 juillet n’ont jamais été retrouvés, et les historiens en sont réduits à des reconstitutions à partir de témoignages indirects – du moins ceux qui ne sont pas acquis d’emblée à la thèse de la culpabilité allemande [100].

Malgré toutes ces précautions, la vérité allait tout de même faire son chemin. Non, la décision de déclencher la guerre n’a pas été décidée par l’Allemagne et l’Autriche en juillet 1914. Non, la mobilisation générale russe n’a pas été une réponse à une mobilisation générale allemande. « Pour étayer cette thèse, on avait falsifié un télégramme en datant du soir une dépêche du matin [101]. » Oui, la France avait approuvé la mobilisation russe, comme l’ont révélé les archives du Quai d’Orsay. Quant au crime de Sarajevo, il ne fait plus mystère : « On sait maintenant que les meurtriers de l’archiduc François-Ferdinand avaient été payés par l’attaché militaire russe à Belgrade et que le gouvernement serbe n’avait pas ignoré le complot [102].

Et pourtant, la thèse de la culpabilité allemande continue à prospérer.

Par exemple, le « grand et célèbre historien » français, Joseph Calmette, ne craint pas d’écrire : « Ainsi, la guerre de 1914 a sa cause profonde dans la volonté de Guillaume II de réaliser le programme de la domination pangermaniste sur l’Europe. Ce programme a été d’avance formulé par les porte-parole du pangermanisme et sera précisé au cours de la lutte : si le plan des Hohenzollern avait été mené à bout, l’Allemagne aurait refoulé la Russie vers l’Asie, occupé la Pologne entière, démembré l’Empire des tsars en créant une Finlande et une Ukraine soumises à l’influence germanique, dominé les Balkans, la Turquie et le Proche-Orient en menaçant les Indes, annexé la France jusqu’à la Meuse et ses côtes jusqu’à la Somme, « protégé la Hollande et la Belgique » ; bref, l’Europe eût été à sa merci. »[103]

On retrouve la même chanson dans l’« Essai d’historiographie » de Jacques Droz, présenté comme Professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne, spécialiste de l’Allemagne : « Les études les plus récentes démontrent que du côté français, il n’y avait aucun désir d’attaquer l’Allemagne, et que pour la Russie, l’obligation que lui faisait l’alliance d’intervenir contre l’Allemagne lui était spécialement désagréable. La vérité, c’est que l’Allemagne était depuis longtemps décidée à provoquer cette guerre, et cela au moment choisi par elle. [...] la date était fixée ; la guerre devait éclater dans l’été 1914, ni plus tôt ni plus tard [...] Dans ces conditions, Sarajevo n’a été que l’occasion saisie au vol pour mener une guerre qui n’était point déclenchée « par crainte ou par désespoir », mais dont le dessein était bien de « régler leur compte » à ceux qui pouvaient empêcher l’Allemagne de parvenir à l’hégémonie »[104].

On peut très bien renverser le raisonnement de l’éminent historien : ceux qui voulaient empêcher l’Allemagne de parvenir à l’hégémonie, mais ne le pouvaient pas par des moyens pacifiques – c’est-à-dire la compétition économique – ont tenté de le faire au moyen de la guerre, et le Traité de Versailles serait bien l’aboutissement de cette stratégie néo-clausewitzienne : la guerre comme continuation de l’économie !

Bismarck lui-même avait bien vu le danger. « Nous devrions faire tout notre possible, conseillait-il à ses successeurs, pour atténuer les mauvais sentiments que provoque le développement de nos forces : devenus grande puissance, nous avons le devoir d’user de notre influence de notre influence dans un esprit honnête et pacifique et de prouver au monde qu’en Europe l’hégémonie allemande exerce une action plus salutaire et plus impartiale que la France, la Russie ou l’Angleterre quand il s’agit de la liberté d’autrui. Notre unité une fois établie dans les limites possibles, mon idéal a toujours été de nous concilier la confiance des grandes puissances comme celle des puissances secondaires de l’Europe, et j’ai cherché à leur prouver que la politique allemande ne voulait être que l’amie dévouée de la paix et de la justice après avoir réparé l’injuria temporum, le morcellement de la nation [105]. » Le moins qu’on puisse dire est que cet appel n’a pas été entendu du côté français, anglais ou russe et qu’on n’admettrait pas la nouvelle hégémonie sans la combattre, y compris par les armes. Il est vrai que Bismarck avait fait tout son possible aussi pour isoler la France sur le plan diplomatique en sorte de la dissuader de jamais entreprendre une guerre de revanche pour récupérer l’Alsace-Lorraine. D’où en particulier les encouragements du chancelier allemand à l’instauration d’une Troisième République après le désastre de Sedan, régime à ses yeux plus propre à affaiblir et à isoler la France qu’une restauration de la monarchie.

La guerre comme continuation de l’économie, disions-nous. Pour étayer cette formulation de la célèbre théorie de Clausewitz, il est nécessaire de replacer la guerre de 1914-1918 dans une perspective longue. Depuis au moins Louis XIV, la suprématie française en Europe avait pour correspondance l’émiettement de l’Allemagne en une multiplicité de principautés [106]. A partir de l’unification allemande, accélérée nolens volens par la Révolution française et les guerres napoléoniennes, la France ne fait plus le poids face à son rival continental. La défaite de 1870, qui met fin à une guerre déclarée par la France de Napoléon III à l’Allemagne de Guillaume 1er et de Bismarck consacre ce nouvel (dés)équilibre des forces franco-allemandes. L’Hexagone est ébréché – une vilaine blessure pour le narcissisme des Français : « Y penser toujours, n’en parler jamais », la formule de Gambetta hante encore beaucoup de rêves ou de cauchemars. Du côté allemand, on revendique pourtant des droits historiques et juridiques sur l’Alsace et la Lorraine [107]. Il n’empêche : dans un discours prononcé devant la Chambre des Communes le 9 février 1871, à peine trois semaines après la proclamation de l’Empire allemand dans la Galerie des Glaces à Versailles, le premier ministre britannique Benjamin Disraeli proclamait : « L’équilibre des pouvoirs a été entièrement détruit ».

Dès lors, si les Français ne peuvent surpasser leur blessure narcissique [108], c’est-à-dire si la France ne peut pas se réconcilier avec l’Allemagne pour de vrai, elle n’a d’autre choix que de chercher sur le continent une alliance de revers qui obligerait l’Allemagne, en cas de conflit, à se battre sur deux fronts. La Russie remplit parfaitement ce rôle. En dépit du régime tsariste, tout à fait à l’opposé de la République des droits de l’homme, régime corrompu, sanguinaire et antisémite, la Russie, au tournant du 19e et du 20e siècle, apparaît à la France comme le partenaire idéal à un double point de vue, économique et stratégique.

Du point de vue économique, l’empire tsariste est un pays en voie de développement rapide, comme la Chine aujourd’hui, où le capital des pays riches peut se refaire une santé en y localisant des activités qui deviennent fort profitables à cause de salaires relativement faibles. Ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation, et qui ne date pas d’aujourd’hui. L’épargne française, qui a peu d’opportunité de hauts rendements dans l’Hexagone ébréché, est trop heureuse de se confier à ceux qui lui font miroiter monts et merveilles. Le 7 juillet 1913, un certain Verneuil, syndic des agents de change à Paris, chargé de l’admission des valeurs mobilières à la Bourse, écrit à Pichon, à l’époque ministre français des Affaires étrangères, pour lui faite part de sa récente visite en Russie : « Il y a là quelque chose de véritablement formidable qui se prépare, dont les symptômes doivent frapper l’esprit des observateurs même les mieux informés. J’ai cette impression très nette que, dans les trente années qui vont suivre, nous allons assister en Russie à un prodigieux essor économique qui égalera, s’il ne le surpasse pas, le mouvement colossal qui s’est produit aux USA pendant le dernier quart du XIXe siècle » [109].

Du point de vue stratégique, la Russie est excitée, beaucoup plus que d’autres grandes puissances, par la décrépitude de l’Empire ottoman. « L’homme malade de l’Europe », dont les épargnants français, toujours aussi avisés, toujours aussi bien conseillés par leurs banquiers, détiennent les deux tiers de la dette, ne peut plus compter sur un soutien européen pour le protéger des prédations de la Russie – comme cela avait été le cas lors de la guerre de Crime [110]. Plus que jamais, la « Troisième Rome » (Moscou) rêve de reconquérir la « Deuxième » (Constantinople). D’autant que les Détroits des Dardanelles ont une importance cruciale pour le commerce russe. Environ la moitié des exportations russes – et 90% des exportations de grains – , en croissance rapide à cette époque, sont acheminées depuis la Mer Noire et le Bosphore pour traverser les Détroits et atteindre les marchés du monde entier. Quand en 1912 la Turquie a dû fermer les Dardanelles au moment de son conflit armé avec l’Italie, la vulnérabilité du commerce russe est apparue en plein jour : les exports ont chuté d’un tiers. Et l’industrie lourde ukrainienne qui dépendait de ses approvisionnements qui eux aussi passaient par les Détroits avait dû être mise carrément à l’arrêt [111].

Contrôler les Détroits, détenir cet atout plus capital pour la Russie que le Canal de Suez pour la Grande-Bretagne, est un objectif que s’assigne le régime tsariste, mais qu’il ne peut atteindre, estime-t-il, qu’à la faveur d’une guerre européenne [112].

La France républicaine, isolée comme nous venons de le dire à cause de la diplomatie menée par Bismarck, est d’autant plus aimantée par la Russie tsariste que la Grande-Bretagne semble elle-même tirée du côté de l’alliance germano-autrichienne, hantée qu’elle est de sa rivalité avec l’empire tsariste en Asie centrale et des risques que la Russie fait courir à l’Empire britannique. Ce tropisme de l’Angleterre pour l’Allemagne se manifeste avec éclat lors de la visite de Guillaume II à Londres le 11 juillet 1891. « Nous avons reçu l’Empereur allemand comme l’un de notre race et de notre sang, lit-on dans The Standard, ce jour-là. Nous l’avons accueilli aussi comme un gouvernement vraiment grand, consciencieux et extraordinairement capable. Mais la force principale et la ferveur de sa réception sont venues du sentiment qu’il est notre ami et allié – l’ami et allié de tous ceux qui maudissent la guerre et détestent le carnage du champ de bataille. » Le même journal, le 4 juillet, avait estimé que « si une conspiration contre le système actuel émerge de nouveau, elle serait contrée une fois de plus par l’union de la force navale de l’Angleterre et de la force militaire de l’Allemagne [113]. » Un programme qu’un certain Hitler essaiera de reprendre quarante ans plus tard !

L’Alliance franco-russe conclue en 1894 a d’abord été une Convention militaire signée le 18 août 1892, dont les termes prévoient le déploiement simultané de forces terrestres contre un ennemi commun (s’y ajoutera en 1912 une convention navale du même type). En ce sens, elle marque « un tournant dans le prélude à la Grande Guerre » poussant les puissances militaires à rechercher des solutions militaires plutôt que diplomatiques [114]. L’alliance est vite adoptée par l’opinion publique : festivités, visites officielles, cartes postales, dessins de presse et autres produits dérivés (par exemple les Ballets russes dont la première saison a lieu au Théâtre du Châtelet en mai-juin 1909 [115]), la rendent populaire en Russie comme en France.[116] André Gide, en septembre 1893, ne peut manquer de croiser les équipages de l’escadre russe qui envahissent les bars de Toulon [117]. Il faut dire aussi que les Russes mettent « le paquet » pour vendre leurs emprunts à la Bourse de Paris. Début, 1905, ils distribuent environ l’équivalent de 8 000 £ par mois à la presse parisienne dans l’espoir de stimuler le soutien de l’opinion publique en faveur d’un prêt important lancé à ce moment-là [118]. Ces subsides venaient s’ajouter aux fonds secrets distribués par le Quai d’Orsay aux journalistes français, notamment du Temps et du Matin [119]. Bien oubliée la Pologne pour laquelle tant de bonnes âmes françaises s’émouvaient sous le Second Empire. Bien loin le temps où le tsar Alexandre II était accueilli à l’Exposition Universelle de 1867 par un tonitruant : « Vive la Pologne, Monsieur », proféré par un certain Charles Floquet, ardent républicain et futur président du Conseil des ministres (1888-1889). De fait, l’alliance franco-russe supposait l’oubli de la question polonaise. Elle reviendrait plus tard sur le devant de la scène et comment ! Elle serait même la cause immédiate de la Seconde Guerre mondiale.

Pour la France, les deux points de vue se croisent opportunément. Les emprunts russes colossaux, à l’époque parmi les plus élevés jamais consentis, vont d’abord servir à construire des chemins de fer dans l’immense empire des tsars. Or, à l’époque, le chemin de fer, sous des dehors qui paraissent aujourd’hui bonhommes et poussifs, est devenu une arme redoutable, surtout dans la perspective d’une guerre courte. Il permet en effet d’acheminer des centaines de milliers de soldats et leurs impedimenta à une vitesse jamais vue. Lors de sa visite à Saint-Pétersbourg en août 1912, Poincaré insiste lui-même auprès du gouvernement russe pour que les voies en construction servent bien à ce dessein, qu’elles soient doublées voire quadruplée pour permettre une mobilisation encore plus rapide des réserves, l’issue de la guerre, croit-il [120], devant se jouer à la frontière germano-russe [121]. L’Allemagne en est tout-à-fait informée. Les rapports d’état-major datés du 27 novembre 1913 et du 7 juillet 1914 fournissent au gouvernement allemand des analyses mises à jour du programme de construction des voies ferrées stratégiques en Russie, ainsi qu’une carte sur laquelle figurent les principales lignes en construction (la plupart à voies multiples), soulignées de bandes de couleurs vives : elles s’enfoncent profondément à l’intérieur du territoire russe, d’où elles convergent vers les fronts allemand et autrichien.[122] Moltke lui-même considérait la relation financière qui s’était créée entre la France et la Russie comme « l’un des coups stratégiques les plus destructeurs que la France nous ait portés depuis la guerre de 1870-1871 » et prévoyait qu’il permettrait de « faire pencher la balance au détriment de l’Allemagne »[123]. De fait, ces artères ferroviaires à deux ou quatre voix permettraient d’acheminer des effectifs russes très élevés au cœur du dispositif allemand (à l’époque, le tsar se targuer de pouvoir mobiliser quelque 2,5 millions d’hommes, soit beaucoup plus que les potentiels autrichien et allemand réunis). À partir du 2 janvier 1914, Le Matin, grand quotidien parisien, publie une série d’articles de son rédacteur en chef, Stéphane Lauzanne [124], de retour d’un voyage à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Le titre « La plus grande Russie » est tout un programme à lui tout seul. On y fait remarquer « l’extraordinaire concentration des forces [russes] à la frontière avec la Prusse. » Or, à l’époque, on considérait la rapidité de concentration et d’attaque comme un facteur capital de succès militaire. Et pour l’état-major français, la rapidité et l’efficacité de la mobilisation russe étaient des facteurs tout-à-fait cruciaux. L’encerclement de l’Allemagne n’était pas un fantasme des bellicistes allemands. C’était une réalité qui faisait courir un danger mortel à l’Empire allemand.

Ainsi l’épargne française avait-elle été mobilisée certes par l’appât d’un gain présumé rapide et sûr, mais aussi pour financer les projets guerriers du tsar [125]. Fabre-Luce ne pouvait ne pas le savoir.

Le petit-fils du fondateur du Crédit Lyonnais ne pouvait pas ne plus ne pas savoir que l’augmentation spectaculaire de la puissance militaire serbe à la veille de la Première Guerre mondiale était due, elle aussi, à l’épargne française : amélioration des chemins de fer, modernisation de l’armement, et accroissement important du nombre des unités combattantes, tout cela, financé par des prêts français, avait transformé la Serbie, ce nouvel avant-poste de la Russie dans les Balkans, en un formidable Etat guerrier [126]. Il va de soi que ces prêts étaient assortis de conditions contraignant les bénéficiaires à acheter des armes, des munitions et du matériel exclusivement aux industriels français. En 1914, un nouveau prêt est accordé par les Français à la Serbie, qui représente deux fois le budget de l’Etat serbe pour 1912 [127]. Bainville se désespère de voir l’épargne française s’investir dans de tels projets au lieu de financer de véritables entreprises validées par les marchés [128]. Le capitalisme français n’est pas assez capitaliste. C’est un capitalisme de rentier d’Etats – français et étrangers – un capitalisme soumis aux velléités de la politique étrangère de la France plus souvent qu’à son tour [129]. Un décret datant 1880 a donné au ministère des Finances le pouvoir de veto sur la cotation des prêts français à la Bourse de Paris- ce qui permettait au gouvernement français d’empêcher les banques de faire des prêts à des pays en défaveur au Quai d’Orsay. Par exemple : les banquiers français furent persuadés de couper leurs liens avec les Allemands et les Austro-Hongrois. Le placement d’un emprunt austro-hongrois sur la place de Paris fut même refusé par Poincaré en novembre 1911 [130].

Dans ce baril de poudre, il suffisait ce craquer une allumette pour que tout explose. Cette allumette, ce fut l’attentat de Sarajevo, dont on sait maintenant aujourd’hui qu’il fut provoqué au moins indirectement par des autorités serbes [131]. Princip, l’assassin de l’archiduc autrichien, et ses six complices étaient téléguidés par la Main Noire, une organisation clandestine dirigée par le Colonel Dragutin Dimitrijevic, dit « Apis », chef des services secrets de la Serbie.

Poincaré, quant à lui, a toujours nié catégoriquement le moindre lien entre Belgrade et le coup de feu fatal. Dans l’esprit du président français, ou du moins dans l’analyse qu’il faisait connaître, ce ne pouvait être que l’acte aberrant d’un individu isolé dont aucune organisation politique, et encore moins un Etat souverain, ne pouvait être tenu pour responsable. Cette thèse a prévalu, prévaut encore dans l’historiographie de la Première Guerre mondiale, surtout en France. En niant toute responsabilité à la Serbie dans l’attentat de Sarajevo, on en concluait que l’attentat avait servi de prétexte à l’Autriche et à son alliée l’Allemagne pour déclencher la guerre. On a vu quelques exemples plus haut de cette littérature.

Le calcul de Poincaré, des bellicistes français et des stratèges en chambre était le suivant : Si une crise balkanique dégénère en guerre, la Russie ne peut pas ne pas y être impliquée. Et par conséquent l’Allemagne et donc la France. Dans ces conditions, la France est sûre de l’emporter – et de récupérer l’Alsace-Lorraine. Aussi simple que cela !

Détaillons : Dans un mémorandum daté du 2 septembre 1912 – donc deux ans avant le déclenchement de la Grande Guerre – adressé au président du Conseil Poincaré, un certain colonel Vignal, du deuxième bureau de l’état-major général, prédit qu’une guerre commencée dans les Balkans mettrait la Russie et la France dans les meilleures conditions pour l’emporter sur l’Allemagne et accessoirement sur l’Autriche. De fait, puisque les Autrichiens seraient engagés sur le théâtre balkanique, l’Allemagne, pour les soutenir, serait obligée de redéployer une partie substantielle de ses forces pour défendre son front oriental contre la Russie, affaiblissant ainsi ses capacités offensives à l’ouest, sur le front français. Dans ces circonstances, la France et la Russie pourraient « parvenir à une victoire lui permettant de redessiner la carte de l’Europe » [132], sous-entendu le Bosphore sous contrôle russe et le retour de l’Alsace-Lorraine dans l’Hexagone. Ainsi la configuration militaire d’août 1914 était anticipée deux ans plus tôt par Poincaré. Et si le deuxième front allemand, à l’Est n’a pas permis à la France de remporter la victoire-éclair qu’elle espérait, du moins, de l’avis de Joffre et de Foch et de tant d’autres, ce même deuxième front a permis d’arrêter l’armée allemande sur la Marne – le mal nommé miracle de la Marne, qui n’a en fait rien de miraculeux. Dès lors, Poincaré n’aura de cesse que d’encourager les Russes sur la route de la guerre contre l’Autriche. Dans le plus grand secret. Les notes, dépêches et autres papiers diplomatiques relatifs à sa rencontre avec le tsar du 21 au 23 juillet n’ont jamais été retrouvés – on le répète.

« Le calcul de Poincaré, des bellicistes français et des stratèges en chambre était le suivant : Si une crise balkanique dégénère en guerre, la Russie ne peut pas ne pas y être impliquée. Et par conséquent l’Allemagne et donc la France. Dans ces conditions, la France est sûre de l’emporter – et de récupérer l’Alsace-Lorraine. Aussi simple que cela ! »

Malgré les dénégations farouches de Poincaré, notamment dans ses Mémoires, qui – on le sait aujourd’hui – sont tissés de contre-vérités, tout cela commençait à être connu en France, grâce d’abord aux communistes, il faut bien le dire, relayés opportunément par ce rejeton de la grande bourgeoisie dont nous venons de célébrer l’indépendance d’esprit. Pourtant, en 1930, la thèse non seulement de la culpabilité mais aussi de la barbarie allemandes était encore défendue par de « grands esprits », au premier rang desquels Georges Clemenceau, l’un des principaux artisans du Traité de Versailles. On frémit à relire sous la plume du célèbre Tigre, du Père-la-Victoire, qui eut entre ses mains le destin non seulement de la France, mais de l’Occident, idole de toute une génération, aujourd’hui encore célébré comme un héros de la France éternelle, les mots imbéciles qui fleurissent à longueur de pages de ce qui devait être son dernier livre, et qui fut en effet publié après sa mort, le 24 novembre 1929.

« Qu’est-ce donc que cette guerre préparée, entreprise et poursuivie par les hommes allemands, qui ont renoncé à tout scrupule de conscience pour la déchaîner en vue d’une paix de servitude sous le joug d’un militarisme destructeur de toute vie humaine ? Simplement la continuation, la reprise des violences éternelles des premières tribus sauvages, à des fins de déprédations par toutes les ressources de la barbarie [133]. »

Du même style : « Les extravagance viennent surtout de la faiblesse native de l’homme allemand qui le livre aux violences de ce que j’appellerai les primitives manifestations de l’animalité humaine [134]. »

Ou encore : « L’Allemagne, en cette affaire, a le malheur de se laisser emporter par la violence de son tempérament (en dépit de son art de feindre), jusqu’à l’extrême sincérité. « L’Allemagne au-dessus de tout ! » Elle ne demande pas autre chose et dès qu’il sera satisfait à sa demande, elle vous permettra de jouir d’une paix sous le joug. Non seulement elle n’en fait pas mystère, mais l’insupportable morgue de l’aristocratie germanique, la bonhommie servile de l’intellectuel et du savant, la grossière vanité du chef d’industrie le mieux adapté et l’exubérance d’une violente poétique populaire conspirent à briser dans l’univers toutes cloisons de dignité individuelle aussi bien qu’internationale [135]. »

Plus loin, il est question d’une « hypothétique civilisation allemande [qui] ne nous conduirait pas très loin parce qu’elle est encore à ce jour trop proche de la barbarie [136]. » « Ils détruisent les villes, ravagent les champs et déchaînent parmi les hommes des maux auprès desquels pâlissent les plus cruels exploits des plus grands dévastateurs [137] [...] auteurs responsables du plus grand crime contre l’humanité – cinquante-deux mois de guerre et des millions de morts [138]. »

Et de se demander : « Qu’est-ce donc que cette « civilisation germanique », monstrueuse explosion de volonté dominatrice, qui menace ouvertement de tout emporter des diversités d’évolutions acquises, pour leur substituer l’implacable maîtrise d’une race dont le rôle impérieux serait de se substituer, par la force des armes, à l’ensemble de tous les développements nationaux ? [...] loin que la « culture allemande » soit disposée à s’amender, nous la voyons proclamer, plus haut que jamais, le droit universel à la suprême domination qui lui confère sur les peuples, des droits de vie et de mort à faire valoir par n’importe quel moyen » [139].

« Au-dessus de tout – le cri de l’Allemagne n’est que la puérile hallucination d’un retour aux dominations primitives [140]. » Cette même Allemagne a été « coupable du plus grand crime européen prémédité, préparé, poursuivi à ciel ouvert » [141].

Et de conclure : « Si l’Allemagne, sous l’obsession d’un militarisme traditionnel, persiste dans son Deutschland über alles, eh bien, que le sort en soit jeté. Nous reprendrons l’affreuse guerre où nous l’avons laissée. Il faut avoir le courage de s’y préparer [142]. »

Pourtant grand rival de Clemenceau, Foch lui-même entonne encore le même refrain dix ans après l’armistice : « Le respect, la glorification de la force brutale, la guerre conçue comme une colossale entreprise de pillage, c’est tout ce qu’on trouve dans cette âme germanique et, vraiment, ce n’est pas beaucoup [143]. » « N’oublions pas qu’une des causes directes de la guerre de 1914 fut la tentation pour l’Allemagne d’atteindre d’un seul coup, « rien qu’en étendant le poing », les parties vitales de la France, l’ennemi principal [144]. » « Renoncer à la barrière du Rhin, c’est admettre cette monstruosité inimaginable, que, bien que battue, l’Allemagne, couverte de sang et de crimes, l’Allemagne responsable de la mort de millions d’êtres humains, l’Allemagne qui voulait détruire notre pays et le laisser couvert de ruines, l’Allemagne qui entreprenait de dominer le monde par la force, serait encore maintenue par notre abandon volontaire du Rhin, dans la possibilité de recommencer ses entreprises comme si elle avait été victorieuse [145]. »

Ces lieux communs de la germanophobie à la française avaient été enseignés pendant toute la Grande Guerre aux enfants des écoles. Tout l’enseignement dût être repensé en fonction de la propagande guerrière, en particulier les exercices et les sujets de devoirs. Par exemple ce sujet d’examen : « Le Loup et l’Agneau appliqué à la Guerre actuelle. Pensez surtout à la façon dont nos ennemis ont provoqué la Guerre. » Ou encore cet extrait d’un livre de lecture destiné aux élèves de cours moyen – dix ans. « Ce que je trouve de plus inquiétant à penser, c’est que dans les consciences allemandes dévoyées, la droiture ne pourra renaître du jour au lendemain. Il faudra sans doute plusieurs générations pour relever un sens moral tombé si bas. Ce peuple est devenu la honte et le danger de l’Europe » [146]. Le système français d’éducation « nationale » fonctionnait à plein régime. Rien de tel de l’autre côté du Rhin, où l’on s’efforçait au contraire de laisser les enfants « hors de la mêlée ». Si une haine se manifestait dans la population, ce n’était pas à l’égard de la France, mais de la Grande-Bretagne puisque la plupart des Allemands, à tous les niveaux, crurent jusqu’à la dernière minute qu’elle resterait neutre dans le conflit. Aussi son entrée en guerre fut-elle considérée comme une trahison. Albion avait mérité son qualificatif de perfide [147]. On a vu plus haut l’accueil enthousiaste qui avait été réservé à Guillaume II à Londres en 1891.

Une affiche placardée en 1915 sur les murs des villes et villages de la Douce France résume l’essentiel de ce bourrage de crâne. Elle fustigeait « Thor, la plus barbare d’entre les barbares divinités germaniques » [148].

Pour nous qui connaissons la suite de l’histoire, ces hallucinations ont des airs de prophéties. Comme si l’Allemagne allait vouloir se conformer aux pires cauchemars de Clemenceau, de Foch, de Poincaré et de tant d’autres dirigeants français de cette époque, répandus dans la population tels des virus, comme si l’Allemagne allait devenir la Barbare qu’ils avaient vue en elle. Levez-vous, Allemands désirés ! Si vraiment le Traité de Versailles reposait sur un mensonge, alors il y avait de quoi enrager tout un peuple soumis à son Diktat. D’où la justification de la montée de Hitler au pouvoir, on l’a déjà vu avec Papen. D’où aussi l’indulgence des critiques français de la Paix de Versailles à l’égard de l’hitlérisme.

Cette indulgence était encore plus répandue à l’étranger, soit dit en passant, notamment en Angleterre et aux Etats-Unis où la Paix de Versailles était tenue pour responsable des troubles de l’après-guerre des deux côtés du Rhin. Même après l’avènement d’Hitler au pouvoir, l’argument du Diktat est utilisé. Un témoignage parmi des centaines d’autres peut être trouvé dans les déclarations de Randolph Hearst lors de sa visite en Allemagne en août 1934 – vingt ans tout juste après le déclenchement de la Grande Guerre. Hitler, au pouvoir depuis un an et demi, a déjà montré la férocité de sa dictature, notamment lors de la toute proche Nuit des Longs Couteaux (29-30 juin 1934). Le magnat de la presse américaine [149] se déclare en en sympathie avec le peuple allemand en lutte pour se libérer des « termes iniques » du Traité de Versailles, et de « tout cœur » appuie « tout ce qui est bénéfique à l’Allemagne [150] ». À la suite de quoi Hearst sera reçu par Hitler !

En fait de barbarie, on avait encore rien vu…

Résumé de ma note :

1. J’ai fait exprès de titrer sur la non culpabilité de l’Allemagne. Dire que l’Allemagne n’est pas la seule coupable revient à dire que tout le monde est coupable et donc personne, ce qui n’avance pas beaucoup la réflexion. Le Centenaire qui s’annonce risque de s’enliser dans ce marais d’inintelligence pavé, comme l’enfer, de bonnes intentions.

2. Une nation n’est pas un individu, et ne peut donc pas être coupable. Ce sont donc des personnes en chair et en os qu’il faut accuser, et non des collectivités, quelles qu’elles soient. La prise en compte d’une responsabilité collective est le commencement de la barbarie.

3. Il y a avait bien sûr des bellicistes dans tous les camps et depuis longtemps (il y en a toujours), mais cela n’explique en rien le déclenchement de la guerre en aout 1914. En 1911, la guerre a été évitée parce que les gouvernements, et notamment le gouvernement français dirigé par Caillaux, n’en voulaient pas. Comme par hasard, c’est le même Caillaux qui a été assassiné politiquement en juillet 1914 (comme Jaurès l’a été pour de bon).

4. Le mythe « moral » de la culpabilité de l’Allemagne avait pour fonction de justifier les « Réparations », il ne faut jamais l’oublier. L’histoire, on le sait bien, est écrite par les vainqueurs, mais cette fois la falsification a été poussée jusqu’au chef d’œuvre.

5. En effet, ce mythe avait aussi pour fonction de masquer les vraies responsabilités du déclenchement de la catastrophe. Il venait compléter le travail de destruction d’archives et de désinformation systématique accomplie par quelques dirigeants politiques français, au premier rang desquels Poincaré.

6. Certes, personne n’avait prévu que le conflit serait aussi long et aussi meurtrier. À l’époque, tout le monde pensait qu’une guerre moderne ne pourrait être que courte pour des raisons à la fois techniques et financières. Cette erreur de prévision n’excuse en rien le crime qui a été commis. Mais elle explique l’acharnement qu’ont mis ses auteurs à se cacher.

7. La puissance économique de l’Allemagne avait en effet quelque chose d’insupportable pour la France (comme aujourd’hui !), mais le salut était dans la réforme économique, non dans la guerre, comme continuation de la compétition économique par d’autres moyens.

Partie 1. Partie 2.

Philippe Simonnot est un économiste libertarien. Il est l’auteur de Chômeurs ou esclaves : Le dilemme français (2013).

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Hans Keppi: ein Elsässer gegen Hitler

Posted on décembre 20th, 2013 by Klapperstein

Jean Keppi est une figure emblématique de l’autonomisme alsacien. Chrétien-démocrate, il dédia toute sa vie au service du peuple alsacien. Ses convictions politiques lui valurent maintes tracasseries avec la police et la justice française. Livré par les Français aux Allemands en 1940, il contacte l’opposition allemande anti-nazi dès 1942 et participe à l’opération Walkyrie dont le but était d’assassiner Hitler et de renverser le régime nazi.

Une personnalité oublié remise en lumière par Bernard Wittmann, auteur de nombreux ouvrages sur l’Histoire de l’Alsace, dont notamment  « Une histoire de l’Alsace, autrement » et  « Marianne m’a tuer » . UH

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Des Geyers Schwarzer Haufen

Posted on novembre 17th, 2013 by Klapperstein

Wir sind des Geyers schwarzer Haufen – Heyah Heyoh
Wir wolln mit Pfaff und Adel raufen – Heyah Heyoh

Spieß voran – hey! Rauf und ran
Setzt aufs Klosterdach den roten Hahn

Jetzt gilt es Schloß Abtei und Stift – Heyah Heyoh
Uns gilt nichts als die heil´ge Schrift – Heyah Heyoh

Spieß voran – hey! Rauf und ran
Setzt aufs Klosterdach den roten Hahn

Als Adam grub und Eva spann – Heyah Heyoh
Wo war denn da der Edelmann – Heyah Heyoh

Spieß voran – hey! Rauf und ran
Setzt aufs Klosterdach den roten Hahn

Wir wollen´s Gott im Himmel klagen – Heyah Heyoh
Daß wir die Pfaffen nicht dürfen totschlagen – Heyah Heyoh

Spieß voran – hey! Rauf und ran
Setzt aufs Klosterdach den roten Hahn

Wir woll´n nicht länger sein ein Knecht – Heyah Heyoh
Leibeigen, frönig, ohne Recht – Heyah Heyoh

Spieß voran – hey! Rauf und ran
Setzt aufs Klosterdach den roten Hahn

Geschlagen gehen wir nach Haus – Heyah Heyoh
Die Enkel fechten´s besser aus – Heyah Heyoh

Spieß voran – hey! Rauf und ran
Setzt aufs Klosterdach den roten Hahn

Endlich eine elsässische Funksendung über das Elsass!

Posted on septembre 9th, 2013 by Unsri Heimet !

Ci-dessous le podcast d’une émission de radio consacrée à l’Histoire de l’Alsace et proposée par la toute jeune équipe de Vent d’Est, l’antenne alsacienne de Méridien Zéro, radio alternative et dissidente française à laquelle des membres d’Unsri Heimet ont répondu avec plaisir à l’invitation. Le ton de l’émission est assurément autonomiste et malgré les imperfections de jeunesse, les choses ont enfin été dites et les tabous alsaciens brisés et c’est bien là l’essentiel. A très bientôt sur les ondes. Der Kampf für das Elsass geht immer und überall weiter! UH

Frankreich stolziert über die eigenen Kriegsverbrechen…

Posted on juillet 13th, 2013 by Klapperstein

Unsere französischen Nachbarn und deren Regierende geben sich öfters und gerne aus als die sogenannten Erfinder der Menschenrechte und haben sich’s zur Gewohnheit – ähnlich wie die Amerikaner – gemacht, anderen Völkern Lektionen in Sache Demokratie, Menschenrechte bzw. Menschenwürde erteilen zu wollen. Wenn es aber um die eigenen Kriegsverbrechen geht, sind die Franzosen jedoch plötzlich nicht mehr so zimperlich… manchmal sind sie sogar stolz darüber und prahlen damit:

Daß man Menschenhaut gerben läßt um sie dann sogar als Bekleidung zu benutzen, halten Sie für unmöglich bzw. zumindest für barbarisch… Die Franzosen haben es gemacht und sind heute hochoffiziell stolz darauf, wie man es im Naturwissenschaftsmuseum von Naoned der bretonischen Hauptstadt sehen kann.

Im Jahre 1793 – vier Jahre nach dem Beginn der äußerst blutigen französischen Revolution – hatten sich die Bretonen und die Vendéer (die Provinzen Anjou und Poitou) gegen die zentralistische Regierung der Republik erhoben, die 1792 dekretiert hatte, ihnen die letzten Sonderrechte wegzunehmen, die die französischen Könige ihnen gelassen hatten: diese Rebellen hießen die Chouans; die Republik wird sie unerbittlich und grausam bekämpfen. Dieser schmutzige Krieg im Westen Frankreichs wird um die 200.000 Opfer kosten, darunter auch – und gezielt – viele Frauen und Kinder. Unter der Führung von Saint-Just, Tureau, Chapelain, Beysser und des Elsässers Westermann – der von der Besatzungsmacht zweifelsohne deswegen noch heutzutage durch Straßennamen vielerorts geehrt wird… – werden Zivilisten massakriert: Frauen und Kinder werden in Öfen lebendig verbrannt… und nicht so selten wird Menschenhaut gegerbt und weiter als Leder verarbeitet, so bei der damaligen Gerberei Langlais bei Angers sowie auch in Meudon: am 14. August 1793 schreibt Saint-Just in seinem Bericht an die Pariser Regierung: »In Meudon wird Menschenhaut gegerbt. Die Haut von Menschen ist fester und schöner als die von Gemsen. Die von weiblichen Individuen ist weicher aber weniger fest…«.

Am 20. Jänner 1794 schreibt General Grignon: »Ich befehle Euch alles zu verbrennen, was verbrannt werden kann und alle Bewohner zu töten.« Aus Berichten von Generälen entnimmt man u.a.: »Wir töten um die 2.000 davon pro Tag… Ich habe heute morgen 53 Frauen und ebenso viele Kinder töten lassen… Ich ließ alle Häuser verbrennen und allen Einwohnern die Kehle durchschneiden, die ich gefunden…«

Der elsässische General Westermann schrieb: »Es gibt keine Vendée mehr, sie ist unter unserm freien Schwert gestorben, mit deren Frauen und Kindern. Ich habe sie eben in den Mooren und Wäldern von Savenay begraben. Den Befehlen folgend, die Sie mir gaben, ließ ich die Kinder unter den Hufen der Pferde töten und die Frauen massakrieren, die so zumindest keine Rebellen mehr gebären werden. Ich habe keinen Gefangenen, ich habe alle ausgerottet. [...] Wir machen keine Gefangenen mehr, man sollte ihnen dann das Brot der Freiheit geben und Mitleid ist nicht revolutionär…«

Im Naturwissenschaftsmuseum von Naoned wird also heute noch eine damals als Bekleidung verarbeitete gegerbte Menschenhaut eines bretonischen Freiheitskämpfer stolz als eine Art Trophäe ausgestellt: eine grausame Mißachtung der elementarsten Menschwürde.

Die bretonisch-nationale Partei Adsav organisierte im vergangenen Hornung eine Protestdemonstration gegen jene Zumutung. Sie fordert die Rückgabe der sterblichen Hülle jenes unbekannten bretonischen Soldaten an sein Volk, damit er endlich würdig bestattet werden kann, bzw. eine offizielle Entschuldigung Frankreichs für die an die bretonische Nation begangenen Verbrechen.

Könnte man vielleicht auch verlangen, daß Kriegsverbrecher wie General Westermann nicht mehr geehrt sondern geächtet werden…?

Karl Goschescheck  - März 2003

Quelle :  Neues Elsaß-Lothringen

Das höchste Bauwerk der Welt

Posted on décembre 17th, 2012 by Klapperstein

Ab 1647 war das Straßburger Münster für 230 Jahre höchstes Bauwerk.

Liste der höchsten Gebäude ihrer Zeit

Straßburg, Wiege der deutschsprachigen Presse

Posted on novembre 14th, 2012 by Klapperstein

1605 gründete der Drucker Johann Karolus in der elsässischen Hauptstadt die « Relation ». Es war die erste Zeitung in deutscher Sprache und zugleich die erste Zeitung der Welt.

Johann Carolus (26. März 1575 in Mühlbach (Münstertal); † 15. August 1634) war ein deutscher Drucker, Buchbinder und Verleger in Straßburg. Sein Vater Georg oder Jörg Carolus war Pfarrer und stammte aus Meiningen (Thüringen). Johann Carolus, der 1599 durch Heirat das Straßburger Bürgerrecht erworben hatte, übernahm 1604 den Jobinschen Verlag und war Herausgeber der Wochenzeitung Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien, die erstmals 1605 in Straßburg erschien. Dokumentiert ist dies durch ein Gesuch an den Rat der Stadt Straßburg, in dem er sich nach Publikation der ersten zwölf Ausgaben vergeblich um die Erteilung eines Monopolrechtes bemühte. Gleichwohl konnte das Blatt bald danach herauskommen.

Der erste bis heute erhaltene Jahrgang der Zeitung ist 1609; die ersten Jahrgänge sind offenbar verschollen. Die Relation erschien bis 1659 und wird vom Weltverband der Zeitungen als erste Zeitung der Welt anerkannt (1). Auf Dokumente zur Straßburger Pionierleistung stieß der deutsche Pressehistoriker Martin Welke 1987 gemeinsam mit dem Straßburger Archivar Jean-Pierre Kintz. Welke nennt das Gesuch an den Straßburger Rat „die Geburtsurkunde der Zeitung“. Carolus versah in Straßburg auch die Ämter eines Kirchenpflegers und eines Ratsherrn.

 (1) Weltverband der Zeitungen: Zeitungen: 400 Jahre jung!  La presse : quatre siècles de jeunesse !

Verbundenen Artikel : Wie 1605 in Straßburg die moderne Zeitung entstand

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