3.0.1" />
Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

Dossier sur le chèque éducation

Freie Bildungswahl für alle, nicht nur für Reiche

Le système du chèque éducation permet de rendre l’enseignement dit privé gratuit au même titre que l’enseignement public.

Cette gratuité est bien sûr toute relative du point de vue du contribuable puisque dans les deux cas l’argent provient de l’impôt.

Les parents désirant inscrire leurs enfants dans un établissement non public, dépendant d’une entreprise privé ou d’une association, se voient alloué pour chaque enfant sous la forme d’un chèque éducation la somme équivalente à celle que l’État dépenserait pour une même inscription dans un établissement publique.

Le libre choix de l’école n’est plus le privilège des plus riches, mais devient  accessible à tous : Freie Bildungswahl für alle, nicht nur für Reiche.

Ce qui change, avec le chèque éducation, c’est que l’État, sous prétexte de redistribuer généreusement l’argent qu’il a collecter aux plus riches pour le redistribuer aux plus pauvres, ne conditionne plus cette généreuse redistribution à sa tutelle et sa mainmise sur l’éducation des enfants des citoyens et qui sont également de futures citoyens.

Le chèque éducation permet donc de concilier remarquablement le principe d’égalité, qui veut qu’en matière d’éducation les disparités sociales soient fortement atténuées par la redistribution de l’impôt, et le principe de liberté, qui veut que des citoyens sensés être libres puissent librement décider de l’éducation donné à leurs enfants, aussi bien au niveau du contenu que de la forme pédagogique.

Parlons clairement, le libre choix de l’école, c’est à dire le système du chèque éducation, est un droit fondamental que tout citoyen d’un pays qui se dit libre et démocratique est en droit d’exiger. Il s’agit d’une question éminemment politique, avant d’être une question d’efficacité pédagogique.

A l’instar de la démocratie directe, l’école libre est un droit civique fondamental et un des fondements d’une véritable démocratie. Si la souveraineté provient vraiment des citoyens, et non de l’État lui-même, c’est aux citoyens eux-mêmes de contrôler et de choisir librement l’éducation de leurs enfants, et non à l’État , à moins de considérer qu’un despotisme éclairé soit nécessaire au bon fonctionnement de la société.

Et c’est justement la pensée dominante et unique actuelle qui fait continuellement l’apologie d’un despotisme éclairé qui ne dit pas son nom en refusant la démocratie directe, en défendant les médias publiques (qui sont à l’instar de l’école publique de véritables organes de propagandes) et en plébiscitant l’école publique obligatoire sous prétexte de redistribuer équitablement l’impôt. Or il ne s’agit que d’un prétexte, le chèque éducation permettant également une juste redistribution de l’impôt, en plus de permettre une plus grande efficacité pédagogique par rapport au système bureaucratique et complètement sclérosé de l’immense administration qu’est l’Éducation Nationale.

En un mot comme en mille, le chèque éducation a trois caractéristiques principales :

–   il représente un droit civique élémentaire, correspond à une vision véritablement démocratique et à une réalité humaine fondamentale  : l’enfant appartient à ses parents, et non à l’État

–   il permet une redistribution sociale de l’impôt comme le système d’éducation publique obligatoire

–   il permet une meilleure instruction et une meilleure éducation à moindre coût

Pour notre part, nous sommes favorables à ce que le chèque éducation soit attribuer exclusivement à des associations, et non à des entreprises privés, de manière à ce que l’argent des impôts soit utilisé dans les meilleurs conditions possibles, dans le plus grand intérêt des contribuables et des élèves.

L’introduction du chèque éducation en Alsace, outre d’amélioré fortement l’efficacité de l’enseignement, donnerait enfin la possibilité aux Alsaciens de se réapproprier leur langue et leur histoire, et contribuerait également à l’établissement d’un véritable esprit démocratique, les citoyens et leurs enfants n’étant plus considéré comme devant être sous la tutelle de l’État, mais c’est au contraire l’État qui serait à juste titre considéré comme propriété des citoyens, comme le veulent la logique démocratique et le bon sens le plus élémentaire.

Ci-dessous 10 articles traitants de la question du chèque éducation et du libre choix de l’école subventionné par les deniers publics. Les sept premiers y sont clairement favorables, les trois suivants franchement hostiles. Ces trois derniers articles montrent bien que les détracteurs du chèque éducation, sous couvert de lutter contre le libéralisme ou l’argent roi, sont indéfectiblement attaché au principe de despotisme éclairé qu’ils nomment vivre ensemble, citoyenneté solidaire, valeurs républicaines et République Française. U.H.

_____________________________________________

o

La Suède et le chèque éducation

Les Suédois sont fiers de leur système scolaire  car il est très performant académiquement, si l’on en croit les classements internationaux, tout en étant très social : les différences de revenus y ont un bien plus faible impact sur les résultats académiques qu’en France ; et  les familles défavorisées ont accès aux mêmes écoles que les familles aisées, grâce à la gratuité que permet le chèque éducation.  La Suède est aussi le pays qui pratique le libre choix de la manière la plus poussée.  Pour les tenants du libre choix scolaire, c’est le chèque éducation introduit en Suède depuis 1992 qui est la cause des exceptionnels résultats suédois.   « Concurrence entre établissements publics et privés, pareillement gratuits, abrogation de la carte scolaire, liberté pédagogique : toute ressemblance avec la France a disparu. », peut-on lire dans le chapô d’un article de L’Express. Nous avons rencontré Jacob Arfwedson, chercheur à l’IREF.

Bien que fortement débattu à l’origine, le chèque éducation suédois est désormais passé dans les mœurs.

C’est en 1992 que le gouvernement de centre-droit a mis en place le chèque éducation en Suède, après avoir décentralisé en 1988 leur système éducatif jusque-là entièrement public et centralisé.  Par ce système égalitaire, les pouvoirs publics financent de la même manière tous les enfants, qu’ils aillent dans le public ou dans le privé, sans tenir compte des revenus des parents. C’est ce qu’on appelle le chèque éducation universel. Le niveau du chèque est fixé par chaque municipalité, non pas par l’Etat.

Son introduction a donné lieu à des débats passionnés : l’inquiétude principale était qu’elle conduise à défavoriser les écoles publiques et à accroître la ségrégation sociale et ethnique des populations. En revanche, nul ne contestait que c’était aux parents et non à l’Etat de choisir l’éducation de son enfant.

En 1994, lorsque les socio-démocrates arrivèrent au pouvoir, ils ne remirent pas en cause ce système.  « Initialement réticente, la gauche a donc fini par se rallier à ce nouveau système. » « Ce qui importe, ce n’est pas de savoir à qui appartient l’école, mais ce qui s’y passe, estime Ibrahim Baylan, ministre de l’Education (2004-2006) dans le dernier gouvernement social-démocrate », selon l’Expansion. L’école suédoise est donc passée en moins d’une décennie d’une gestion parmi les plus centralisée et bureaucratisée du monde à une gestion reposant sur le libre choix des parents, plus libérale qu’aucun autre système au monde.

Les objectifs de l’introduction du chèque éducation

En 1992, le système étant déjà très performant académiquement dans son ensemble, le but de cette libéralisation était donc surtout d’offrir une plus grande variété de choix aux parents et, par la concurrence qu’’il instaure entre les écoles, de conduire à un renforcement de la qualité de l’ensemble des écoles publiques comme privées. L’idée prévalait aussi que le privé allait conduire à une meilleure utilisation des ressources publiques en matière scolaire qui pousserait les écoles publiques à être à leur tour plus attentive à la qualité de leurs dépenses.

Le choix des familles est désormais très ouvert

« Les parents ont beaucoup plus de choix qu’auparavant », indique Carl-Gustaf Stawström, président de l’association des écoles indépendantes. Il n’en a pas toujours été ainsi. Le pays compte pas moins de 994 écoles indépendantes. Les écoles indépendantes sont maintenant présentes dans les deux tiers des communes et fréquentées par 10 % des élèves du primaire et 17 % de ceux du secondaire.  Dans certaines municipalités, près de la moitié des élèves peuvent être scolarisés par des écoles indépendantes sans frais de scolarité.

Comment ça marche?

Ces chèques éducation  (« argent-école » si l’on traduit directement du Suédois, également appelés vouchers) sont remis aux parents désirant inscrire leurs enfants dans le privé (les friskolas) plutôt que dans  le public. Tous les enfants de 7 à 17 ans peuvent bénéficier d’un financement public  s’ils sont scolarisés dans une école privée, quels que soient les revenus de leurs parents ou le type d’école qu’ils désirent (confessionnelle, non confessionnelle, Steiner, Montessori, spécialisée dans les sciences….). Ils reçoivent de la municipalité exactement le même montant que ce qui est dépensé pour un enfant dans l’école publique dans la même commune. Toutes les écoles publiques ou privées sont donc totalement gratuites pour les parents, que ces derniers soient aisés ou défavorisés.  Les enseignants des friskolor sont des agents privés embauchés par les écoles elles-mêmes.  Les friskolor sont généralement de petite taille, beaucoup plus petites que les établissements municipaux. Les écoles publiques (qui sont donc municipales) sont en concurrence directe avec les écoles privées financées par voucher. Ces friskolor peuvent être créées dans un but non-lucratif sous forme  de coopérative (de parents ou de professeurs), de fondation, d’association  mais aussi sous la forme d’une entreprise.  Même sous cette forme lucrative, elles sont financées par le même système de chèque éducation. En revanche, elles n’ont jamais le droit de percevoir des frais de scolarité en complément des vouchers et elles doivent prendre tous les élèves intéressés, sans sélection, dans la seule limite des places disponibles.

Une concurrence entre les écoles qui est clairement recherchée

La très sociale Suède ne partage pas les craintes françaises à l’égard de la notion de concurrence en matière scolaire. Elle le dit clairement : son objectif est de créer une vive concurrence entre les établissements pour les pousser à l’excellence et éviter de financer des établissements décevants. C’est dans ce même esprit qu’elle a supprimé la « carte scolaire ».

Cette concurrence conduit à ce que les mauvaises écoles (publiques ou privées) perdent des élèves, donc des financements et en viennent à fermer et à ce que les meilleures, inversement, se développement et prennent en gestion un nombre croissants d’établissements.  Le montant des chèques octroyés aux parents désirant inscrire leur enfant dans une école libre est déterminé en fonction du coût moyen d’une place à l’école publique dans la municipalité de l’élève.  Ce montant peut être complété par la municipalité en cas de besoin spécifique lié à un handicap par exemple.

Des écoles très variées dans leur structure juridique et leur management

Les premières écoles ont été créées surtout pour les enfants à besoins éducatifs particuliers ou pour développer des écoles confessionnelles, comme c’est le cas de 10 % des friskolas aujourd’hui. Elles étaient à but non lucratif. Aujourd’hui,  ces écoles existent toujours mais la grande majorité des écoles sont  généralistes et  63 % d’entre elles sont gérées par des entreprises. Certaines entreprises sont très profitables, de grande taille, et cotées en bourse : les  994 écoles sont gérées par 550 opérateurs différents, qui vont de l’association de quartier au groupe coté en Bourse.

Que des entreprises fassent du profit alors qu’elles sont financées par le contribuable est un point critiqué par certains tandis que d’autres rétorquent que ce n’est pas un problème tant qu’elles délivrent un enseignement dont la qualité est recherchée par les parents.  Ce qui compte selon eux, c’est la qualité du service rendu à l’élève pour un même coût donné pour la collectivité.

Le sondage Demoskop/ Association des écoles libres, août 2011  montre qu’une partie significative des bénéfices est réinvestie dans les écoles : plus de la moitié des entreprises (54 %) affichaient un bénéfice. Parmi celles-ci, 53 % prévoyaient d’investir ces ressources dans l’équipement et les locaux, alors que 28 % avaient l’intention de développer le contenu des activités sous forme de meilleures méthodes et pratiques. 11 % voulaient grandir : embaucher ou créer de nouvelles activités. Seuls 6 % ont répondu qu’elles envisageaient de distribuer une partie ou la totalité des bénéfices. Ces chiffres sont à peu près les mêmes pour les écoles qui n’ont pas réalisé de bénéfices.

Changer d’école est très facile

Les parents choisissent. S’ils ne sont pas satisfaits et ont repéré un établissement qui leur semble plus adapté à leurs besoins, ils peuvent lui adresser une demande.  Si elle dispose d’une place disponible, l’école acceptera automatiquement l’enfant.

Qu’en pensent en général les chercheurs?

Les chercheurs s’intéressent  aujourd’hui quasi exclusivement à la performance académique  et à la justice d’ensemble des systèmes scolaires : lorsqu’on introduit une réforme, les élèves apprennent-ils davantage et mieux ? Les différences de réussite scolaire des différentes catégories sociales se creusent-elles ? Des milliers d’études ont porté sur la Suède, le pays qui a poussé le plus loin le libre choix scolaire pour savoir si la multiplication des écoles indépendantes gratuites faisait l’ensemble du système. A l’exception des études militantes, les études scientifiques concluent toutes à peu de choses près que les effets académiques ne sont pas significatifs. Quant aux effets sur la ségrégation sociale, ils sont impossibles à analyser car le développement des écoles indépendantes s’est accompagné en pratique d’une révolution pédagogique (consistant en gros à introduire des méthodes d’apprentissage individualisées laissant beaucoup plus de libertés aux élèves, méthodes qui – selon les chercheurs – tendent à desservir les enfants d’origine sociale modeste). Au niveau financier, on note une légère augmentation des dépenses publiques. Mais là encore, c’est plus le statut rigide des professeurs des écoles municipales qui interdit de réduire autant que nécessaire les effectifs publics lorsque le nombre d’élèves baisse qui en est largement la cause. Les études n’apportent donc aucune conclusion nette.

Un système qui est en revanche plébiscité par les parents et qui est source d’améliorations locales très visibles

Les parents suédois apprécient manifestement de pouvoir choisir l’école de leur enfant, de n’être pas obligé à fréquenter une école qui ne leur convient pas. La concurrence entre écoles les pousse localement  à s’améliorer constamment au niveau d’une municipalité. L’introduction d’acteurs privés ayant une logique d’entreprise a créé une culture de gestion plus favorable aux économies qu’auparavant : les écoles sont désormais mieux gérées. Sur le plan des libertés et de la justice sociale, le progrès est évident : tous les parents sont mis sur un pied d’égalité ; riches ou pauvres, ils peuvent envoyer leur enfant dans une école privée. La variété des écoles développées permet à plus de familles de trouver une école qui leur convienne. En démocratie, il est logique que les écoles soient diverses dans leur vision éducative. Les écoles à chèque  éducation peuvent ainsi être confessionnelle ou correspondre aux idées d’un groupe de parents, à l’instar de la fameuse école EGALIA qui prétend élever les enfants de maternelle à l’abri de tout « préjugé genré ». De bonnes pratiques peuvent se développer… et les mauvaises être définitivement disqualifiées sans avoir eu le temps de nuire à l’ensemble de la population scolaire, comme c’est hélas le cas dans le pays centralisé qu’est la France. L’Etat qui fixe les curriculums et inspecte les écoles peut les repérer et les diffuser ensuite. Autre élément jugé fondamental par tous les chercheurs en éducation, l’implication des parents. Le voucher favorise une plus grande implication des parents (tous ceux qui posent un choix) et donc tend à améliorer les progrès des enfants.

A la différence des études précédemment évoquées, l’étude publiée par l’IREF a ceci de notable qu’elle s’intéresse aux différences de performance académique et économique des écoles indépendantes par rapport aux écoles municipales au lieu de prendre pour objet de leur étude, comme les autres chercheurs, l’évolution du système scolaire dans son ensemble.

Il apparaît ainsi que les écoles indépendantes suédoises sont moins coûteuses que les écoles publiques.

L’étude de l’IREF (cf ci-après) indique que « Le coût d’un élève dans une école libre était plus faible que dans le système public pendant la période 2005-2009, et les écarts se sont creusés. En 2009, le coût d’un élève dans le privé était inférieur de 11 % à celui d’un élève dans le public. Les coûts municipaux ont augmenté de 13 % et ceux des écoles libres de 4 %. Dans l’ensemble, la quasi-totalité des coûts ont augmenté davantage dans les écoles municipales que dans les écoles libres. »

L’étude de l’IREF montre aussi que les écoles libres ont de meilleurs résultats académiques que les écoles municipales.

Les friskolor ont des résultats académiques  meilleurs que les écoles municipales.  En 2012 par exemple, selon les statistiques de l’éducation nationale suédoise données par le chercheur Jacob Arfwedson, 76,2 % des élèves des écoles municipales avaient atteint les objectifs fixés dans l’ensemble des matières contre 84,3 % dans les écoles indépendantes. Depuis 2005, les écoles libres sont systématiquement meilleures, avec une différence d’au moins 5 points.

Suite à la multiplication des écoles indépendantes gratuites, le système a connu une forte diversification pédagogique, que les Suédois – pourtant très égalitaristes – appelaient de leurs vœux.

La loi suédoise laisse les écoles libres de leurs programmes, de leurs horaires, dès lors qu’elles respectent le curriculum national. Elles sont soumises à des inspections de l’Education nationale suédoise. Cette liberté pédagogique rend possible une forte diversification des styles éducatifs et pédagogiques.

« Même si la plupart de ces écoles indépendantes sont concentrées dans les grandes villes comme Stockholm, Göteborg ou Malmö, leur impact sur l’ensemble du système éducatif a été énorme. La Suède fourmille aujourd’hui d’établissements de tailles et de confessions différentes, offrant des programmes et des méthodes très variés. La gratuité a notamment contribué à l’essor, dans des quartiers défavorisés, d’écoles expérimentales, telles que Montessori et Steiner, jadis apanage des familles aisées.

Le secteur public n’a pas non plus échappé à cette diversification. Pratiquement chaque école communale du pays a ouvert de nouvelles filières (informatique, langues, arts, etc.) pour renforcer son attractivité. En quinze ans, le paysage scolaire a été métamorphosé. » (in l’Expansion).

Pourquoi le succès suédois nous concerne

Certes, comparaison n’est pas raison.  Mais en France, on refuse trop facilement de tirer des leçons des comparaisons internationales au nom des différences  structurelles qui distinguent inévitablement les différents pays comparés. Ainsi, on entend souvent que le système suédois ne fonctionne que parce qu’il est un petit pays. Dans la mesure où il repose sur une totale décentralisation justement, les échelons décisionnaires étant les parents et les municipalités, cette critique semble dénuée de pertinence.

Une critique souvent entendue est que la Suède  réussirait car elle aurait à éduquer une population culturellement homogène. Là aussi c’est entièrement faux : la Suède est l’un des pays les plus ouverts à l’immigration d’Europe avec 14 % de sa population d’origine immigrée (ndlr : née à l’étranger, selon la définition de l’INED).

De surcroît, la France et la Suède se ressemblent aussi par le fort degré de ségrégation urbaine qui les caractérise. Autre point commun, culturel cette fois, le fort attachement à l’Etat. Plus encore que la France, ce qui est pourtant difficile à trouver lorsqu’on fait des comparaisons internationales. En effet, jusqu’à la décentralisation de 1988, l’Etat gérait de façon monopolistique la totalité des écoles et appliquait comme la France une carte scolaire.

De plus, la Suède est très attachée à la justice sociale et l’égalité, tout comme la France qui se caractérise par une passion égalitariste si bien décrite par Alexis de Tocqueville.

Enfin, si le cas suédois nous intéresse c’est parce qu’il est développé dans un cadre budgétaire réaliste par rapport aux contraintes qui pèsent actuellement sur les finances publiques françaises. Autant de points communs entre la France et la Suède qui rendent possibles les comparaisons.

Quelle : liberte scolaire (28/11/2013)

_____________________________________________


Libres et égaux devant l’éducation : le chèque-éducation social.

Tribune libre de Emilien Halard (4 avril 2013)

Le cri du Sorbonnard a déjà abordé  la tentation totalitaire de l’Etat  qui veut éduquer les enfants à la place des parents  au lieu de se contenter de leur donner l’instruction qui leur est due: Je voudrais pour ma part évoquer la solution politique qui peut être apportée à cette tentation totalitaire.

Revenons, pour commencer, au cœur du problème. L’école publique justifie son statut privilégié par la neutralité qui serait la sienne. Or, cette neutralité n’est qu’un mythe. L’Histoire (écrite par les vainqueurs, mais surtout racontée à travers le prisme idéologique de ceux qui l’enseignent), la philosophie, la littérature (qui véhicule nécessairement la philosophie de vie de ses auteurs), l’éducation civique, l’éducation sexuelle, les « cours de morale » sont autant de matières qui ne peuvent pas être enseignées de façon neutre. Les professeurs peuvent  bien sûr essayer d’enseigner ces matières de la façon qui leur semblera la plus objective, mais ce sera, au mieux, leur vision de la neutralité qu’ils enseigneront. Et même dans les matières qui pourraient théoriquement  être neutres, force est de constater que cette neutralité n’est pas toujours respectée. Il en est ainsi des « SVT » sciences de la vie et de la terre, où l’épreuve officielle du Bac en 2004 a demandé aux candidats d’exposer les arguments en faveur de la légalisation de l’avortement, puis dont les programmes ont fait l’apologie de la théorie du gender. Aujourd’hui, nous avons en France un système scolaire à deux faces également nocives : – d’un côté, un système public où les enseignants imposent aux parents leur vision de l’éducation, - et de l’autre, un système scolaire privé que les parents sont libres de choisir, moyennant le paiement de frais d’inscription…

Notre système scolaire présente ainsi un double inconvénient. D’une part, seuls les foyers suffisamment riches peuvent s’offrir le luxe de décider quelle éducation ils veulent offrir à leurs enfants. D’autre part, les enfants placés dans ces écoles libres viennent nécessairement en majorité de milieux assez aisés. Il en résulte une situation particulièrement malsaine où les enfants de riches vivent entre eux, entretenant sans le vouloir un « communautarisme de riches » jadis dénoncé par Ségolène Royal .

Il existe pourtant une solution tant au caractère liberticide du système public qu’au caractère bourgeois du système privé : le chèque-éducation social. Le principe du chèque-éducation est que l’Etat alloue une même somme à la scolarité de chaque enfant. Les parents sont alors libres de choisir l’école qu’ils veulent, en payant l’inscription avec le chèque que l’Etat leur remet, ou que l’Etat remet à l’établissement qu’ils ont choisi. En conséquence, plus une école réussira à attirer des élèves, plus elle disposera de moyens financiers. Les écoles seront ainsi directement incitées à améliorer la qualité de leur enseignement. Pour permettre une certaine stabilité dans les ressources de l’école, il est possible de prendre en compte le nombre moyen d’élèves inscrits sur, par exemple, les 5 dernières années. Certains reprocheraient au chèque-éducation d’approfondir le fossé social en finançant les écoles privées. Cependant, dans sa version « chèque-éducation social », le chèque éducation supprime au contraire le fossé social qui existe dans le système actuel. Le chèque-éducation « social » interdit en effet aux écoles bénéficiant de ces chèques de demander un seul centime de plus aux parents. Bien entendu, le chèque-éducation social ne résoudra pas tous les problèmes. Mais il aura déjà le mérite de respecter la liberté de conscience et d’éducation des parents et de mettre fin à la ségrégation sociale qui existe de fait dans le système actuel. Enfin, il permettra également de redonner une légitimité aux professeurs. Comment, en effet, un professeur pourrait-il s’attendre à être respecté de ses élèves, s’il leur enseigne des valeurs contraires à celles qu’ils reçoivent de leur famille ?

Quelle : Le Cri du Sorbonnard

_____________________________________________

o

Le chèque-éducation bientôt au programme de l’UMP ?

La Droite forte, premier courant de l’UMP, vient d’adopter le chèque éducation dans son programme. Bientôt la même chose à l’UMP ? Par Jean-Baptiste Noé. (7 avril 2013)

Le mouvement de la Droite forte est le premier mouvement de l’UMP, sa motion ayant obtenu le plus de voix lors des dernières élections, il est vrai occultée par le duel Copé / Fillon.

Le mouvement a tenu mardi 2 avril 2013 sa première réunion thématique, consacrée à l’éducation. Parmi les deux pistes envisagées pour sauver l’école et mettre un terme à sa destruction figure l’autonomie des établissements et le libre choix des parents, c’est-à-dire l’instauration du chèque éducation.

C’est la première fois qu’un courant dominant d’un parti politique de gouvernement inscrit le chèque éducation à son programme. C’est un immense progrès, pour les défenseurs de la liberté et pour les partisans d’une école forte. Rien ne permet de savoir si cette idée sera reprise dans le programme futur de l’UMP, mais c’est déjà un point de départ important.

Le chèque éducation est la seule façon de bâtir une école respectueuse de chacun, peu coûteuse, et efficace. Ce thème a déjà été abordé a de nombreuses reprises sur ce site. Nous ne pouvons que nous féliciter qu’il soit enfin mis en valeur au sein d’un parti de gouvernement, en attendant qu’il passe dans les faits.

Extraits du projet éducatif de la Droite forte :

« Arrêtons l’hypocrisie. Nous proposons d’agir, en deux temps : Le premier est celui de l’urgence. Nous proposons un cadre pour établir immédiatement les conditions dans lesquelles l’École pourra achever sa mission fondamentale : la transmission des fondamentaux pour tous et la construction d’une École où chacun trouve sa place.

Nous proposons de doubler les heures de Français à l’École primaire, de mettre en place des classes de remise à niveau entre le primaire et le collège pour qu’aucun élève ne continue son parcours sans les fondamentaux, de mettre fin au moule du collège unique et d’introduire 50% de personnalités issues de l’entreprise et de la société civile dans les conseils d’administration des établissements.

Le second temps est celui de l’ambition que nous avons pour l’École. Nous rêvons d’une société dans laquelle les parents peuvent choisir l’établissement de leurs enfants ; une société où les élèves trouvent un établissement qui leur permette de réussir, quelle que soit leur origine ; une société où les enseignants soient à nouveau motivés par un projet collectif.

Pour construire cette École du mérite qui donne à chacun sa chance, nous proposons de libérer l’École grâce à un référendum sur la liberté de choix des parents et l’autonomie des établissements avec 2 objectifs : la totalité des établissements doit être autonome en 15 ans, dont un tiers en 5 ans. Cette mesure va de pair avec la libération de l’offre de l’éducation pour tous : la hausse du quota de l’offre privée et la mise en place d’un « ticket éducation ».

Quelle : Contrepoints

__________________________________

o

Chèque-éducation : entretien avec Jacques Bichot, économiste

Jacques Bichot est professeur honoraire d’économie à l’Université Jean-Moulin Lyon III et chargé d’études à l’Institut de recherche indépendant pour l’éducation (IRIÉ).

Roman Bernard : Jacques Bichot, on parle beaucoup, aujourd’hui, de la « crise de l’école ». La question des méthodes pédagogiques est abondamment traitée, celle des structures l’est beaucoup moins. Mais n’est-ce pas dans les structures, précisément, que réside cette crise ?

Jacques Bichot : Les structures de l’école conditionnent la manière selon laquelle on enseigne, on encadre les élèves, on façonne les programmes. Dès lors que l’éducation est pilotée au niveau national, les programmes deviennent politiques. Si une décision du ministère de l’Éducation nationale est mauvaise, c’est une catastrophe, car elle est généralisée à tout le pays, et met très longtemps à être corrigée. La méthode globale d’apprentissage de la lecture en est un bon exemple.

Il faut donc que les programmes, les méthodes, les objectifs soient libres : des erreurs seront certes commises, mais elles permettront un apprentissage de la liberté. Il est préférable que les Français découvrent leurs erreurs par eux-mêmes. Les bonnes méthodes finiront par s’imposer, car les enseignants seront sensibles à celles qui marchent. D’autant que les parents pourront faire pression sur les écoles une fois que la carte scolaire aura été abolie et que le libre choix sera possible.

R.B. : Comment définiriez-vous le chèque-éducation ?

J.B. : C’est une méthode qui utilise l’argent du contribuable, comme aujourd’hui, mais d’une manière tout à fait différente. Aujourd’hui, l’État paie directement les enseignants, et les collectivités territoriales (1) paient les personnels administratifs et techniques. Le chef d’établissement ne peut donc pas recruter le personnel. Il n’y a aucun retour quand un enseignant est bon, ou insuffisant. Il en va de même pour les établissements : personne n’est directement responsable de leurs résultats.

Or, ces résultats ne sont pas liés qu’aux conditions sociologiques de l’environnement, mais aussi aux compétences de l’équipe pédagogique. Mais aucune distinction n’est faite entre les établissements.

Le chèque-éducation permet d’y remédier, en finançant les établissements au prorata du nombre d’élèves. Si l’établissement est bon, il aura davantage d’élèves.

« Il y a une injustice majeure : si vous mettez votre enfant hors de l’Éducation nationale, cela vous coûte très cher [...]. Seuls les riches peuvent le faire. »

R.B. : Le chèque-éducation n’est-il pas un moyen de rendre aux familles qui mettent leurs enfants dans le privé hors-contrat les impôts qu’elles paient pour l’Éducation nationale ?

J.B. : Il y a une injustice majeure : si vous mettez votre enfant hors de l’Éducation nationale, cela vous coûte très cher, comme dans le cas des écoles internationales. Seuls les riches peuvent le faire.

C’est la même chose dans l’enseignement supérieur. Les Instituts d’administration des entreprises (IAE) ont des frais de scolarité faibles, étant publics : quelques centaines d’euros. À l’inverse, les écoles de commerce privées ont des frais de scolarité très élevés, allant de 5 000 à plus de 10 000 euros. Le chèque-éducation permettrait de financer aussi bien les écoles privées que les publiques.

Le préalable est que les gens se rendent compte du coût de l’éducation. Peut-être faudrait-il créer une contribution fiscale spécifique pour l’éducation.

R.B. : Le chèque-éducation mettra-t-il fin à la ségrégation sociale induite par la carte scolaire ?

J.B. : Le chèque-éducation est incompatible avec la carte scolaire. Il permettra surtout de mettre fin au traitement indifférencié d’enfants d’intelligences différentes. Le drame d’un enfant intelligent dans un établissement d’un quartier défavorisé est qu’il va être tiré vers le bas. Avec le chèque-éducation, les parents pourront choisir l’établissement de leur enfant. Cela favorisera donc la mixité.

Du coup, les mauvaises écoles seront obligées de s’adapter pour ne pas perdre leurs bons élèves. On peut aussi envisager que les bâtiments utilisés par une mauvaise équipe soient repris par une bonne.

« Le chèque-éducation, c’est la concurrence, pas la privatisation. »

R.B. : Justement, qui sera propriétaire des bâtiments ?

J.B. : La solution optimale serait que les établissements soient propriétaires de leurs bâtiments. C’est déjà une possibilité ouverte aux établissements publics d’enseignement supérieur. Pourquoi pas pour les autres degrés ? Il peut y avoir une appropriation des locaux et du matériel sans forcément une privatisation. Les établissements publics pourraient donc également être propriétaires. Le chèque-éducation, c’est la concurrence, pas la privatisation.

R.B. : N’y a-t-il pas un risque que les chèques-éducation aillent à des écoles coraniques ?

J.B. : Qu’il y ait des écoles confessionnelles n’est pas une difficulté : il y en a déjà des catholiques, juives et protestantes. Il peut donc y en avoir des musulmanes. Le problème, c’est qu’il ne faut pas que ces écoles deviennent des foyers d’endoctrinement extrémiste. Le chèque-éducation constitue une garantie à cet égard : la qualité sera vérifiée par des inspecteurs. Si ces écoles endoctrinent les enfants, l’agrément leur sera retiré, car l’argent du contribuable ne doit pas servir à financer cela.

Le chèque-éducation offre en fait les mêmes garanties que le système actuel, et davantage encore, car il y aura beaucoup moins de risques de « copinage » lors des évaluations. Il faudra, pour qu’un établissement reçoive les chèques-éducation, qu’il soit contrôlé sur le projet et sur son déroulement.

« Il ne s’agit pas de la fin de l’Éducation nationale, mais du début de la liberté et de la responsabilité. »

R.B. : Le chèque-éducation répond-il à une attente ?

J.B. : Il y a une forte demande de liberté dans l’enseignement supérieur. Environ 100 000 étudiants sont dans le supérieur privé. Les écoles privées sont parfois très chères, et certaines, comme celles de graphisme par exemple, sont presque toutes privées. Cela ne peut donc qu’intéresser les familles.

Les soutiens peuvent d’ailleurs venir du public. Dans l’Éducation nationale, des professeurs insatisfaits seraient prêts à soutenir la liberté et l’autonomie. C’est d’autant plus vrai pour les chefs d’établissement, dont beaucoup se plaignent souvent de ne pas avoir assez de responsabilités.

Il faut désormais les convaincre. Pour cela, il faut leur expliquer qu’il ne s’agit pas de la fin de l’Éducation nationale, mais du début de la liberté et de la responsabilité pour eux.

(1) Les communes pour les écoles primaires, les départements pour les collèges, et les régions pour les lycées

Quelle : Chèque éducation 18/12/2009

__________________________________

o

Le chèque scolaire contraindrait l’école publique à l’excellence

C’est un article du quotidien lausannois 24 Heures du 4 août dernier qui m’a appris qu’une initiative en faveur du chèque scolaire allait être lancée dans le canton de Vaud cet automne. Ce qui a attiré mon attention, c’est le titre de l’article : « Le bon scolaire ne séduit pas les écoles privées ». Je ne dis pas que je suis blasé, mais je n’ai pas été davantage surpris que quand j’ai rencontré des patrons hostiles à l’économie de marché.

A y regarder de plus près ce qui inquiète ici les écoles privées c’est que le chèque scolaire serait alimenté par des fonds publics, autrement dit que l’Etat serait en position de les contrôler. Le secrétaire général de l’AVDEP, l’Association vaudoise des écoles privées, Pierre-Antoine Hildbrand, fait part de son inquiétude en ces termes : « Nous ne voulons pas que l’Etat s’immisce dans nos affaires. De notre côté nous ne nous permettons pas de juger l’école publique.»

Selon Pierre-Antoine Hildbrand « la demande d’un chèque scolaire émane avant tout des parents ». Est-ce un reproche ? Si c’est un reproche, il est surprenant. Car l’école est-elle faite pour les enseignants et leurs dirigeants, ou bien pour les élèves et leurs parents ? De même que l’on peut se demander si les personnes sont faites pour la société, ou la société pour les personnes.

L’article de 24 Heures rapporte d’autres propos de Pierre-Antoine Hildbrand : « « Le jour où l’Etat financera les établissements, ce sera la fin de la diversité. » Et de citer en exemple la France, où les établissements privés sont largement financés par l’Etat. Résultat ? « Vous avez des écoles catholiques où la discipline est peut-être un peu plus importante, et des établissements laïques, mais le contenu est identique ». Pierre-Antoine Hildbrand se trompe doublement. Il a choisi un mauvais exemple et il n’a rien compris à ce qu’est le chèque scolaire.

En effet en France le chèque scolaire n’existe tout simplement pas. Ce n’est donc pas pour cette raison que les établissements privés y reçoivent un petit bout de la manne de l’Etat et sont archi-contrôlés. Ils se sont tout simplement mal défendus contre l’emprise toujours plus grande de l’Etat. Les grandes manifestations pour la défense de l’école libre d’il y a 20 ans n’auront été qu’un baroud d’honneur.

Le chèque scolaire permet le libre choix des parents. Les établissements privés et publics sont mis en concurrence. La carte scolaire encore en vigueur dans l’école publique ne peut plus exister. Les familles pauvres peuvent envoyer leurs enfants dans les meilleurs établissements. Ce n’est plus l’Etat qui paye - il n’est que collecteur - ce sont les parents via le chèque scolaire. L’implication de ces derniers est alors automatiquement plus grande.

La seule contrainte pour tous les établissements, qu’ils soient privés ou publics, est de respecter des règles d’hygiène et de sécurité. Sinon la concurrence signifie justement que le contenu ne peut pas être identique. Les préférences pour tel ou tel établissement peuvent se faire sur des critères très différents. Quels critères ? Le contenu justement, les conditions de travail, les résultats scolaires, mais aussi des critères religieux, culturels, géographiques, environnementaux, que sais-je ? Par ailleurs il faut qu’il y ait adéquation entre l’établissement et les aptitudes et comportements des élèves.

Thierry Meyer, rédacteur en chef de 24 Heures, se fend d’un édito le même 4 août, date anniversaire en France de l’abolition des privilèges. Il est d’accord avec « la méfiance avisée des écoles privées » à l’égard du chèque scolaire. Il écrit : « Le principe du chèque scolaire induit l’illusion que l’enseignement fondamental est un vaste supermarché où chacun pourrait faire son choix, sans entrave. Les écoles privées vaudoises cherchent la complémentarité avec le service public. L’amélioration nécessaire de cette collaboration ne passe pas par le chèque scolaire ».

Des propos conservateurs de Thierry Meyer je retiendrai que le statu quo est encore pour lui la meilleure solution et qu’il se moque comme d’une guigne que des enfants méritants, mais de milieux défavorisés, ne puissent jamais fréquenter les meilleurs établissements, qu’ils soient publics ou privés. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. C’est le réflexe corporatiste bien connu qui empêche toute évolution.

Laurent Caspary nous apprend dans « Le Temps » du 6 août que les réticences à l’égard du chèque scolaire ne sont pas l’apanage des écoles privées. Elles sont aussi le fait des partis politiques. Il faut dire que l’école vaudoise nourrit le débat ces derniers temps.

Une première initiative a été déposée au printemps munie de 15 000 signatures – alors que 12 000 auraient suffi. Cette initiative demande principalement le retour aux notes. Une deuxième initiative devrait bientôt être lancée demandant l’accueil continu à l’école. Ces deux initiatives visent directement l’école publique. Cette troisième initiative qui demande la diversité et le libre choix de l’école pour tous vise également, mais indirectement, l’école publique. C’est l’école publique qui devrait s’inquiéter si cette initiative aboutit parce qu’elle serait contrainte à l’excellence, par les meilleurs des juges, les parents.

A l’origine de l’initiative pour le chèque scolaire il y a une associtation, Lobby Parents. Susanne Bergius (photo ci-dessus, parue dans 24 Heures du 6 août), sa vice-présidente pour la Suisse et sa présidente pour le canton de Vaud, déclare au Temps le même 6 août : « En tant qu’association de parents neutre sur le plan politique, nous souhaitons un comité d’initiative large : des parents d’élèves ainsi que des enseignants du public et du privé. Pour ce qui concerne les politiciens, parmi lesquels nous avons des partisans dans tous les partis, nous en intégrerons un par parti dans le comité d’initiative ».

Laurent Caspary précise : « Sont ainsi déjà annoncés adhérents : le PDC et conseiller national Jacques Neirynck, la radicale Christa Calpini, l’UDF Jérôme Wuillamoz, la PS Marie-Jocelyne Michel et le député UDC Félix Glutz. »

On peut toutefois compter sur l’opposition impétueuse, et néanmoins déterminée, d’Anne-Catherine Lyon, la ministre socialiste vaudoise en charge du département de la formation. Laurent Caspary nous rappelle qu’elle « a déjà affirmé à maintes reprises son opposition à l’idée du libre choix de l’école, défendant les « valeurs républicaines » de l’école publique », parmi lesquelles valeurs la liberté de choix est un vain mot comme chacun sait, ou devrait le savoir.

Quelle : Francis Richard (08/08/2008)

o

_____________________________________________

o

Pourquoi le libre choix de l’école ?

o

« Why school choice ? », sur le site de la Friedman Foundation for educational choice.
o

L’école publique repose à l’origine sur la croyance que celle-ci apporte la connaissance et l’épanouissement à tous et assure la stabilité de la démocratie. Si cela était vrai, il n’y aurait alors aucun besoin de libre choix de l’école. Mais ce n’est pas vrai. Le système scolaire fonctionne à deux vitesses. Les enfants, en particulier ceux des zones urbaines, [...] reçoivent une qualité d’enseignement qui dépend plus de l’endroit où ils vivent que de leurs capacités d’apprentissage. Les parents, à moins de pouvoir déménager ou payer les frais de scolarité du privé, ont peu de choix par rapport au type d’éducation reçu par leurs enfants. L’école publique est, simplement, un monopole qui n’accomplit pas les idéaux des pères fondateurs de l’école. L’ironie tragique est qu’elle accentue la stratification de la société et échoue à promouvoir l’égalité des chances. En 1955, Milton Friedman, visionnaire, anticipa les résultats de ce monopole et encouragea le retour à la liberté scolaire au moyen du libre choix de l’école. Il avança qu’il serait préférable et plus équitable que le gouvernement donne « à chaque enfant, par l’intermédiaire de ses parents, une somme [chèque] qui servirait seulement à payer son éducation ».

Les avantages de cette idée, qui allait être connue sous le nom de « libre choix de l’école », sont nombreux. Les études montrent que le libre choix de l’école conduit à de meilleurs résultats aux examens pour tous les étudiants et de meilleurs taux d’accès aux diplômes. Elles montrent que les parents sont plus satisfaits et impliqués dans les études de leurs enfants, et que le libre choix de l’école permet de faire économiser des millions de dollars au contribuable américain. Et elles montrent que les écoles publiques s’adaptent positivement à la concurrence. Mais au-delà de la théorie, ce qui est au cœur du libre choix de l’école, c’est la liberté de choix de la famille. C’est l’enfant au fond de la classe qui ne reçoit pas ce dont il a besoin dans l’école de son secteur. C’est l’étudiant qui ne se sent simplement pas à l’aise dans son école actuelle. C’est la famille qui veut simplement une alternative. En fin de compte, le but de l’éducation est d’assurer l’apprentissage et de garantir une société libre et une démocratie stable. Ces objectifs sont mieux atteints quand tous les parents sont libres de choisir l’école qui convient le mieux à leur enfant. Pourquoi le libre choix de l’école ? En un mot, pour la liberté.

Quelle : Chèque éducation

_____________________________________________
o

Les « chèques-éducation » sujet tabou en France

En septembre 2005 par Nicolas Lecaussin

Pour améliorer l’enseignement (et pas seulement), en France on ne sait faire qu’une chose : distribuer encore plus de crédits publics. Ailleurs, les réformes vont bon train comme l’introduction des « chèques-éducation », un excellent moyen pour améliorer les résultats des élèves et donner davantage de chances aux plus défavorisés.

Une fois de plus la rentrée 2005 connaîtra un nombre élevé de parents qui souhaiteraient inscrire leurs enfants dans des écoles privées (l’organisation de l’enseignement public en France ne laisse guère la possibilité aux parents – sauf dérogations et passe-droits – de choisir l’école où iront leurs enfants). Et cette fois-ci encore, ceux-ci seront refoulés ou seront obligés de respecter la carte scolaire. Ce n’est qu’un exemple parmi plein d’autres dysfonctionnements de notre Éducation nationale : mauvais résultats, absentéisme des enseignants, bureaucratisation massive, départ à l’étranger des bons étudiants et des chercheurs.

Malgré un budget de 120 Mds d’euros par an et une armée de fonctionnaires à son service (plus d’1 million), le système éducatif français, totalement phagocyté par les syndicats, est en chute libre depuis des années. Autant l’enseignement supérieur que le secondaire. Et, le comble, aucune véritable réforme n’est envisagée, juste des rapports qui se suivent et se ressemblent comme des gouttes d’eau. Encore plus inquiétant, nos décideurs-spécialistes de l’Education nationale ne se donnent même pas la peine d’étudier ce qui se passe dans les autres pays [1]. Ils ont tort car d’importantes réformes sont en marche dans de nombreux Etats. L’une d’entre elles repose sur la liberté totale de choisir l’école pour ses enfants et est surtout mise en pratique grâce au système de vouchers ou « chèques-éducation » (pour le gourou Philippe Meirieu, grand professionnel du « pédagogisme » – comprendre abêtissement des enfants – ce système ne serait soutenu que par des partis d’extrême droite [2]).

Meilleurs résultats, plus de concurrence et moins de gaspillages

Quels sont les avantages de ce système ? D’abord, l’argent (public ou privé) est accordé directement aux familles sous forme de chèques et ne va plus au budget de l’Education nationale. Il démonopolise l’école, confie aux parents la possibilité « d’investir » dans une école, oblige les écoles à gagner en performance, pousse les enseignants vers l’amélioration de leurs résultats. Et ce sont les enfants des familles « pauvres » qui ont le plus profité de cette réforme car ils ont pu bénéficier de bourses (gouvernementales ou privées) et ainsi éviter les écoles mauvaises et « à risque ».

Les premiers pas dans ce sens ont été faits au début des années 1990 lorsque, aux Etats-Unis, dans le Wisconsin, on a accordé aux familles des « chèques-éducation » afin qu’elles choisissent librement une école. En plus de 10 ans, ces fameux vouchers ont été adoptés par six Etats américains qui ont complètement libéralisé leur système éducatif. Quarante Etats ont élaboré des Chartes scolaires pour donner plus de liberté aux parents dans l’utilisation des bourses et institué des réductions d’impôts pour faciliter la scolarisation des enfants. Sur ces 40 Etats, 39 ont mis en place des fondations privées qui accordent des bourses aux élèves scolarisés, au choix, dans le privé ou dans le public.

Les statistiques sont très claires : le système des vouchers a largement profité aux écoliers américains, et surtout aux plus pauvres d’entre eux. En Floride, sur 1000 vouchers, 61% sont accordés aux enfants noirs et 30% aux enfants d’origine hispanique. Et ceux qui ont pu être scolarisés dans l’école de leur choix ont obtenu des résultats trois fois meilleurs que les autres et les écoles qui participent au système sont d’une qualité nettement meilleure, justement grâce à l’incitation compétitive engendrée. D’ailleurs, plus de 75% des parents américains aimeraient profiter des vouchers.

Encore l’exemple suédois

Prenons l’exemple de la Suède (un pays d’extrême droite comme tout le monde le sait [3]) où les chèques éducation ont été généralisés. Les municipalités, responsables des écoles, sont obligées de distribuer les chèques aux familles même si celles-ci choisissent des écoles privées. Une Agence (National Agency for Education) veille au bon fonctionnement et publie des études d’efficacité. Une des dernières (2004) montre que 90% des parents suédois souhaitent profiter des « vouchers » (à l’heure actuelle ils ne sont que 45% à le faire) et que ce système a considérablement contribué à : l’amélioration des résultats scolaires des enfants issus de familles pauvres, une meilleure qualité des enseignements dans le cadre de la concurrence entre lesécoles. « Ce sont les enfants des familles les plus défavorisées qui ont le plus à gagner », conclut l’étude.

Pour ce qui est des enseignants, après avoir été, comme en France, des fonctionnaires dépendant du ministère, ils sont devenus des employés dépendant des municipalités et des écoles dont l’autonomie est pratiquement totale. N’étant plus soumis à un statut, leurs rémunérations ont sensiblement augmenté, ainsi que leur mobilité.

Les « chèques éducation » ont d’abord été introduits aux Etats-Unis mais c’est ailleurs qu’ils se sont développés le plus. Aux Pays-Bas, 76% des enfants choisissent une école privée grâce aux chèques-éducation ; en Suède et au Danemark, c’est un phénomène de masse et les résultats de ce système sont impressionnants (voir l’encadré). En Finlande, en Grande-Bretagne (5500 £ ou 8000 euros sont accordés au familles pour choisir leur école), Italie, Espagne, Hongrie et République tchèque, les vouchers sont très répandus et toutes les études montrent qu’ils ont contribué à l’amélioration des résultats des enfants de familles pauvres. Au Chili, 46% des enfants sont scolarisés dans des écoles privées et en Nouvelle-Zélande, cela fait 10 ans que les vouchers ont été adoptés.

Au lieu de continuer à gaspiller des dizaines de milliards tous les ans pour subventionner le « mammouth », nos décideurs publics devraient s’inspirer de certains modèles étrangers. Mais ont-ils le désir de regarder ce qui se passe ailleurs ?

[1] Auditionné en octobre 2004 par la Commission des affaires culturelles au sujet des IUFM, j’ai été surpris de constater que les membres de la Commission n’avaient jamais entendu parler des « chèques-éducation ».

[2] Voir son dernier livre Nous mettrons nos enfants à l’école publique… (Editions Mille et une nuits, 2004).

[3] L’introduction des vouchers a été votée en 1991 par tous les partis suédois sauf le Parti Communiste opposé à toute liberté dans l’enseignement.

Quelle : ifrap.org

_____________________________________________


oSur les dangers qui nous menacent…

Extrait de Philippe Meirieu, Nous mettrons nos enfants à l’École publique, Mille et une nuits, Paris, 2005.

Et, puisque le droit finit toujours par s’aligner sur le fait, il n’est pas impossible que nous adoptions, à plus ou moins long terme, la formule du « chèque éducation ».D’abord proposée par des libéraux comme Alain Madelin,elle n’existe plus aujourd’hui que dans le programme des partis d’extrêmedroite. Mais l’idée n’en fait pas moins son chemin. Idée fort astucieuse,d’ailleurs ! Elle part du constat que les parents qui scolarisent leurs enfants dansl’enseignement privé payent deux fois leur éducation : une première fois parleurs impôts, une deuxième fois par la scolarité qu’ils déboursent. Il y a là une injustice à laquelle on veut absolument mettre fin : le budget de l’Éducationnationale est donc divisé en autant de parts qu’il y a d’enfants scolarisables dansl e pays. Chaque famille reçoit, pour chaque enfant, un chèque correspondant au coût de celui-ci et va remettre ce chèque à l’établissement de son choix. Ce dernier, totalement libre de sa politique de recrutement, accepte les élèves qu’ilveut et encaisse les sommes correspondantes… On peut, évidemment, imaginerplusieurs variantes, plus ou moins radicales : du maintien du recrutement et de laprise en charge des personnels par l’État, qui limite le chèque éducation auxfrais de fonctionnement, jusqu’à l’abandon complet de toute prérogative de l’institution et à la privatisation totale des établissements qui deviendraient libresd’embaucher ou de débaucher qui ils veulent en fonction de leurs ressources…

Gageons d’ailleurs qu’une présentation habile de cette formule serait loinde révulser la majorité de nos concitoyens. On pourrait leur faire valoir, en effet,qu’elle met toutes les familles sur un pied d’égalité, supprime les passe-droits au profit d’une clarté de fonctionnement somme toute bénéfique, remplace lemarché noir qui ne profite qu’aux initiés par un marché ouvert dont les règlesseraient très rapidement lisibles par tous et, même, est capable de faire redémarrer l’ascenseur social en permettant aux enfants vraiment méritantsd’accéder aux meilleures écoles… Il n’est pas certain que nos concitoyens nesoient pas sensibles à de tels arguments et il est même possible que ces derniersretiennent l’attention, tout à la fois, des partisans de l’enseignement privé et de ceux de la méritocratie républicaine, des familles de la haute bourgeoisie comme de celles des milieux modestes…

Il faut donc, pour éclairer nos choix d’avenir, développer le scénario jusqu’au bout. Que va-t-il se produire, en fait, si le chèque éducation, ou une formule équivalente, est adopté ? Inévitablement lesbons établissements vont se trouver submergés de demandes. Ils mettront donc en place une sélection draconienne. Il faudra, pour y accéder, disposer d’untrès bon niveau, voire d’atouts supplémentaires qui pourraient très vite devenir des conditions d’admission : stage linguistique à l’étranger, maîtrise de l’informatique, pratique d’un instrument de musique, engagement à prendre des leçons particulières,etc. La préparation à l’entrée en seconde va commencer très tôt et, par effet répercussions successives, arriver immanquablement jusqu’au cours préparatoire. On verra donc fleurir les examens d’entrée en primaire qui rejetteront desbonnes écoles les enfants mal latéralisés ou ceux qui n’auront pas bénéficié d’un pré-apprentissage de la lecture efficace. Partout la concurrence sauvage fera rage, comme dans le sport professionnel et avec les mêmes dérives : le sponsoring, le dopage, l’effondrement d’individus qu’on aura poussé inconsidérément au-delà de leurs limites. On regagnera peut-être un tout petit peu en mixité sociale quelques enfants de familles modestes réussissant à s’infiltrer dans les bastions de l’élite mais on perdra infiniment en mixité culturelle, en apprentissage du vivre ensemble, en formation à une citoyenneté solidaire. »

Quelle : Site de Philippe Meirieu

_____________________________________________

o

Le chèque éducation, machine de guerre contre l’école républicaine

Claire Mazeron, du SNALC s’insurge contre la création d’un «chèque éducation», qui privilégierait les établissements cotés aux dépens de ceux en difficulté. Une logique qui renforcerait le pouvoir des parents d’élèves au détriment du système éducatif lui-même.

Dans une récente brochure sur papier glacé, Anne Coffinier, directrice et co-fondatrice de la Fondation pour l’École, se félicite d’un sondage commandé par son organisation sur la perception du « chèque éducation » par les Français. 74% des personnes interrogées se déclarent favorable à « un système qui permette à chaque famille de financer la scolarité de ses enfants, quel que soit l’établissement choisi », et 85% chez les sympathisants de gauche.

Le « chèque-éducation », expérimenté dans quelques pays européens et outre-Atlantique, consiste à donner aux familles, en fonction de leurs revenus, un « bon », souvent sous forme de crédit d’impôt, permettant d’inscrire son enfant dans l’école de son choix. Une libéralisation totale du système scolaire, bien au-delà du démantèlement de la carte scolaire, qui engendre un financement des écoles selon une logique individuelle et non plus collective -les établissements les moins attractifs, financièrement asphyxiés par la pénurie d’élèves, étant appelés à disparaître-. « C’est une source importante d’économie budgétaire et d’amélioration de la qualité des écoles, se félicite Mme Coffinier, puisque ce système concentre les financements publics au profit des écoles choisies – et donc appréciées des parents – et conduit à la fermeture ou à la reprise en main des établissements en perdition ».

Des républicains las des turpitudes du Mammouth pourraient se laisser tenter par le système plébiscité par la Fondation pour l’École et tant d’autres associations pour lesquelles l’application stricte de la loi de l’offre et de la demande permettrait seule d’assurer un enseignement de qualité. Face à l’impossibilité de réformer l’École par la tête, le diable libéral susurre à nos oreilles que seule une concurrence sévère entre établissements est en mesure de faire émerger les « bonnes pratiques » pédagogiques, face au « toujours moins » (d’exigences, de contenus) implicitement prôné par le système actuel. Laissons les parents choisir librement l’école de leurs enfants : le grand soir éducatif n’est pas pour demain, et il serait injuste, ou criminel, de confiner les petits enfants du peuple dans les collèges ghettos quand, à l’ombre de marronniers centenaires, se dispensent dans le calme cours de Latin et de Maths à haute dose. Donnons tout pouvoir aux chefs d’établissements pour constituer des équipes animées d’un même « projet éducatif » et définir, sous la pression de familles plus pragmatiques que les chercheurs en sciences de l’éducation, des programmes et des pédagogies enfin cohérentes. Laissons les parents libres de juger sur pièces des résultats obtenus. Accordons aux établissements toute l’autonomie qu’ils réclament et que, dans les faits, tout « grand lycée » applique déjà, ignorant superbement les consignes mortifères venues du ministère. Dans cette jungle éducative, les meilleurs d’entre nous seront peut-être davantage reconnus qu’au sein d’un système qui traite et affecte ses personnels au gré de logiciels aussi bornés que ses administratifs.

N’est-ce pas tentant ? Chacun-pour-soi et sauve-qui-peut-l’être… Réactionnaires de tous bords, unissez-vous : créez des « boîtes » privées où vous enseignerez enfin en paix, en vendant chèrement vos prestations à l’État. D’anciens hauts responsables syndicaux « de gauche » l’ont fait sans scrupules et avec succès avant vous…

Utopie plaisante, réalité décevante. L’école déréglementée jaillissant de la faillite de l’École républicaine, c’est le néolibéralisme construit sur les ruines de la République. Rien d’autre. Et pour une efficacité pédagogique nulle.

Confier l’école aux parents, c’est la soumettre aux seuls intérêts individuels et immédiats, qui ne sont pas obligatoirement ceux des enfants, à long terme. C’est privilégier l’utilitarisme scolaire au détriment de la construction d’un projet éducatif commun et global. C’est prendre le risque de proposer aux élèves ce qui sera explicitement demandé par les familles — dérives communautaristes incluses. Dounya ou Zohra pourront-elles encore étudier Darwin ou apprendre à nager lorsque quelques parents zélés auront obtenu la suppression des enseignements non conformes à leur « projet de vie » ?

Donner tout pouvoir aux chefs d’établissements, ou aux collectivités locales, c’est réintroduire les féodalités légitimement abolies il y a deux siècles. Quel professeur exercera encore sa liberté pédagogique sous le regard d’une « communauté scolaire » aussi accueillante que coercitive, et face à la menace d’un licenciement pour non-conformité idéologique ?

Et ce système, où l’argent sera roi, ne permettra pas de relancer un ascenseur social résolument bloqué en sous-sol. Aucun véritable républicain ne saurait réduire l’École à un simple service assuré à des usagers-clients, parce qu’elle s’est explicitement donné pour rôle, dès ses origines, de forger une identité nationale sur la base des principes hérités des Lumières. Sauver l’École de la République, ce n’est pas sauver quelques-uns de ses enfants -toujours les mêmes, d’ailleurs-, mais proposer à tous les fondements d’une culture commune, autour de valeurs acceptées par chacun. Parce que, contrairement à d’autres États européens systématiquement érigés en modèles, la France ne saurait se réduire à un agrégat de « communautés », et son École ne peut être constituée d’une juxtaposition d’établissements plus ou moins performants.

Alors non, chère Mme Coffinier, nous n’aurons jamais les mêmes valeurs, même si nous partageons le même constat. Mais soyez sans crainte : l’avenir pédagogique que vous appelez de vos vœux est proche, tant l’action de gens qui se disent de gauche en précipite la venue. Entre tentations pédagogistes et pulsions libérales, il reste bien peu de place pour les derniers républicains.

Quelle : Marianne 27/09/2010

_____________________________________________

o

L’institution d’un « chèque scolaire » n’est pas conforme à la conception française de la liberté d’enseignement

o

M. Christian Vanneste interroge M. le ministre de l’Éducation nationale sur le chèque scolaire. Il aimerait connaître la position du Gouvernement sur ce sujet.

o

Réponse de Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale : Il existe, au niveau international, plusieurs types de « chèque scolaire », communément appelés « chèque éducation », mais ils partagent une caractéristique commune : au lieu que les établissements scolaires soient directement subventionnés, ce sont les parents qui reçoivent un chèque dont le montant représente le coût de l’éducation de leurs enfants.

o

Ils sont libres de le remettre à l’établissement de leur choix qui percevra la somme correspondante. Ce système a été initialement développé en 1990, dans la ville de Milwaukee (États-Unis) sous le nom de « school vouchers » et a depuis été mis en place au Chili, en Suède, aux Pays-Bas, à Hong-Kong et dans plusieurs autres États des États-Unis. Il a par ailleurs été expérimenté, puis abandonné, au Royaume-Uni. Plus récemment, il a fait l’objet d’un large débat dans plusieurs cantons suisses, sans avoir été retenu. En France, la liberté de l’enseignement est un principe fondamental reconnu par les lois de la République ayant valeur constitutionnelle. L’article L. 151-1 du Code de l’éducation dispose en effet que « l’État proclame et respecte la liberté de l’enseignement et en garantit l’exercice aux établissements privés régulièrement ouverts ». Ce principe a pour conséquence l’égalité de traitement des établissements dans les aides accordées par l’État aux établissements publics comme privés. L’article L. 442-1 du Code précité dispose ainsi que les « dépenses de fonctionnement des classes sous contrat (avec l’État) sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l’enseignement public ». C’est en vertu de ce principe que la loi n° 2009-1312 du 28 octobre 2009 tendant à garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat d’association lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence, a été votée et publiée au Journal officiel du 29 octobre 2009. Compte tenu de ce qui précède, l’institution d’un « chèque scolaire » n’est pas conforme à la conception française de la liberté d’enseignement, exclusive de la mise en concurrence des établissements entre eux. Il ne s’agit donc pas d’une voie actuellement à l’étude, l’assouplissement de la carte scolaire apportant une réponse satisfaisante aux demandes des parents quant à la liberté de choix du collège ou du lycée de leurs enfants.

Quelle : Chèque éducation O7/01/2010

3 Responses to "Die freie Bildungswahl – le chèque éducation"

  1. [...] Pour plus d’information, lire la suite de notre dossier sur le chèque éducation [...]

  2. [...] dans lequel nous nous trouvons) est certainement un excellant moyen pour défendre le droit à l’école libre en général et au bilinguisme en particulier. Also [...]

  3. [...] étant préférable au despotisme, fut-il pour le coup quelque peu éclairé, nous revendiquons la liberté scolaire à travers le chèque-éducation, c’est à dire l’obligation pour l’Etat de subventionner les écoles associatives [...]

MENU

M'R EMPFHELE

Copyright © 2009 Unsri Heimet. Theme par THAT Agency propulsé par WordPress.