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Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (5/5)

Posted on août 13th, 2016 by Klapperstein
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llustration ci-dessus : 1576 : Die Hirsebreifahrt : Arrivée des Zurichois à Strasbourg avec le chaudron de soupe de millet encore chaud. Le but de l’opération était de rassurer les Strasbourgeois en leur montrant avec quelle rapidité les Zurichois pouvaient intervenir pour venir à leur secours en cas de menace (en 1456 avait eu lieu une première démonstration de ce type).


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Conclusion

L’historiographie française a toujours cherché à imposer l’idée d’une Alsace sans peuple original doté d’une conscience régionale. En octobre 2014, Manuel Valls, le Premier ministre lui-même, reprit ce négationnisme à son compte en déclarant devant l’assemblée qu’ « il n’y a pas de peuple alsacien »[1]. De son côté, l’historien jacobin Georges Bischoff renchérira en déclarant dans L’Alsace[2] : « Le peuple alsacien, je ne sais pas ce que ça veut dire ». Cependant, ces déclarations de nature idéologiques niant le réel ne sauraient effacer le ressenti partagé des Alsaciens de former un peuple.

De même les historiens républicains cherchèrent-ils toujours à imposer l’idée que le morcellement politique du pays, sans cesse décliné jusqu’à la caricature, aurait empêché l’Alsace d’exister en tant que telle. Evidemment ces affirmations permettaient de conclure que l’Alsace ne devait son unité qu’à l’action bénéfique de la France : « (la période napoléonienne) a été une période charnière pour l’Alsace qui, de mosaïque hétéroclite, devient un ensemble cohérent désormais tourné vers la France », écrit l’historien Roland Oberlé dans son « Napoléon et l’Alsace ».

C’est la même théorie qu’avança Paris pour donner un peu de lustre à la colonisation de l’Afrique noire : « La France a uni des populations et des régions éparses favorisant ainsi un meilleur développement » (sous son joug bien sûr). L’empire colonial français se trouvait ainsi auréolé d’une volonté bienfaisante et du coup, la colonisation pouvait presque passer pour une œuvre salutaire ! Il en est de même pour l’Alsace. Non sans un certain toupet, l’historien républicain Jules Michelet ira même jusqu’à affirmer que la royauté à fait le bien de l’Alsace à son corps défendant : « La royauté en unissant de force ces provinces à la France, réalisait à leur insu (sic) leur véritable aspiration », écrit ce dernier dans son « Tableau de la France » (p.76).

Or, nous l’avons vu, l’Alsace n’était pas cette « mosaïque éclatée » comme l’affirme l’historiographie française. Une série d’institutions souples créaient le lien et donnaient corps à cet ensemble territorial bien marqué entre Vosges et Rhin. Avec les Landstände, elle disposait déjà d’une assemblée législative commune pour se constituer en une entité étatique respectueuse de ses diversités. On comprend mieux alors pourquoi le rôle de la Diète d’Alsace a toujours été minimisé dans l’historiographie française.

Au XVIe siècle, jusqu’à l’avènement de la guerre de Trente Ans, l’Alsace était sur la voie d’une évolution vers un système fédéral sur le modèle de la Suisse, un système avec des institutions fondées sur le principe de l’unité dans la diversité (Jean Holzweg parle de « polyphonie fédérale »). On peut d’ailleurs noter que dès 1515 Mulhouse devenait une République suisse. De même, la République de Strasbourg renouvelait régulièrement son alliance avec les Confédérés. Ainsi, durant la « guerre des évêques » (1592-1604), ses alliés suisses lui envoyèrent 3000 hommes pour prêter main-forte à ses contingents engagés contre les mercenaires lorrains du prince Charles de Lorraine qui dévastaient son territoire.

C’est au XVIe siècle que, dans les différents Etats alsaciens, on prit conscience de la nécessité de développer et d’harmoniser les différents systèmes administratifs en s’inspirant des plus performants d’entre eux comme ceux de la Régence d’Ensisheim, des territoires épiscopaux, du comté de Hanau-Lichtenberg dont la Régence siégeait à Buchsweiler ou de la République de Straßburg. Les petits seigneurs qui n’avaient pas la force de développer une machinerie bureaucratique efficace pour prélever l’impôt nécessaire à l’affirmation de leur puissance étaient condamnés tôt ou tard à perdre leur souveraineté au profit des Etats alsaciens plus puissants et mieux organisés. Des restructurations administratives, des rapprochements et des regroupements de toute nature étaient dores et déjà dans l’air. Une évolution vers un système confédéral commençait à se profiler.

L’annexion du pays par la France contraria brutalement et définitivement cette évolution vers un système fondé sur la pratique vivifiante de la subsidiarité et l’autogestion. A partir de là, les Alsaciens mis au pas militairement furent délestés de leurs libertés : les citoyens des souverainetés urbaines retournèrent à l’état de sujets ! Les Alsaciens furent alors livrés à l’arbitraire royal : contraints de subir, ils ne purent plus décider pour eux-mêmes !

En effet, la France a toujours été un état hyper centralisé, même sous la royauté. Ce centralisme s’aggrava même à partir de la Révolution avec son jacobinisme aliénant et son idéologie moniste sur laquelle fut fondée le modèle de l’Etat-nation. De sorte que les Français nourris au dogme de la France « une et indivisible » ont toujours considéré le système fédéral, tel que le connaissaient les Allemands dès le Saint Empire, comme un modèle uniquement propre à gérer la désunion que symbolisait à leurs yeux la diversité, confondue avec un « émiettement » mortifère : « Le Saint-Empire connaît une large diffusion des pouvoirs. Il ignora toujours l’obsession du « centre », caricaturé par l’interprétation française classique avec les termes « émiettement » et « mosaïque », écrit l’historien Jean Holzweg[1]. En effet, la diversité est perçue par les Français non comme une richesse, mais comme un mal à combattre car portant en elle les germes de la division. Un républicain français ne peut concevoir le peuple français que globalisé et unique.

Pour les Français, incapables d’imaginer un autre système que celui de la centralisation jacobine, la Confédération Suisse, avec ses 3 langues officielles, 4 avec le romanche, et ses 26 cantons ayant chacun sa propre constitution, n’est pas un pays abouti mais un pays morcelé, inachevé, une « mosaïque » de cantons disparates ! Pour un Français, la Suisse n’est pas un « vrai » pays, c’est-à-dire « un et indivisible » sur le modèle moniste français ! En France, où dominent toujours la phobie de la diversité et « la culture politique de la généralité » (dixit Pierre Rosanvallon[2]) hostile à l’auto-organisation de la société, le critère absolu pour juger de la force et de la consistance d’un Etat réside dans sa capacité à neutraliser la pluralité des composantes et à mettre en place une concentration pyramidale du pouvoir. Cette approche totalitariste du pouvoir étatique est évidemment en totale opposition avec le système « polyphonique » fédéral et ses autonomies régionales (fédéral : du latin feoderatio, alliance, lien, pacte) fondés sur les principes démocratiques de partage et de diffusion des pouvoirs.

Bernard Wittmann – Historien (Juin 2015)

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[1] Pourtant, dans l’entre-deux-guerres à Paris, le « Guide Michelin régionaux, Vosges-Lorraine-Alsace » (1932-1933, p.75), se risqua même à s’aventurer dangereusement se le terrain glissant du racialisme en affirmant l’existence d’une « race alsacienne » (sic). En effet, il écrivait alors à propos de la statue de Kléber, que ce dernier était « représentatif de cette race alsacienne, vigoureuse, énergique, qui a donné à la France tant de grands capitaines » ! Et à présent, il n’y aurait même plus de peuple ?

[2] L’Alsace du 21.6.2015.

[3] In L’Ami Hebdo du 30.11.2014

[4] Le modèle politique français, la société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, Seuil, 2004.

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