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L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (1/5)

Posted on octobre 22nd, 2015 by Klapperstein

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ?

par Bernard Wittmann

Depuis l’annonce de la disparition de l’Alsace en tant que région, le peuple alsacien est à nouveau traversé par un courant favorable à l’émancipation. Dégoûtés par le mépris que Paris témoigne à leur pays soumis à ses diktats, un nombre croissant d’Alsaciens rêvent de prendre leur avenir en main. Une prise de conscience commence à s’opérer.

Ce chemin vers l’émancipation sera sans aucun doute long et semé d’embûches. Il passera par des étapes de « reconquête » obligées. La plus importante sera évidemment la réappropriation par les Alsaciens de leur langue, mais aussi de leur histoire marquée par ses grands hommes qui nourrit l’identité collective. Ce n’est pas à Paris de nous dicter nos héros, ce choix revient au peuple alsacien seul[1] ! Ainsi, que vient faire à Strasbourg, la statue équestre à la gloire de Jeanne d’Arc alors qu’elle est totalement étrangère à l’histoire alsacienne (l’Alsace faisait alors partie du Saint Empire) ? Et toutes les rues Gambetta à Strasbourg, Colmar et Mulhouse alors que ce dernier n’a joué aucun rôle en Alsace ? Par contre, point de rues Xavier Haegy ou Camille Dahlet dans tout le pays alors qu’ils marquèrent toute l’histoire de l’entre-deux-guerres. Cependant, la récente réhabilitation du Dr Eugène Ricklin, interdit de mémoire depuis 1945 et que la municipalité de Dammerkirch vient d’honorer d’une place le 31 mai 2015, est une démarche courageuse qui va dans le sens de la reconquête de notre histoire.

Placée au cœur du processus de construction identitaire, l’histoire devra réintégrer le champ scientifique en se distanciant des fantasmes républicains et du fatras des récits historiques à vocation nationalisante. Aussi, et pour commencer, elle devra être débarrassée de tous les mythes et habillages tissés par des générations d’historiens républicains pour l’insérer dans le roman national et faire pencher l’affectif des Alsaciens vers la France. D’ailleurs, l’histoire officielle française est constellée de trous : « Tout citoyen français doit oublier la Saint-Barthélemy et les massacres du Midi au XIIIe siècle », écrit l’icône républicaine Ernest Renan[2] consacrant ainsi « un devoir d’oubli » pour ne laisser subsister qu’une mémoire glorieuse de la France.

Rechercher la vérité historique en jetant un regard distancié et critique sur le récit historique officiel, démêler l’histoire de la légende, pointer les mensonges, les interprétations abusives et les truquages, seront les tâches prioritaires pour refaire l’éducation historique.

Rappelons-nous que l’histoire est la mémoire du peuple et que sa connaissance lui est indispensable pour se projeter dans l’avenir : il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va !

Bref, il faudra s’atteler à dénoncer la manipulation de notre passé et à tordre le cou à un certain nombre d’idées reçues dont voici ci-après deux exemples parmi les plus récurrents :

- Il n’y a pas de « socle » sur lequel s’est construit le peuple alsacien.
- L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique ; jusqu’à l’avènement de la « République une et indivisible », elle n’a été qu’une marqueterie de territoires dépourvus de conscience politique.

Pas de socle sur lequel s’est construit le peuple alsacien ?

Cette affirmation est reprise régulièrement par les tenants de l’histoire officielle. Récemment encore, dans la revue Land un Sproch[3], un historien accréditait cette idée de l’absence de « socle » sur lequel aurait pu se construire un peuple alsacien (en mai 2015, deux historiens nichés à l’Université et connus pour leur jacobinisme iront même jusqu’à affirmer que toute l’histoire de l’Alsace « n’est qu’une fiction »[4] )! C’est la théorie de l’historiographie française.

Cependant, cette assertion est inexacte ou, pour le moins, mériterait d’être fortement nuancée. En effet, quid de la langue germanique des Alsaciens qui constitua dès le Ve siècle, où elle s’étendit à tout le pays, le premier socle commun sur lequel se construisit progressivement le peuple alsacien.

Duc Eticho / Etichon-Adalric – Mosaïque (Mont Sainte Odile)

Quid aussi du duché d’Alsace (v. 630[5] à 740) – séparé du duché d’Alémanie – quasi indépendant, avec ses lignées de ducs[6] qui agissaient comme des princes souverains et qui firent l’unité politique du pays en effaçant l’antique frontière du Landgraben qui avait séparé jadis les Triboques et les Séquanes. Sous le 3e duc, Eticho-Adalric d’Alsace (635-690), le duché s’étendait de Surbourg au nord à Moutier-Granval dans le Jura au sud et avait principalement pour capitale Oberehnheim / Obernai, une ancienne villa royale.

Le duché a conduit à la constitution d’une individualité historique et politique et à la naissance d’un peuple original avec une langue, des mœurs, une juridiction, une religion communes. Il marqua la naissance d’un habitus partagé par la population avec des codes connus et respectés qui formeront ensuite un patrimoine social et culturel commun.

On notera d’ailleurs que c’est entre 630 et 640, donc avec l’avènement du duché, que la mention « Alsace » et « Alsaciens » apparaît pour la première fois dans la chronique latine de Frédégaire[7]. C’est en effet dans une des chroniques relatant les évènements des années 610 que l’on parle du « pays des Alesaciones » (Alsaciens) pour désigner les habitants de la région entre Rhin et Vosges, puis d’« Alesacius (Alsace)»[8], en 613, pour désigner le pays lui-même ! Notons que ce nom est antérieur à ceux des régions voisines (Lorraine, pays de Bade, Suisse…). Quant au terme de « France », il n’apparaîtra pour la première fois que… cinq siècles plus tard !

C’est sous le règne de nos ducs que l’Alsace acheva sa conversion au christianisme et que, vers 650, furent créées les évêchés de Bâle et de Strasbourg. Durant un siècle, nos ducs favorisèrent les fondations monastiques. La conséquence en sera une transformation profonde des mœurs et des relations entre les hommes due au développement d’une nouvelle spiritualité, d’une nouvelle approche de l’humain. En effet, c’est à cette époque que l’Alsace se couvrit d’abbayes et de monastères à l’ombre desquels naîtront ensuite les villages. Les exemples ne manquent pas. Ainsi, on doit au duc Eticho-Adalric, et à son épouse, la fondation de l’abbaye d’Ebersmünster et à son successeur Adalbert celles de l’abbaye de Saint-Etienne de Strasbourg et du monastère de Honau. Enfin, c’est en 727, sous le règne du duc Luitfried 1er d’Alsace, que fut fondée par Saint Pirmin la prestigieuse abbaye de Murbach : « C’est le développement rapide de l’Eglise chrétienne qui donna à cette province ce cachet si particulier », note l’historien Rodolphe Reuss[9].

Avec leurs écoles, leurs bibliothèques préservant les œuvres de l’antiquité et leurs moines érudits, les monastères furent autant de centres de culture défendant des principes humanitaires, mais aussi de vecteurs de progrès matériel qui conduiront progressivement à l’émergence d’une nouvelle civilisation. En effet, l’action des moines ne se limitait pas aux domaines relevant du spirituel. Ces derniers œuvraient également au défrichage des forêts, à l’endiguement des cours d’eau, à l’assèchement des marécages et à l’irrigation des prés, à la construction et à l’entretien des chemins et des ponts, au développement de l’agriculture notamment de la vigne, au tracé de nouvelles routes etc.

De leur côté, les ducs n’eurent de cesse de renforcer l’unité administrative, politique et religieuse du duché, d’entreprendre de nouveaux tracés de routes, de dégager de nouvelles terres pour l’agriculture…

Vers 740, les rois francs, craignant la puissance des Etichonides, dont le duché évoluait vers une indépendance totale, intégrèrent purement et simplement le duché à l’Austrasie. A partir de cette date, le duc Liutfried 1er d’Alsace, petit-fils d’Eticho-Aldalric, disparaît des chartes ; en 722, il avait succédé à son père Adalbert d’Alsace. Son frère Eberhard qui lui succéda ne portera plus le titre de duc mais celui de comte d’Alsace.

Le duché, qui donna pour la première fois à l’Alsace une unité politique, aura ainsi été le vrai socle sur lequel s’est bâti le peuple alsacien : « Le duché créa l’Alsace, lui donna l’unité et le nom qui devait rester pour toujours : la personnalité de l’Alsace entrait dans l’Histoire », écrit l’historien Lucien Sittler dans « L’Alsace terre d’histoire ».

Une analyse que partage pleinement l’historien André-Marcel Burg. Pour ce dernier, le siècle du duché « marqua si profondément le pays d’entre les Vosges et le Rhin, qu’aujourd’hui encore nous retrouvons dans notre sol et dans notre chair le sillon tracé par Adalric et les siens (…) Et bien que ce duché ne durât que cent ans, le sens de la communauté alsacienne naquît et s’enracina profondément dans l’esprit des habitants (…) Ainsi s’amorça sous les ducs, l’unité ethnique et linguistique de l’Alsace ; bien que rattachée à la Francie restée latine, la population conserva son caractère de minorité germanique (…) A ce point de vue l’Alsace du XXe siècle est restée l’Alsace d’Adalric ». Et cet auteur de conclure : « Si donc l’Alsace est aujourd’hui telle qu’elle apparaît au voyageur qui la parcourt, elle doit en dernière analyse sa personnalité à l’influence lointaine des ducs. Leur grande ombre se projette encore toujours sur les collines et sur la plaine ; tous les problèmes qui se posent aujourd’hui chez nous enfoncent leurs racines profondément dans le passé et découlent d’une situation créée à l’époque des ducs »[10].

Sainte Odile, patronne de l’Alsace

Par la suite, le duché sera rétabli à plusieurs reprises – voir ci-après – et jamais son souvenir ne se perdra dans la mémoire collective. La patronne de l’Alsace, Sainte Odile[11] (662-720), fondatrice et abbesse du célèbre monastère de Hohenburg (Mont Sainte Odile), n’est autre que la fille du célèbre duc Eticho-Adalric d’Alsace à l’origine d’une lignée aristocratique prestigieuse qui se prolongea, par les femmes, dans la famille alsacienne des comtes d’Eguisheim et à laquelle certains historiens rattachent celle des Habsbourg.

Le duc Adalric avec son épouse Bereswinde, parents de Sainte Odile (Fresque de Charles Spinler exposée à l’entrée du Mont Sainte Odile)

Au prétexte de vouloir « déconstruire les mythes », dans L’Alsace du 21.6.2015, l’historien G. Bischoff est allé jusqu’à se demander si Odile, patronne emblématique de l’Alsace, a bien existé.

« Ducatum Elizetium » (IXe s.)

En 867, le roi de Lotharingie Lothar II (Lothaire) ressuscite le duché d’Alsace sous le nom de « Ducatum Elizetium » (ou Helisacensis) et donne le titre de duc d’Alsace à son fils bâtard Hugo (Hugues). Mais à la mort de Lothaire, l’Empire est à nouveau partagé : en 870, au traité de Meersen, l’Alsace sera attribuée à Louis le Germanique[12]. Hugo, trop jeune et trop faible pour faire valoir ses prétentions, se retrouva privé de ses droits et privilèges. Il défendra néanmoins son titre en engageant la lutte contre Charles III le Gros / Karl der Dicke, troisième fils de Louis le Germanique, qui reçut la charge de l’Alémanie. En 876, il reprendra même une partie de son patrimoine, mais pour peu de temps. Attiré dans un guet-apens, il sera capturé en 885[13] par Charles le Gros, empereur d’Occident depuis 881. Ce dernier lui fit crever les yeux et l’enferma dans l’abbaye de Sankt Gallen (Suisse). En 899, Hugo en ressortira pour reprendre ses fonctions de duc d’Alsace, mais finira par être relégué par le roi de Germanie Louis IV l’Enfant (899-911) dans l’abbaye de Reichenau où il mourra l’année suivante. Avec lui s’éteindra le dernier duc d’Alsace.

A partir du Xe siècle, les « Gaugrafen » du Nordgau, également possessionnés dans le Sundgau, se pareront du titre de « Comte d’Alsace » et exerceront leur pouvoir sur l’ensemble du pays.

« Alsatorium et Suevorum dux » (Xe au XIIe s.)

Le duché d’Alsace fut de nouveau rétabli en 925, et pour plus de trois siècles, par le roi de Germanie Heinrich der Vogler (Henri 1er L’Oiseleur). Cependant, il sera placé sous l’autorité du duc de Souabe qui portera dès lors le titre de « Alamaniae et Alsatiae dux », duc d’Alémanie et duc d’Alsace. A nouveau l’Alsace, associée à la Souabe par le truchement d’un duc commun, devenait une entité politique.

En 1094, pour mieux marquer la prépondérance de l’Alsace à l’intérieur du double duché, le duc Friedrich I von Staufen changea ce titre en « Alsatorium et Suevorum dux », duc des Alsaciens et duc des Suèves. Ce dernier titre fut notamment porté par tous les empereurs de la maison de Hohenstaufen dont le grand Friedrich Barbarossa (Barberousse) qui témoigna une prédilection particulière pour Hagenau/Haguenau, ville dont il fit sa résidence. Il y construisit son palais rutilant de marbre, la Kaiserpfalz, où furent conservés les insignes impériaux lors de ses séjours.

Après la mort, en 1268, de Conradin, le dernier des Hohenstaufen, le duché se désintégrera progressivement en plusieurs comtés.

L’idée d’un duché refit surface à l’orée de la Grande Guerre

L’idée de la création d’un duché d’Alsace refit surface peu avant la Première Guerre mondiale, mais surtout durant cette guerre, alors que Berlin avait à décider de l’avenir du Reichsland. Ainsi, le 18 juillet 1917, le député du Zentrum (centre), Mathias Erzberger (1875-1921), demandait au Reichstag la transformation du Reichsland en un « grand-duché catholique » avec à sa tête un Wittelsbach. En effet, les comtes Palatins de la maison de Wittelsbach avaient eu de nombreuses possessions en Alsace-Moselle avant la révolution française : Ribeauvillé / Rappoltsweiler, Bischwiller / Bischweiler, Seltz / Selz, Cleebourg / Kleeburg, La Petite-Pierre / Lützelstein…

En Alsace même, ce projet trouva de fervents défenseurs notamment dans certains cercles catholiques. Citons Albert Ehrhardt (1862-1940), professeur de théologie catholique de Strasbourg, qui dès décembre 1916, avait rédigé un mémoire sur le rattachement du Reichsland au royaume de Bavière.

Finalement Berlin abandonna ce projet de grand-duché et opta pour l’octroi au Reichsland d’un statut d’Etat fédéré. Aussi, le 25 octobre 1918, la constitution de 1911 – qui avait donné un statut d’autonomie à l’Alsace-Moselle – sera-t-elle modifiée pour faire du Reichsland un Etat de plein droit bénéficiant de toutes les attributions d’un Etat souverain de la Confédération germanique.

Après une éclipse de douze siècles, l’ancien duché d’Alsace avait néanmoins continué à vivre dans l’imaginaire de certains Alsaciens.

Ainsi donc, nous venons de le voir, il existe bien un « socle » sur lequel s’est construit le peuple alsacien qui, en dépit de tous les aléas de l’histoire tourmentée de l’Alsace, a traversé les siècles en restant présent dans la mémoire collective.

Bernard Wittmann – Historien – Fin du premier chapitre. A suivre : – L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique (jusqu’à l’avènement de la « République une et indivisible », elle n’a été qu’une marqueterie de territoires dépourvus de conscience politique : des arguments qui ne tiennent pas !)

[1] Ainsi Turenne, le « boucher de Turckheim », est-il un criminel de guerre pour les Alsaciens mais, pour avoir battu les impériaux que soutenaient les Turckheimois, un héros pour la France qui a érigé un monument à sa gloire sur le lieu même de son forfait.

[2] Cité par Philippe Delmas, De la prochaine guerre avec l’Allemagne, éd. Odile Jacob, 1999, p.49.

[3] Land un Sproch n°192 – janvier 2015

[4] In affiche annonçant la conférence Bischoff-Wahl à la librairie Kléber le 30.5.2015

[5] Vers 630, le roi mérovingien Dagobert 1er (629-639) détacha l’Alsace du duché d’Alémanie. Elle apparaîtra comme duché quelques années plus tard, vers 640.

[6] Cinq ducs se succéderont : Gondoin (ou Gundoi) d’Alsace (v.630/640-656) ; Boniface d’Alsace (v.656-662) ; Eticho (Etichon)-Adalric d’Alsace (v. 662-690) ; Adalbert d’Alsace (v.690-722) ; Luitfried 1er d’Alsace (722-740).

[7] Chronique relatant les évènements de 584 à 768 et composée par plusieurs rédacteurs successifs.

[8] D’abord en latin, le nom prendra progressivement sa forme germanique : Alisazgouwe en 774, Elisaza au IXe siècle, Elsazo en 1040.

[9] Rod. Reuss, Préliminaires de L’Alsace au XVIIe siècle.

[10] André-Marcel Burg, Le duché d’Alsace au temps de Sainte Odile, éd. La pensée universelle, 1987, p.183 à 187.

[11] Sainte Odile fut enterrée dans la chapelle de Saint Jean-Baptiste, qui porte aujourd’hui le nom de la Sainte. Son tombeau fut ouvert pour la première fois en 1354, en présence de l’Empereur Charles IV. Son corps fut trouvé entier. Une partie de son bras droit fut alors prélevée et déposée par ordre de l’Empereur dans la cathédrale de Prague.

[12] L’Alsace est ainsi une des premières régions à être entrée dans l’histoire allemande.

[13] En 884, l’Alsace avait été divisée en deux comtés : le Nordgau et le Sundgau.

Quelle : hewwemi.net

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