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Les Peuples minoritaires face aux Etats centralisateurs

Posted on novembre 17th, 2010 by Unsri Heimet !

Dans l’introduction du livre collectif Contre les Etats – les Régions d’Europe publié en 1970, qui brosse le portrait d’une vingtaine de peuples d’Europe sans Etat (Vlaanderen, Corsica, Elsass, Südtirol, uzw), le penseur fédéraliste Guy Maurice Héraud expose les différentes aliénations pouvant être subies par un peuple minoritaire. Chaque Alsacien conscient de sa personnalité pourra effectivement se retrouver dans chacun des points évoqués et par ailleurs comprendre la politique mise en place par Paris pour venir à bout de notre identité. Une analyse toujours d’actualité, qui reste indispensable pour cibler les maux nous concernant et mettre en place une politique forte qui puisse servir efficacement les intérêts de notre petit pays situé entre Vosges et Rhin et tant malmené par la France et l’Histoire.

L’antagonisme ethnique engendre au détriment des minorités la gamme complète des aliénations :

1. Aliénation démocratique : la minorité ethnique est électoralement dominée et mise dans l’impossibilité de faire jamais triompher ses vues ou prévaloir ses intérêts. C’est là l’objet des griefs des Jurassiens à l’égard de la constitution bernoise.

2. Aliénation administrative : l’autonomie administrative (du type de la Vallée d’Aoste n’est qu’un pis-aller). L’ordre étatique continue en effet de peser lourdement sur la Région (livrée à l’immigration, aux cantonnements de l’armée, à la surveillance sans relâche des polices). Et le gouvernement peut, par le biais de la tutelle, vider l’autonomie du plus clair de son contenu.

Voulant mettre tous les atouts entre leurs mains, les Etats qui font face à une minorité jugée trop puissance, trahissent régulièrement leur promesses d’autonomie. Il y a là une loi ethnique véritable, confirmée par de nombreux précédents : c’est la Pologne qui refuse d’instituer l’autonomie galicienne solennellement acceptée au traité de Riga ; c’est la Lituanie qui annexe le territoire libre de Memel ; c’est l’Irak qui n’a jamais respecté un seul de ses périodiques engagements envers les Kurdes ; c’est Prague qui, à peine l’Etat constitué, impose aux Slovaques la république unitaire – et Belgrade en fit autant pour ses Slovènes, Croates et Macédoniens ; c’est Madrid qui refuse aux Basques la République autonome inscrite dans la constitution de 1931 et ne l’institue qu’in extremis, en 1936, sous la contrainte des évènements ; c’est Rome qui, en 1948, triche avec le traité de Paris et noie l’autonomie tyrolienne dans la Région Trentino-Alto-Adige ; c’est Djakarta qui abolit les Etats-Unis d’Indonésie au profit d’une république unitaire, etc.

3. Aliénation démographique : génocide physique et biologique, expulsions, immigration dirigée, interdiction de faire barrage à l’immigration naturelle et impossibilité d’assimiler les immigrants faute de souveraineté linguistique, exode des autochtones privés d’emploi ; dans le meilleur des cas, l’ethnie menacée ne peut se donner une législation nataliste appropriée (la Wallonie).

4. Aliénation économique : la planification, la politique des investissements, la décentralisation économique ne sont pas faites pour l’ethnie minoritaire, mais souvent dirigées contre elle. Si la minorité est mieux favorisée par la nature, ou plus douée, elle voit sa richesse disparaître, par ponctions fiscales, dans les caisses de l’Etat (Euzkadi et Catalogne dans l’Etat espagnol).

Le pouvoir aux mains de l’ethnie dominante s’efforce de détruire les entreprises possédées par les minoritaires (politique de Prague envers les industriels sudètes entre les deux-guerres, prolétarisation des entrepreneurs et propriétaires allemands et hongrois dans l’actuelle Roumanie, etc.)

5. Aliénation sociale : les peuples voient leurs élites écrémées. Car il n’est pas d’ascension sociale sans assimilation, de fait et de cœur, à l’ethnie dominante. La bourgeoisie – tels les « notables » dans les colonies : le phénomène du « glaouisme » – trahit son peuple ; jadis ce fut la noblesse : la Bretagne et l’Occitanie se sont francisées à partir des ordres privilégiés. Le Canada français, comme hier encore la Flandre belge, constitue un exemple de déclassement social massif du peuple soumis.

6. Aliénation linguistique et culturelle : l’école, la caserne, la presse, la radio, la télévision, le film, l’administration ; la rue sont de puissants instruments d’assimilation linguistique et culturelle.

« Une langue qu’on n’enseigne pas est une langue qu’on tue », disait Camille Jullian. Or il ne suffit pas d’enseigner une langue, il faut encore que ce soit efficacement. Pour se maintenir, la langue ethnique doit être utilisée à l’école comme une langue vivante c’est-à-dire servir pour l’enseignement d’une grande partie au moins des autres matières.

7. Aliénation morale : par le jeu des mythes installés, le peuple sujet devient l’instrument de sa propre destruction. M. Frédéric Hoffet a donné, pour l’Alsace, un tableau des complexes engendrés par l’aliénation morale. Le docteur Noël Bothorel, dans sa thèse de doctorat, a décrit les misères physiologiques, psychologiques et sociales qui naissent à la rupture des traditions et de la perte de la langue. Des ethnologues attribuent à l’aliénation ethnique la tristesse, l’abattement, le désespoir des Indiens d’Amérique.

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