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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

Elsass-Lothringen : une nation interdite – Kapitel VIII

Posted on janvier 2nd, 1979 by Klapperstein

KAPITEL VIII

LE «MALAISE» DES OUVRIERS ET DES FONCTIONNAIRES

Les difficultés politiques de l’Alsace-Lorraine furent encore aiguisées par le climat socio-économique de l’après-guerre. En effet, dans tous les Etats belligérants s’était opéré un important transfert des capitaux et des revenus.
La paysannerie avait eu à supporter les plus lourds sacrifices en vies Humaines, mais du fait des impérieux besoins en ravitaillement et en vivres, elle avait réalisé de bonnes affaires. Chez les ouvriers, grâce à la tendance au nivellement des salaires, le niveau de vie s’était amélioré, sauf chez les Allemands et les Austro-Hongrois, victimes du blocus ; les Alsaciens-Lorrains entraient dans cette exception. Dans la bourgeoisie, ceux qui avaient travaillé pour la guerre avaient édifié de scandaleuses fortunes, tandis que la dévalorisation monétaire et la hausse des prix avaient lourdement frappé les fonctionnaires, les petits rentiers et les petits propriétaires changements survenus dans les structures sociales traditionnelles provoquèrent des aigreurs et des rancœurs contre les «nouveaux riches».
La guerre terminée, régnait unanimement la conviction qu’il ne pouvait plus être question de revenir à la situation antérieure ; les ouvriers pouvaient aisément constater que, s’ils avaient obtenu de modestes, les patrons avaient réalisé des profits considérables. La classe ouvrière réclamait donc la journée de 8 heures, la semaine de 44 heures, l’établissement de régimes d’assurances et la nationalisation de certaines entreprises de base. Dès novembre 1918, pour l’anniversaire de la révolution d’octobre en Russie, les grèves et les manifestations secouaient Zurich, Rotterdam, Amsterdam, Copenhague et Lisbonne.
Du 5 au 13 janvier 1919, les spartakistes (communistes) étaient les maîtres de Berlin ; le 3 février, Seattle (U.S.A.) se trouvait paralysé par la grève générale ; le 6 avril, la flotte française se mutinait en Mer Noire ; le 11 avril, la grève générale s’abattait sur Rome ; du 13 au 16 avril, la grève générale et les violences secouaient Milan. En France, les ministres socialistes abandonnaient le gouvernement le 1er mai 1919 et au début de juin commençait une longue série de grèves à travers tout le pays.

1. La situation socio-économique en Alsace-Lorraine

Au lendemain de l’armistice, le long du front vosgien, ce n’étaient que ruines. Le gouvernement français fit voter des lois le 24 février 1919 et le 28 juillet 1921 en faveur des victimes civiles de la guerre. Mais une astucieuse jurisprudence fît bientôt prévaloir que seuls pouvaient être pris en considération les méfaits imputables aux Allemands et à leurs Alliés. Le manichéisme des vainqueurs plaçait naturellement le Bien du côté des Français et le Mal du côté de l’Allemagne. Or, il se trouvait que la plus grande partie des destructions en Alsace provenait des armées françaises. Les plus défavorisés et pour longtemps, demeuraient les anciens internés alsaciens-lorrains qui avaient été maltraités dans les camps français. Le gouvernement français ne voulait pas les indemniser, et au projet de loi déposé tardivement à ce sujet au Palais Bourbon le 13 novembre 1929 par les députés Robert Schuman et Marcel Stürmel, des Rotours répondait candidement le 3 juillet 1930 : «L’hypothèse envisagée par nos collègues d’Alsace-Lorraine se heurte à la répugnance que nous éprouvons à admettre que de mauvais traitements aient pu être infligés aux personnes que les nécessités de la guerre nous ont fait interner dans des camps français… Il n’est pas nécessaire de supposer qu’il s’agit de traitements inhumains, il suffit de considérer que, du fait des circonstances, les camps n’ont pas toujours pu être organisés de façon à toujours éviter à ceux qui y étaient internés des privations et des souffrances qui ont pu entraîner des maladies, des infirmités, des morts». C’est ainsi que Pilate se lavait les mains en toute innocence.
Si le gouvernement français répugnait après 1920 à punir les tortionnaires à son service, du moins avait-il la responsabilité et le devoir de réparer les injustices commises en son nom. Ce compromis avait du reste été proposé le 28 mai 1921 par la Voix d’Alsace : «Il y va de l’intérêt même et de l’honneur de la France de désarmer la rancune de ces hommes aigris, en écoutant leurs doléances en faisant droit à leur légitime demande de M ration. Alsaciens de vieilles souches pour la plupart ces hommes aujourd’hui citoyens français, et si ceux qui se sont rendus coupables à leur égard échappent à tout châtiment, du moins voulons-nous espérer qu’il y aura une justice pour les victimes».
Paris continua de faire la sourde oreille, et le nombre des mécontents cessait d’augmenter ; les plus furieux étaient encore les fonctionnaires.
Avant l’armistice de 1918, les fonctionnaires d’Elsass-Lothringen possédaient un statut bien différent et surtout meilleur que celui de leurs homologues français.
Sous le régime allemand, aucune retenue n’était opérée sur les traitements pour constituer la retraite. Or, après l’armistice de 1918, le régime français effectuait des retenues de 5% et en outre ponctionnait chaque augmentation de 1/12ème.
Contrairement à la législation française, la législation allemande ne distinguait point deux catégories de fonctionnaires, ceux du service «actif» et ceux du service «sédentaire». Depuis l’armistice, les derniers se trouvaient sensiblement défavorisés par le système français.
Le régime allemand accordait aux veuves et aux orphelins une pension très supérieure à celle octroyée par le régime français. En outre, lors du décès du mari, la veuve et les enfants touchaient durant trois mois encore le traitement complet du défunt ; le gouvernement français supprima cette pratique allemande, suppression qui ne pouvait qu’être agréable à la classe patronale francophile. En cas de maladie, le régime français était moins favorable que le régime allemand.
L’administration française établit une discrimination intolérable entre les fonctionnaires indigènes et les fonctionnaires parachutes de l’Intérieur. Ces derniers se voyaient attribuer de confortables indemnités de séjour, de logement, de fonction, etc., à l’instar de ce qui se pratiquait pour les fonctionnaires coloniaux d’Afrique ou d’Asie. Et ces indemnités pour fonctionnaires métropolitains en Elsass-Lothringen étaient parfois supérieures aux traitements eux-mêmes ! Le pasteur Altorffer, députe du Bas-Rhin (1919-1928) et directeur des Cultes à partir du 1er juin 1929, signalait qu’à Wissembourg, une simple institutrice venant de France, complètement ignorante du dialecte alsacien et de la langue, touchait le double du traitement de sa directrice qui avait le grave défaut d’être une Alsacienne. Et juchés sur leurs super-traitements aussi élevés que leur incompétence, ces fonctionnaires de l’Intérieur s’en prévalaient pour regarder de haut les fonctionnaires originaires du pays.
Favorisés financièrement, les fonctionnaires métropolitains l’entaient encore au point de vue professionnel et social. Jamais Paris ne leur confiait des postes inférieurs ; les postes inférieurs étaient abandonnés aux indigènes alsaciens-lorrains, tandis que les fonctionnaires de France se réservaient les postes moyens et surtout les postes supérieurs. Les fonctionnaires alsaciens-lorrains se trouvaient bloqués dans leur avancement, à moins de faire de la surenchère patriotique et jacobine. Cette situation paraissait d’autant plus inique que les fonctionnaires d’origine alsacienne-lorraine, formés sous le régime allemand, avaient dû faire face à des exigences beaucoup plus rigoureuses : stages plus longs, instruction et formation pédagogique ou administrative supérieures à celles de leurs homologues français, etc., de sorte que dans leur spécialité, ils avaient à la fois une meilleure qualification que leurs homologues, mais une rémunération et une position sociale inférieures.
Dans leur immense majorité, les fonctionnaires métropolitains ignoraient complètement la langue écrite et orale du peuple qu’ils devaient administrer, et ils ne cherchaient aucunement à rapprendre. Par contre, les fonctionnaires issus du Volkstum étaient astreints à l’effort considérable d’apprendre rapidement une langue étrangère parlée et écrite, celle du vainqueur militaire.
Investis des postes de commandement et de direction, les fonctionnaires, parachutés par la métropole, apportaient des méthodes de travail inusitées et parfois moins efficaces. D’où heurts et froissements des personnes, perturbation inutile des services, irritation continuelle et incompréhension mutuelle.
Enfin, le fonctionnaire alsacien-lorrain avait une autre mentalité que le fonctionnaire français, comme le signalait le professeur d’histoire de l’Alsace, Fritz Kiener : «Le type du fonctionnaire, tel que les Allemands l’ont formé et laissé chez nous, diffère de celui de son collègue français… Le fonctionnaire du type local est plus fortement attaché à sa fonction, tandis que le fonctionnaire français est plutôt un employé dépendant de son supérieur». D’où l’importance dans le système français de la notion de «patron» et de fonctionnaires «employés». En vertu de cette domestication du fonctionnaire français, l’avancement pouvait s’opérer par «grand choix» et «petit choix» et non simplement par ancienneté ; c’est-à-dire que le favoritisme avec toutes ses implications politiques régnait souverainement, alors que le système allemand ne connaissait que l’avancement méthodique par ancienneté.
En somme, aux dires de Charles Frey «le gouvernement semble avoir pris le parti d’écarter les Alsaciens de tout poste élevé dans leur pays. L’Alsacien est administré par le Français de l’Intérieur qui, à partir d’un certain niveau dans les carrières, règne seul». L’administration française en Alsace-Lorraine était donc de style parfaitement colonial.
De son côté, le sénateur Fritz Eccard portait le jugement suivant : «L’administration française me semble en retard, tout comme la comptabilité française, sur l’administration allemande qu’elle est venue remplacer. Elle paralyse l’initiative par ses contrôles superposés et se révèle trop accessible au favoritisme politique qui ruine son autorité. L’idée d’une bureaucratie soumise au régime des partis ne réussira pas à se faire accepter par une population accoutumée aux fonctionnaires sortis d’écoles professionnelles et n’attendant leur avancement que de leur compétence technique».
Le corps enseignant alsacien-lorrain se sentait particulièrement menacé. La Conférence d’Alsace-Lorraine réunie à Paris avait prévu l’expulsion de 70% du personnel scolaire en Alsace-Lorraine : 3 000 hommes et femmes environ devaient perdre leur poste et être remplacés par autant d’enseignants français, souvent des mobilisés, qui la plupart du temps ne possédaient pas la moindre formation pédagogique. Il est vrai que leur mission n’était point culturelle, mais simplement politique : détruire et assimiler le Volkstum, déculturer et déraciner les enfants d’Elsass-Lothringen, leur enseigner que les Alsaciens-Lorrains ne descendaient point des Germains mais des Gaulois et que le dialecte alsacien était un dialecte celte ; faire croire finalement aux enfants que les Français étaient seuls généreux et civilisés tandis que les Allemands étaient des brutes barbares. Si en fin de compte les 3 000 instituteurs, institutrices et professeurs alsaciens-lorrains n’ont pas tous été éliminés, il n’en demeure pas moins vrai que des circulaires avaient effectivement déjà été rédigées dans ce but, mais que Joseph Rossé (1892-1951) avait réussi à faire échec à l’opération projetée.
En ce qui concernait les enseignants congréganistes, la Conférence d’Alsace-Lorraine à Paris avait encore prévu que les religieux enseignants (Jésuites, Frères de la Doctrine Chrétienne, Sœurs de la Divine Providence, Sœurs de St-Jean de Bassel) ne seraient tolérés en Alsace-Lorraine que pendant dix années, au terme desquelles ils seraient expulsés, en vertu des lois françaises de 1886, 1901 et 1904 qu’aucun Alsacien-Lorrain n’avait votées.
Considérés par Paris comme des fonctionnaires indésirables en Alsace-Lorraine, les fonctionnaires alsaciens-lorrains ne l’étaient pas moins en France. Un instituteur-stagiaire ayant été envoyé à la rentrée de 1919 dans une école de Montbrison (Loire) en fut chassé par son directeur sous prétexte qu’il avait été soldat allemand en 1914-1918. Un autre, envoyé à Privas (Ardèche) se vit refuser la poignée de main du directeur : «Je regrette, je ne puis serrer la main à un officier boche !». Les Alsaciens-Lorrains qui devaient faire leur service militaire en France se trouvaient fréquemment qualifiés de boches et traités en ennemis ; à Langres, les choses allèrent si loin qu’au printemps de 1920, les Alsaciens-Lorrains au 21ème régiment d’infanterie se mutinèrent. Enfin lorsqu’un instituteur débutant touchait comme Alsacien-Lorrain en 1919 un traitement annuel de 1 800 francs, le balayeur de rues à Paris touchait 5 289 francs !
En somme, la France voulait bien l’Alsace-Lorraine, mais sans les Alsaciens-Lorrains.
Sur le plan économique, d’après le rapport du député Cluzel à la Chambre des Députés en 1920, 40 000 entreprises industrielles et commerciales avaient été confisquées après novembre 1918 au détriment de l’Alsace-Lorraine et au bénéfice de la France. Par exemple, les usines sidérurgiques et métallurgiques de Rombach, Knutange et Hagondange, qui valaient officiellement 1,4 milliards de marks-or, c’est-à-dire 8 milliards de francs, avaient été revendues en 1919 à des entreprises privées françaises pour 385 millions de francs seulement, auxquels il convient d’ajouter 95 millions de provisions et de matières premières, soit au total 480 millions de francs. Mais après la défalcation des frais de liquidation, d’honoraires d’arbitrage, etc., sur les 8 milliards de francs primitifs, il ne restait à l’Office des Biens publics que la ridicule somme de 165 millions de francs. La différence, soit 7,5 milliards de francs, était allée dans la poche du patronat français. Dans l’Illustration Economique et Financière du 15 mai 1920, Fernand Engerand avouait que le traité de Versailles avait totalement bouleversé les industries sidérurgiques en France et en Allemagne, et que la sidérurgie française avait été le plus grand profiteur mondial de la guerre de 1914-1918.
L’Alsace-Lorraine avait réalisé un énorme progrès industriel et économique durant son rattachement à l’Empire Allemand ; après le retour à la France, ce fut partout le marasme, bien que, par l’intermédiaire du président de la Chambre des Députés Jules Siegfried, l’industriel mulhousien Mieg eût obtenu l’insertion des articles 68 et 268 dans le traité de Versailles, qui laissaient les portes douanières de l’Allemagne ouvertes pendant 5 ans à tous les produits d’Alsace-Lorraine.
Les usines textiles des vallées vosgiennes étaient détruites, et à partir de 1926, les usines alsaciennes étaient écrasées par la concurrence des usines du Nord de la France reconstruites et modernisées : en 1927, 25% des filatures alsaciennes étaient arrêtées. Seules les mines de charbon de Lorraine connurent un développement après un fléchissement passager : l’extraction, qui avait baissé de 3,79 Mt (millions de tonnes) en 1913 à 2,59 Mt en 1919, avait grimpé à 5,27 Mt en 1924. Mais les mines de fer n’atteignirent qu’en 1928 le niveau de 1912 ! En 1913, l’extraction de minerais était de 21,13 Mt ; elle tomba à 7,13 Mt en 1919 et ne remontait qu’à 12,48 Mt en 1924 ; le nombre de mines de fer en activité passait de 49 en 1913 à 47 en 1919 et à 32 en 1924. La production de fer, qui en 1913 était de 3,87 Mt tombait en 1919 à 1,113 Mt pour n’atteindre que 2,98 Mt en 1924. Et si le nombre des mineurs de charbon montait de 16 328 1913 à 29 715 en 1924, celui des mineurs de fer dégringola de 17 273 en 1913 à 9 534 en 1919 pour remonter légèrement à 10 459 en 1924. Le déve­loppement des mines de potasse était spectaculaire, passant de 350 0001 en 1913 à 1,222 Mt en 1920 et 1,665 Mt en 1924 ; mais les salaires y étaient très bas et ne compensaient pas les pertes subies ailleurs.
L’agriculture régressa également jusqu’en 1923. Le vin alsacien se vendait mal en France et la vente du houblon en Allemagne ne rapportait rien du fait de la forte dévaluation du mark. Si la culture du tabac se développait, les revenus tirés des céréales avaient baissé de 25 %.
Cet effondrement économique de l’Alsace-Lorraine après son rattachement à la France, et la montée continuelle du coût de la vie expliquent le nombre exceptionnel de grèves :
en 1919, 85 grèves firent perdre 814 759 journées de travail
en 1920, 80 grèves firent perdre 1 149 049 journées de travail
en 1921, 95 grèves firent perdre 1 017 612 journées de travail
en 1922, 29 grèves firent perdre 160 926 journées de travail
en 1923, 46 grèves firent perdre 1 219 397 journées de travail
en 1924, 49 grèves firent perdre 200 633 journées de travail.
Pourtant, la France ne voulait pas voir que ces grèves et cette agitation sociale étaient les conséquences de l’effondrement économique et de la condition «coloniale» des travailleurs, engendrés par le changement de statut politique de l’Alsace-Lorraine ; elle préféra, et c’était phis facile, [en rejeter la responsabilité sur le pangermanisme et les autonomistes. L’espion Léon Becker, au service de la police française, n’avait-il pas déclaré le 12 novembre 1919 que Charles Hueber, l’un des meneurs de | grèves, touchait 1 000 francs par mois du comte Rapp, membre du gouvernement d’Alsace-Lorraine en exil à Baden-Baden ? Et tout s’expliquait…

2. L’autonomisme et les ouvriers

En réalité, le «trio badois» essayait de prendre le train en marche et d’ajouter sa teinte autonomiste aux manifestations des travailleurs profondément déçus par la France. Ce qui était inutile car même sans Rapp, Ley et Muth, le mouvement autonomiste aurait quand même vu le jour, ne serait-ce que par la condition faite aux indigènes par les nouveaux maîtres.
Toujours est-il que lors des grèves lorraines en 1919, qui avaient fortement secoué les centres industriels de la Petite-Rouelle, de Spittel, de Kreutzwald, de Hayange, de Hagondange, de Metz, et d’Alsace (notamment à Mulhouse), ainsi que les Chemins de fer d’Alsace-Lorraine, la police aurait ramassé des tracts imprimés à Baden-Baden, dans l’imprimerie du Badener Tagblatt.
Le grand chef d’orchestre de toute cette agitation était l’Alsacien Charles-Louis Hueber (1883-1943), né à Guebwiller en Haute-Alsace? 21 avril 1883. Ancien serrurier devenu gérant d’imprimerie, la guerre l’avait jeté sur le front et la révolution de novembre 1918 avait fait de lui un membre influent du Soldatenrat ou Soviet de Soldats de Strasbourg Dès cette époque, il affichait ouvertement son autonomisme, avant donc Rapp, Ley et Muth. Le 17 novembre 1918, le jour même de l’entrée triomphale des troupes françaises à Mulhouse, Charles Hueber proclama au Sängerhaus sous un tonnerre d’applaudissements : «Vom Jura bis zum Moselstrand soll ein freies Volk, ein freies Land sein ! (Du Jura jusqu’au bord de la Moselle doit exister un peuple libre, doit exister un pays libre !)».
Après la signature du traité de Versailles, Charles Hueber reprit ses occupations de secrétaire du syndicat des Métaux. La police le surveillait particulièrement et un rapport du 2 août 1919 résume ainsi ses activités durant les grèves de juin-juillet 1919 : «Il prend la parole dans les réunions ouvrières et a su assez habilement combiner ses plans pour que la grève subsiste toujours à l’état latent dans l’une ou l’autre corporation ouvrière de la Basse-Alsace. Cette tactique a depuis quelque temps ému certains ouvriers patriotes, car on est presque certain d’autre part que Hueber est un partisan de l’autonomie de l’Alsace-Lorraine».
Il est clair que dans les relations Rapp-Hueber, le second n’était point l’agent du premier ni son disciple. Le secrétaire du syndicat des Métaux utilisait les possibilités financières et les services de Rapp, mais le sentiment autonomiste lui était propre, comme à beaucoup d’Alsaciens-Lorrains. C’est ainsi qu’il avait pu faire imprimer sans frais ses tracts de 1919 à Baden-Baden. Du reste, il n’existait pas de relations directes entre Rapp et Hueber : Hueber se contentait de recevoir ses mille francs mensuels par l’intermédiaire de l’architecte Joseph Koessler, ancien maire de Saint-Avold, acquitté par la Cour d’Assises du Bas-Rhin le 18 mai 19 Hueber avait l’étoffe d’un chef et non d’un exécutant, comme le démontre le fait qu’il fut député en 1924-1928 et 1936-1942, maire de la ville de Strasbourg de 1929 à 1935, puis conseiller général de Strasbourg-Sud et conseiller municipal.
Au début de 1920, Charles Hueber ajoutait à sa fonction de secrétaire du syndicat des Métaux celle de secrétaire de la Fédération socialiste du Bas-Rhin ; il exerçait désormais une très grande influence sur la classe ouvrière d’Alsace-Lorraine. Le 6 mars 1920, grâce à Edmond Schwartz, ami et confident de Hueber, éclatait une grève des métallurgistes, alors que le pouvoir espérait un arrangement à l’amiable entre patrons et ouvriers et que les autres syndicats se déclaraient partisans de la conciliation. La grève se durcit et provoqua du 24 au 26 mars une première grève de solidarité d’une durée de 48 heures, au cours de laquelle se produisirent de «graves désordres». Les meneurs apparents étaient Edmond Schwartz, Paul Meyer (Strasbourg), Charles Hornecker (Mulhouse), Eck-hardt et Trunzer. Huit mois plus tôt, le 22 juillet 1919, une bataille avait déjà éclaté à Strasbourg entre les conducteurs de tramways en grève et les soldats français qui les chargeaient aux cris de «Prussiens !». En 1920, c’étaient les ouvriers alsaciens-lorrains qui expulsaient les Français de Rombach en les traitant d’«étrangers».
Le 19 avril 1920, le «trio badois» entrait en jeu et faisait distribuer un tract incitant à la révolte : «Tout le monde dans la rue ! Le gouvernement français nous refuse l’autonomie. Nous devons la conquérir devant l’univers. Ne reculez pas devant les baïonnettes ! Si l’on tire, ne vous sauvez pas ! Qui meurt pour la liberté est immortel !»
Le lendemain, 20 avril 1920, la grève générale «à caractère politique» éclatait d’abord à Hagondange en Moselle. Le personnel de l’ex-entreprise Thyssen croyait ses intérêts menacés par l’élimination d’une partie du personnel alsacien-lorrain et son remplacement par un personnel français venu de l’Intérieur. Une violente campagne se déclenchait en faveur de «L’Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains ! (Elsass-Lothringen den Elsass-Lothringern !)». Un tract imprimé sur les rotatives de la Freie Presse socialiste à Strasbourg (Volksdruckerei) était distribué parmi le personnel des Chemins de fer d’Alsace-Lorraine :
«Appel aux Cheminots du réseau Alsace-Lorraine !
«Le droit à l’existence pour nos enfants du pays (unserer Landeskinder) vous appelle à la lutte contre l’injustice, contre la force brutale et contre te terrorisme (Schreckensherrschaft) qui sévissent chez nous en toute connaissance du gouvernement.
«La France n’est pas la France pour laquelle nos pères avaient conservé de la sympathie, elle n’est pas la France dont nous avions rêvé, avec sa tradition démocratique de Liberté, d’Egalité et de Fraternité (Frankreich ist nicht das Frankreich, für welches uns unsere Väter die Sympathie wach gehalten haben, es ist nicht das Frankreich, das wir uns entsprechend seiner demokratischen Tradition in Freiheit, Gleichheit und Brüderlichkeit ertraumten). Nous avions espéré que ce pays, qui a inscrit la Fraternité sur ses drapeaux, nous offrirait également des comportements fraternels. Mais le rêve fut court et scandaleuses sont tes réalités nues (Doch kurz war der Traum und skandalos sind die ernüchterden Tatsachen).
«La domination arbitraire et la grossière exploitation que nous constatons et dont nous ressentons les effets dans la France démocratique, nous les tenions pour impossibles. Nous sommes trompés ! (Wir sehen uns getäuscht !)
«Où est la Fraternité dans la vie civique ? Les fils d’Alsace-Lorraine sont systématiquement éloignés des postes de direction dans l’Etat et l’Administration. Et ce n’est pas tout ! Non ! Des fonctionnaires sont écartés de leur place par la violence, parce qu’ils se sont opposés aux actes scandaleux de gens sans conscience, qui s’imaginent être ici (en Lorraine) des dieux ! (Die da Götter zu sein wähnen).
«Le droit ethnique, que possède chaque homme de jouir de la terre sur laquelle il est né, est foulé aux pieds par des parvenus qui expulsent arbitrairement nos fils hors de notre pays, s’ils refusent de se plier à leurs caprices (Das Heimatrecht, das ein jeder Mensch auf die Scholle, auf der er geboren wurde, hat, wird von den Ankömmlingen mit Fussen getreten, sie stossen Sonne unseres Landes hinaus wie es ihnen gefällt, wenn sie sich nicht ihrer Willkur fügen).
«La force militaire lancée contre un peuple qui lutte pour son existence perd toute retenue ; elle foule aux pieds des chevaux les femmes et les enfants sans défense, comme s’ils étaient des marchandises vénales. Les tire-au-cul et les exploiteurs jouissent sans contrainte de la pleine liberté pour accomplir des actes franchement scandaleux ; ils ont même le soutien du gouvernement. Le peuple qui lutte là-contre est écrasé (Lorraine, Strasbourg, Colmar et Belfort)…
«Camarades ! Ce que réclament les Lorrains, nous le réclamons nous aussi ; ce sont aussi nos réclamations ; bien plus, ce sont les mêmes réclamations que nous avions déjà faites le 12 septembre 1919, pour lesquelles on nous avait promis chaque jour satisfaction, sans qu’aujourd’hui une seule d’entre elle ait été encore satisfaite. N’avons-nous pas réclamé la nationalisation des biens alsaciens-lorrains ? Sommes-nous Chemin de fer d’Etat ?
«Ne voulons-nous pas sauvegarder les droits de notre sang et de notre ethnie ? (Wollen wir nicht die Wahrung unserer Bluts — und Heimat-rechte ?) Ne voulons-nous pas que soit immédiatement réglée par voie législative la situation juridique de nos employés, avec la sauvegarde des acquisitions sociales antérieures ?
«Nous demandons qu’aucun indigène (Landeskind) alsacien ou lorrain ne soit lésé dans sa situation administrative par un Français immigré de l’intérieur ; nous demandons en outre le renvoi des incapables et des agents en surnombre ; nous demandons notre propre administration ; nous demandons le départ des fonctionnaires venus de l’intérieur de la France, de ceux qui ne comprennent pas la langue du pays et qui font tort notre Heimat : ils peuvent et doivent être remplacés par des indigènes (Wir verlangen ferner Entfernung der unfähigen, überflüssigen und unsere Verwaltung ; und somit unsere Heimat schâdigenden Beamten au. dem Innern Frankreichs, desgl. derjenigen, die die Sprache unseres Landes nicht verstehen : Sie können und müssen durch Landeskinder ersetzt werden).
«…Il en va de ce que nous avons de plus sacré, de la sauvegarde de nos droits ethniques (Es geht ums Heiligste : Wahrung der Heimatrechte)»
Tel était l’essentiel du tract distribué par l’Union des Syndicats des cheminots d’Alsace-Lorraine. Une grève générale de solidarité fut ensuite déclenchée par les autres fonctionnaires : aux cheminots s’ajoutèrent les employés des Postes et les instituteurs et institutrices du Syndicat des maîtres chrétiens, ces derniers sur l’instigation officielle de Wicky à Mulhouse et de Richard à Colmar. Durant plusieurs jours, toute la vie économique des trois départements d’Alsace-Lorraine se trouvait complètement suspendue et une grande effervescence régnait parmi la population.
Le rapport que Joseph Csendes envoyait de Strasbourg au Comité Exécutif de la Illème Internationale à Moscou s’exprimait ainsi :
«La politique de la Chambre du Bloc National parisien a plongé les travailleurs dans une situation sociale et économique intenable. Le mécontentement général ne connaît plus de bornes. La situation d’Alsace-Lorraine était arrivée fin avril 1920 au point d’ébullition. L’air était chargé d’électricité et on pouvait s’attendre à chaque instant à un coup de foudre.
«Le 21 avril 1920 à minuit, la tempête éclata dans toute l’Alsace-Lorraine. A 8 heures du matin, tous les rouages étaient arrêtés. Pas une fabrique, pas une locomotive ne marchait, pas un facteur n’avait pris son service. 98 % de la population ouvrière, organisée ou libre, avaient obéi à l’ordre du jour. Ce n’était pas une grève générale, mais un véritable mouvement populaire. L’industrie, le commerce, les moyens de transport, étaient paralysés. Les directeurs, le gouvernement, la bourgeoisie, étaient complètement désemparés devant cette gigantesque manifestation. S’il y avait eu une étincelle révolutionnaire de plus, on aurait pu faire enfin table rase. Le mouvement se serait même propagé dans les régions voisines. Le gouvernement avait perdu la tête, il se trouvait dans un état hystérique.
«La masse espérait tout de ce mouve ment général. Mais l’incapacité du Prolétariat à prendre les rênes du gouvernement et la mauvaise volonté des chefs laissèrent échapper une victoire si facile à obtenir. La misérable bureaucratie des syndicats, qui voyait d’un mauvais œil l’extension du mouvement révolutionnaire dans la masse, a fait tout son possible pour écarter le danger».
Çsendes fait ici allusion à la délégation qui, au lieu de prendre le pouvoir à Strasbourg, s’était rendue dans la soirée du 24 avril 1920 à Paris, où elle fut reçue par Paul Jourdain, né en 1878 à Altkirch, député radical du Haut-Rhin depuis 1919, et alors ministre du Travail dans le cabinet Millerand. Cette délégation comprenait Eugène Imbs, secrétaire général de l’Union des Syndicats Libres du Bas-Rhin, ancien membre du Landtag Elsass-Lothringens et depuis le 10 mai 1919 membre du Conseil Supérieur d’Alsace et de Lorraine, Auguste Wicky, autre socialiste membre depuis le 10 mai 1919 du Conseil Supérieur d’Alsace et de Lorraine ; Fritz Becker de Metz représentait la Lorraine.
Dans la soirée du 25 avril 1920, de Paris, par téléphone et au nom de toute la délégation, Eugène Imbs donna ordre au comité de grève de procéder à la reprise du travail. Cet ordre fut communiqué aux grévistes de Strasbourg au cours d’un meeting tenu dans la matinée du 26 avril 1920, place de la Bourse, devant l’immeuble de la Freie Presse, où Charles Hueber, secrétaire de la section socialiste du Bas-Rhin, avait son domicile.
Charles Hueber apparut alors à une fenêtre du deuxième étage pour crier aux grévistes que la délégation les avait trahis à Paris, qu’il ne fallait point interrompre une manifestation si grandiose sur de simples promesses et sans avoir obtenu quelque chose de concret. Il en résulta que le comité de grève ne put procéder à la reprise du travail immédiatement, et ce ne fut que le lendemain, 27 avril 1920, après le retour d’Imbs, que la situation se normalisa.
Dans le rapport de Csendes au Comité Exécutif de la Illème Internationale, on pouvait lire : «Le quatrième jour, les pourparlers furent engagés à Paris, malgré l’énergique protestation des délégués des P.T.T. qui durent céder ensuite à la violence de leurs camarades. Un accord inspiré par Millerand fut accepté. Le gouvernement ne s’engageait à rien, mais les ouvriers étaient obligés d’arrêter le combat. La dictature outrageante des traîtres socialistes est alors entrée en vigueur, et sur l’ordre du général en chef des syndicats, conseillé par son bon ami Jouhaux, les ouvriers durent reprendre le travail».
A partir de ce jour, Charles Hueber devint l’ennemi acharné d’Eugène Imbs. A la fin de décembre 1920 et à la suite du Congrès socialiste de Tours, il créait avec Ernest Haas et Michel Heysch (ce dernier décoré des palmes académiques) le Parti communiste d’Alsace-Lorraine ; se séparant de la Ilème Internationale, le nouveau parti se rattacha à la IIIème Internationale de Moscou. Comme organes de presse, il conservait en Lorraine Die Volkstribune et en 1921 il fondait pour l’Alsace Die Neue Welt. Le premier journal tirait à 9 000 exemplaires et le second à 4 000.
Toutefois, les communistes ne rallièrent qu’une minorité des socialistes d’Alsace-Lorraine. Un an plus tard, le 29 novembre 1921, ils étaient 4 600 en Basse-Alsace, 3 700 en Lorraine et seulement 1 500 en Haute-Alsace, soit au total 9 800 membres environ. Il n’en restait pas moins qu’en 1920, donc quelques mois à peine après la signature du traité de Versailles qui annexait l’Alsace-Lorraine à la France, cette dernière avait réussi à dilapider l’immense capital de confiance qu’Elsass-Lothringen, opprimé par la dure dictature militaire avait chimériquement placé dans une France idéalisée et irréelle Des évènements, auxquels l’Alsace-Lorraine se sentait étrangère et qu’elle n’avait point voulus, avaient renversé son destin historique. La France détruisait une nation dont elle avait pourtant joyeusement fêté l’autonomie en 1911 ; elle faisait avorter un Etat rhénan, elle plongeait un peuple dans un malaise lourd d’un avenir tragique.
Dès les premières grèves, Der Republikaner de Mulhouse énumérait le 22 mars 1920 toutes les graves erreurs commises depuis l’armistice : «Cartes d’identité ; Commissions de Triage ; qualificatifs de «Boches» ; censure ; autocratie militaire ; autorités administratives incapables ; favoritisme unilatéral ; intervention des soldats et des organismes civils contre les travailleurs à l’occasion des mouvements de grèves professionnelles ; importation de fonctionnaires qui appliquent une politique «coloniale» ; attentats gouvernementaux contre la langue allemande, dans les écoles, dans l’appareil judiciaire et dans les communiqués officiels; salaire des enseignants inférieur à celui qui était accordé aux gens venus de l’Intérieur». Et après cette triste litanie, le journal socialiste se posait la question : «Où conduiront ces premiers débuts dans leurs futurs développements, si le gouvernement ne se met sérieusement en devoir d’écarter du chemin la pierre d’achoppement ?». Et faisant allusion aux frères alémaniques de Suisse, Der Republikaner lançait ce grave avertissement : «Le gouvernement veut-il laisser arriver les choses au point que le peuple d’Alsace-Lorraine s’écrie avec Guillaume Tell : C’est en un bouillonnant poison de dragon que tu as changé le lait de mes douces manières ! (Will sie es soweit kommen lassen, bis das elsass-lothringische Volk mit Tell ausruft : In gärend Drachengift hast du die Milch der frommen Denkart mir verwandelt !)».
Et le 20 mai 1920, le même journal écrivait : «Personne d’entre nous n’aurait pu croire qu’il fût possible en France de lancer des charges de cavalerie contre des Alsaciens, qu’en Lorraine on enlevât les moyens d’existence aux travailleurs indigènes pour les donner à des immigrants, voire même à des Belges… Si on n’y apporte pas rapidement le remède… nous devrons nous dire en Alsace-Lorraine que nous ne sommes pas des Français (Wenn nicht baldigst Remedur geschaffen wird… müssen wir uns in Elsass-Lothringen sagen, wir sind keine Franzosen) ! On nous traite pire que des indigènes coloniaux (Man behandelt uns schlimmer als Kolonialeinwohner). Et si l’on continue à nous traiter ainsi, alors il nous faudra, d’une manière ou d’une autre, nous faire rendre justice. Car cela ne peut et ne doit plus continuer. Nous nous le devons à nous-mêmes, et nous le devons à l’humanité !».
La détermination des ouvriers et des fonctionnaires alsaciens-lorrains fit hurler les jacobins français. Le 16 septembre 1922, un certain Casa Soprana se fit l’écho de ces bons patriotes dans Le Cri de Strasbourg en lançant un article fielleux et injurieux à la tête des fonctionnaires indigènes « Trop d’entre vous sont de secrets bochisants,… profiteurs du régime actuel… Fermez-la ! et allez vous cacher, vous êtes de mauvais citoyens, dignes de tout mépris et de toute sévérité…». Ainsi donc, tout Alsacien-Lorrain qui voulait rester lui-même, rester ce que l’histoire et la géographie avaient fait de lui, devenait un «mauvais citoyen». Joseph Rossé réagit, et au nom de la Fédération des Fonctionnaires d’Etat, il intenta un procès contre Casa Soprana qu’il gagna le 9 juillet 1923 grâce à la plaidoirie de maître Julien Kraehling originaire de Kingersheim. La Fédération toucha 1 001 francs de dommages et intérêts…
Le 4 octobre 1920, un rapport envoyé au gouvernement par un de ses agents d’observation écrivait : «Si on faisait le plébiscite maintenant, il n’y aurait pas une majorité pour la France. Les Allemands, en 50 ans, n’avaient pas réussi à se faire aimer, les Français en moins de 20 mois se sont fait détester».
L’année suivante, le congrès des Cheminots d’Alsace-Lorraine se réunissait à Metz les 8 et 9 avril 1921 ; les délégations de Mulhouse et de Bischheim se montrèrent les plus violentes. Le premier jour, Jacquet, de Mulhouse, déclara : «… Le gouvernement a saboté toutes les administrations… A l’oppression allemande a succédé l’oppression française. Celle-ci, invoquant le danger bolchevique, reste ultra-militaire…».
Joseph-Emile Fürstoss, né en 1872 à Fessenheim, ancien membre du conseil général du Bas-Rhin, et membre du comité exécutif des cheminots de Bischheim, parla comme les autres orateurs «des promesses faites au pays après l’armistice par les hommes d’Etat et les généraux. Tout cela fut dit pour éviter en Alsace-Lorraine un plébiscite. Rien n’est changé ; au contraire, ce que nous avions de bon est saboté et malheureusement nous n’avons rien à espérer des gens qui sont actuellement au pouvoir». Fürstoss terminait : «Cette situation ne saurait être tolérée plus longtemps», et il lança un appel à la révolution qui seule «délivrera le monde du chaos actuel». Finalement, le congrès rejeta le statut élaboré par le sous-secrétaire d’Etat Tissier pour les cheminots d’Alsace-Lorraine.
De nouvelles réunions eurent lieu à Metz le 22 avril et le 20 juin. Ce dernier jour, le général Hirschhauer, sénateur de la Moselle, voulut prendre la parole ; les cheminots exigèrent qu’il leur parlât en allemand et non en français ; comme le général s’y refusa, il fut copieusement hué et dut se retirer. A Colmar, le 8 novembre 1921, le chef de gare tournait en dérision les décorations françaises portées par des cheminots engagés volontaires et injuriait la France. Et l’Echo de Paris de se demander : «Qu’arriverait-il en cas de mobilisation, si l’armée devait avoir des traîtres sur ses voies de communication ?»
Le 17 août 1922, Charles Hueber prononça un discours de protestation contre l’expulsion d’Alsaciens-Lorrains qui avaient un ou plusieurs ascendants allemands. Le compte rendu de la manifestation s’exprimait ainsi : «Hueber Charles prend ensuite la parole. Il déclare qu’il a appris que l’on a projeté de saboter la réunion pour la dissoudre aux cris de «Vive la France !», mais que le calme et l’esprit de discipline des assistants sauront faire échouer cette manœuvre réactionnaire. Il précise que cette réunion provoquée par le Parti communiste, aurait dû être organisée en collaboration avec tous les autres partis, étant donné qu’il s’agit en l’occurrence d’une question alsacienne-lorraine et que tous les représentants de la population alsacienne avaient protesté contre l’expulsion des familles allemandes. Il blâme les autres partis qui se sont abstenus de cette manifestation, notamment les socialistes dissidents qui ont abandonné aux communistes le soin de défendre les intérêts du pays.
«Les clameurs de protestation d’une contre-manifestation venant de la place Kléber ayant excité l’orateur de plus en plus, il donne à son discours un sens nettement neutraliste. Il s’écrie que c’est aujourd’hui que les Français font pour la première fois une manifestation contre les Alsaciens, alors que ceux-ci n’ont jamais manifesté contre les Français. D déclare que c’est la première manifestation patriotique qui n’ait pas été organisée par Fritz Kieffer (président des comités de réception en novembre 1918) et dont les frais n’ont pas été payés par les contribuables alsaciens».
Hueber affirma textuellement : «On veut nous forcer à devenir quelque chose que ne sommes pas du tout et dont nous sommes séparés par notre langue. On peut dire ce que l’on voudra, nous sommes Alsaciens avant tout !». A ces mots, un Alsacien sortit un petit drapeau Rot un Wiss (rouge et blanc) et le plaça au bout de sa canne : l’assistance applaudit. Et Hueber enchaîna : «Oui, voici nos couleurs que nous sortions toujours en guise de protestation contre le système prussien ; nous ne les avons pas encore arborées contre la France, mais cela pourra venir, car ces couleurs sont nôtres malgré tout ; on pourra leur ajouter du bleu ou dans quelques années du noir !».
Revenant à son propos, Hueber s’écria : «Ces mesures d’expulsion ne font qu’augmenter l’esprit de revanche qui couve déjà en Allemagne. D’ici quelques années, le régime politique de l’Alsace-Lorraine pourra changer à nouveau, et alors les mêmes expulsions se produiront dans le contraire, mais toujours au détriment de l’Alsace-Lorraine. Et tout cela aura été possible, parce qu’on a omis, après l’armistice, de régler définitivement le sort de l’Alsace-Lorraine, enjeu de toutes les guerres qui se produisent. Dans l’époque mouvementée qui a suivi l’armistice, il y a eu des hommes soucieux des intérêts du pays ; on ne les a pas écoutés et on les a calomniés. Le gouvernement français a trouvé à cette époque des valets complaisants, qui se sont chargés de son intérêt. Ces valets qui sont aujourd’hui à la mairie de Strasbourg, sont déjà reniés par le gouvernement, parce que l’on n’a plus besoin d’eux. Le Cri de Strasbourg en fournit la meilleure preuve. On soutiendra peut-être ces vils serviteurs encore pendant une législature, mais on s’en débarrassera définitivement ensuite. Je regrette infiniment d’être affilié à un parti international, car ce que Bulach n’a pas réussi au Palais des Fêtes, je le réussirai moi. J’affirme qu’à partir d’aujourd’hui, je soulèverai le problème alsacien-lorrain à tous les congrès internationaux auxquels je participerai. Je protesterai contre l’introduction forcée de la langue française dans une population qui ne la comprend pas. Je protesterai contre le fait que l’on est en train d’élever des idiots dans nos écoles et qu’on force les enfants à réciter des vers qu’Es ne comprennent pas».
Et Hueber enchaînait : «Nous Alsaciens, nous ne sommes pas des imbéciles. Nous ne tolérons plus que l’on piétine nos droits ; et plus tard quand la réconciliation des peuples aura lieu, nous choisirons librement notre régime politique et nos amitiés. Nous adhérerons peut-être à un peuple qui ne sera pas nombreux et qui ne comprendra peut-être que quelques millions d’hommes, mais des hommes généreux».
Il terminait par les slogans communistes : «Guerre à la guerre !», «Mourir pour la révolution plutôt que pour la réaction !» et invitait son auditoire à faire une active propagande en faveur de la question d’Alsace-Lorraine.
Un mois plus tard, Charles Hueber prononça un nouveau discours, cette fois à Bischheim, le 21 août 1922, pour attaquer «le gouvernement qui fait des lois mais ne les applique pas, et qui se fait obéir des prolétaires par la force brutale. Il faut donc armer les ouvriers. (La France se ruine, déclarait-il, en entretenant des troupes en Rhénanie, en Syrie, et en alimentant le budget de l’armée polonaise. C’est une honte de la part de la France qui est venue après l’armistice soi-disant pour libérer ! Les armées françaises ont occupé l’Alsace pour faire régner et triompher le capitalisme. L’Alsace est envahie par des fonctionnaires français. Russ mit dene franzose ! (Les Français dehors !) Nous sommes capables de diriger nous-mêmes nos affaires».
Ces idées autonomistes et séparatistes avaient déjà été exprimées par la neue Welt l’année précédente, le 3 février 1921 : «Le peuple alsacien-lorrain, tel un petit enfant, a pris goût à un fruit qui depuis des siècles était pour lui le fruit défendu. Il veut, à l’encontre de son oppresseur passé et de son libérateur actuel, construire une demeure qui lui soit propre, où il puisse vivre libre et sans contrainte».
L’occupation de la Ruhr par les troupes franco-belges le 11 janvier 1923 rendit Charles Hueber furieux. Il accompagna les communistes français à la conférence d’Essen où il leur servit d’interprète et participa à la protestation commune des communistes français et allemands contre la politique de force dont le prolétariat devait une fois de plus faire les frais Au même moment, des Alsaciens-Lorrains réfugiés en Allemagne après 1918 étaient également venus dans la Ruhr sous la direction du Dr Ernst pour protester contre la politique annexionniste et impérialiste française.
A son retour en Alsace-Lorraine, la police française arrêtait Charles Hueber et l’incarcérait quelques semaines dans la prison de la Santé. Hueber n’abandonna pas pour autant l’idée de constituer les ouvriers alsaciens-lorrains en milices ; il fit organiser les communistes en «centuries» au moins en Lorraine, et des exercices eurent lieu. En mai 1923 Roth avait convié les communistes de Hayange à un rassemblement nocturne qui réunit une soixantaine d’hommes ; il s’agissait de tester l’esprit de discipline de chacun. L’exercice suivant devait se faire en armes.
Ainsi, après l’interdiction du Parti Fédéraliste d’Alsace-Lorraine de Joseph Hummel en 1919 par les autorités françaises et l’élimination du mouvement neutraliste du «trio badois» par les autorités allemandes en 1922, les communistes alsaciens-lorrains de Charles Hueber se plaçaient à l’avant-garde du combat autonomiste pour la survie d’Elsass-Lothringen.

3. Dans la foulée des mouvements sociaux

Les réactions aux grèves et aux manifestations populaires furent nombreuses et assez désordonnées. Elles allaient des charges de cavalerie aux Projets de lois, en passant par des sanctions ou des réalisations quelque Peu fantaisistes.
En avril 1920, le ministre du Travail Jourdain avait fait des promesses, une fois de plus, à la délégation ouvrière d’Alsace-Lorraine. Mais ces promesses n’engageaient pas les autorités administratives, à commencer par l’Education Nationale.
Une centaine de maîtres et de maîtresses d’école reçurent des blâmes écrits ; d’autres furent mutés pour «nécessités de service» et parfois rétrogrades Huit furent traînés devant la Chambre Disciplinaire : six instituteurs (Herzog, futur maire de Colmar, Week, Kientz, Uentz, Blind, Hosenlopp) et deux institutrices (Mme Kruch et Mme Müller) ; ils passaient pour avoir été officiellement les meneurs des grèves de 1920 et furent frappés de condamnations diverses.
Pour ne pas apparaître inutiles à la population, les députés alsaciens-lorrains du Bloc National présentèrent le 16 avril 1920 à la Chambre une résolution indiquant au gouvernement la bonne voie à suivre pour la reconnaissance d’un statut local des fonctionnaires. Le 31 juillet fut donc créée une commission sous la présidence du chanoine Eugène Müller (1861-1948)
La machine législative française se mit alors en marche, le plus lentement possible, en vertu de son principe fondamental relatif aux minorités ethniques de l’Hexagone : «Toujours promettre, accorder le moins possible et le plus tard possible». Le 11 juin 1921, le projet de la commission Müller était adopté par les députes, mais remanié le 8 avril 1922 par les sénateurs. Mutilé, le projet repassa devant les députés qui le remanièrent encore le 22 mars 1923. Ainsi entièrement défiguré, il fut adopté par les sénateurs le 6 juillet 1923. Si la loi parut au Journal Officiel du 28 juillet 1923, les décrets d’application ne furent signés que le 8 mars 1924. Encore le furent-ils pour des raisons électorales ! Alexandre Millerand préparait les élections législatives du 11 mai 1924…
De toutes façons, avec ou sans statut local pour les fonctionnaires indigènes, l’administration française en Alsace-Lorraine demeurait un modèle de pagaille, parce que, comme le notait fort justement le journaliste Oscar de Férenzy, les fonctionnaires français «voulaient à tout prix bouleverser toutes les méthodes, et sous prétexte d’assimiler, introduire la routine paperassière de l’administration française là où cette dernière aurait eu tout à gagner à s’inspirer des méthodes plus simplifiées, plus pratiques, plus économiques, qui étaient en usage ici. Ça c’est boche, disait-on ; nous n’en voulons pas !» Mais c’était précisément au «système boche» que les Alsaciens-Lorrains étaient attachés dans leur administration.
Les mécontentements et les froissements de tous genres entre Français et Alsaciens-Lorrains donnèrent naissance à l’éphémère Elsaesserpartei ou Parti Alsacien, fondé par un original, le baron Claus Zorn von Bulach. II appartenait à une famille de vieille noblesse alsacienne, originaire du château d’Osthausen près d’Erstein. Le grand-père, Hugo, ancien chambellan de l’Empereur Napoléon III, était devenu en 1874 vice-président du Landesausschuss Elsass-Lothringens. Le père, Hugo également, avait été député de Molsheim-Erstein au Reichstag en 1881-1887, membre du Landesauschuss Elsass-Lothringens de 1890-1898 et premier Alsacien à accéder aux fonctions de secrétaire d’Etat du Land Elsass-Lothringen de décembre 1908 à janvier 1914. Il était un ami personnel de l’Empereur Guillaume II et son frère François Zorn von Bulach, camérier intime du Pape Léon XIII (1897), secrétaire de la Nonciature à Madrid (1898), avait été nommé évêque d’Erythrée en 1904, avant de devenir le 3 novembre de la même année, évêque coadjuteur de Strasbourg avec droit de succession. Après l’armistice de 1918, toute la famille Zorn von Bulach avait été expulsée et s’était retirée sur ses terres en Bade.
Le baron Claus était un personnage assez extravagant qui manquait de mesure mais qui savait parler en tribun de la plèbe, sur un ton agressif et libre, et par là il en imposait aux Alsaciens. Durant l’époque allemande, il affichait volontiers des sentiments pro-francais et sa Hundesaffäre était célèbre. Dînant durant la guerre au restaurant strasbourgeois «Valentin», il fut apostrophé par un étudiant allemand parce qu’il parlait français. «Moi, riposta-t-il, je ne parle allemand qu’à mon chien !» En 1921, à son retour d’exil, il rossa un homme qui l’avait traité de «boche», ce qui lui valut d’être traduit en justice pour voies de fait.
En réalité le baron Claus Zorn von Bulach était un homme profondément aigri contre la France. Il ne pouvait oublier l’exil infligé à une famille installée en Alsace depuis plus de huit siècles, ni la colonisation administrative de la Heimat. Le refus du Jockey-Club de Paris de lui accorder le brevet de «gentleman-rider» fut la goutte qui fit déborder le vase.
Le 7 juillet 1922, Les Dernières Nouvelles» Le Journal d’Alsace et de Lorraine, La République, La Dépêche, Die Neue Welt et Die Freie Presse annonçaient pour le lendemain 8 juillet 1922, à 8 h 30 du soir, au Sängerhaus à Strasbourg, la première réunion publique de l’Elsaesserpartei ou Parti Alsacien. Zorn von Bulach devait y prendre la parole et répondre faux contradicteurs éventuels. L’entrée était gratuite, et le spectacle garanti !
Ce 8 juillet 1922, la Salle des Fêtes était pleine à craquer ; environ 5 000 auditeurs y étaient entassés. Zorn von Bulach attaqua les hergeloffene Franzose (les immigrés français) et lança : «De Schwoowe hän uns ingeseift un jetzt wäre mr von de Franzose rasiert ! (Les Allemands nous ont savonnés et maintenant les Français nous rasent !)». Des tonnerres d’applaudissements secouaient la salle surchauffée. Et lorsque Michel Walter, député du Bas-Rhin et gérant de la Volkspartei (UPRA) voulut mettre un frein aux sentiments anti-français en essayant d’entonner avec ses compagnons la «Marseillaise», il fut copieusement hué avec ses amis et réduit au silence. Un vent de fronde soufflait sur l’auditoire survolté.
Le Parti Alsacien dont Claus Zorn von Bulach était le héros d’un jour rejetait tout autant le retour de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne que la séparation d’avec la France, il réclamait le bilinguisme français-allemand dans l’administration et au tribunal ; il défendait l’avancement et la carrière des fonctionnaires alsaciens-lorrains, exigeait la libération des biens et des obligations encore sous séquestre, insistait sur le maintien des avantages sociaux acquis à l’époque allemande et réclamait une administration régionale pour l’Alsace. En cela il ne faisait que reprendre les grandes lignes du programme 1919 de la Volkspartei.
En 1923, Claus Zorn von Bulach publiait à la Freie Presse une brochure : Was will die Elsässer-Partei ? qui soulignait bien l’originalité du jeune parti1. Sa nouveauté résidait essentiellement dans le fait qu’il entendait se situer, non point à côté, mais au-dessus des partis traditionnels, corporativement structurés suivant les différentes classes sociales. L’Elsaesserpartei voulait rassembler tous les Alsaciens de toutes les catégories sociales pour les mettre au service du seul Elsaessertum, de l’ethnie alsacienne. En quoi il visait trop haut et trop tôt. Il manquait en outre de structures internes expérimentées et, en attaquant violemment la Volkspartei — coupable de temporiser et même de pactiser avec les maîtres du pays — il s’attirait évidemment son hostilité. L’Elsaesserpartei fut sans lendemain et nous avons entendu Charles Hueber regretter un mois plus tard, le 17 août 1922, d’être affilié à une organisation internationale, sans quoi il ferait réussir ce qui avait échoué avec Claus Zorn von Bulach. Cela ne signifiait nullement que le bilan de l’entreprise fût entièrement i négatif : le baron avait donné un ton et un style à une nouvelle littérature politique beaucoup plus percutante qu’auparavant ; il avait en partie libéré les Alsaciens-Lorrains de la peur des maîtres, et leurs discours, du verbalisme patriotique écœurant et stupide.
Néanmoins, les élections législatives du 11 mai 1924 se déroulèrent en j Alsace-Lorraine dans une atmosphère relativement calme et résignée, ‘ mais leur résultat se situait aux antipodes de celui de la France. Cette dernière avait vu le triomphe du Cartel des Gauches conduit par Edouard Herriot, alors que l’Alsace-Lorraine avait vu le triomphe de son rival, l’ancien Bloc National d’Alexandre Millerand. Dans le Haut-Rhin, le Bloc National obtenait 52,7 % des voix contre 32,7 % aux socialistes, 7,4 % aux communistes et 6,3% aux radicaux-socialistes. Dans le Bas-Rhin, le Bloc National réunissait 44,2 %des voix contre 25,5 % aux socialistes, 14 % aux communistes et 10,8 % aux radicaux-socialistes. En Moselle, le Bloc National rassemblait 50,8 Vo des voix contre 23,2 % aux communistes. Finalement, l’Elsaessische Volkspartei (UPRA) eut 8 députés, l’Union Républicaine Lorraine (URL) également 8 ; les républicains-démocrates se contentèrent de 5 députés, les socialistes de 2 et les communistes qui se présentaient pour la première fois emportèrent un siège : celui de Charles Hueber précisément.

1. Cette brochure avait été rédigée le journaliste Paul Schall et légèrement retouchée par Zorn von Bulach avant sa publication.

En fait les communistes n’avaient récolté que 26 266 voix en Lorraine, 20 784 en Basse-Alsace et 8 264 en Haute-Alsace, soit 55 314 au total et c’est le scrutin de la liste à la proportionnelle et au quotient électoral qui avait permis cette victoire.
L’Alsace-Lorraine avait-elle renoncé à être elle-même ? La presse n’ sienne le croyait. Delage écrivait dans Le Temps du 1er mai 1924 : «L’Alsace et la Lorraine seront devenues trois départements en tous points semblables aux autres. L’impression générale… est celle d’une stabilité absolue, d’un retour définitif à la France».
Une fois de plus, Paris se trompait lourdement.

HEIMAT FARBEN

Fahnentücher, die da wallen,
wie den Winden es gefällt,
diese finden wir in allen
Orten unserer Heimatswelt.

Einstmals waren’s «schwarz-weiss-rote»
Farben in dem Fahnentuch,
darauf gab es «blau-weiss-rote»
und geduldig war das Tuch.

Nochmals wurde schwarz das Blaue
mit dem Hakenkreuz darin :
Aber jetzt ist auf’s Neue
wieder blaue Farbe drin.

Und um diese Fahnenfarben
sehn wir stets den tollsten Tanz.
Viel Scharwänzler da erwarben
Bändchen oder Lorbeerkranz.

Mancher hat davon noch Orden,
ob aus schwarzer, blauer Zeit,
denen legt mit Dankesworten
er was Neues gern zur Seit.

So hat seine Ordenskiste
mir letzthin ein Mann gezeigt,
wo die Ordensnamenliste
spricht so viel… wenn sie auch schweigt.
Lächelnd sprach ich : «Diese Dinge
sind an sich ja interessant.
Mich gemahnt’s an Schmetterlinge
zickzack-gaukelnd durch das Land.

Doch si eh her, ich will dir zeigen
einen Orden unbekannt.
ROT UND WEISS nur sind sein Eigen,
Eigne Farb’ von Elsassland».

COULEURS DE LA PATRIE

Les étoffes de drapeau,
qui ondulent ici comme il plaît au vent,
nous les trouvons en tous lieux
dans l’environnement de notre patrie.

Autrefois, elles étaient «Noir-Blanc-Rouge»,
les couleurs sur l’étoffe du drapeau ;
puis vinrent «Bleu-Blanc-Rouge»
et l’étoffe supporta tout.

A nouveau le «Bleu» devint «Noir»
avec dedans la croix gammée ;
mais à présent derechef
s’y retrouve la couleur bleue.

Et autour de ces couleurs de drapeau
nous voyons toujours la danse la plus folle.
Beaucoup de courtisans y gagnèrent
rubans ou couronne de lauriers.

plus d’un possède des décorations
aussi bien du temps «Noir» que du temps «Bleu»,
auxquelles avec gratitude
il ajoute volontiers de nouvelles.

C’est ainsi que dernièrement
un homme m’a montré sa boîte à décorations,
dont la seule liste des ordres
parle tant… même si elle se tait.

Avec le sourire je lui dis :
«Ces choses ont certes en elles leur intérêt ;
«elles me font penser aux papillons
«qui zigzaguent à travers le pays.

«Mais regarde-là, je veux te montrer
«une décoration inconnue.
«Rouge et Blanc lui appartiennent seul en propre,
«les couleurs propres au pays d’Alsace.

Auguste Arnoldy (Sarre-Union 1897) Gedichte üs Buckenum 1972

KAPITEL IX :  L’ALSACE-LORRAINE CHRETIENNE CONTRE LE LAÏCISME FRANÇAIS

2 Responses to "Elsass-Lothringen : une nation interdite – Kapitel VIII"

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