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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

Elsass-Lothringen : une nation interdite – Kapitel XIX

Posted on janvier 13th, 1979 by Klapperstein

Kapitel XIX

ÉPILOGUE

Par peur du bolchevisme, la France avait avancé des dizaines de milliards de francs depuis 1923 à Adolf Hitler et elle avait rendu possible la prise du pouvoir par les nazis en Allemagne1. De cette aide, Hitler savait gré à la France, notamment en renonçant à revendiquer l’Alsace-Lorraine, alors que l’abrogation des traités de Versailles et de Saint-Germain constituait depuis 1920 le second des 25 points du programme de la NSDAP. Aussi dès 1926, Hitler affirmait dans Mein Kampf que rendre à l’Allemagne ses frontières de 1914 serait un crime.
Après son arrivée à la chancellerie, Hitler ne changea point d’opinion au sujet de l’Alsace-Lorraine ; à l’ambassadeur de France à Berlin, François Poncet, il déclarait le 25 septembre 1933, qu’une question d’Alsace-Lorraine n’existait absolument pas pour les nazis : «Au cours de cinquante années, nous avons fait notre expérience avec les Alsaciens-Lorrains ; nous la souhaitons maintenant de bon cœur aux Français !»
De mentalité jacobine comme le gouvernement français, Hitler était comme lui un adversaire des autonomistes ; son putsch manqué des 8-9 novembre 1923 était d’abord dirigé contre von Kahr et les autonomistes bavarois. C’est ainsi que les nazis avaient aussi ouvert une enquête contre le Dr Robert Ernst, chef des Alsaciens-Lorrains en Allemagne, et ce ne fut que par l’entremise du Dr Goebbels et la grande compréhension de Rudolf Hess que cette affaire fut classée. Même si le Dr Ernst avait cru prudent de se faire inscrire à la NSDAP, il devait se tenir soigneusement sur ses gardes.

1. L’on sait que la France avait aussi financé Mussolini, et cela depuis 1913.

Assurément, l’on pouvait trouver des revendications nazies sur l’Alsace, mais elles ne provenaient que d’initiatives locales et de provocations, comme ces papillons collés sur les wagons ou le long des routes frontalières du Nord de l’Alsace :

Grüssen Sie bitte das Strassburger Münster.
Wir holen heim geraubtes Land.
Auch das Elsass wird wieder deutsch.
Heil Hitler !

(Saluez s.v.p. la cathédrale de Strasbourg. Nous ramènerons à la maison le pays volé. L’Alsace aussi redeviendra un jour allemande. Vive Hitler !)

De telles gamineries ne faisaient pas le poids avec des traités comme celui qui fut signé le 6 décembre 1938 à Paris entre von Ribbentrop pour l’Allemagne et Georges Bonnet pour la France. L’article 2 déclarait : «Les deux gouvernements constatent qu’il n’existe plus aucune question d’ordre territorial entre leurs deux pays et ils reconnaissent solennellement comme définitivement valables les frontières telles qu’elles sont tracées actuellement entre les deux pays».
Néanmoins, la France déclara la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939, c’est-à-dire moins d’un an plus tard. Après la défaite de la Pologne, Hitler fit des propositions de paix à la France du 6 au 8 octobre 1939 uniquement sur la base de la rétrocession des colonies allemandes annexées par les Alliés en 1919. Le rejet des propositions de paix allemandes entraîna un changement de politique et Hitler dut envisager le cas d’une victoire contre la France. Le gouvernement de Berlin demanda donc au Dr Robert Ernst, chef des Alsaciens-Lorrains installés en Allemagne, de se tenir prêt à toute éventualité, sans autre précision. Le Dr Ernst se rendit donc au château de Bellevue auprès de l’Alsacien Otto Meissner, né à Bischwiller le 13 juillet 1880, et qui depuis 1923 avait trouvé le moyen d’être membre de tous les gouvernements allemands jusqu’à la chute de Hitler en 1945, avec le titre de Präsidialkanzler (Chancelier de la Présidence) de 1934 à 1945, et le rang de ministre d’Etat depuis 1937.
Dans une libre discussion en dialecte alsacien, les deux hommes envisagèrent l’érection de l’Alsace-Lorraine en un Etat «Elsass-Lothringen» autonome, placé sous le protectorat de l’Allemagne, un peu à la manière du protectorat de Bohème-Moravie instauré en mars 1939. Le ministre d’Etat Otto Meissner serait proclamé «Protecteur d’Elsass-Lothringen» et continuerait à siéger au gouvernement central de Berlin ; mais il déléguerait sur place pour y exercer les fonctions réelles le Dr Robert Ernst. A Strasbourg, le Dr Ernst formerait un gouvernement autonome d’Alsaciens-Lorrains, avec par exemple Hermann Bickler comme ministre de l’Intérieur et Joseph Rossé comme ministre des Cultes, étant bien entendu que ces prisonniers ne seraient point fusillés et qu’ils pourraient être libérés à temps !
Au delà d’Elsass-Lothringen, le Dr Ernst rêvait d’une confédération d’Etats autonomes d’environ 17 millions d’habitants, placée sous protectorat allemand. Cette confédération, qu’il appelait «Westliche Vorlande» (Avant-Pays de l’Ouest), pourrait comprendre le nouvel Etat Elsass-Lothringen, le Luxembourg, la Hollande, les Flamands de Belgique et du Nord de la France, la Suisse alémanique et le Liechtenstein.
Du 3 au 5 juin 1940, au moment où s’achevait la bataille de Dunkerque, une conférence d’experts fut réunie à Berlin pour discuter sur les possibilités de restauration, soit de l’ancienne Lotharingie carolingienne, qui n’avait duré que le temps d’un éclair mais dont le souvenir hantait toujours l’esprit des populations rhénanes, soit du Grand Duché d’Occident de Charles le Téméraire.
La veille de la signature de l’armistice, un entretien entre Hitler et Goering amena sur le tapis la question du retour au Reich d’Elsass-Lothringen, du Luxembourg, le rattachement de la Norvège, la résurrection d’un Etat breton et même d’un Etat bourguignon. Finalement, lorsque les accords d’armistice furent signés le 22 juin 1940, ils ne comportaient pas la moindre allusion à l’Alsace-Lorraine.
Le Dr Robert Ernst, qui venait de s’installer aux Trois-Epis (Drei-Aehren) demeurait toujours dans le vague au sujet de sa mission, lorsqu’un coup de téléphone, le soir du 20 juin, lui apprit que Hitler avait soustrait aux autorités militaires l’administration de l’Alsace, non point pour la confier au ministre alsacien Otto Meissner, ni à lui-même, mais au Gauleiter de Bade, Robert Wagner ; la Moselle était confiée au Reichsstatthalter de Vienne, Josef Bürckel, à qui revenait encore le Palatinat. C’était une première déception. Non seulement Elsass-Lothringen allait se trouver disloqué et partagé entre deux Gaue voisins, mais Hitler montrait nettement qu’il continuait à se méfier des autonomistes et qu’il leur préférait les vieux compagnons de la première heure de l’aventure nazie.
Entre temps, vers le 19 juin 1940, la Wehrmacht put libérer les centaines de détenus au camp de concentration d’Arches près d’Epinal, tandis qu’un commando spécial de recherche fut constitué sous la direction du Major Dehmel et lancé à le recherche des prisonniers survivants de Nancy. En application de l’article 19 de la Convention d’Armistice, qui demandait la libération des prisonniers militaires et civils allemands, le gouvernement français accepta de relâcher les prisonniers autonomistes alsaciens-lorrains ; ceux de Privas furent libérés le 14 juillet 1940, et ceux de Carcassonne le lendemain. Ainsi, la France semblait reconnaître implicitement que l’Alsace-Lorraine était redevenue allemande. Pour ce même motif, les soldats alsaciens-lorrains faits prisonniers furent aussi libérés et rendus à leurs foyers.
Ce comportement ancra l’illusion, qu’il existait des articles secrets, dont l’un proclamait précisément le retour de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne.
Le 17 juillet 1940, les 15 rescapés de la prison de Nancy, désormais appelés «Nanziger», se trouvaient réunis aux Trois-Epis (Drei-Aehren) ; c’étaient outre les trois députés Joseph Rossé, Marcel Stürmel et Jean-Pierre Mourer, les avocats Hermann Bickler et Peter Bieber, l’abbé Brauner, l’ancien député René Hauss, le directeur des Hôpitaux Civils de Strasbourg, Oster, Edmond Nussbaum, Camille Meyer, Jean Keppi, les conseillers généraux ou conseillers municipaux, Victor Antoni, Paul Schall, René Schlegel, et le dentiste Rudi Lang. Le soir même, le Dr Robert Ernst leur fit connaître la dislocation de l’Alsace-Lorraine, l’interdiction de former un gouvernement autonome, et qu’enfin lui-même était le Generalreferent de l’Alsace, c’est-à-dire le conseiller du Gauleiter Wagner pour les affaires alsaciennes. La situation s’annonçait mauvaise.
Le 1er juillet 1940, Hitler avait finalement pris la décision d’annexer l’Alsace au IIIème Reich, et comme il devait prononcer un important discours au Reichstag le 19 juillet, l’on était persuadé qu’à cette occasion serait aussi proclamée l’annexion de l’Alsace. Ordre avait même déjà été donné de préparer les festivités. Il fallait faire vite et prendre position. Afin de ménager un minimum d’autonomie dans l’avenir, le Dr Robert Ernst crut habile de faire remercier Hitler d’avoir épargné à l’Alsace les destructions que laissait craindre la Ligne Maginot, et de faire demander le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne, puisque de toute manière le gouvernement français semblait l’avoir accepté par un article secret de la convention d’armistice.
Au cours des discussions relatives à l’établissement du texte de ce que l’on appellera dans la suite bien improprement le «Manifeste des Trois-Epis», plusieurs projets avaient été rédigés. Joseph Rossé obtint la radiation des expressions trop violentes contre la politique française et la prise en considération de trois conditions préalables au rattachement :
1 — l’Allemagne devra obtenir de la France une renonciation formelle et publique à l’Alsace-Lorraine ;
2 — l’Alsace-Lorraine jouira du droit au plébiscite, à l’autodétermination, afin qu’elle puisse disposer librement de son destin ;
3 — l’Allemagne s’interdira de toucher aux droits religieux en usage en Alsace-Lorraine. Le 18 juillet 1940, à 16 heures, le Dr Robert Ernst faisait remettre à Berlin le texte définitif, pour être transmis à Hitler. Mais à la grande déception de tout le monde, une fois de plus, Hitler ne souffla mot de l’Alsace-Lorraine. Quant au texte original du «Manifeste des Trois Epis», il a disparu depuis ; de toute façon, il n’avait servi à rien et il ne fut jamais employé par les Allemands.
Le 25 septembre 1940, Hitler tenait une importante conférence politique à la chancellerie de Berlin. Le secrétaire d’état, le Dr Stuckart, nota : «… En outre, le Führer a donné les directives générales suivantes… L’Alsace et la Lorraine doivent en l’espace de dix années devenir des régions complètement allemandes. Quoique leur annexion n’ait pas encore été réalisée en droit public, l’Alsace et la Lorraine doivent être traitées comme si elle avait déjà eu lieu. Les autorités militaires doivent traiter l’Alsace et la Lorraine non pas comme un pays occupé, mais comme un territoire national allemand…». Il fallait donc entièrement renoncer à voir Hitler accorder la moindre autonomie à l’Alsace et à la Lorraine. Que faire ?
En refusant le plébiscite, Hitler refaisait exactement la même erreur qu’avait commise la France en 1918 ! Rien n’était donc réglé, et tout était à recommencer. Or, depuis les dissolutions décrétées par Daladier et les arrestations opérées par la police, il n’existait plus ni mouvements ni partis politiques autonomistes ; c’était donc à titre uniquement personnel que désormais les autonomistes devaient prendre ou refuser leurs engagements. Ils le firent selon deux tendances différentes.
Les uns, surtout les anciens de l’Elsass-Lothringer Partei et de l’Elsass-Lothringische Arbeiter- und Bauernpartei, estimèrent que dans les circonstances du moment, alors que l’Allemagne apparaissait comme le vainqueur définitif de la guerre, mieux valait collaborer ouvertement, puisqu’au moins une des revendications primordiales, celle concernant l’usage officiel de la langue allemande, se trouvait satisfaite. Il importait aussi que des Alsaciens-Lorrains occupent, de préférence à des émigrés, les positions importantes dans l’administration de l’Alsace et de la Lorraine, car en dehors de protestations formelles, platoniques et secrètes, le gouvernement français de Vichy avait abandonné l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne. Le député Jean-Pierre Mourer, redevenu Hans-Peter Murer, fut donc nommé Kreisleiter de Mülhausen (Mulhouse) ; Hermann Bickler, Kreisleiter de Strassburg (Strasbourg) ; Rudi Lang, Kreisleiter de Zabern (Saverne), remplacé plus tard par Rainer (René) Schlegel ; Renatus (René) Hauss, Kreisleiter de Haguenau ; le Dr Alexander Kraemer, Kreisleiter de Gebweiler (Guebwiller) ; Edmund Nussbaum, Kreisleiter à Molsheim, où il fut ensuite remplacé par Paul Schall. Mais rapidement, ces fonctions et les grades qui leur étaient adjoints s’avérèrent insuffisants pour influencer efficacement la politique et l’administration assez arbitrairement conduites par les dignitaires du parti nazi, qui se hâtèrent de recommencer toutes les injustices opérées en sens inverse par l’administration française après 1918. Pourtant, l’option collaboratrice de ces autonomistes semblait corroborée par le chef du Gouvernement de Vichy, l’amiral Darlan, qui en février 1942 voulait régulariser en droit international l’annexion de l’Alsace-Lorraine au Illème Reich ; en échange de l’Alsace-Lorraine, la France recevrait la Wallonie belge, que Mussolini voulait de son côté plutôt échanger contre la Savoie, Nice et la Corse.

D’autres, tels les députés Joseph Rossé et Camille Dahlet, ne pouvaient admettre que la création du «Gau Oberrhein» et du «Gau Westmark» pût constituer une alternative à l’autonomisme alsacien-lorrain. Dès 1941 au moins, ils reprenaient la lutte clandestine en faveur d’une authentique autonomie. Dans son livre «A mort !» (1946), Robert Heitz indiquait : «Les autonomistes cléricaux s’étaient retirés sous leur tente après quelques semaines d’occupation allemande. Il semble qu’ils ont volontiers laissé propager la rumeur de leur désaccord et de leurs démarches en faveur de leurs compatriotes. Dans cet ordre d’idées, il faut mentionner un fait bien suggestif. Depuis des mois, on apprenait que Rossé avait entrepris dans sa circonscription de Colmar et plus généralement dans le Haut-Rhin une campagne pour une Alsace «autonome et neutre»… Fin juin 1941, il convoquait à Colmar une réunion des parlementaires et conseillers généraux actuellement présents en Alsace». Du reste, Rossé était traité en indésirable, sinon en suspect, par les nazis.
De par ses fonctions de directeur des Editions Alsatia et de par sa qualité de député français, Joseph Rossé circulait assez facilement en France, aussi bien en zone occupée qu’en zone libre. Il put ainsi informer le gouvernement de Vichy et le Vatican de la situation en Alsace et des avantages de son autonomie. Un écho de cette politique autonomiste se trouve dans le rapport rédigé en septembre 1942 par l’ancien secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Pierre Pucheu :
«… Certes, les positions individuelles diffèrent profondément d’un Allemand à un autre ; mais comment négliger d’inquiétantes confidences de personnages également qualifiés : tel prévoit l’annexion plus ou moins déguisée de la Scandinavie, tel n’admet que l’annexion pure et simple de la Hollande, tel préconise un protectorat d’apparence flamande sur la Belgique, tel enfin envisage un contrôle politique, économique, idéologique de très longue durée sur la France à travers des hommes de paille interposés. Et, au delà des articles de journaux ou de revues et des paroles rassurantes ou inquiétantes, l’annexion unilatérale de l’Alsace et de la Lorraine s’inscrit dans les faits depuis deux ans, avec son cortège d’expulsions, de spoliations, de déportations organisées. Il faut le dire nettement, il n’y aura jamais de règlement définitif dans l’esprit des deux peuples si quelque chose de leur chair leur paraît sacrifié. Les peuples de l’Europe occidentale ont marqué les terres qu’ils occupent depuis des siècles de leurs cultures, de leurs civilisations particulières, et nul d’entre eux ne peut, sans péché mortel contre l’esprit, ni chercher à s’avancer, ni accepter de reculer. C’est pourquoi, la question d’Alsace-Lorraine est le seul chapitre extrêmement difficile à écrire d’un règlement franco-allemand. Si le peuple allemand lui attache vraiment, comme le peuple français, un intérêt passionné, il n’existe pour l’honneur et la satisfaction des deux pays qu’une seule solution correcte : laisser les Alsaciens-Lorrains se prononcer eux-mêmes en toute liberté. Alors seulement chacune des deux nations pourra définitivement accepter leur verdict»1.
De son côté, le député Camille Dahlet, redevenu pharmacien, rêvait toujours de l’autonomie de l’Alsace. Un jour, c’était en 1941, il demandait à Robert Heitz :
— Avez-vous des contacts avec Londres ?
— Si j’en avais, ce n’est pas à vous que je le confierais. Pourquoi ? Que voulez-vous à Londres ?» Et Dalhet de répondre : «Il faudrait absolument que la BBC garantisse solennellement l’autonomie de l’Alsace après la victoire des Alliés ! »2.
A Vichy, par l’intermédiaire du nonce Mgr Valerio-Valeri, Joseph Rossé contacta l’ambassadeur des U.S.A., lequel finit par convaincre en 1943 le président Roosevelt «de créer un Etat nouveau, la Wallonie, constituée par les zones wallonnes de Belgique, le Luxembourg, l’Alsace-Lorraine et une partie du Nord de la France»3. Ce même projet réapparaissait dans le «rapport Strang» : «Le président (Roosevelt) avait aussi parlé de détacher une région du Nord-Est de la France comprenant l’Alsace-Lorraine et de l’incorporer dans un nouvel Etat tampon qui serait nommé Wallonie»4.
Dès 1943, Joseph Rossé avait noué des contacts avec le groupe anti-nazi de Klaus von Stauffenberg, Goerdeler, von Beck, Canaris et autres, qui cherchaient à éliminer Hitler par un attentat. Des réunions clandestines avaient été organisées par Rossé à Colmar, auxquelles participèrent notamment les sénateurs Médard Brogly et Joseph Brom, les abbés Gromer et Zemb, Jean Keppi, Hincker et Sorgus. Il avait été décidé qu’immédiatement après la réussite de l’attentat et du putsch, les conseillers généraux de l’Alsace s’empareraient de l’administration conformément à la loi du 15 février 1872 et proclameraient l’indépendance de l’Alsace, tandis que les troupes allemandes se retireraient d’elles-mêmes. Puis, lors d’un traité de paix séparée avec les Alliés et la France, l’Alsace indépendante et auto-libérée négocierait d’égal à égal son retour à la France, mais en obtenant toutes les garanties légales pour sauvegarder dans le «cadre de la France» l’autonomie de l’Alsace, sa langue, sa culture, sa législation religieuse et scolaire, ses richesses ethniques et économiques. Bref, la réalisation du «Manifeste du Heimatbund» de la Pentecôte 1926. Mais le 20 juillet 1944 le putsch libérateur de l’Alsace échouait à Rastenburg.

1. La Revue Universelle des Faits et des Idées, n° 10 (avril 1975) «A l’heure où le destin change de chevaux : le problème franco-allemand», p. 86-87 (595-596).
2. Robert Heitz : Souvenirs de Jadis et de Naguère, p. 98.
3. Mémoires d’A. Eden, t. II, p. 376.
4. Nouvelle Revue des Deux-Mondes (février 1972), chronique de F. Seydoux. Le rapport Strang, in Sir Llewellyn Woodward.

Pourtant, au cours de l’hiver 1944-1945, les autorités américaines se réservèrent le droit de décider du sort de l’Alsace. Dans le règlement final, elles voulaient arbitrer à son sujet entre la France et l’Allemagne, probablement avec la solution autonomiste proche des projets de Rossé. En effet, «les autorités américaines avaient refusé en bloc tous les laisser-passer aux autorités françaises, commissaires de la République, évêques, préfets et recteur»1.
Comme en 1918 et en 1940, une fois de plus l’Alsace ratait en 1945 son autonomie. Et pas plus alors que maintenant, la question de l’Alsace-Lorraine ne semble réglée.
Tant que l’Alsace-Lorraine demeurera la Nation Interdite !…

1. Pierre Marthelot : Page d’Histoire d’Alsace 1944-1945. Elan, février 1974, p. 3.

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