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Unsri Heimet

Unsri Heimet – do sin m'r d'heim ! Das Elsass, unsri Heimet !

Une épuration ethnique à la française

Posté le septembre 27th, 2016 by Klapperstein

Le dernier livre de Bernard Wittmann « Une épuration ethnique à la française » est en vente dans toutes les librairies, maisons de presse, grandes surfaces et sur le site yoran-embanner.com au prix de 13 €. Los von Paris. Elsass frei ! UH

En Alsace-Moselle, la question de la nationalité a laissé des traces douloureuses . Dans les années 1918 à 1924, l’état français cédait alors aux sirènes de l’« antibochisme » et du racisme ! L’Alsace était livrée au nettoyage ethnique, aux cartes d’identité sélectives selon des critères héréditaires et à une politique de francisation despotique. Des Commissions de triage étaient chargées de châtier les « germanophiles » alsaciens.

Pour les Alsaciens, accéder à la « réintégration dans la nationalité française »fut souvent un parcours difficile. Ils durent effectuer des démarches et des recherches généalogiques humiliantes. Au moindre soupçon de « germanophilie », ils pouvaient être expulsés.
Mais pour les Allemands « indésirables », nés ou résidant en Alsace-Moselle, qui s’étaient entièrement identifiés à l’Alsace, ce fut un véritable drame : l’expulsion manu militari vers l’Allemagne. Leur crime : être nés de parents allemands !

Grisée par une victoire inespérée, obnubilée par la haine du « Boche » et désireuse d’imposer rapidement son autorité en Alsace-Moselle, la France reniait ses prétendues convictions républicaines du droit du sol, de la fraternité, de l’égalité et de la tolérance.

Bernard Witmann est né en 1948 à Strasbourg. Partisan de longue date d’une Europe fédérale des Régions, il est aussi un fervent défenseur de l’identité alsacienne et des minorités niées ou opprimées.
Historien de l’Alsace, il est l’auteur très connu de nombreux articles et de plusieurs ouvrages traitant de l’histoire de l’Alsace et de la question alsacienne.

Quelle : yoran embanner.com

L’aberration écologique et économique du décret Royal

Posté le août 31st, 2016 by Klapperstein

L’ASMA dénonce l’aberration écologique et économique du décret dit Royal (https://www.legifrance.gouv.fr/…/…/2016/5/30/LHAX1613394D/jo) de l’ITE, Isolation Thermique Extérieure. Celui-ci obligera (à part dérogation argumentée et onéreuse) les propriétaires à recouvrir totalement les façades de toute maison ancienne – dont nos chères maisons à colombages – d’une isolation extérieure pour tout ravalement de façade !

Non seulement cela portera gravement préjudice à nos maisons d’un point de vue esthétique, mais également structurel car nos maisons naturelles et perspirantes étoufferont et pourriront sous l’isolant! Sans compter que, pour des raisons de marge, l’isolant qui sera privilégié sera comme à Ingenheim… Le polystyrène, une catastrophe environnementale.

Madame ROYAL, de grâce, ne cédez pas aux lobbies, écoutez votre bon sens et renoncez à ce décret aux ravages les plus dramatiques qu’aura connu notre patrimoine depuis la seconde guerre mondiale.

Parlez-en autour de vous, informez-vous, rejoignez-nous!
L’équipe ASMA

[ASMA] Isolation par l'extérieur, JT TF1 du 30/08/16 from ASMA on Vimeo.

Quelle : ASMA

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Non seulement les socialistes sont intégralement vendus aux intérêts mondialistes, mais ils sont en plus spontanément stupides et incroyablement cons. Langt’s den no net ? La France et sa verdammte République, plus que jamais, en sortir c’est s’en sortir ! Nie wieder Frankreich, Elsass frei ! UH

Die Zeit kommt allein und nicht zu zweit

Posté le août 31st, 2016 by Klapperstein

Wilde Flamme – Die Zeit kommt allein und nicht zu zweit

Halt mal die Luft an, junges Mädchen
Atme tief durch, junger Mann
Das alles hält doch nur ein Leben
Hält für uns doch nur ein Leben lang an

Du kannst nur laufen, so lang dein Atem mitmacht
Du springst nie höher, als es geht
Alles bremst dich, holt dich runter
Alles was fliegt, was sich dreht, was dich schlägt
Und sich bewegt

Die Sache mit der Zeit, sie bleibt ein Rätsel
Bleibt dies Ding, das man niemals versteht
Also was, wenn schon bald oder noch früher
Vor dir der Todesengel steht?

Wir wissen es nicht, wir wissen es nicht
Wir wissen es alle nicht
Aber es scheint, dass es nicht so wichtig ist
Wir wissen es nicht, wir wissen es alle nicht
Denn wirklich wichtig ist, denn wirklich wichtig ist

Dass wir die Zeit, dass wir all die Zeit
Dass wir die Zeit, die uns allen noch bleibt
Mit andern teil’n, sie gemeinsam erleben
Denn sie kommt allein und nicht zu zweit

Dass wir die Zeit, dass wir all die Zeit
Dass wir die Zeit, die uns allen noch bleibt
Mit andern teil’n, sie gemeinsam erleben
Denn sie kommt allein und nicht zu zweit

Es tut mir leid, es tut mir so unendlich leid
Jede Sekunde in sinnloser Einsamkeit
Die besten Szenen in jedem Leben
Sind ein glanzvoller Teppich ausgerollt auf
Gemeinsamen Wegen

Heute lachen mich im Spiegel gar nicht wenige Fehler an
Und wisst ihr was, ist egal, irgendwann kommt ja jeder dran
Zu erkennen, zu versteh’n, wo es wirklich besser lief
Es war dann, wenn das Herz um etwas Herz für die andern
Zum eignen Herz rief

Dass wir die Zeit, dass wir all die Zeit
Dass wir die Zeit, die uns allen noch bleibt
Mit andern teil’n, sie gemeinsam erleben
Denn sie kommt allein und nicht zu zweit

Dass wir die Zeit, dass wir all die Zeit
Dass wir die Zeit, die uns allen noch bleibt
Mit andern teil’n, sie gemeinsam erleben
Denn sie kommt allein und nicht zu zweit

Wir haben getanzt im Tränenregen
Auch in Einsamkeit gelacht
Doch das Feuer in uns, es blieb entfacht, es blieb entfacht
Es blieb entfacht, es blieb entfacht

Dass wir die Zeit, dass wir all die Zeit
Dass wir die Zeit, die uns allen noch bleibt
Mit andern teil’n, sie gemeinsam erleben
Denn sie kommt allein und nicht zu zweit

Dass wir die Zeit, dass wir all die Zeit
Dass wir die Zeit, die uns allen noch bleibt
Mit andern teil’n, sie gemeinsam erleben
Denn sie kommt allein und nicht zu zweit

Dialecte et allemand standard: complémentarité ou concurrence ?

Posté le août 17th, 2016 by Klapperstein

Dialecte et allemand standard: complémentarité ou concurrence ?

par André Weckmann

Il est surprenant, voire inquiétant qu’après vingt années de réflexions, de discussions, d’écrits sur ce thème, par des pédagogues, par des linguistes, par nous-même, les valeurs du dialecte, l’intercompréhension dialectale, les interrogations quant à sa survie, les rapports des dialectes avec la langue standard posent toujours des problèmes en Alsace.

Essayons, pour commencer, de clarifier les choses:

Tout d’abord, un dialecte, notre dialecte, n’est pas un patois. Le patois est en effet la survivance d’un ancien dialecte relégué à un état proche de l’extinction définitive. Il est pratiqué dans des aires très restreintes par des locuteurs situés au bas de l’échelle sociale. Il ne véhicule plus la culture populaire et ne connaît pas de production littéraire. Ce qui n’est pas le cas de notre dialecte alsacien. Nous le verrons plus loin.

Le dialecte, les dialectes? Il s’agit chez nous en effet de deux dialectes, le francique et l’alémanique dans leurs différentes variantes, leurs différents mélanges aussi dans les zones de contact. Nous appelons cet ensemble dialectal: Elsasserditsch, allemand alsacien ou encore, en simplifiant: l’alsacien.

Ces variantes dialectales sont chacune un code d’identification local. C’est ainsi que, dans la plupart des cas, on reconnaît l’origine géographique du locuteur à son parler: wissembourgeoise, d’Alsace Bossue, du Kochersberg, strasbourgeoise, colmarienne, mulhousienne, sundgovienne, etc..

Unter dem Terminus Elsässische Mundart versteht man eigentlich zwei Dialekte: Alemannisch und Fränkisch in verschiedenen Varianten und Mischformen, pfälzisches Rheinfränkisch im äußersten Norden, lothringisches Rheinfränkisch im Krummen Elsaß, Alemannisch, von Nieder- bis Hochalemannisch, im übrigen Elsaß. Es gibt also keine einheitliche elsässische Mundart, deshalb benennen wir das im Elsaß gesprochene dialektale Deutsch: Elsässerdeutsch (Elsässerditsch), das heißt: Deutsch so wie es im Elsaß gesprochen wird.

Ces variantes vivent côte à côte depuis des siècles. Ce sont soeurs et cousines, la parenté est indiscutable. Nous nous comprenons sans problèmes les uns les autres, les inévitables différences ne font pas obstacle. L’intercompréhension alsacienne est une réalité. Les émissions dialectales de France 3 Alsace en font la démonstration: le sundgovien de Guschti Vonville et le strasbourgeois de Christian Hahn sont bien la même langue, même si le vocalisme diffère.

Evidemment, pour qui ne pratique le dialecte qu’épisodiquement et imparfaitement, le francique de Lauterbourg et le haut-alémannique de Ferrette peuvent apparaître comme des idiomes exotiques. Malheureusement, ce sont souvent ces personnes-là qui excellent à semer la confusion dans les esprits. Il est vrai qu’en Alsace, dans ce domaine, n’importe qui dit n’importe quoi.

L’expérience de René Egles, la mienne propre et celle de mes collègues qui ont pratiqué la méthode Im Zwurwelland de restructuration du dialecte avec passage naturel vers le Hochdeutsch a prouvé qu’on peut très bien s’adresser à des enfants parlant un dialecte différent de celui de l’enseignant sans que cela pose des problèmes de compréhension.

Dieses Elsässerditsch wird, trotz der vielen lokalen Verschiedenheiten, von dialektsprachigen Elsässern von Lauterburg bis Basel verstanden. Wer das Gegenteil behauptet, zeugt von einer krassen Unkenntnis unserer Sprachsituation. Wer dann – wie noch kürzlich von sogenannten Intellektuellen zu hören war – die enge Verwandtschaft zwischen Elsässerdeutsch und der Dachsprache Hochdeutsch verneint, der streut wissentlich, gelinde gesagt, eine Unwahrheit aus.

Le dialecte et l’allemand standard: ce sont deux expressions d’une même langue. La première, expression régionale, est plutôt orale et non codifiée, la deuxième est langue officielle de référence à l’intérieur du domaine germanophone, Dachsprache des différents dialectes et langue de grande communication.

On a pensé longtemps que le dialecte pouvait se maintenir plus authentique et plus pur s’il était coupé de l’allemand standard.

C’était une grave erreur, car c’était le confiner dans un passé rural avec un vocabulaire basé sur des techniques devenues obsolètes. En outre, ce code oral confronté à la pression monopolistique de la langue française ne peut résister à cette emprise sémantique et même sa structure grammaticale – qui est en gros identique à la langue standard – s’en trouve attaquée, minée, et finalement détruite. Coupé de la Dachsprache, de son enseignement, de sa pratique, ne fut-ce que par la lecture, le dialecte n’a aucune chance de survie. Car sa sève nourricière, il la tire de l’allemand standard, littéraire, et c’est grâce à lui qu’il a la possibilité de s’adapter à la vie moderne sans se dévoyer dans un code-switching francalsaco, un pidgin-elsässisch qui est l’avant-dernier stade avant sa disparition définitive.

Il ne peut donc y avoir de dialecte vivant sans un Hochdeutsch vivant.

Der Dialekt ist von seiner Dachsprache, Standarddeutsch, abhängig. Beide Ausformungen haben dieselbe grammatische Struktur. Die Unterschiede liegen in der Lautung, teilweise auch im Wortschatz, sie sind aber nicht gravierend. Die Schriftsprache stützt die nicht normierte dialektale Umgangssprache lexikalisch und strukturell ab, die sonst nicht dem Druck der Nationalsprache widerstehen könnte. Man merkt dies am besten bei Dialektsprechern der jüngeren und mittleren Generation, für die Hochdeutsch quasi zu einer Fremdsprache geworden ist: Ihre Ausdrucksfähigkeit in der Mundart ist stark reduziert. Es kann also keine lebendige Mundart ohne die Abstützung durch die Standardsprache geben. Fehlt diese Abstützung, verarmt die Mundart, verkümmert und stirbt schließlich ab.

Il ne peut pas non plus y avoir en Alsace de Hochdeutsch vivant sans un dialecte vivant. Il ne peut pas y avoir de bilinguisme franco-allemand effectif et performant sans la présence d’un dialecte vivant.

Le bilinguisme alsacien n’est possible – Eugène Philipps le dit depuis vingt ans – que si les deux langues ont une existence sociale en Alsace. L’existence sociale de la langue allemande est assurée chez nous par la pratique du dialecte. Même si celui-ci a reculé de façon inquiétante, il marque toujours de sa forte empreinte le paysage linguistique alsacien. Il s’agit donc d’assurer la pérennité de cette présence dialectale. Car si elle disparaissait, l’allemand n’aurait plus aucun ancrage en Alsace.

Im Gegenzug kann es aber auch bei uns keine echte, gelebte deutsch-französische Zweisprachigkeit geben ohne die Mitwirkung des Dialekts. Der Weg vom dialektalen Deutsch zu Standarddeutsch ist doch viel kürzer und einfacher als von Französisch zu Deutsch, das wird ein jeder einsehen. Und eine gelebte Zweisprachigkeit kann es nur dort geben, wo beide Sprachen einen sozialen und kulturellen Status haben. Dies ist immer noch der Fall im Elsaß, trotz des starken sprachlichen Abwanderungstrends. Wenn Elsässerditsch aus unserer Sprachlandschaft verschwinden würde, wäre Deutsch entgültig weg vom Fenster, um das kraß zu formulieren. Und das würde nicht nur die Auslöschung unseres kulturellen Erinnerungsvermögens bedeuten, sondern auch und besonders den Zusammenbruch eines der beiden Stützpfeiler der elsässischen Zweisprachigkeit und somit unserer Fähigkeit, uns im europäischen Raum zurechtzufinden.

Le recul de la pratique dialectale est dû en grande partie à l’influence de l’école sur les réflexes linguistiques familiaux.

En effet, des enfants dialectophones entrant en maternelle – d’où la langue maternelle est exclue – apprennent rapidement le français et désapprennent aussi rapidement leur langue d’origine.

Je cite en exemple trois cas que j’ai eu l’occasion d’observer:

1) La petite A, âgée de 3 ans 1/2, vivant dans un milieu ouvrier dialectophone, commençait à s’exprimer couramment dans sa langue maternelle. Depuis sa scolarisation, ses connaissances en dialecte régressent de jour en jour. Les parents font tout leur possible pour maintenir la pratique dialectale, l’enfant fuit cependant les personnes étrangères au cercle familial s’adressant à elle en dialecte, ce qu’elle ne faisait pas précédemment.

2) La petite B, du même âge que la fillette précédente, semble être perdue pour l’expression dialectale. Cette enfant étant devenue muette à la maison, ses parents ont dû abandonner la pratique du dialecte pour renouer le dialogue avec l’enfant.

3) La petite C, elle aussi fille de parents ouvriers, que j’ai connue dialectophone à l’entrée en classe de maternelle – elle est maintenant en CE – est aujourd’hui entièrement monolingue, ses parents ayant capitulé devant la pression sociologique et pédagogique de l’école.

Im Elsaß dient die Ecole maternelle seit jeher dem Erlernen der französischen Sprache. Der Dialekt wurde konsequent verdrängt. Vom traumatischen Erlebnis, die diese Verdrängung nach sich zog, abgesehen, wurde nun dem Kind offenbar, daß der Schlüssel zur Welt, die es zu entdecken gilt, nur ein frankophoner Schlüssel sein kann, und so wurde der Dialekt in seinem Unterbewußtsein zu einer minderwertigen Sprache degradiert, « e Sproch fer nix ». Das Kleinkind war von da an auf ein Gleis gestellt, das es nicht mehr wird verlassen können: das Gleis der sprachlichen Assimilation. Und die Sprechgewohnheiten, die die Kinder sich in der Schule aneignen, werden erfahrungsgemäß zu Hause nur wenig abgebaut, so daß Kommunikationsschwierigkeiten entstehen und den Eltern keine andere Wahl mehr übrigbleibt, als auch in die Schulsprache umzusteigen. Eltern sind nämlich keine Sprachwissenschaftler, sie wissen nicht, wie eine Sprache lebt und wie sie sterben kann. Ihnen geht es auch nicht primär um Sprache, sondern um Kommunikaton mit den Kindern und gute Zensuren.

Ich habe in der Vergangenheitsform gesprochen, da in den meisten Fällen diese Assimilation bereits vollzogen ist. Sie vollzieht sich aber weiter in ländlichen Gegenden, wo der Dialekt sich noch einigermaßen widerstandsfähig zeigt. Dieser Sprachzerstörung muß nun Einhalt geboten werden, damit unsere zweisprachige Potentialität noch quasi in letzter Minute gerettet werden kann.

On entend souvent dire que la responsabilité de cette déperdition incombe aux parents. C’est une argumentation fallacieuse qui dispense ceux qui l’avancent d’une sérieuse remise en question. On ne peut pas exiger des parents de s’opposer de façon conséquente à la politique linguistique de l’école. L’essentiel pour eux est de maintenir le dialogue avec leurs enfants, ceci dans la langue qui est devenue celle des enfants. Nous l’avons vu dans les exemples cités. Et il n’y aura plus de retour possible, les quelques exceptions confirmant cette règle.

Ceci dit, je n’incrimine pas la bonne foi du personnel enseignant, mais le système qui n’a pas rendu ces personnels conscients du fait qu’en pratiquant un exclusivisme linguistique, la langue d’origine est reléguée aux oubliettes, que les enfants la perçoivent comme une langue inutile, alors que la langue officielle est parée du prestige de langue dominante du groupe et langue exclusive de la socialisation. Des circulaires rectorales ont certes conseillé une « ritualisation de la pratique dialectale », des conseils didactiques et des fiches pédagogiques ont été élaborés à cet effet, mais il ne semble pas que l’information soit toujours arrivée à destination.

Il est urgent de redonner à la langue orale régionale, le dialecte, l’image de marque qui lui revient de droit, pour que l’enfant perçoive intuitivement que cette expression est, elle aussi, une clé permettant la découverte du monde extérieur. Et faut-il le rappeler une fois de plus: la pratique du dialecte est une des deux bases indispensables d’un bilinguisme populaire naturel.

Je sais, les dialectes sont perçus négativement par l’école et la société, pas seulement en Alsace d’ailleurs. On ignore – on veut ignorer – que les linguistes et les ethnologues ont redécouvert les valeurs culturelles des petites entités linguistiques qui fondent la richesse intérieure de l’individu, sa personnalité propre dans cette civilisation du nivellement et de l’uniformisation.

On ignore aussi que, du moins dans l’espace culturel germanophone, des poètes se sont emparés de ces idiomes et en ont fait un outil poétique très performant. La littérature dialectale alsacienne contemporaine a elle aussi conquis ses lettres de noblesse, reconnues surtout à l’étranger. Mais il est vrai que le snobisme ambiant soit l’ignore, soit se plaît à la disqualifier « a priori ».

Nicht nur im Elsaß, auch in Deutschland und sogar in Österreich werden die Dialekte seit Jahrzehnten aus der Schule verbannt: es sei schlechtes Deutsch. Wie viele Dialektbiotope wurden so zerstört. Und dabei ist die Aussagekraft der Mundarten der der Standardsprachen ebenbürtig. Sie sind sogar zu einem modernen lyrischen Medium geworden: Man denke an die Meister der konkreten Poesie, H.C. Artmann, Gerhard Rühm und Ernst Jandl, dann an die Schweizer Dichter Kurt Marti und Eugen Gommringer, die alle, neben ihren hochdeutschen Werken, auch, meist experimentelle, Dialektgedichte verfaßt haben. Und auch das Elsaß hat auf diesem lyrischen Gebiet Bahnbrechendes vorzuweisen.

J’ai demandé, voici une dizaine d’années, que l’alsacien, langue maternelle, devrait être pratiqué à l’école dès la petite maternelle, non pas en tant que langue à apprendre, mais langue à sauvegarder et à structurer grâce à des activités ludiques journalières, ceci partout où le dialecte est encore langue de l’environnement familial, la langue à apprendre étant le français. A l’école élémentaire, on serait passé progressivement du dialecte au hochdeutsch. C’eût été là une démarche naturelle, raisonnable.

En dix ans, la situation a changé complètement. Il n’y a plus de zones exclusivement dialectales. Et nous avons maintenant un petit nombre de maternelles bilingues français-allemand qui sont appelées à se multiplier. Comment faire face à cette situation nouvelle pour maintenir la pratique dialectale là où elle n’a pas complètement disparu, comment y organiser le côte à côte dialecte/allemand standard, comment opérer dans les classes bilingues avec des enfants non-dialectophones?

Dans les zones, surtout rurales, où le dialecte est langue de l’environnement social, même si les petits enfants ne le parlent guère, il faut commencer par une éducation bilingue français/alsacien. Mais, il est absolument indispensable d’associer la famille à cette pédagogie. L’alsacien est, en effet, langue de l’affectif, il faut éviter d’en faire une langue « scolaire ». Je proposerai une démarche possible dans la deuxième partie de mon exposé.

Dans les classes bilingues paritaires (français/allemand standard) avec des enfants non-dialectophones on introduira des éléments littéraires dialectaux dans le cursus allemand: comptines, petites poésies, chants, danses, etc. Il est important que ces enfants soient mis au contact de l’expression alsacienne qu’ils entendent – encore – dans la rue, pour qu’ils ne la perçoivent pas comme un idiome étranger mais qu’ils se rendent compte, intuitivement, qu’il s’agit d’une variante alsacienne orale de la langue qu’ils apprennent – qui, de ce fait aussi, ne sera plus perçue comme une langue totalement étrangère. Les socio-linguistes ne me contrediront pas, au contraire. Ces interventions dialectales pourraient être faites par des intervenants extérieurs, si l’enseignante n’est pas dialectophone.

En conclusion:

- Le dialecte alsacien n’est pas un idiome barbare. Il est l’expression millénaire de notre culture populaire, il véhicule tout un ensemble de connotations et de réflexes transmis par les générations.

- Il a ses lettres de noblesse littéraires.

- Il est la base de notre spécificité alsacienne.

- Il est surtout la voie royale qui conduit à un bilinguisme effectif et performant.

- Ce serait pour notre région une perte considérable s’il venait à disparaître par la faute d’une méconnaissance des fonctionnements et dysfonctionnements linguistiques, de réticences et blocages psychologiques, d’un snobisme bourgeois et petit-bourgeois.

- Il est de notre devoir, à nous autres enseignants tout d’abord, qui maîtrisons l’appareil pédagogique, de tout mettre en oeuvre pour sauver ce patrimoine qui représente pour notre région à la fois un enracinement et une ouverture.

Quelle : Facebook Alsace bilingue

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (5/5)

Posté le août 13th, 2016 by Klapperstein
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llustration ci-dessus : 1576 : Die Hirsebreifahrt : Arrivée des Zurichois à Strasbourg avec le chaudron de soupe de millet encore chaud. Le but de l’opération était de rassurer les Strasbourgeois en leur montrant avec quelle rapidité les Zurichois pouvaient intervenir pour venir à leur secours en cas de menace (en 1456 avait eu lieu une première démonstration de ce type).


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Conclusion

L’historiographie française a toujours cherché à imposer l’idée d’une Alsace sans peuple original doté d’une conscience régionale. En octobre 2014, Manuel Valls, le Premier ministre lui-même, reprit ce négationnisme à son compte en déclarant devant l’assemblée qu’ « il n’y a pas de peuple alsacien »[1]. De son côté, l’historien jacobin Georges Bischoff renchérira en déclarant dans L’Alsace[2] : « Le peuple alsacien, je ne sais pas ce que ça veut dire ». Cependant, ces déclarations de nature idéologiques niant le réel ne sauraient effacer le ressenti partagé des Alsaciens de former un peuple.

De même les historiens républicains cherchèrent-ils toujours à imposer l’idée que le morcellement politique du pays, sans cesse décliné jusqu’à la caricature, aurait empêché l’Alsace d’exister en tant que telle. Evidemment ces affirmations permettaient de conclure que l’Alsace ne devait son unité qu’à l’action bénéfique de la France : « (la période napoléonienne) a été une période charnière pour l’Alsace qui, de mosaïque hétéroclite, devient un ensemble cohérent désormais tourné vers la France », écrit l’historien Roland Oberlé dans son « Napoléon et l’Alsace ».

C’est la même théorie qu’avança Paris pour donner un peu de lustre à la colonisation de l’Afrique noire : « La France a uni des populations et des régions éparses favorisant ainsi un meilleur développement » (sous son joug bien sûr). L’empire colonial français se trouvait ainsi auréolé d’une volonté bienfaisante et du coup, la colonisation pouvait presque passer pour une œuvre salutaire ! Il en est de même pour l’Alsace. Non sans un certain toupet, l’historien républicain Jules Michelet ira même jusqu’à affirmer que la royauté à fait le bien de l’Alsace à son corps défendant : « La royauté en unissant de force ces provinces à la France, réalisait à leur insu (sic) leur véritable aspiration », écrit ce dernier dans son « Tableau de la France » (p.76).

Or, nous l’avons vu, l’Alsace n’était pas cette « mosaïque éclatée » comme l’affirme l’historiographie française. Une série d’institutions souples créaient le lien et donnaient corps à cet ensemble territorial bien marqué entre Vosges et Rhin. Avec les Landstände, elle disposait déjà d’une assemblée législative commune pour se constituer en une entité étatique respectueuse de ses diversités. On comprend mieux alors pourquoi le rôle de la Diète d’Alsace a toujours été minimisé dans l’historiographie française.

Au XVIe siècle, jusqu’à l’avènement de la guerre de Trente Ans, l’Alsace était sur la voie d’une évolution vers un système fédéral sur le modèle de la Suisse, un système avec des institutions fondées sur le principe de l’unité dans la diversité (Jean Holzweg parle de « polyphonie fédérale »). On peut d’ailleurs noter que dès 1515 Mulhouse devenait une République suisse. De même, la République de Strasbourg renouvelait régulièrement son alliance avec les Confédérés. Ainsi, durant la « guerre des évêques » (1592-1604), ses alliés suisses lui envoyèrent 3000 hommes pour prêter main-forte à ses contingents engagés contre les mercenaires lorrains du prince Charles de Lorraine qui dévastaient son territoire.

C’est au XVIe siècle que, dans les différents Etats alsaciens, on prit conscience de la nécessité de développer et d’harmoniser les différents systèmes administratifs en s’inspirant des plus performants d’entre eux comme ceux de la Régence d’Ensisheim, des territoires épiscopaux, du comté de Hanau-Lichtenberg dont la Régence siégeait à Buchsweiler ou de la République de Straßburg. Les petits seigneurs qui n’avaient pas la force de développer une machinerie bureaucratique efficace pour prélever l’impôt nécessaire à l’affirmation de leur puissance étaient condamnés tôt ou tard à perdre leur souveraineté au profit des Etats alsaciens plus puissants et mieux organisés. Des restructurations administratives, des rapprochements et des regroupements de toute nature étaient dores et déjà dans l’air. Une évolution vers un système confédéral commençait à se profiler.

L’annexion du pays par la France contraria brutalement et définitivement cette évolution vers un système fondé sur la pratique vivifiante de la subsidiarité et l’autogestion. A partir de là, les Alsaciens mis au pas militairement furent délestés de leurs libertés : les citoyens des souverainetés urbaines retournèrent à l’état de sujets ! Les Alsaciens furent alors livrés à l’arbitraire royal : contraints de subir, ils ne purent plus décider pour eux-mêmes !

En effet, la France a toujours été un état hyper centralisé, même sous la royauté. Ce centralisme s’aggrava même à partir de la Révolution avec son jacobinisme aliénant et son idéologie moniste sur laquelle fut fondée le modèle de l’Etat-nation. De sorte que les Français nourris au dogme de la France « une et indivisible » ont toujours considéré le système fédéral, tel que le connaissaient les Allemands dès le Saint Empire, comme un modèle uniquement propre à gérer la désunion que symbolisait à leurs yeux la diversité, confondue avec un « émiettement » mortifère : « Le Saint-Empire connaît une large diffusion des pouvoirs. Il ignora toujours l’obsession du « centre », caricaturé par l’interprétation française classique avec les termes « émiettement » et « mosaïque », écrit l’historien Jean Holzweg[1]. En effet, la diversité est perçue par les Français non comme une richesse, mais comme un mal à combattre car portant en elle les germes de la division. Un républicain français ne peut concevoir le peuple français que globalisé et unique.

Pour les Français, incapables d’imaginer un autre système que celui de la centralisation jacobine, la Confédération Suisse, avec ses 3 langues officielles, 4 avec le romanche, et ses 26 cantons ayant chacun sa propre constitution, n’est pas un pays abouti mais un pays morcelé, inachevé, une « mosaïque » de cantons disparates ! Pour un Français, la Suisse n’est pas un « vrai » pays, c’est-à-dire « un et indivisible » sur le modèle moniste français ! En France, où dominent toujours la phobie de la diversité et « la culture politique de la généralité » (dixit Pierre Rosanvallon[2]) hostile à l’auto-organisation de la société, le critère absolu pour juger de la force et de la consistance d’un Etat réside dans sa capacité à neutraliser la pluralité des composantes et à mettre en place une concentration pyramidale du pouvoir. Cette approche totalitariste du pouvoir étatique est évidemment en totale opposition avec le système « polyphonique » fédéral et ses autonomies régionales (fédéral : du latin feoderatio, alliance, lien, pacte) fondés sur les principes démocratiques de partage et de diffusion des pouvoirs.

Bernard Wittmann – Historien (Juin 2015)

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[1] Pourtant, dans l’entre-deux-guerres à Paris, le « Guide Michelin régionaux, Vosges-Lorraine-Alsace » (1932-1933, p.75), se risqua même à s’aventurer dangereusement se le terrain glissant du racialisme en affirmant l’existence d’une « race alsacienne » (sic). En effet, il écrivait alors à propos de la statue de Kléber, que ce dernier était « représentatif de cette race alsacienne, vigoureuse, énergique, qui a donné à la France tant de grands capitaines » ! Et à présent, il n’y aurait même plus de peuple ?

[2] L’Alsace du 21.6.2015.

[3] In L’Ami Hebdo du 30.11.2014

[4] Le modèle politique français, la société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours, Seuil, 2004.

Ci-dessous un article du Basler Zeitung sur Maria Hart (1854–1924) et son roman interdit «Üs unserer Franzosezit», récemment traduit en français par Joseph Schmittbiel et réédité aux éditions Yoran Embanner. Quand les Suisses osent dirent tout haut ce que les Français occultent ! Nie wieder Frankreich. Elsass frei ! UH

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Es gab im Elsass eine «ethnische Säuberung»
Ein ehemals verbotenes Buch ist neu erschienen

Strassburg. Das offizielle Frankreich hat sich zu diesem Kapitel in der jüngeren Geschichte nie geäussert. Nach hundert Jahren kommt es nun zur Neuauflage des Romans «Üs unserer Franzosezit» der unter-elsässischen Schriftstellerin und Dichterin Marie Hart (1854–1924). Die Apothekerstochter aus Buchsweiler im Norden des Elsasses schrieb dieses Buch im Exil, in das sie gezwungen wurde, weil ihr Mann aus einer deutschstämmigen Familie kam.

Marie Hart schildert im Buch die Geschichte der alteingesessenen elsässischen Familie Redslob im fiktiven Dorf Bummernäh und zeigt, wie zuerst der Erste Weltkrieg in das friedliche Dorfleben einbricht und dann, als klar ist, dass die Deutschen den Krieg verlieren, die französischen Truppen kommen. Doch die vermeintlichen Befreier und Verkünder von Liberté und Fraternité bringen für viele Elsässer nur Schrecken, Diffamierung – und am Ende Enteignung sowie die Vertreibung ins Exil.

Der elsässische Historiker Bernard Wittmann, ein Spezialist für die elsässische Geschichte, hat die Fakten zum Roman nachrecherchiert und sagt, dass es nach dem Ersten Weltkrieg rund 150 000 Heimatvertriebene gegeben habe, eine davon war Marie Hart. Als ihr Roman 1921 erschien, verbot ihn die französische Zensur sofort. Der Herausgeber der kürzlich erschienenen Neuauflage, Joseph Schmittbiel, spricht wegen der Radikalität, mit der die Franzosen gegen die Elsässer vorgingen, von einer «ethnischen Säuberung». hws Seite 17.

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Stimmen der vertriebenen Elsässer
Nach 100 Jahren wird der ehemals verbotene Roman «Üs unserer Franzosezit» wieder gedruckt

Von Mischa Hauswirth

Strassburg. Bislang war die Welt in den offiziellen französischen Geschichtsbüchern klar eingeteilt: Auf der einen Seite waren da die Guten, die Franzosen, welche die Elsässer befreiten. Auf der anderen Seite die Deutschen, welche die Welt in zwei Kriege stürzten und deshalb das Böse verkörperten. Die Neuauflage des ehemals verbotenen Romans «Üs unserer Franzosezit» von Marie Hart (1856 –1924) aber stellt diese Geschichtsschreibung infrage. Denn nach dem Ende des Ersten Weltkrieges kam es im Elsass zu vielen Ungerechtigkeiten, welche die französischen «Sieger» an der deutschstämmigen Elsässer Bevölkerung verübten, Ungerechtigkeiten, die in keinem offiziellen Geschichtsbuch erwähnt werden. «130 000 Menschen wurden aus ihrer Heimat vertrieben», schreibt Joseph Schmittbiel, der Marie Harts Roman herausgegeben hat.

Die Schriftstellerin hat die Vertreibung selber erfahren müssen. Die Unter-Elsässerin aus Buchsweiler, die ihre Muttersprache als etwas Eigenständiges angesehen hatte, etwas das die elsässische Identität ausmacht, wurde nach dem Zuschlag des Elsasses zu Frankreich 1918 ins Exil nach Bad Liebenzell im Schwarzwald gezwungen, weil ihr Ehemann deutschstämmig war. Bis zu ihrem Tod lebte sie in Süddeutschland. Hart hat vieles, über das sie im Buch schrieb, am eigenen Leib miterlebt: den Kriegsbeginn, den Gesinnungswandel der «normalen Elsässer» von pro-deutsch zu pro-französisch, die Verjagung der «Boches» (französisches Schimpfwort für Deutsche) durch Elsässer und die Diskriminierung jener, die Elsässisch redeten, weil die allemannische Sprache plötzlich als Sprache des Feindes und Kriegsverlierers galt. «Die Bezeichnung ‹Ethnische Säuberung› ist definitiv nicht übertrieben. Zwar wurde niemand umgebracht, aber ‹das Land der Freiheit›, wie sich Frankreich gerne selber nennt, hat mindestens 130 000 Elsässer und Lothringer beraubt und vertrieben», sagt Joseph Schmittbiel.

«Hetz gejen alles, was ditsch»

Der elsässische Historiker Bernard Wittmann, ein Spezialist für die elsässische Geschichte, hat die Fakten zum Roman nachrecherchiert und sagt, dass die Gesamtzahl der Heimatvertriebenen nach dem Ersten Weltkrieg wohl noch höher liegt – er schätzt um die 150 000 Personen. Die Ausweisungen und damit verbundenen Enteignungen von Hab und Gut der Betroffenen hätten erst 1924 gänzlich aufgehört.

Marie Hart erzählt die Geschichte vom Dorf Bummernäh und der alteingesessenen Familie Redslob, für die es selbstverständlich ist, dass sie Elsässisch redet und das Land zu Deutschland gehört. Nach dem deutsch-französischen Krieg 1871 wurde das Elsass zwar eine deutsche Region, genoss aber weitgehend Selbstbestimmungsrechte.

Das Buch gibt einen vertieften Blick in das Leben von damals und die Sittenregeln, die herrschten. Zum Beispiel, dass den Mädchen nur erlaubt war, alleine das Haus zu verlassen, wenn sie in die Kirche gingen. Oder dass die Frauen die Stube zu räumen hatten, wenn der Hausherr nach Hause kam und Zeitung lesen wollte.

Die Geschichte ist in einem unter-elsässischen Dialekt geschrieben. Die Sprache ist gut zu verstehen, vor allem für jene, die eines allemannischen Dialektes mächtig sind. Spezielle französische Ausdrücke wurden für das deutschsprachige Publikum zudem übersetzt. Marie Harts Roman öffnet die Augen nicht nur für die Ungerechtigkeiten, die im Namen Frankreichs verübt worden sind, sondern hinterfragt auch Frankreich, das mit den Versprechen von Brüderlichkeit und Gleichheit das Elsass übernommen hatte, dann aber für viele Menschen Zwiespalt und Gewalt brachte. «In Bummernäh geht’s nämlich zidder m Waffestillstand wuescht zue. D’Hetz gejen alles, was ditsch heisst, isch in vollem Schwung», schreibt Hart.

Die Ungerechtigkeit erreichte ihren Höhepunkt, als vier Kategorien von Identitätskarten herausgegeben wurden, welche das Schicksal der Einwohner unwiederbringlich besiegelten. «Carte A – Reini Elsässer, wie nuer keltisches Bluet in den Odere han. Carte B – Mischling, verhassti Prodükt üs eren unnatierliche Hieroot zwischen men Elsässer und ere Ditsche, oder em e Ditschen und eren Elsässere. Carte C – Neutrali. Carte D – Ditschi, Schwoowe! dr Üswurf von dr Menschheit.» Elf Monate hatten sogenannte «Aus- lesekommissionen mit ihren Kohorten von Denunzianten ihr Unwesen im ganzen Land getrieben», schreibt Wittmann.

Verbot nach Erstpublikation

Dass das Buch verboten wurde, lag auch an der Klarheit, mit der Marie Hart Stellung bezog – für das Elsass und seine allemannische Kultur, die sich unabhängig von den Strömungen aus Berlin oder Paris entwickelte. Da war es nur logisch, dass nach dem Krieg gegen Deutschland die französischen Behörden und ihre Zensur Anstoss nahmen an Formulierungen wie dieser: «O, ihr tauwen Elsässer! Werfen eich de Franzose in dr servilschten Art an de Kopf, un was isch dr Dank drfür? Dass mr eich verspott und do därf mr nit e mol ebs saawe!» Der Satz hat auch heute noch eine gewisse Aktualität, da Elsässer gegen die Eingliederung des Elsasses in die Region Grand Est waren, aber Paris ihnen kein Mitspracherecht einräumte.

Viele Franzosen nutzten die Deutschfeindlichkeit im Land, um jene Leute aus dem Weg zu räumen, die ihnen beru ich oder nanziell im Weg standen. Wenn einer als «Boche» galt, «noo isch mr ne los», wie Marie Hart lapidar in ihrem Buch festhielt. Pikant: Bis heute schweigt das offizielle Frankreich zum Thema Vertreibung und ethnische Säuberung im Elsass. Von Wiedergutmachung an die betroffenen Familien ganz zu schweigen.

«Üs unserer Franzosezit», Marie Hart, Herausgegeben von Joseph Schmittbiel mit einem Vorwort von Historiker Bernard Wittmann, Verlag Yoran Embanner, 185 Seiten, 13 Euro.

Quelle : Basler Zeitung (09/08/2016)

Au revoir les boches! Dessin haineux de J-J. Waltz dit Hansi

Au revoir les boches! Dessin haineux de J-J. Waltz dit Hansi

Ewige französische Besserwisserheit

Posté le août 11th, 2016 by Klapperstein

Lisez la presse suisse ! Cette article fait suite à la visite d’une délégation du Sénat français à Berne en 2013. Un moment de bonheur, à lire avec délectation ! Seuls les Suisses peuvent parler ainsi de la France avec une lucidité aussi cruelle! UH

Quelle : L’AGIFI via  Renaissance Alsace facebook

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (4/5)

Posté le août 10th, 2016 by Klapperstein

LA CONSCIENCE IDENTITAIRE DES ALSACIENS A TRAVERS LES SIECLES

par Bernard Wittmann

Illustration ci-dessus : Début XVIIIe siècle : L’Alsace « province à l’instar de l’étranger effectif »

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Les Alsaciens furent toujours habités par le sentiment de former un peuple

C’est sur le « socle » du duché et les différentes institutions qui vinrent le conforter ultérieurement que se développa un patriotisme régional autour d’un système de valeurs partagées (habitus, langue, histoire, croyances, spiritualité, mode de vie…) et une quête permanente des Alsaciens vers plus de liberté et d’autogestion.

A travers les siècles, les Alsaciens ont toujours conservé vivaces leurs marqueurs ethniques (langue, culture, ouverture au spirituel…) et une conscience identitaire forte. Ils n’ont jamais cessé d’être habités par le sentiment de former un peuple singulier doté d’une histoire et d’une identité propres.

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Intégrée au « Saint Empire Romain de nation germanique » (Xe -XVIIe siècles)

L’intégration de l’Alsace au Saint Empire Romain Germanique, fondé en 962, dura sept siècles. Le socle de culture et de civilisation étant commun, il n’y eut pas rupture mais continuum. Les Alsaciens s’intégrèrent parfaitement au Reich, structure fédérative – « l’union dans la diversité » – appliquant le principe de subsidiarité, et marquèrent un constant attachement à l’Empereur et à l’Empire. C’est sous leur protection que Strasbourg et les villes de la Décapole purent progressivement accéder aux libertés jusqu’à devenir quasi-souveraines. Cette bonne intégration était favorisée par le fait que l’Alsace fut longtemps constitutive du centre politique et culturel de l’Empire.

Les Alsaciens se sentent alors comme une partie intégrante de la nation allemande. C’est ainsi qu’aux XVe et XVIe siècles les humanistes alsaciens, Wimpfeling, Sébastien Brant, Beatus Rhenatus…, publient de vibrants plaidoyers en faveur de l’Empire. Il suffit de lire ce qu’écrit Jacob Wimpfeling dans son Germania dans lequel il martèle que les Alsaciens, pour avoir certes une originalité, n’en sont pas moins une partie intégrante de la nation allemande et que la rive gauche du Rhin n’a jamais été française ! Notons que le XVIe siècle marque le sommet de la culture alsacienne.

Cependant, la conscience identitaire des Alsaciens n’en gardait pas moins sa vivacité : « En dépit du morcellement politique, la conscience de l’entité alsacienne demeure forte. Elle se traduit dans un engagement politique et militaire face aux menaces de Charles le Téméraire » écrit B. Vogler. Ainsi, après 1520, l’humaniste Beatus Rhenanus, tout en manifestant une attitude nationale allemande, n’en affichait pas moins « un vigoureux patriotisme régional alémanique et alsacien (…) L’identité alsacienne se forge au XVIe siècle contre la France » [1] note B. Vogler. En effet, le roi de France restait l’ennemi des Habsbourg et l’Alsace se méfiait de tout ce qui pouvait venir d’Outre-Vosges. Lazare Schwendi lui-même dénonce « les lubricques et frauduleux François avec lesquels jamais estat ou prince est abordé à bon port »[2]. Il existe même des procès de sorcières dans lesquels l’accusée reconnaît avoir rencontré le diable sous la forme d’un démon parlant français[3].

Les Alsaciens se considéraient alors comme un peuple d’Allemands marqué par une identité propre. Dans leur esprit ils étaient, avec les Badois (et les Suisses), la composante rhénane alémanique de la nation allemande (le Rhin ne constituait nullement une frontière).

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Sous la royauté (1648-1789)

Après la brutale annexion de l’Alsace à la France au XVIIe siècle, la royauté française continua néanmoins de considérer les Alsaciens comme des Allemands. L’édit de création du Conseil souverain (1657) reconnaît formellement qu’ils sont « de nation allemande ».

Cependant, comme nous l’avons vu, les Alsaciens habitués à gérer leurs propres affaires vont se retrouver livrés au centralisme français et à l’absolutisme royal… et ne manqueront pas de se rebiffer : « Le roi de France est perçu comme une puissance étrangère et dominatrice à l’égard des cités et des pouvoirs locaux (…) L’occupation française est vécue comme oppressive et frustrante », relève B. Vogler[4]. En effet, les Alsaciens continuaient à se sentir étrangers au royaume et, se souvenant des brutalités de l’annexion, ne montraient que défiance à l’égard de la France et du roi. Ainsi, à Strasbourg, après un siècle de présence royale, le peuple n’avait toujours pas tourné la page de l’agression française qui s’était terminée par la capitulation de la ville libre. Un témoin oculaire, le prince Karl August von Meiningen, venu étudier à l’université de Strasbourg, raconte cette anecdote significative dans ses lettres. Le 25 juin 1775, jour du couronnement de Louis XVI, lors des grandioses festivités organisées à Strasbourg par le prêteur Klingling pour fêter l’événement, ni lors de l’allumage des feux de joie dans la ville, ni lors du feu d’artifice où apparaissait le nom du monarque avec le blason français, le peuple ne cria « Vive le Roi ! »… alors que les soldats massés dans la ville, sur ordre, avaient pourtant donné le bon exemple[5].

Pour les Français, l’Alsace restait « une province d’Allemagne » d’autant qu’elle maintenait toujours des contacts très étroits avec le monde germanique tant sur les plans économiques que culturels (jusqu’en 1766, date de l’annexion déguisée du duché de Lorraine, l’Alsace n’avait pas de frontière commune avec la France[6]). D’ailleurs, la frontière économique sera maintenue sur les Vosges jusqu’à la Révolution. La langue allemande restait la langue incontestée du pays et continuait à dominer dans le peuple, la presse, l’enseignement et l’université.

Ce n’est que vers la fin du XVIIIe siècle que les Alsaciens commencèrent progressivement à perdre le souvenir de leur ancienne appartenance à l’Empire. Pris entre deux cultures, ils prenaient pleinement conscience de leur originalité et commençaient à rêver de jouer un rôle de pont entre la France et l’Allemagne. Ainsi, peu avant les évènements révolutionnaires, la conscience régionale reprit une nouvelle vigueur. Dans les cahiers de doléances les Alsaciens demanderont le maintien des droits et privilèges de la province, la création d’Etats provinciaux pour administrer le pays et, pour les anciennes villes de la Décapole, le retour aux privilèges de jadis.

La conscience régionale apparut également fortement chez les députés de l’Assemblée provinciale d’Alsace (1787), créée sur le modèle des Landstände. Ces derniers étaient notamment favorables au maintien des barrières douanières sur les Vosges : les Alsaciens voulaient que leur pays continue à être considéré comme une province étrangère (« province à l’instar de l’étranger »)! De son côté, la Commission intermédiaire demandera également le maintien des frontières douanières sur les Vosges, l’emploi des Alsaciens dans l’administration ainsi que l’unité du pays.

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La Révolution bouleverse tout

La Révolution marqua un tournant. Au début du mouvement, les Alsaciens sont favorables aux réformes qu’on promettait de mettre en œuvre : le sentiment démocratique était ancré de vieille date dans le caractère alsacien. Ils pensaient que le progrès promis se trouvait dans une constitution démocratique et libérale garantissant un élargissement de l’autonomie provinciale et des droits individuels ainsi qu’un encadrement plus strict du pouvoir royal. Aussi, en 1787, l’Assemblée provinciale d’Alsace créée par le roi sur le modèle des Landstände, s’engagea-t-elle immédiatement sur la voie de proclamations autonomistes.

Cependant, contrairement aux Français, les Alsaciens étaient totalement étrangers à la centralisation et au nivellement qui marquaient historiquement la France et que les révolutionnaires parisiens entendaient renforcer encore. Tout commença donc par un malentendu. Jean de Turckheim (1749-1824), qui avait été député du Tiers Etat de Strasbourg aux Etats généraux en 1789, s’en fit ensuite l’écho en expliquant que ses concitoyens « désiraient des réformes mais non une révolution » et qu’ils tenaient « à conserver leurs privilèges et non à les échanger contre des mœurs et une organisation étrangère ».

C’est pourquoi, plus les révolutionnaires à Paris exigeaient la stricte unité du pays, plus la nécessité apparaissait aux Alsaciens de revendiquer pour l’Alsace le traitement d’une province étrangère. La crainte d’une perte de la personnalité alsacienne taraudait la population. Ainsi la Treuherzige Ermahnung du 12 janvier 1790, craignant un complot des « capitalistes de Paris » pour ponctionner d’avantage l’Alsace, conclut : « Nos traités, nos traités, tel est le cri de la bonne et brave nation alsacienne ». Tandis que le Nouveau Catéchisme strasbourgeois déplore qu’on ait enlevé aux Alsaciens des privilèges « qui (les) rendaient plus heureux que d’autres ».

Cependant, à Paris les plus radicaux l’emportèrent et le pays se trouvera coupé en deux départements. La province d’Alsace cessa d’exister et on ne parlera plus d’Alsace dans les communications officielles.

Par la suite, l’hystérie anti-alsacienne des jacobins, dont la guillotine fut l’argument majeur, leur haine de la langue allemande restée la langue des Alsaciens, leur intolérance, leur volonté de faire table rase du passé et de supprimer les spécificités alsaciennes, vont faire naître un profond malaise chez les Alsaciens. Toujours accrochés à leurs privilèges et à leur langue, ils se trouvaient blessés qu’on porte ainsi atteinte à leur identité, leurs spécificités et leur culture. Ils se montreront dès lors de plus en plus hostiles à la politique des révolutionnaires. Cette hostilité trouvera sa pleine expression lors de la « Grande fuite » de décembre 1793 : près de 40 000 Alsaciens de Basse-Alsace choisirent alors la voie de l’exil en suivant dans leur retraite les troupes autrichiennes conduites par leur compatriote le généralissime Wurmser. En pénétrant en Alsace du nord, en octobre 1793, ce dernier avait été acclamé et accueilli en libérateur par la population.

Mais l’introduction des principes de liberté et d’égalité changea la mentalité politique. L’Alsace commençait à s’ouvrir timidement à la vie nationale française.

Cependant les Alsaciens continuaient à se considérer comme des Allemands. C’est le constat que fit le maire révolutionnaire de Strasbourg Pierre-François Monnet[7] dans un discours du 10 mai 1794 où il notait que l’Alsace était la plus exposée aux agressions des ennemis de la République de l’intérieur et de l’extérieur. Pour lui, la raison des malheurs des Alsaciens se trouvait dans l’antipathie invétérée de la population à l’encontre des Français et son inclinaison manifeste vers la germanité : « Le nom de Français vaut pour une injure tandis que celui d’Allemand signifie un compatriote », concluait-il dépité[8] ! D’ailleurs, lors de la levée en masse décidée par la Convention en février 1793, en Alsace il y aura plus d’insoumis que de soldats à partir (l’Alsace devait théoriquement fournir 9000 hommes). Et si les milices révolutionnaires recrutées sur la base du volontariat ne firent pas recette en Alsace, c’est que les Alsaciens n’étaient pas prêts à payer le tribut du sang pour la France.

Ce n’est qu’avec « l’épopée impériale » que naîtra un sentiment patriotique dans certaines couches de la population. Le pouvoir d’intégration de l’armée ou des innombrables champs de bataille n’y est évidemment pas étranger.

Cependant, la conscience de l’identité régionale restait prégnante.

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Au XIXe siècle :

De 1800 à 1870, on assistera à un renforcement du pouvoir central et à une politique plus offensive pour franciser de façon despotique le pays – surtout après 1848 – et imposer coûte que coûte la langue française notamment à l’école : « Le devoir est de parler français », expliquera en 1823 aux Alsaciens le préfet Louis-Antoine de Malouet.

Cependant, l’intégration à la France ne progresse que très lentement. Les Alsaciens continuent à s’accrocher à leur langue, marqueur majeur de leur identité particulière : l’écrasante majorité de la population continue à s’exprimer en allemand. Idem pour les églises, les auteurs, la presse (aucune revue littéraire n’est publiée en français), etc.. L’allemand demeure la langue du sentiment et beaucoup se montrent même hostiles à la langue française[9]. Seule une infime minorité s’exprime en français. Ainsi, pour être compris par la population, le roi Louis-Philippe, en visite officielle en Alsace (1831), choisira de s’adresser en allemand à la population. Il en ira de même pour Napoléon III lors de son passage à Strasbourg en 1852.

Par ailleurs, comme le note B. Vogler, « la conscience de l’identité régionale, en dépit du découpage administratif en deux départements, demeure très vive »[10]. D’ailleurs, dès 1815, on parlera à nouveau d’Elsass et non d’Alsa ou Alsatier termes utilisés sous la Révolution.

Coupés du monde allemand, les Alsaciens n’en continueront pas moins d’accepter le concept d’Allemand, souvent avec même une pointe de fierté. Un profond particularisme ethnique demeurait. Ainsi, le 10.2.1838, le professeur Graff écrivait toujours au professeur Ed. Reuss : « Nous Alsaciens, nous sommes des Allemands, c’est un fait, et le serons et devons l’être et le rester ». De son côté, Ed. Reuss écrivait le 2.6.1838 dans « Erwinia » : « Ce que nous voulons, c’est le germanisme, auquel nous rendons hommage, que nous tenons pour sacré…De l’esprit allemand et du style allemand nous ne nous séparons pas ».

Dans un ouvrage de référence publié en 1834 à Paris par M. Loriol, avec la coopération d’une société de savants et d’hommes de lettres, il est dressé ce constat : « Depuis 1648, jusqu’à ce jour, la domination française n’a pu effacer ce caractère germanique. Par les mœurs, les habitudes, le langage, les Alsaciens sont encore aujourd’hui plus Allemands que Français [11]».

Les Alsaciens prenaient alors pleinement conscience de leur originalité ethnique : ils étaient « une branche allemande greffée sur le tronc français » ! De fait, et plus que jamais, ils se sentaient d’abord Alsaciens et Rhénans. Le poète Ehrenfried Stöber (1779-1835) l’exprime parfaitement dans ces deux vers :

Das Rheinthal ist uns Vaterland

Das Elsass drin sein Diamant

C’est probablement le grand romancier et poète alsacien Friedrich Lienhard (1865-1929) qui décrit le mieux les sentiments dominants des Alsaciens face à la France à la veille de la guerre de 1870. Dans un ouvrage collectif paru en 1915, ce dernier écrit : « Der Elsässer wurde im grossen und ganzen ein oppositioneller Staatsbürger mit ausgeprägter Neigung zum Frondieren, ganz natürlich, weil das innere Verwachsensein mit der französischen Staatsidee bei dem Durschnittselsässer fehlte (…) Aber bei dieser langsamen Durchsetzung eines ausgesprochenen Nationalgefühls, an dem nur eine dünne Schicht der oberen Bourgeoisie und Beamtenschaft teilhatte, musste die Neigung, am elsässischen Vaterlandsgedanken Ersatz zu suchen, sich zäh erhalten, ja verstärken. Der Ausdruck der naiven starken Heimatliebe, wie ihn Ehrenfried Stöber prägte in dem Gedicht :

« Das Elsass unser Ländel,

Es isch meineidi schön ;

Mer hewwe’s fest am Bändel

Mer lonn’s bi Gott nit gehn » -

trat für die Masse des Volkes geradezu an die Stelle eines Nationalliedes. Gewiss, es gab in diesen letzten Jahrzehnten der französischen Herschaft strebsame Geister, die es im Interesse ihres Vorwärtskommens eilig hatten, alles Elsässische abzutun. Diese Verwelschten waren aber dafür auch meistens dem Volkswitz ausgesetzt. Es wurden vom städtischen Mittelstande bis ins Kleinbürgertum hinein mancherlei Bestandteile französischer Kultur, Sitte, vor allem der Sprache, augenommen ; aber im Grunde blieb man dem französischen Nationalitäts- und Staatsgedanken gegenüber kühl. Das beherrschende Gefühl war eben : « Mer sin halt Elsässer »[12].

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Sous le Reichsland (1870-1918)

Après la phase protestataire, l’Alsace connaîtra très vite un nouvel essor économique ainsi que des progrès fulgurants dans le domaine social (caisses de maladie, d’accidents, d’invalidité, de vieillesse…).

Parallèlement, on assista à un formidable renouveau artistique et culturel, l’allemand étant redevenu la langue officielle du pays. Dans le cadre libéral et fédéral de l’Empire, les Alsaciens allaient de nouveau pouvoir affirmer pleinement leur identité et leur volonté d’émancipation.

A mesure que le contact avec la France se perdait, une nouvelle conscience politique se développa rapidement. Avec elle naîtra une nouvelle génération qui aura pour seul objectif prendre en main son destin.

Le concept politique d’Alsace s’imposa d’emblée. De même, l’affirmation de l’existence d’un « peuple alsacien » fit la quasi unanimité. Cependant, aux alentours de 1900, l’idée d’une « nation alsacienne » commencera à se répandre dans le pays. Cette ligne est notamment défendue par le député au Landesausschuss (1900 à 1911) Anselm Laugel, les députés au Reichstag Jacques Preiss et Daniel Blumenthal, mais aussi par l’abbé Xavier Haegy. Les trois premiers formulent la revendication de l’indépendance d’une République alsacienne, l’abbé Haegy donnant sa préférence à un Etat alsacien autonome intégré à l’Empire : « Laugel se proclame « nationaliste alsacien et républicain » (…)  pour lui, comme pour l’abbé Haegy, l’Alsace est une « nation » dont la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, qui n’ont pas de centre civilisateur unique, fournissent le modèle », note l’historien François Igersheim[13].

Dans la revue francophile Dur’s Elsass (26.11.1910)

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L’Alsace veut l’autonomie !

Ainsi vont s’affirmer trois courants politiques :

  • un courant pro-allemand favorable à une intégration totale dans le Reich ;
  • un autre très puissant, notamment dans les milieux intellectuels et les masses populaires, favorable à l’autonomie complète au sein du Reich et qui aura pour slogan fétiche « L’Alsace aux Alsaciens » ;
  • et un dernier, qui bénéficiait de la sympathie de Paris, affirmant l’existence d’une « nation alsacienne » et revendiquant l’indépendance d’une république alsacienne.

Il restait encore un courant minoritaire pro-français qui, aux élections d’octobre 1911, ne rassembla que 3,2% des voix.

Drapeau alsacien traditionnel rot un wiss

Drapeau du Reichsland, adopté à l’unanimité par les députés du parlement d’Alsace-Lorraine en 1912

Cette lutte pour l’émancipation trouvera sa consécration en 1911 avec l’octroi au Reichsland par Berlin d’une constitution avec un statut d’autonomie ! La voie était ainsi tracée pour faire du Reichsland un Etat comme les autres Etats allemands.

En effet, le 25 octobre 1918, le Reichstag vota une loi pour une autonomie complète du Reichsland élevé au statut d’Etat fédéré, mais elle arrivait trop tard.

Dr Eugène Ricklin (1862-1935) Président du Landtag d’Alsace-Lorraine (1911-1918)

Charles Hauss (1871-1925) Premier ministre du gouvernement constitutionnel alsacien Schwander-Hauss (oct.-nov.1918)

Tout sera brutalement remis en question en novembre 1918 avec le retour des Français, de leur centralisme et de leur idéologie jacobine !

Pendant que l’épuration ethnique des Allemands et des Alsaciens germanophiles faisait rage, les nuages commencèrent immédiatement à s’accumuler… jusqu’à conduire à l’explosion autonomiste des années 20/30.

Mouvement neutraliste après 1918 : lettre de René Caesar Ley au Secrétaire Général de la Société des Nations à Genève pour lui exposer la situation de l’Alsace et lui demander qu’une délégation d’Alsaciens-Lorrains soit autorisée à venir s’exprimer devant l’assemblée de la SDN.

Pétition adressée au Secrétaire Général de la SDN à Genève pour demander l’organisation d’un plébiscite pour l’Alsace-Lorraine.


Bernard Wittmann – Historien (juin 2015) – Fin du 4e Chapitre, à suivre : Conclusion.

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[1] B. Vogler, Histoire culturelle de l’Alsace, éd. de la Nuée Bleue, p.60.

[2] Cf Correspondance politique de la Maison d’Orange-Nassau, éd. par Groen van Prinsterer Leyde, 1835.

[3] Edmond Bapst, Les sorcières de Bergheim, Paris, 1929.

[4] B. Vogler op. cit. p.124/125

[5] O. Lorentz & W. Scherer, Geschichte des Elsasses, Weidmannsche Buchhandlung, Berlin, 1886, p.427

[6] En 1735, suite à une négociation habilement menée, la France obtint de l’Empereur qu’à la mort de Stanislas Leszczynski -qu’on décida de placer à la tête du duché de Lorraine en remplacement du duc François-, le duché lui revienne. Dépossédé de son duché, le duc François de Lorraine, gendre de l’Empereur Charles VI, sera indemnisé par la Toscane. Stanislas Leszczynski décédera le 23.2.1766.

[7] Maire de Strasbourg de janvier 1793 à août 1794.

[8] Dans la même veine, le 27.1.1793, au nom du Comité de salut public, Barrère proclama devant la Convention : « Dans les départements du Haut et du Bas-Rhin, qui a appelé de concert avec le traître, le Prussien et l’Autrichien sur nos frontières envahies, l’habitant des campagnes qui parle la même langue que nos ennemis se croit ainsi bien plus leur frère et leur concitoyen que le frère et le concitoyen des Français qui parlent une autre langue et ont d’autres habitudes. L’empire du langage, l’intelligence qui règne entre nos ennemis d’Allemagne et nos concitoyens du département du Bas-Rhin est si incontestable qu’ils n’ont pas été arrêtés dans leur émigration par tout ce que les hommes ont de plus cher, le sol qui les a vu naître, les dieux pénates et les terres qu’ils avaient fertilisées ».

[9] En 1843, l’inspecteur du primaire du Ht-Rhin, Perney, s’en fait l’écho.

[10] Histoire culturelle de l’Alsace, op. cit. p.295

[11] In La France, description géographique, statistique et topographique – Alsace Ht-Rhin & B. Rhin, publié par M. Loriol, éd. Chez Verdière, Paris, 1834.

[12] Friedrich Lienhard, Wohin gehört Elsass-Lothringen, Verlag Von Rascher & Cie Zürich, 1915, p.19/20.

[13] François Igersheim, L’Alsace des notables 1870-1914, la bourgeoisie et le peuple alsacien, imprimerie du Nouvel Alsacien, éd. bf – Strasbourg, 1981, pp.118/126.

L’Alsace un mythe et le peuple alsacien une fiction ? (3/5)

Posté le août 6th, 2016 by Klapperstein

L’Alsace n’a jamais été dotée d’une structure unique ? (Suite des institutions alsaciennes du Moyen-Age)

par Bernard Wittmann

Ensisheim au XVIe siècle

LES LANDSTÄNDE ou DIETE D’ALSACE

Il y avait surtout une institution commune à toute l’Alsace, celle des « gesamtelsässischen Landstände » ou Diète d’Alsace. Ils étaient la représentation du pays et jouaient le rôle de législatif commun.

Les Landstände regroupaient tous les « Etats » alsaciens relevant des princes, seigneurs ecclésiastiques et laïcs placés dans l’immédiateté, de même que les villes et leurs dépendances : « Die Institution, die im Elsass als « Landstände » bezeichnet wird, ist eine Vereinigung aller Reichsunmittelbaren, der Fürsten, der Herren und der Städte, der Reichs-Stände des Landes ; sie steht ausserhalb der Territorien, über ihnen », écrit l’historien F. Wilhelm Müller[1].

A la Diète d’Alsace étaient représentés (par des délégués mandatés) : la Régence d’Ensisheim, le Grand-Baillage impérial de Haguenau, l’évêque de Strasbourg, le Grand Chapitre de Strasbourg, le duc de Wurtemberg, les comtes de Hanau-Lichtenberg, de Linange-Dabo (Leiningen-Dagsburg), de Linange-Westerburg (Leiningen-Westerburg), de la Petite-Pierre (Lützelstein), les seigneurs de Fleckenstein, de Ribeaupierre (Rappoltstein), de Barr, du Val de Villé (Weilertal), de la Marche de Marmoutier (Mark Maursmünster), l’abbesse du couvent St Etienne (Kloster Skt Stephan), le prince-abbé de l’abbaye de Murbach, la République libre de Strasbourg, la Chevalerie immédiate de Basse-Alsace (Reichsritterschaft), les dix villes impériales de la Décapole (Zehnstädtebund).

Du XIIIe jusqu’à la première moitié du XVe siècle, pour défendre leur liberté, parer les dangers extérieurs, les situations insurrectionnelles et les convoitises de certains grands seigneurs, les Etats alsaciens s’étaient trouvées contraints de s’entraider dans des ligues ou des alliances de défense limitées dans le temps comme celles des Landfriedensbündnisse (ligues de la paix publique) qui se constituèrent dès 1278.

Cependant, aux XIVe et XVe siècles, les incursions répétées de la soldatesque venue de France ou de Lorraine, attirée par l’opulence alsacienne, rendront nécessaires une union plus large des territoires et l’instauration d’une direction délibérative commune.

En effet, les Etats alsaciens prenaient alors conscience que les intérêts des uns et des autres étaient liés et que les questions importantes ne pouvaient trouver de solution que dans une démarche commune. L’idée de mutualiser les moyens des uns et des autres à l’échelle de toute l’Alsace, pour favoriser la prise de conscience de la région et être plus forts, allait l’emporter. D’autant que l’Alsace, qui attachait du prix à son originalité, après la réforme administrative[2] mise en chantier en 1512 par l’Empereur Maximilien 1er, craignait de finir noyée dans le nouveau « Cercle » administratif très large de l’Oberrheinischer Kreis. L’affirmation de son unité s’imposait plus que jamais, prenant même un caractère d’urgence.

C’est ainsi qu’au tout début du XVIe siècle naîtront les Landstände ou Landtage (Diètes) de Basse et de Haute-Alsace dont le poids politique ira très vite grandissant.

Mais pour gagner plus de pouvoir, leur union s’avérait indispensable. Ainsi, en 1528, eut lieu à Haguenau et à leur initiative, la première assemblée réunissant les Landstände de Haute et de Basse-Alsace représentant toute la province. Celle-ci marqua la naissance des « gesamtelsässischen Landstände[3] (ou Landtage) », nous parlerons de Landstände, ou « Diète d’Alsace », qui dès lors allait conférer une personnalité politique à l’Alsace.

Organisation confédérale, les Landstände [4] vont alors tenter de fonder des politiques communes notamment en élargissant à toute l’Alsace la politique de la Décapole. A cet effet, leurs compétences législatives seront étendues à de nombreux domaines notamment économiques, sociaux, judiciaires et monétaires.

Les Landstände, assimilables à des Etats généraux d’Alsace, devinrent une institution permanente avec des assemblées assez régulières : « C’était la représentation effective du pays », écrit l’historien Lucien Sittler qui ajoute cette précision : « Indépendants de toute influence du dehors, ces Etats devinrent très importants pour la province qui apparaît ainsi comme une personnalité politique (…) pour la première fois depuis la disparition du Duché d’Alsace, l’unité politique du pays avait à nouveau pris forme »[5].

La Diète d’Alsace était à tous égards libre et indépendante et ses décisions n’étaient influencées par personne : « Auf diese Weise besass diese Vereinigung einen ganz eigenartigen Charakter : in der ganzen Reichsgeschichte findet sich kein Seitenstück zur ihr, und das Elsass erscheint als ein kleines Reich innerhalb des großen », écrit encore Lucien Sittler[6].

Les « Tage » ou « Ständetage » (assemblées), se réunissent généralement sur convocation soit de la maison des Habsbourg, via le bailli impérial ou la Régence d’Ensisheim, soit de l’évêque de Strasbourg. Les sessions se déroulèrent d’abord à Sélestat, puis à Strasbourg. En cas de menace, de conflit, ou quand un problème grave se pose à l’un des membres, la convocation d’une assemblée extraordinaire peut être décidée. Lors des Tage, les représentants des trois ordres votent les impôts extraordinaires et discutent des décisions intéressant la province. Les Tage duraient généralement plusieurs jours. Ainsi, en 1580, ils durèrent du 8 au 14 février. Le « Direktorium » est l’organe administratif des Landstände.

Entre 1528 et 1616, la Diète d’Alsace siègera 53 fois, soit en moyenne une année sur deux[7]. Les décisions y sont prises à la majorité. Mais le consensus est généralement recherché, de sorte que c’est le plus souvent à l’unanimité que les dispositions sont acceptées.

Cependant, il y avait une faiblesse dans le dispositif : en cas de refus persistant d’un seigneur, un pouvoir coercitif faisait défaut à la Diète pour faire exécuter sans coup férir les programmes décidés. De ce fait, il arriva que l’application de certaines mesures tarde.

L’action de la Diète consistait, au niveau de la province, à maintenir la paix publique et l’ordre intérieur (Landfrieden), protéger les frontières du pays, veiller à l’entretien des places fortes, réunir les moyens financiers en cas de danger pour le pays pour engager les troupes nécessaires, décider des contingents que chaque Etat devait fournir pour la mise sur pied d’une force de défense régionale (Landsrettung[8]), prendre des décisions dans les domaines économique, financier, monétaire (Münzwesen) et judiciaire. Elle consistait, par exemple, à fixer le prix de certaines denrées comme le blé et la viande, de certains salaires (journaliers et compagnons de métiers), prendre des mesures contre les vagabonds, les mendiants et les ivrognes, assurer la sécurité des chemins, décider de règlements touchant les artisans, les domestiques mais aussi la police ou les péages, œuvrer à l’harmonisation des poids et des mesures, etc.

Des règlements nombreux et étoffés furent ainsi élaborés puis promulgués : « Durch diese vielfältigen Massnahmen aber und durch die Aktivität der gesamtelsässischen wie die unterelsässischen Landstände erscheint das Elsass wirtschaftlich als ein geschlossenes Gebiet und politisch als eine Einheit », note Lucien Sittler[9].

Durant la deuxième partie du XVIe siècle, l’Alsace étant traversée sans répit par des armées en marche, les Landstände tinrent de nombreuses assemblées pour délibérer sur les moyens de défense et voter « les mesures du salut », les Landesrettungen. C’est ainsi que le 24 septembre 1572, les Landstände réunis à Strasbourg décidèrent de la mise sur pied d’une armée commune, « die Landsrettung », forte de 10 250 fantassins et 468 lansquenets[10] (Gelfen) répartis en « Fähnlein » de 400 à 500 hommes avec à leur tête un capitaine (Hauptmann). Chaque entité territoriale à la charge de l’entretien de son contingent. Le 8 février 1580, les Landstände chosirent de porter les effectifs à 10 300 fantassins et 508 lansquenets.

A partir de la fin du XVIe siècle, mais surtout au début du XVIIe siècle, alors que les Habsbourg manifestent la volonté de renforcer leur pouvoir et l’unité de leurs domaines – ce qui rendait plus difficile la situation politique de l’Alsace – et quand les Alsaciens prirent conscience des menaces extérieures qui pesaient sur eux suite aux premiers troubles de la guerre de Trente Ans, les Landstände et la Décapole conjuguèrent leurs efforts pour affirmer l’unité alsacienne. A plusieurs reprises, ils décidèrent de la levée de troupes pour défendre la population. Mais, à partir de novembre 1621, quand la guerre déborda en Alsace avec l’arrivée en Basse-Alsace des armées d’Ernst von Mansfeld, la dégradation rapide de la situation et l’absence d’exécutif compliqueront considérablement la mise en œuvre des mesures défensives décidées.

Les gesamtelsässischen Landstände se réunirent encore à plusieurs reprises durant le conflit qui mettait l’Alsace à feu et à sang pour décider de mesures de sauvegarde de la population et de la mise sur pied de contingents de défense. Mais dans une guerre internationale, face à des armées aguerries comme les armées française ou suédoise, les contingents alsaciens ne faisaient pas le poids. Ils remportèrent bien quelques petites victoires locales, notamment contre Mansfeld ou contre les Suédois qu’ils réussirent à chasser de Haguenau en janvier 1633[11], mais qui ne suffirent pas pour influer sur le cours de la guerre en Alsace.

1633 – Pillage et incendie d’un village durant la guerre de Trente Ans (J. Callot)

L’annexion de l’Alsace par la France mit progressivement fin à cette institution originale incompatible avec la centralisation française et l’absolutisme royal. Les Landstände étaient libres et indépendants depuis plus d’un siècle et demi, ce que les autorités royales ne pouvaient tolérer. La création, en janvier 1680, de la Chambre de réunion de Breisach, avec les annexions territoriales illicites qui suivirent, leur portera un coup fatal[12].

Après 1648 les Landstände, amputés des anciens territoires habsbourgeois de la Régence d’Ensisheim, essayèrent néanmoins de se maintenir et de préserver leur liberté. Ils vont ainsi se mettre au travail sans tarder et commencer par régler les conséquences de la guerre de Trente Ans. Les débats concernant les règlements de police, la répartition des dettes contractées durant la guerre, la réglementation, les affaires de monnaies et la riposte à apporter à la politique d’annexion et d’oppression du pays par les Français[13] formeront alors le gros de leurs délibérations.

C’est ainsi que le 4 janvier 1650, les Landstände se plaignent de l’arrogance des occupants français. En effet, ceux-ci se comportaient en pays conquis et agissaient comme bon leur semblait. Ils obligeaient, par exemple, chaque localité de quelque importance à accueillir une garnison royale avec la charge d’assurer son entretien. Citons en exemple la ville de Haguenau : exsangue et ruinée, elle dut néanmoins supporter une garnison de 1000 hommes et subvenir à leurs besoins et ce jusqu’au courant de l’année 1650… alors que la ville ne comptait guère plus de 800 habitants. Et comme cela ne suffisait point, les 250 bourgeois rescapés durent encore payer 15 000 florins de dédommagements aux Suédois alliés des Français. La population alsacienne devait également faire face à toutes sortes de taxes, contributions de guerre et charges diverses d’occupation. La France lui fit ainsi payer très cher le prix de sa protection.

A deux reprises, en janvier et février 1650, faisant suite à une injonction du gouvernement français de Breisach, exigeant qu’un siège soit attribué dans les assemblées à un représentant du roi, les Landstände opposèrent une fin de non recevoir avec ce motif : « En tant que membres de l’Empire, nous ne pouvons donner un siège à son ennemi ». Et dans la foulée, ils appelleront l’Empereur à l’aide. Le 28 mars 1652, ils persisteront dans leur refus. Les accrochages vont ainsi continuer jusqu’en 1661.

Pour finir, en 1682, c’est-à-dire juste après l’annexion de la République libre de Strasbourg, ces assemblées libres furent interdites. En effet, les conseillers épiscopaux ayant appelé à la tenue d’une assemblée pour le 6 novembre 1682, immédiatement les autorités françaises protestèrent énergiquement en envoyant cette lettre de réprimande à l’évêque : « Les gens qui sont chargés de vos affaires à Saverne ont escrit une lettre convocatoire pour assembler plusieurs estats d’Alsace à Straßbourg sans en avoir la permission de Monsieur de Montclar, qui sans votre considération n’eust pas manqué, suivant le devoir de la Charge, de les faire mettre en prison. Je vous en donne advis, afin que vous vouliez bien leur en faire la réprimande qu’ils méritent et leur donner ordre, lorsqu’ils voudront faire de pareilles choses, de ne les jamais tenter sans la permission de celuy qui commande en Alsace. »[14]

Par la suite, l’évêque pourra bien continuer à convoquer les assemblées… mais uniquement sur ordre du roi !!! Les activités du Direktorium seront réduites à de simples apparences sans aucune incidence pratique. Ce sera la fin des assemblées libres et indépendantes : « Die Tätigkeit des Direktoriums ist damit auf reine Aeußerlichkeiten beschränkt und hat nicht mehr die geringste praktische Bedeutung. Der Bischof darf zwar die Stände weiter berufen, aber nur auf Befehl des französischen Königs, er darf auf den Tagen die Proposition vortragen und durch seinen Kanzleuten das Protokoll führen lassen.

Aber dadurch, daß der Vorsitz und die Leitung der Verhandlungen auf den Stände Versammlungen an einen Vertreter der französischen Regierung übergegangen ist, ist deren Schicksal besiegelt. Die früher in ihren Entschließungen vollständig freie, von niemand beeinflußte Institution ist in ihrer Tätigkeit lahm gelegt und zu einem willenlosen Werkzeug in den Händen der Franzosen herabgesunken. Mehr als das konnte sie nicht mehr sein; denn daß sie jetzt nur noch solche Beschlüsse zeitigen konnte, die von vornherein der Genehmigung der vorgesetzten Behörde sicher waren, war unter den neuen Verhältnissen selbstverständlich. Die alten Landstände hatten damit ihr Ende erreicht », écrit l’historien F. Wilhelm Müller.

- LA REGENCE D’ENSISHEIM

Enfin, il y avait la « Régence d’Ensisheim ». Dès le début du XVe siècle l’Autriche antérieure, qui comprenait les terres alsaciennes des Habsbourg, est dirigée par la lignée tyrolienne de cette maison établie d’abord à Meran (aujourd’hui Südtirol), puis à Innsbruck (à partir de 1420). En effet, les princes régnants du Tyrol sont en même temps Landgrafen en Haute-Alsace et comtes de Ferrette / Pfirt.

C’est à partir de 1415 qu’Ensisheim devient le chef-lieu des possessions antérieures des Habsbourg qui sont rattachées au Tyrol. En Alsace, ces possessions couvrent notamment près de 80% du territoire de la Haute-Alsace. Un gouvernement administratif et judiciaire inféodé à Innsbruck y sera établi. En 1431, par décision de l’empereur Sigismond (1410-1437), Ensisheim sera érigée au rang de capitale officielle de l’Autriche antérieure siège de la « Régence » (gouvernement). Celle-ci règnera juridiquement, administrativement, fiscalement, économiquement et politiquement sur toute l’Autriche antérieure. Ces compétences s’étendront sur tous les territoires habsbourgeois d’Alsace, du Brisgau et de la Forêt-Noire.

Possessions habsbourgeoises en Alsace (Carte F. Dörrer)

En 1510, l’empereur Maximilien I. compléta la Régence d’une chambre, d’un bailli, d’un chancelier et de plusieurs conseillers et la dota d’un véritable « règlement-constitution ». En 1523, l’archiduc Ferdinand I. institua encore une Chambre de Justice. Les institutions gouvernementales s’installèrent dans le prestigieux « Palais de la Régence » édifié dans la ville.

A partir de 1558[15], quand la Landvogtei fut incorporée aux biens patrimoniaux des Habsbourg, la Régence d’Ensisheim participa à la gestion des affaires relevant du Landvogt.

En 1570, une chambre des comptes, qui siégeait jusque-là à Innsbruck, sera mise en place pour simplifier la gestion financière et fiscale. Un atelier monétaire y fonctionna de 1583 à 1634.

Palais de la Régence à Ensisheim

Les diètes provinciales (Landtag) de l’Autriche antérieure se tinrent le plus souvent à Ensisheim. Le dernier Landtag siégea en 1620.

Pendant 138 ans, de 1510 à 1648, Ensisheim fut ainsi le siège officiel de l’administration du gouvernement et de la chambre de l’Autriche antérieure. Tout en restant subordonnée à Innsbruck, la Régence n’en jouissait pas moins d’une très large autonomie. Avec près de 200 grandes familles résidant en permanence dans la ville, Ensisheim joua un rôle très important pour toute la noblesse alsacienne.

Léopold V d’Autriche-Tyrol (1586-1632), frère de l’empereur Ferdinand II et évêque de Strasbourg de 1607 à 1626, fut le dernier prince à régner sur l’Alsace habsbourgeoise.

La chute de Breisach devant Bernard de Saxe Weimar en 1638 marqua la fin de la Régence d’Ensisheim.

Au début du XVIIe siècle tous les territoires alsaciens dépendant du gouvernement d’Ensisheim, soit environ un tiers du pays, étaient devenus une entité territoriale originale se gouvernant de manière quasi autonome.

Bernard Wittmann – Historien (juin 2015) – Fin du 3e Chapitre. A suivre : La conscience identitaire des Alsaciens à travers les siècles.

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[1] Dr Phil. Friedrich Wilhelm Müller, Die elsässischen Landstände, Verlag Schlesier & Schweighardt, Strassburg i. Elsass, 1907.

[2] Suite à une décision, en juillet 1512, de la Diète d’Empire de diviser l’Empire en 10 Cercles (Kreise) administratifs.

[3] Aussi appelés « gesamtelsässische Landtage ».

[4] Vers le milieu du XVIe siècle on parlera de « Gemeinde Stände im Elsass ».

[5] Lucien Sittler, L’Alsace terre d’histoire, présentée par R. Oberlé, Nouvelle édition Alsatia, 1988.

[6] Lucien Sittler, Geschichte des Elsass, éd. Alsatia, T.2, p.16.

[7] Entre 1593 et 1625, la diète régionale siégea à 11 reprises tantôt à Ensisheim (6 fois) tantôt à Colmar (5 fois).

[8] Les Landsrettungen étaient des plans de défense qui existaient depuis 1515. Ils étaient destinées à barrer la frontière alsacienne le long des Vosges en fortifiant les cols et en disposant des troupes en aux endroits stratégiques en cas d’alerte.

[9] Lucien Sittler, Geschichte des Elsass, éd. Alsatia, T.2, p.17.

[10] Les principaux contributeurs sont : Régence d’Ensisheim (3000 fantassins + 100 lansquenets) – Evêque de Strasbourg (2000 + 75) -République de Strasbourg (1500 + 50) – Villes impériales (1000 + 20) – Comte de Hanau-Lichtenberg (900 + 70) – Grand Baillage de Haguenau (800 + 50) – Chevalerie de Basse-Alsace (300 + 30) – Duc de Württenberg (150 + 12) – etc..

[11] Un contingent alsacien de plus d’un millier de soldats et cavaliers, avec à leur tête le capitaine Bulach, réussit à s’emparer de Haguenau, alors occupée par les Suédois, grâce à une audacieuse manœuvre. Ce contingent faisait partie d’une armée plus conséquente commandée par le Comte de Salm, au service de l’évêque, et qui regroupait principalement des soldats épiscopaux mais aussi décapolitains ainsi que des seigneurs et chevaliers de Basse-Alsace. En été 1634, l’armée du Comte de Salm s’empara également de Buchsweiler, Ingweiler et Neuweiler.

[12] Le premier arrêt de réunions fut pris pour le Conseil souverain d’Alsace le 9.8.1680.

[13] « Beratungen über die Abwehr der übergriffe und schweren Bedrückung des Landes durch die Franzosen » écrit F. W. Müller.

[14] In Dr Phil. Friedrich Wilhelm Müller, Die elsässischen Landstände, Verlag Schlesier & Schweighardt, Strassburg i. Elsass, 1907.

[15] Date du rachat par l’empereur de l’engagement de la Landvogtei – avec les 41 villages qui en dépendent – et de son incorporation dans les biens de la maison d’Autriche.

Victoire historique pour les nationalistes corses

Posté le décembre 16th, 2015 by Klapperstein

Les nationalistes corses ont gagné les élections dimanche dernier et les grands médias de propagande en ont très peu parler, occupés qu’ils étaient à savourer la victoire inattendue du front républicain sur le Front National. Il est vrai qu’évoquer la victoire elle aussi inattendue des nationalistes corses eût quelque peu gâcher la fête. Outre le fait que la République Une et Indivisible est intrinsèquement allergique à toute forme d’identité régionale, les nationalistes corses ne sont en effet pas moins opposés au mondialisme et aux sacro-saintes valeurs républicaines que ne l’est le Front National sur lequel se porte toutes les attentions médiatiques.

Si l’on additionne les votent identitaires en Corse qui sont d’une façon ou d’une autre profondément anti-système (puisque l’idéologie droit-de-l’hommiste est fondamentalement opposée à toutes formes d’identités, qu’elles soient nationales, régionales ou communautaires), on en arrive a un pourcentage relativement proche de la majorité absolue de plus de 44%. Si on fait cette même addition en Alsace des partis nationalistes français et du parti autonomiste alsacien Unser Land, cette fois-ci au premier tour, on obtient même le chiffre de plus de 47%. Qu’il s’agisse de l’identité franco-française ou des identités dites régionales, tout porte à croire que les votent identitaires (malgré l’influence importante des médias de propagande et le caractère antidémocratique des modes de scrutins) sont en train de devenir majoritaires, d’autant plus qu’ils sont beaucoup plus portés par les jeunes électeurs que par leurs parents et grand-parents.

Que vive les identités quelles qu’elles soient, longue vie au peuple corse, Elsass frei. UH

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Régionales : victoire historique pour les nationalistes en Corse

Le maire nationaliste de Bastia Gilles Simeoni s’impose en Corse, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur.

Le maire de Bastia Gilles Simeoni, qui menait la liste nationaliste, termine en tête des régionales en Corse. Dans cette quadrangulaire, il recueille 35,32% des voix, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur. Il devance le candidat divers gauche et président sortant du Conseil exécutif corse, Paul Giacobbi, qui enregistre pour sa part 28,55% des suffrages.

Suit un peu plus loin, la liste de l’union de la droite et du centre de José Rossi avec 27,03%. Le candidat du Front national Christophe Canioni termine quatrième (9,10%).

« Une volonté profonde d’une véritable alternative »

« Cette victoire est celle de tous les Corses et d’une Corse qui a envie de construire son présent et son avenir », a déclaré Gilles Simeoni à France 3 Corse, après l’annonce des résultats. Exprimant sa « joie » et son « émotion pour ceux qui se sont battus pour notre idéal, qui ont sacrifié leur liberté et parfois leur vie, depuis tant d’années », Gilles Simeoni a qualifié cette victoire d »historique » et salué ses concurrents.  »Elle montre », a-t-il ajouté, « une volonté profonde d’une véritable alternative, d’une soif de démocratie, de développement économique et de justice sociale ».

Des milliers de militants et sympathisants nationalistes ont défilé en chantant et en agitant des drapeaux corses blancs à tête de Maure dans les rues de Bastia et d’Ajaccio où résonnaient des concerts de klaxons.

Quelle : lejjd.fr


Être ou ne pas être français ? Ce que nous dit la Corse


La victoire des nationalistes en Corse est passée relativement inaperçue dans le grand tohu-bohu que nous venons de vivre. Les grands événements s’annoncent sur des pas de colombe, écrivait Nietzsche. Or la victoire de gens qui proclament l’existence d’un peuple corse distinct du peuple français constitue un événement qu’on ne saurait négliger. Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec le succès historique de la liste de M. Gilles Siméoni, allié au lugubre Jean-Guy Talamoni.

Le vote corse ne concerne que quelques dizaines de milliers d’électeurs, mais il est emblématique d’un état d’esprit et on s’étonne que M. Valls, si prompt à sonner les trompettes des valeurs républicaines en danger sur le continent, ne se soit pas encore manifesté.

Certes, ce vote ne concerne que quelques dizaines de milliers d’électeurs, mais il est emblématique d’un état d’esprit et on s’étonne que M. Valls, si prompt à sonner les trompettes des valeurs républicaines en danger sur le continent, ne se soit pas encore manifesté. Il est vrai qu’en Corse, comme sur le continent, le discours sur les valeurs républicaines tombe à plat face à la revendication identitaire. Sur le continent, c’est le FN qui assume cette revendication.

En Corse, ce sont les nationalistes, qui sont, comme le FN, allergiques à la mondialisation. Mais ils nous disent aussi autre chose. Ce que nous disent les Corses identitaires c’est qu’ils ne se sentent plus Français, mais exclusivement Corses. La Corse qui fut francophile jusqu’à De Gaulle, ne l’est plus.

En Corse, ce sont les nationalistes, qui sont, comme le FN, allergiques à la mondialisation. Mais ils nous disent aussi autre chose. Ce que nous disent les Corses identitaires c’est qu’ils ne se sentent plus Français, mais exclusivement Corses. La Corse qui fut francophile jusqu’à De Gaulle, ne l’est plus. De nombreux insulaires ne se considèrent plus français qu’administrativement dans un pays où le seul drapeau qui vaille est celui de la tête de maure. A quoi bon maintenir la fiction de l’État nation dans une région qui se sent de moins en moins française? Nous devrions y réfléchir plutôt que de nous cacher derrière la ligne Maginot des valeurs de la république. Car le cas corse est l’expression d’une crise de l’Etat nation affaibli par l’Europe et la mondialisation. Franco-maghrébins qui hissent des drapeaux algériens ou marocains à la moindre occasion et nationalistes corses participent d’un phénomène à certains égards comparable. Ils témoignent, chacun à leur manière, d’une dissociation, devenue banale, entre nationalité administrative et sentiment d’appartenance communautaire. Quant au vote Front national, il exprime la montée d’un communautarisme franco-français qui répond aux communautarismes des minorités encouragé par la gauche depuis si longtemps. La gravité de cette situation nous oblige à aller au fond des choses. Qu’est-ce au juste qu’être Français? Tant que nous n’aurons pas répondu à cette question en délaissant nos ornières idéologiques, nous ne verrons pas d’issue à la crise identitaire qui travaille ce pays. Face à ce défi, la gauche nous ressasse son catéchisme obsolète.

Non, M. Cambadélis, être Français n’est pas adhérer à des valeurs, fussent-elle républicaines, c’est une appartenance qui ne relève pas de la politique.

Non, M. Cambadélis, être Français n’est pas adhérer à des valeurs, fussent-elle républicaines, c’est une appartenance qui ne relève pas de la politique. Quelles sont les valeurs des Italiens au juste? Et des Croates? Des Serbes et des Portugais? Il n’y a qu’en France, ou aux États-Unis, que l’on croit que les «valeurs» conditionnent l’existence d’un peuple alors que la langue, la culture ou la familiarité avec une région sont bien plus importantes. A cet égard, il est insupportable que nous ayons à subir, à tout propos, le chantage inculte de Manuel Valls et consort sur les «valeurs de la république». Qui sont ces gens pour nous dire ce que nous devons être? Ne savent-t-ils pas que la France a précédé la République et qu’on a été Français avant d’être républicain? Les plus grands écrivains français, depuis Balzac à Saint Exupéry en passant par Baudelaire et Giono n’étaient pas républicains et leur renommée est néanmoins universelle. Être Français n’est, ni plus ni moins valeureux qu’être Italien ou Américain, il n’y a pas lieu d’en avoir honte, ni d’en tirer une fierté déplacée. Je suis français si mes parents le sont ou si je le suis devenu par la naturalisation ou le droit du sol, voilà pour la réalité effective, mais aussi si je me sens lié à ce pays et impliqué par lui, voilà pour la réalité affective. Ce lien peut être très incarné, l’amour des paysages de France ou plus cérébral, l’amour de la langue. Il peut être religieux ou historique. Mais ce qui compte avant tout est d’être concerné. Or certains sont moins concernés par la France que consternés par ce qu’elle représente à leurs yeux. Ils sont les citoyens d’un pays qu’ils n’aiment plus et que parfois ils abhorrent. Mais après tout, nul n’est obligé d’être français. Pourquoi ces gens ne renoncent-ils pas à une nationalité qui n’a pas de sens à leurs yeux? Ce n’est pas que ces gens soient contre la solidarité nationale, au contraire, ils la réclament à cor et à cri, mais ce cri est utilitaire, voir alimentaire. Et puis il y a ces hexagonaux qui ne prisent plus un pays indigne d’eux. Eux sont universels ou citoyens du monde. La France est trop limitée pour ces esprits dont la pensée rayonne depuis New York à New Delhi. Mais pourquoi s’en soucient-ils autant alors? Pourquoi ne renoncent-t-ils pas à vouloir que la France, qui ne les mérite décidément pas, leur ressemble? Cette morgue étayée depuis tant d’années explique aussi le score massif du FN. Face à cette situation dramatique les Français doivent renouer un lien affectif avec un pays, la France, qui n’est pas un territoire administratif ou une idéalité abstraite. C’est ce lien sensible qu’il faut assumer, sans chauvinisme ni haine de soi et qui n’implique nullement de tourner le dos à L’Europe ou au vaste monde. «Je ne serais pas plus homme pour être moins français» écrit Malraux. Non la France n’appartient pas à tout le monde, contrairement à ce que prétend Danielle Mitterrand, mais à ceux qui s’en sentent les responsables parce qu’ils en sont les héritiers.

Quelle : lefigaro.fr

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